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Singur, mini-automobiles des Tatas qui poussent dans les champs de riz

L’Inde a récemment adopté une politique d’acquisition des terres agricoles en vue d’élargir ses projets d’installation de grandes usines et ainsi de doper sa croissance économique, dont on estime qu’elle va atteindre autour de 10% du produit national brut (PIB) en 2010.

Des besoins, ressentis de plus en plus fortement par l’État indien vis-à-vis de l’augmentation du taux de croissance par le biais de l’industrialisation à grande échelle, seraient à l’origine de cette prise de possession des terrains agricoles.

Comme l’État fédéral n’a pas, selon la constitution du pays, accès direct aux terres, il doit déléguer aux bons soins des Etats fédérés les manœuvres pour déposséder les fermiers de leurs terres consacrées aux cultures vivrières.

Dans ces circonstances, à l’Ouest Bengale où le gouvernement de front de gauche, jugé d’ailleurs favorable aux intérêts des paysans, est au pouvoir depuis 1976, une grande opération policière entreprise par l’administration se heurte à de violentes résistances montées par des fermiers locaux rassemblés sous l’égide de « Sauvez les champs de culture à Singur », une association vivement soutenue surtout par un certain nombre de partis d’extrême gauche accompagnés du principal parti opposant de droite du Bengale oriental.

Ladite association porte donc le nom de l’endroit, Singur, non loin de Calcutta, où les manifestations se sont enflammées à la suite de la tentative faite par l’administration de clôturer un terrain loué aux Tatas, un des plus grands groupes industriels du pays, qui y construiraient leur première usine pour fabriquer des mini-automobiles à prix minime.

De violents affrontements éclatent le 2 décembre, entre les fermiers et les policiers, lorsque l’administration procède à l’occupation des terres de vive force, ce qui a fait plusieurs blessés parmi les personnels de la force de l’ordre et parmi les villageois, dont des enfants, des vieillards et des femmes, à la pudeur desquelles on a de plus attenté. Les manifestants sont brutalement matraqués et leurs maisons, saccagées par la police.

L’interdiction du libre passage des gens du dehors et de la tenue des assises sera ensuite imposée aux alentours du terrain clôturé, qualifié désormais de « site proposé pour installation de l’usine de mini-automobiles des Tatas ».

Les insurgés accusent le gouvernement de s’être emparé des terres multicultures et de haut rendement, que les propriétaires se refusaient à lui vendre. Ils auraient été ainsi exclus de tout le processus de négociation, qui s’est déroulé entre le groupe industriel qui en est bénéficiaire et l’administration, dont le rôle ne consistait qu’à jouer l’intermédiaire entre celui-ci et les propriétaires des terres.

Outre le manque de transparence dans la négociation, dont on ignore les critères exacts de legs des terres aux bénéficiaires à un prix de faveur, la transformation de la contrée rurale en zone industrielle suscite en ce moment de vives polémiques entre les adhérents et les opposants de ce projet.

D’après le principal parti de gauche au pouvoir dans l’Etat de l’Ouest Bengale, l’agriculture, seule, ne suffirait plus à vivifier l’économie, dont la croissance exigerait aussi la mise en place de grandes industries, ce qui permettrait de créer plus d’emplois, d’apporter plus de revenus à des fermiers qui végètent actuellement dans des conditions pitoyables à la campagne.

En revanche, la plupart des citoyens estiment que cette nouvelle initiative ne ferait qu’entraîner un vaste exode rural, le déplacement de la population vers des villes et leur éventuelle paupérisation, à moins que celle-ci ne soit dûment réhabilitée sur le plan économique.

Le gouvernement ne s’est décidé jusqu’ici à aucune feuille de route définitive pour remédier à l’importante perte économique subie non seulement par des fermiers, mais encore, plus durement, par les plus démunis de la campagne qui ne vivent que du métayage de terres.

On rappelle également que la loi selon laquelle l’acquisition des terres est effectuée date de l’époque coloniale. La loi, qui servait alors aux colons pour rafler des terres en dépossédant des particuliers indigènes au nom des « intérêts publics », n’a pas beaucoup évolué au cours du temps.

Bref, la manière dont le gouvernement, soi-disant « gauchiste », agit en cette matière n’implique nulle participation citoyenne, aucun engagement démocratique.

Or, le bilan officiel de réhabilitation des personnes déplacées depuis l’indépendance en raison du développement économique à l’Ouest Bengale est assez déplorable, et peu susceptible de convaincre les citoyens de la bonne volonté de l’administration qui tend maintenant à esquisser un package pour des fermiers détroussés face aux résistances populaires.

Depuis l’indépendance, de 1947 jusqu’en 2000, 4700 000 acres (1 acre= 52 ares environ en France) de terres utilisées à des fins de développement économique ont déraciné et paupérisé 3400 000 personnes provenant toutes des milieux sociaux les plus défavorisés, et l’Etat de l’Ouest Bengale n’a réussi à en réhabiliter que 9%, le chiffre le plus lamentable de l’Inde.

Une étude récemment menée par le North Eastern Social Research Centre démontre qu’en Inde, le revenu baisse de 50% pour la population poussée vers des villes, et qui se retrouve en piteux état dans des bidonvilles, rongée souvent par l’alcoolisme et/ou la prostitution.

Il n’est pas donc question que de récompenser les fermiers en payant leurs terres où les entreprises privées installeront leurs usines pour faire fortune, il faudrait également leur offrir un package de réhabilitation suffisant pour leur permettre d’avoir de quoi vivre dans un avenir aussi dur qu’incertain, ce qui fait d’ailleurs cruellement défaut dans le cas de Singur.

On prend en compte également la question de sécurité alimentaire mise en péril par une poussée sauvage d’industrialisation grignotant au fur et à mesure des terrains de culture.

Pendant la période 2004-2005, l’Ouest Bengale a produit 152 000 tonnes de riz, 20% de la production totale indienne.

Le projet d’industrialisation aura une grave conséquence sur la disponibilité des terres cultivables, ce qui s’ajouterait à d’autres difficultés relevant de l’augmentation du coût de production, de l’insuffisance d’infrastructure se rapportant surtout à l’irrigation.

Sur une superficie totale de 88 752 km2, soit 219 millions d’acres, quelque 132 millions d’acres sont arables. Environ 800 000 acres restent en jachère pendant neuf mois de l’année.

Le gouvernement, jusqu’ici, a reçu des demandes d’une vingtaine de sociétés industrielles pour leurs projets d’installation d’usines qui auront progressivement consommé 125 000 acres de terres, y compris celles de Singur. Une industrialisation d’une telle envergure va sûrement conduire à l’insuffisance alimentaire.

En fin de compte, la politique d’acquisition des terres renvoie à une certaine logique de développement sur le modèle chinois, qui préconise la création des Zones économiquement conviviales (ZEC) où les industriels ne seraient assujettis à aucun tarif douanier, où ne serait mis en vigueur aucun droit du travail, un véritable paradis fiscal pour des riches qui seront encouragés à piller la richesse du pays pour se faire plus riches encore.

Documents joints à cet article

Singur, mini-automobiles des Tatas qui poussent dans les champs de riz Singur, mini-automobiles des Tatas qui poussent dans les champs de riz

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3 réactions à cet article    


  • AVEVA (---.---.201.24) 26 décembre 2006 16:37

    L’article est intéressant parce que bien documenté, mais on peut douter de l’objectivité des appréciations peut-être un peu tendancieuses !


    • Zamenhof (---.---.246.122) 26 décembre 2006 18:53

      un acre anglo-saxon ça vaut 40 ares, pas 52. Voyez sur la wikipédia. (vous confondez peut-être avec l’arpent, qui en était l’équivalent français et dont la valeur variait selon les régions de 34 à 52 ares)


      • louis mandrin (---.---.36.85) 29 décembre 2006 02:31

        si j’ai bien suivi, là bas, on supprime les champs qui pourraient nourrir du monde pour construire des usines à tout va...déjà que l’inde soufre chroniquement de malnutrition pour une grande partie de sa population, c’est aggraver encore plus le problème, à moins qu’ils aient changé de régime alimentaire et qu’ils se soient mis à manger des voitures, des camions et de la bimbeloterie à deux balles....ils vont finir par faire crever les 3/4 de l’humanité à force de vouloir faire du pognon sur le dos des plus faibles...c’est vrai qu’une usine rapporte plus qu’un crève-la-faim, cela sous toutes les latitudes, y compris en france

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