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Accueil du site > Actualités > Economie > Sidérurgie, comment en est-on arrivé là ?

Sidérurgie, comment en est-on arrivé là ?

Ou, nationalisation des pertes, et privatisation des profits : on peut exiger la nationalisation de Florange sans être pour autant dupe de la lamentable histoire des nationalisations dans la sidérurgie.

À partir de 1966, l’État multiplie des « plans de modernisation » qui accordent des subventions massives aux entreprises privées du secteur, tout en les laissant licencier. Ainsi, en 1971, des milliers d’emplois sont supprimés par la Sollac (appartenant notamment aux Wendel), tandis que l’État assume 82 % du coût de sa nouvelle usine de Fos !

En 1977, « plan Barre » : le patronat supprime 16 000 emplois et se voit accorder des prêts publics à un taux de 0, 1 % (avec une inflation de plus de 9 % !). Et à peine les licenciés partis, l’été 1978, Barre annonce un « nouveau plan de sauvetage », qui transforme les dettes des propriétaires des groupes sidérurgiques en prises de participation de l’État dans leur capital. L’État se substitue aux patrons privés pour fermer des usines et moderniser celles qui restent, tout en préservant la fortune personnelle des actionnaires. Contre ces liquidations, éclate une véritable révolte ouvrière, notamment à Longwy et Denain en 1979 qui parvient à arracher de meilleures conditions de départ, mais pas l’arrêt de la saignée.

En février 1982, la gauche nationalise de nombreuses grandes entreprises, y compris industrielles. Ces groupes privés avaient subi 9 milliards de francs de pertes en 1980 : leurs propriétaires reçoivent 47 milliards de francs d’indemnités. Pour la sidérurgie, Mitterrand, dans la continuité de Barre et Giscard, achève la nationalisation du secteur, en annulant toutes les dettes des actionnaires.

Dès l’été 1982, nouveau « plan acier » : 12 000 suppressions d’emplois, alors que l’État déverse 21 milliards de francs pour moderniser les usines. En mars 1984, « révision du plan » : 21 000 nouvelles suppressions d’emplois, 30 milliards de francs de dotations supplémentaires ! La « Lorraine Coeur d’Acier » et le Nord se révoltent à nouveau, mais isolés ne parviennent pas à sauver leurs emplois. Les grandes dynasties patronales de l’acier, elles, ont sauvé leurs fortunes. Les Wendel, par exemple, récupèrent ainsi du « cash » que leur holding financière investira dans d’autres secteurs.

En 1994, la sidérurgie, regroupée dans le groupe Usinor-Sacilor, restructurée et renflouée par l’État, retrouve les profits… et peut donc être privatisée ! Évalué à 20 milliards de francs, le groupe est vendu 10 milliards. De nationalisation en privatisation, la boucle est bouclée ! Le gouvernement Jospin a même l’honneur de vendre les derniers 7, 5 % de l’État dans le capital du groupe, en 1997. Usinor deviendra Arcelor en 2002 avant d’être acheté par Mittal en 2006. Droite comme gauche n’ont pas hésité à dépenser beaucoup d’argent pour nationaliser, licencier, enrichir les actionnaires. L’exigence des travailleurs de Florange, aujourd’hui, c’est tout le contraire : une nationalisation à la demande des travailleurs, pour leurs emplois, sous leur contrôle.

Par Yann CEZARD

http://2ccr.unblog.fr/2013/02/01/siderurgie-comment-en-est-on-arrive-la/

A lire également : OU SONT PASSE NOS USINES ?


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8 réactions à cet article    


  • Gabriel Gabriel 5 février 2013 10:24

    Comment en sommes nous arrivé là ? Le profit cher ami, le profit. Ce que vous citez aujourd’hui dans la métallurgie est valable dans tous les autres domaines. Le seul but aujourd’hui convoité c’est le profit personnel à court terme et tous les moyens sont bons pour cette ultime illusion. Ce qui est extraordinairement démentiel c’est que l’homme l’a placé au-dessus même de la vie, de sa vie et, chaque jour cela se vérifie. Il tue, massacre pour acquérir et posséder. Dans cette martingale infernale, car il n’est jamais rassasié, il court à sa propre perte en détruisant son espèce. C’est tellement énorme de stupidité qu’il ne faut plus parler, à l’heure actuelle, d’évolution mais de régression et de destruction. Un darwinisme bestial a tué le darwinisme social. Il suffit de regarder dans quel état est le monde et les perspectives proposées. Les banquiers continuent à jouer au casino, les mafias contrôlent les états, et les peuples se haïssent au nom d’un drapeau ou d’une religion pendant que dans l’ombre, des idiots cousus d’or, nous préparent un conflit mondial des civilisations… Enfin, sans être mystique, l’homme ne fera pas de la terre un paradis et, cet enfer à peut-être son utilité : « Celle de laisser l’homme faire ces choix dans les difficultés… »


    • ZenZoe ZenZoe 5 février 2013 11:40

      Certes, le profit , vous n’avez pas entièrement tort, mais pas complètement raison non plus.

      D’une part, il faudrait différencier profit et cupidité. Le profit est positif, c’est un moteur inné et indispensable à toute action humaine (et on ne parle pas forcément d’argent là).
      La cupidité est négative elle, car elle consiste à spolier les autres en demandant un retour sur investissement qui dépasse les bornes du raisonnable par rapport à ce qui a été investi.

      D’autre part, vous ne parlez pas du rôle (du non-rôle ?) de nos politiques. Le problème est plutôt là à mon avis. Tous, depuis des décennies, et pas qu’en France d’ailleurs, ils ont manqué de courage, de vision à long terme, de culture économique aussi certainement. Quand ils auraient du légiférer, mettre des limites, renforcer les contrôles et les garde-fous, ils ont préféré faire l’autruche et laisser filer. Pire, ils ont détricoté les quelques réglementations qui existaient. Maintenant qu’il est trop tard, ils se tordent les mains et les populations payent !


    • Gabriel Gabriel 5 février 2013 13:18

      Le profit est nécessaire voir extrêmement positif quand il est pour le plus grand nombre (la communauté). Comme dit dans un post précédent, c’est le patronat et la finance qui gouverne en France depuis 83 avec le Medef comme premier ministre et la pauvre Marianne est violentée par une mafia aux ordres du FMI lui-même aux services des banquiers. Donc les politiques sont les serviteurs et les exécutants des véritables décideurs (Ceux de la finance). Je sais, il ne faut pas dire cela car sinon on passe pour un affabulateur, un conspirationniste mais les fait sont là, partout dans le monde, les pauvres et les chômeurs se comptent par centaine de millions et cela empire de jour en jour pendant que les organismes financiers et les grands groupes prennent des bains au champagne…


    • c’est pour ca qu’il faut une politique libérale dans ce pays ; privatisation des pertes ET des profits.


      • Gauche Normale Gauche Normale 5 février 2013 16:42

        L’industrie est une question trop sérieuse pour être confiée à des industriels cupides ! 

        L’auteur a bien raison : il faut que les ouvriers contrôlent leurs machines et produisent en fonction des besoins de la population et non pas pour des coffres forts jamais remplis. Cela permettrait de faire émerger une véritable démocratie économique. Avec les 172 milliards de niches fiscales inutiles, il y a de quoi créer une coopérative nationale pour soutenir tous les secteurs.

        • totor101 totor101 5 février 2013 19:25

          Quand il y avait des industriels cela allait plutôt bien !
          Mais à, partir de 73 ils ont été remplacés par des financiers ! ! ! ! !
          On voit maintenant le résultat........


          • lulupipistrelle 5 février 2013 23:09

            Et rien en 1984 ? pourtant sous le règne de Tonton 1er, Muarois étant premier ministre on n’a pas assisté à une restructuration industrielle sous la houlette d’un ministre de l’industrie Fabius Laurent... 



            • jmdest62 jmdest62 6 février 2013 09:29

              @ Robert Gil

              pour info

              "... Pour la première fois depuis le début de la grève, ininterrompue depuis le 28 janvier, élus et responsables politiques se sont déplacés en nombre pour appuyer le mouvement. Pierre Laurent (PC), « scandalisé » par les propos d’Arnaud Montebourg, , (qui juge la fermeture du site inévitable), Marie-George Buffet (PC), plaidant pour étudier le « plan B » de la CGT (en faveur d’un maintien de toutes les usines PSA), Martine Billard, du Parti de gauche, fustigeant « l’offensive concertée du patronat », la sénatrice Europe Ecologie Aline Archimbaud, réclamant « zéro licenciement » chez PSA, ou encore Olivier Besancenot (NPA), Nathalie Artaud (Lutte ouvrière)… ainsi que des délégations syndicales CGT, CFDT, Solidaires d’autres entreprises, comme Renault, Air France ou Michelin......"

              Quand il y a convergence dans les luttes pourquoi ne pas se regrouper ......le FdG a été créé pour cela

              cordialement

              @+

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