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Accueil du site > Actualités > Economie > Soldes : Je dépense, donc je suis !

Soldes : Je dépense, donc je suis !

Difficile d’échapper à la très médiatique période des soldes, qui marque un incontournable moment d’extase consumériste.

Ces semaines saintes du consommateur contrastent pourtant avec la montée en puissance des mouvements sociaux et la paupérisation croissante d’une partie de la population, dont celle des "travailleurs pauvres". Elles sont le témoin grouillant de la difficulté à faire émerger un "alter-consumérisme".

Prôné par d’irréductibles opposants à un libéralisme et à un capitalisme tout puissant, le concept de " consommation responsable " se limite trop souvent aux écogestes et au commerce équitable dans un sens de démarche essentiellement caritative. Le " militantisme du ticket de caisse " donne paradoxalement lieu à une intelligente récupération, par la grande distribution notamment.

Or, consciente ou non, la consommation est un acte politique car, avec les modes de production et de distribution qui y sont liés, elle a des effets structurants directs sur l’organisation de la société. Souvenons-nous de ces temps pas si lointains où par patriotisme économique, et surtout pour préserver nos emplois, nous étions officiellement conviés à acheter français.

À l’évidence, le "soldeur 2006" fait fi de ces considérations, et n’a pas pour priorité de donner un sens citoyen, éthique, équitable, solidaire et socialement responsable à ses actes économiques. À ce titre, le succès des soldes représente la victoire de l’accessoire sur l’essentiel, de l’artificiel sur le réel, du personnel sur le solidaire.


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7 réactions à cet article    


  • yaarg (---.---.107.128) 13 janvier 2006 11:54

    <<<<<<<<<>>>>>>>>>>

    Contrairement à ce que vous semblez affirmer, l’acte de « consommer responsable » c’est-à-dire de réfléchir avant d’acheter, qui s’oppose par essence à l’acte d’achat compulsif, n’a qu’un rapport historique avec l’éco-geste. Il va bien au-delà...

    Il est vrai qu’en règle générale les consommateurs intelligents qui posent leur acte d’achat en tant qu’acte réfléchi et conscient sont le plus souvent motivés par des idéaux non-égoïstes : respect de l’environnement, écologie, écosophie, défense animale, commerce équitable, solidarité...

    Je reconnais qu’en tant que « consommateur responsable et réfléchi » j’appartient justement à tous ces mouvements parce qu’ils procèdent tous de la même philosophie de vie. Mais cette philosophie de vie, que nous appelons écosophie, va plus loin que les combats visibles (lutte contre la chasse, la corrida, la pollution, le gaspillage, le commerce des fourures, l’exploitations des enfants, etc.)

    Il s’agit aussi d’un combat permamnent personnel contre les tentations FUTILES ET INUTILES du $y$tème marchand qui n’en veut qu’à notre argent, même si l’on n’en a pas (piège de l’endettement). Un combat contre la chloroformisation distillée par la télévision (arme principale du $y$tème) et la publicité omniprésente dans nos sociétés vendues au intérêts boursiers.

    Pour faire un bon mot, je dirais que ce n’est pas un mode de vie mais la vie sans la mode...

    Car le $y$tème marchand est devenu une sorte de religion des ténèbres (elle promet le paradis mais offre l’enfer) avec ses rites (les soldes, les promotions, les « offres spéciales », les « cadeaux » payants, les faux gratuits et les vraies arnaques), ses incantations (les slogans), ses fétiches (les marques), ses endoctrinements (la publicité) et ses temples (les supermarchés). La preuve, ces nouveaux temples sont de plus en plus souvent ouverts le dimanche, surtout à l’approche des fêtes. L’enfer, c’est justement le sentiment de « manque » propre aux drogués, sentiment de frustration de ne pas pouvoir s’offrir ce que les autres achètent. Aller au supermarché est une sorte de drogue pour beaucoup de ménages dont la vie est insipide. Epuisés par un travail mal payé et inintéressant, il vont se divertir au supermarché. Toute cette marchandise nourrit les yeux et fait rêver, même si on n’achète pas.

    Et puis il y a la tentation toujours présente, insidieuse, qui fait acheter le superflu, l’inutile, juste pour le plaisir d’acheter. Ce geste si symbolique de payer qui donne aux faibles un sentiment de puissance, de pouvoir. Sentiment illusoire et fugitif, mais bien réel. Dis-moi ce que tu achètes et je te dirai qui tu es.

    Regardez les phrases magiques (sortilèges) des publicistes : « Laissez-vous tenter », « saisissez l’occasion », « faites-vous plaisir », « trois pour le prix de deux », etc.

    Nous, consommateurs conscients nous plaçons dans une logique inverse : Dis-moi ce que tu refuses d’acheter et je te dirai qui tu es.


    • Henry Moreigne HM 13 janvier 2006 12:57

      Je rejoins votre analyse je constate simplement que le refus de la société de consommation est à ce jour ultra-minoritaire.


    • Méric de Saint-Cyr Marc-Cyr-Joseph 13 janvier 2006 13:36

      Je propose une autre formulation qui complète celle déjà exprimée :

      Dis-moi ce que tu refuses d’acheter et je te dirai que tu es.

      Simple remplacement du « qui » par le « que » qui transforme du coup le verbe être transitif en verbre être intransitif.

      Se définir par le refus de la société de consommation est de toute évidence un acte de conscience. En fait, refuser de consommer aujourd’hui est un peu comparable à ceux qui refusaient d’aller au service militaire. Intéressant de voir que déjà on les nommait « objecteur de conscience ».

      Hé bien je pense que celui qui refuse d’acheter des conneries adopte une forme moderne d’objection de conscience.


    • Vrett (---.---.148.3) 13 janvier 2006 14:03

      Peut-être parce que ceux qui refusent la société de consommation sont trop occupés à renouveler leurs gardes-robes dans les rayons rutilants des temples de la consommation...

      Même si les soldes sont attendues frénétiquement puis pratiquées, de façon jubilatoire, par toutes les classes sociales, les moins fortunés qui ont économisé peuvent enfin faire comme tout le monde : essayer, comparer, calculer, dépenser, et recommencer.

      Et c’est dans ces moments-là qu’ils mettent de côté leurs discours, pourtant si vrais, sur notre société contemporaine. Mais, que voulez-vous, difficile de ne pas suivre le mouvement avec ce sentiment de liberté éphémère qu’offre la période des soldes.

      Il est bien plus aisé de critiquer les malades qui se bousculent dans les cabines d’essayage lorsqu’on est sain d’esprit...

      M’enfin, en réalité, je crois que les anti-consommateurs ne sont pas si nombreux que ça. Et les décroissants, n’en parlons pas. Dommage.


    • Méric de Saint-Cyr Marc-Cyr-Joseph 14 janvier 2006 09:56

      <>

      Je suis d’accord : AUJOURD’HUI, je dis bien AUJOURD’HUI, ils sont peu nombreux et passent sans doute pour de doux rêveurs. Mais ce qui différencie les objecteurs de la conso d’autres mouvements politiques réputés « utopistes » c’est que les décroissants, tout comme les alter-mondialistes, ont une position de pionniers par rapport à une réalité inéluctable qui se profile à un horizon de plus en plus proche : l’épuisement des ressources (et par conséquent la faillite du $y$tème marchand).

      Certes, ce n’est pas pour aujourd’hui, ni même pour les quelques années à venir, mais les décroissants et les anti-conso, dont je suis, ont le sentiment lucide que nous sommes à bord du Titanic. Le bateau est déjà en train de couler mais les braves gens continuent de faire la fête en disant « on verra ça plus tard », « ce n’est pas pour aujourd’hui », « rien n’est prouvé ».

      On appelle ça l’inconcscience.

      Quand le prix des matières premières va s’envoler parce que la demande sera de plus en plus forte (conso de la Chine et de l’Inde), le réveil sera brutal.

      35 euros le lecteur de DVD. Jusqu’où descendront-ils ?


    • cornic74 (---.---.245.92) 13 janvier 2006 18:46

      tout à fait d’accord avec votre analyse. Je ne suis pas asez riche et assez c..pour acheter des réductions. Les médias sont complices et créent la psychose de cette frénésie des réductions.


      • Méric de Saint-Cyr Marc-Cyr-Joseph 14 janvier 2006 10:06

         ;)

        Voilà qui est bien la réalité : acheter, à la rigueur si on a besoin, indispensablement besoin, mais encore faut-il avoir du fric. Lorsqu’on voit qu’un salaire d’apprenti atteint péniblement 850€, comment voulez-vous aller faire les soldes. A la fin du mois faudra quand même payer son loyer, son forfait téléphone et peut-être les traites de la chambre à coucher.

        Les soldes sont faits pour inciter les gens à dépenser plus. Evidemment, il y a les petits malins et les pauvres qui eux, au contraire, retardent leurs achats pour profiter des soldes. Encore faut-il que ce que l’on souhaite acheter soit soldé, ce qui n’est pas toujours le cas. Notez bien que seuls les vêtements et l’électro-ménager sont soldés.

        Je n’ai jamais vu de soldes sur la nourriture...

        Je n’ai jamais vu de soldes sur les pompes à essence...

        Ni sur l’électricité, le téléphone ou les impôts...

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