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Sociétés par action & Marx

C'est en lisant un ensemble de textes issus du tome III du "Capital" de Karl Marx, que je me suis rappelé une critique sur l'analyse économique de Karl Marx formulée par Ignace Lepp, auteur d'un ouvrage consacré à la philosophie marxiste. Le présent écrit se propose d'infirmer cette critique.

A noter, que je ne sacralise point du tout Marx, et que je suis le premier à constater ses faiblesses. Toutefois, il me semble intéressant de savoir différencier les bonnes des mauvaises critiques. 

La critique d'Ignace Lepp consiste à dire que le matérialisme historique est faux, car l'apparition des sociétés par action démontre la capacité du capitalisme à dépassé la contradiction entre la forme privée des moyens de production et la forme collective du travail. 

L'erreur de Lepp est d'abord de croire que les sociétés par action n'existaient pas du temps de Marx, et que ce dernier n'aurait donc pas pu les prendre en considération lorsqu'il étudia le capitalisme. 
Les sociétés par action existaient bel et bien du temps de Marx, et ce-dernier leur a même consacré un sous-chapitre dans le tome III du Capital

Voilà ce qu'il dit à ce propos :

« Le capital qui repose sur un mode de production sociale et présuppose une concentration sociale de moyens de production et de force de travail, revêt ici directement la forme de capital social, capital d'individus directement associés, par opposition au capital privé ; ses entreprises se présentent donc comme des entreprises sociales par opposition aux entreprises privées. C'est la négation du capital en tant que propriété privée à l'intérieur des limites du mode de production capitaliste lui-même.
Les capitalistes se transforment alors soit en simples dirigeants d'entreprise exploitant le capital d'autrui soit en simples propriétaires de capital, simples capitalistes d'argent. Même si les dividendes que touchent les capitalistes d'argent incluent l'intérêt et le profit d'entreprise, c'est à dire le profit total, ce profit total ne sera plus perçu que sous forme de l'intérêt c'est à dire comme simple rémunération pour la propriété du capital qui est ainsi complètement séparée de sa fonction dans le processus réel de reproduction, tout comme cette fonction, dans la personne du dirigeant est séparée de la propriété du capital. (...) 
Dans ces conditions, le profit (...) est simplement l'accaparement du surtravail d'autrui, résultant de ce que les moyens de production sont transformés en capital par la dépossession des producteurs véritables. (...) Dans les sociétés par actions ceux qui mettent le capital en œuvre ne sont pas ceux qui le possèdent, de même ceux qui travaillent ne sont pas ceux qui possèdent les instruments de travail et prélèvent la plus-value. »

On voit donc bien ici que Marx comprend fort bien la forme des sociétés par action.

En ce qui concerne l'argument de Lepp sur la soi-disant capacité du mode de production capitaliste à dépasser la contradiction entre la forme privée des moyens de production et la forme collective du travail par la société par action, Marx a répondu lui-même : 

« Bien qu'elle soit déjà en opposition avec l'ancienne forme, où le moyen de production social se présente comme propriété individuelle, la valeur en bourse, l'action ne sort pas du cadre de la production capitaliste, car elle ne fait que la développer et la représenter sous un autre aspect au lieu de surmonter la contradiction entre le caractère privé et le caractère social de la richesse. » 

Certes, la forme de propriété que représente la société par actions n'est pas individuelle, mais sociale, toutefois, cette propriété sociale n'est rien d'autre que la somme de propriétés privées des capitaux. 
La société par actions (contrairement à la coopérative) ne met pas fin à l'expropriation de la valeur du travail des travailleurs, mais se contente de déplacer le bénéficiaire de la plus-value à une autre catégorie de capitaliste. Dans les faits actuels, 0,2% de la population mondiale possède 50% de tout le capital côté en bourse. 

Mais ce qui est intéressant, c'est que non seulement Lepp a tort lorsqu'il affirme que la société par action représente un dépassement du capitalisme par le capitalisme lui-même, mais en plus de cela, c'est l'inverse qui est vrai : la société par actions représente un stade nécessaire au dépassement du capitalisme, non par lui-même, mais par le socialisme :

« La société par actions est un point de passage nécessaire pour la reconversion du capital en propriété des producteurs, non plus la propriété privée de producteurs isolés, mais la propriété sociale directe des producteurs associés. C'est le point de passage pour la transformation de toutes les fonctions du processus de reproduction encore rattachées à la propriété du capital en simples fonctions des producteurs associés, en fonction sociales. » 

On le voit donc bel et bien, la société par actions n'infirme pas le matérialisme historique. Au contraire, elle a sa place au sein de la théorie en tant qu'élément constitutif du développement du capitalisme vers le socialisme. 

Pour conclure, je citerai encore quelques bons mots de Marx sur la société par actions : 

« La société par actions entretient une nouvelle aristocratie de la finance et une nouvelle catégorie de parasites sous forme de faiseurs de projets, d'entrepreneurs et d'emplois fictifs de directeurs ; en un mot, tout un système de fraude et de tromperie ayant pour base la création de sociétés, l'émission et le commerce d'actions. C'est la production privée sous le contrôle de la propriété privée. »

 


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3 réactions à cet article    


  • La mouche du coche La mouche du coche 10 janvier 2013 11:24

    ... Et donc ?


    • alberto alberto 10 janvier 2013 15:00

      Et donc, Marx en tant qu’analyste de la société capitalisme est d’une clairvoyance on ne peut plus acérée : « C’est la production privée sous le contrôle de la propriété privée. »

      Que dire de mieux ?


      • taktak 10 janvier 2013 15:39

        merci pour cette article
        l’analyse matérialiste de l’économie au sens marxiste du terme est plus que jamais d’actualité.

        Et ce même si de nombreux épouvantails qui se présentent de gauche préfèrent nier les fondements de la société capitaliste, dénigrer et oublier les utiles enseignements d’une telle approche. Il est vrai que tout cela est bien mieux pour mieux défendre la classe exploiteuse (dont il font bien souvent parti) sous couvert d’un pseudo-réalisme et

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