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Sortir de l’euro !

Telle aurait été, le 7 mai 2010, l’ambition d’un pays de la zone euro ! Bien que cela puisse paraître courageux ou suicidaire, selon le côté où on se place - un pays à ex-monnaie forte (l’Allemagne, la Hollande) ou un pays à ex-monnaie faible (l’Espagne, la France, la Grèce, l’Italie, le Portugal …) -, de quoi il se serait agi si un pays de l’Euroland était sorti de sa zone monétaire ?

 
Bien qu’a priori l’épisode soit passé et que la raison l’ait emporté, imaginons par exemple, que la France ait décidé un jour, une nuit, une seconde… de quitter l’euro et donc de revenir au franc. Quelles en auraient été les conséquences ?
 
Un peu d’histoire.
 
Etre seule ! Une situation qui a rarement été vécue par la France.
 
Même depuis la fin des systèmes monétaires archaïques de référence à l’or, puis plus tard de celui de Bretton Woods (le SMI de 1945 à 1971), puis de celui du Serpent monétaire européen (1972-1978), puis du SME (1979-1993) et enfin de l’euro (Maastricht 1992 à maintenant), jamais la monnaie de notre pays ne s’est retrouvée seule ! Pourtant, tel serait son cas aujourd’hui dans un système de taux de changes flottants, si elle reprenait sa liberté monétaire. A moins que, comble de l’ironie, elle ne s’arrime au dollar US comme le faisait, il y a peu encore, le yuan-renminbi (l’unité monétaire chinoise).
 
Une vérité.
 
Celle de se rappeler les multiples raisons qui ont fait que la France a toujours été favorable au non isolement de sa monnaie. Comme lors de la création du SMI, du Serpent, du SME et de l’euro. Nos raisons étaient simples, nous craignions :
 
- d’avoir une monnaie faible, laissée aux vents de la spéculation internationale,
- d’être obligés de dévaluer souvent,
- d’avoir une inflation par les coûts et les importations, affaiblissant constamment la productivité et la compétitivité de notre économie,
- de voir nos industriels dans l’incertitude constante du cours du franc dans leurs échanges avec leurs partenaires européens et d’autres,
- de savoir qu’un pays c’est d’abord une monnaie respectée, et que le franc ne l’a pas toujours été, à l’exception de nos anciennes colonies encore utilisatrices de l’ersatz nommé franc CFA.
 
Pourtant, malgré l’expression de ces craintes et le rattachement à un système monétaire, le franc avait considérablement perdu de sa valeur au siècle dernier !
 
Un axiome.
 
La qualité d’une monnaie, c’est-à-dire son rapport aux autres monnaies (les devises), dit aussi cours, taux de change, valeur ou encore prix, se détermine à partir de deux concepts fondamentaux, érigés en vérité au niveau international :
 
- la solvabilité de son économie,
- la qualité de ses grands équilibres, notamment en termes de balance commerciale, de taux de chômage, de taux de croissance, de taux d’inflation et de solde budgétaire.
 
Si 2 ou plus de ces 6 éléments ne sont pas bons, la monnaie du pays en question, sera attaquée jusqu’à ce qu’elle reflète une situation plus conforme à sa réalité économique. En effet, aujourd’hui, dans un monde efficient, c’est-à-dire intégrant à chaque instant toute l’information disponible, un pays peut tromper ou faire illusion, mais pas longtemps. En effet, il n’est pas le seul à regarder son nombril. Ses créanciers - ceux qui lui ont prêté, ceux qui ont investi leur épargne sur lui - le regardent tous les jours, minutieusement, sans aucune concession. Ils veulent savoir quelle est la véritable santé du pays à qui ils ont prêté leurs capitaux. Capitaux, fonds, qu’ils espèrent retrouver à l’échéance, comme prévu au contrat. Principal et intérêts compris.
 
Quid de la France ?
 
Aujourd’hui notre économie, notre balance commerciale, notre taux de chômage, notre croissance, notre solde budgétaire… inquiètent les marchés.
 
Donc, si on trouve raisonnable le contenu de l’axiome précédemment décrit et, si notre pays avait sa propre monnaie, comment serait la qualité de celle-ci ? Une monnaie forte ou une monnaie faible ? Monnaie faible très sûrement. Immédiatement attaquée par des marchés sans complaisance. Donc dépréciée (dévaluée) de fait, par rapport aux grandes devises internationales.
 
Pourtant, conscient ou pas de ce constat d’extrême faiblesse, nous décidons un jour, une nuit… de tenter notre chance en sortant de l’euro. De revenir au franc !
 
Pour faire simple, passons sur le choix du nom de notre nouvelle monnaie. Imaginons "franc nouveau" (FN). Passons aussi sur l’usine à gaz logistique que ce retour en arrière constituerait, ainsi que sur les coûts engendrés. Sûrement quelques milliards d’euros ou de FN (*). Dans ces conditions :
 
1° Quel cours choisir par notre monnaie, c’est-à-dire quelle valeur (taux de change) par rapport aux devises telles que l’euro, le dollar, le yen et la livre, pour les principales ?
 
Selon les experts, le cours d’une monnaie doit être crédible. Crédible par rapport aux autres devises déjà calibrées, voire tamisées, par les marchés. Donc, un taux de change juste et avant tout non ridicule. Sinon la spéculation se chargera de nous ramener à la raison et de nous attaquer jusqu’à ce que le cours de notre monnaie nouvelle s’ajuste à sa véritable valeur. Mais ce n’est pas tout ! Le FN devra aussi être robuste, c’est-à-dire relativement stable pour préparer et faire vivre l’avenir du pays, sans voir son cours, chaque jour, donner le tournis aux exportateurs, aux importateurs ainsi qu’aux futurs investisseurs.
 
Donc, pour définir le cours de notre franc nouveau, il ne faudra pas jouer les gros bras, les prétentieux. La correction serait immédiate ! Jouer petit bras et déterminer un cours juste et crédible. Voire plutôt faible, afin de se donner une marge de manœuvre et d’éviter que la spéculation - ce "jeu" qui amplifie une situation, mais qui ne la crée pas - soit titillée. Inutile de la tester ! Il conviendra donc de déterminer un cours apte à laisser des chances à notre économie de repartir d’un bon pied. Reste à savoir lequel : fierté nationale et patriotique, indépendance monétaire, relance de nos exportations et du tourisme, règlement de nos soucis actuels en termes de déficit, de chômage, de retraite, de fiscalité… voire peut-être, aussi, d’identité nationale ? 
 
Toute chose égale par ailleurs, on estime que le cours du FN devrait être dévalué (déprécié) de 20 % par rapport à l’euro actuel et donc aussi par rapport aux autres grandes devises, notamment vis-à-vis du dollar et par ricochet, du yuan-renminbi.
 
Moins de 20 %, cela "boosterait" un instant notre fierté nationale, mais n’aurait quasiment aucun effet sur nos exportations, du fait d’une courbe en "J" trop faible, écrasée.
 
Plus de 20 % serait déraisonnable (trop d’inflation importée… problèmes sociaux, hausse des salaires, puis boucle inflationniste prix / salaires, etc.) et pourrait obérer durablement notre capacité à redevenir une nation qui pèse dans le concert européen.
 
2° Dès notre sortie de l’euro, nous aurions notamment :
 
à rembourser nos dettes contractées en devises étrangères. Celles en euros, bien sûr, mais aussi celles en dollars. Leur remboursement nous coûtera 20 % de plus qu’actuellement. En effet, pour rembourser de l’euro et du dollar, il faut d’abord les acheter. Et, acheter une monnaie forte, compte cher…
 
Idem pour les entreprises ayant des emprunts en devises. Des dizaines de milliards de dollars ou d’euros en plus vont rogner de manière significative la propension des entreprises à dégager de l’efficacité capitalistique.
 
… à moins que tous ces surcoûts soient balayés par une explosion faramineuse de nos exportations et de nos activités touristiques.
 
à payer nos importations 20 % de plus : pétrole, produits européens (espagnols pour les fruits et légumes, allemands pour les machines outils et les grosses cylindrées, tchèques, polonais, roumains pour les petites voitures, etc.), notamment. Sans compter nos importations habituelles de Chine, du Maroc, de Turquie, des États-Unis d’Amérique, du Brésil, d’Argentine, de Nouvelle Zélande, etc.
 
Bref, sûrement encore quelques dizaines de milliards en plus, affaiblissant à nouveau notre balance commerciale déjà endémiquement mal en point.
 
à payer nos nouveaux emprunts – car ce n’est pas en changeant de monnaie que le déficit de notre budget va être supprimé. Si ces emprunts ne se font pas en FN, c’est-à-dire auprès des Français, il faudra les faire en euros ou en dollars sur les marchés internationaux, évidemment. Cela nous coûtera 20 % de plus qu’aujourd’hui. Augmentés des intérêts que les agences de notation auront déterminés... (Cf. infra)
 
Doutons que nos beaux sourires dans les G8 et G20 prochains, n’arrivent pas à compenser le manque de confiance que les marchés internationaux risquent d’avoir à notre endroit, c’est-à-dire dans notre capacité à maîtriser notre nouvelle situation, alors que nous n’avons déjà pas su le faire avec la monnaie forte qu’était l’euro.
 
3° Mais ce n’est pas tout !
 
Dès que les agences de notation auront fait leur nouveau calcul, en incluant tout ce que la sortie de l’euro va coûter à la France, elles vont probablement, dans le doute, être prudentes et abaisser notre note… pour laisser le temps aux marchés de valider notre démarche ou de l’invalider. Aujourd’hui, noté triple A, notre pays pourrait rapidement passer à un simple A, voire moins, si les agences intègrent leur manque de confiance envers nous et les mauvais chiffres de nos grands équilibres (Cf. supra). La France pourrait, dans ce cas, passer à BB+. C’est-à-dire, rejoindre la notation de la Grèce.
 
Alors, le risque d’hallali spéculatif ne serait pas à négliger. Notre pays serait cette fois-ci bien en faillite. Comme pour corroborer ce que disait déjà le 21 septembre 2007, l’un des collaborateurs de Nicolas Sarkozy, le premier des ministres, François Fillon (sic).
 
4° Etc… sur la kyrielle de conséquences que tout le monde peut assez facilement imaginer. A moins d’ignorer la véritable situation économique et financière que vit notre pays ! Ce qui est tout à fait possible, quand on entend des politiques dire que la France n’a pas besoin d’impôts supplémentaires pour résorber son déficit et qu’il suffit juste de diminuer : le nombre de fonctionnaires, les prestations sociales, les budgets des hôpitaux publics… ; pas besoin non plus de revenir sur sa politique économique qui a été élaborée en 2006, c’est-à-dire avant la crise, par le candidat de l’UMP ; pas besoin de rigueur ; que la récession n’a pas existé, etc. Bref, autant de balivernes qui ne manqueront d’attiser la spéculation et les agences internationales, si nous décidions de sortir de l’Euroland
 
En tout cas, ce n’est pas en criant haro sur l’euro trop faible ou trop fort, ou bien sur l’Allemagne - qui elle a contenu, en 2009, son déficit à 3,3 % de son produit intérieur brut, alors que celui de notre pays a été de 8,2 % -, que nos problèmes structurels seront réglés. Ni même en sortant de l’euro ! Bien au contraire.
 
Rappelons aussi, que l’euro actuel, bien qu’à 1,22 ou 1,23 dollar, est encore ce qu’il est, grâce à la solvabilité de l’économie allemande. Pas de celle de la France, ni de l’Italie, ni de l’Espagne, ni du Portugal… ni de la Grèce !
 
5° En conclusion.
 
Nous pourrions poursuivre ce propos pour évoquer les bienfaits que notre pays retirerait de sa sortie de l’euro : fierté et grandeur de la patrie, souveraineté nationale reconquise, monnaie bien à nous avec une Banque de France aux ordres de son bienfaiteur politique, couple "nation / monnaie" connu désormais du monde entier, exécutif ayant enfin à sa disposition un outil, le FN, apte à servir ses ambitions politiques, porteuses de croissance, de travail, de pouvoir d’achat, etc. bref, d’une solvabilité économique soudaine et à toute épreuve. Même à celle des marchés internationaux des capitaux !
 
Ne prenons pas nos désirs d’enfant prétentieux pour des réalités !
 
Gageons seulement, pour notre pays, qu’une telle idée ne soit jamais dans l’esprit de notre dirigeant. Même s’il s’agissait pour lui, de vouloir marquer l’histoire par la brillance d’un tel fait d’armes !
 
Heureusement, notre dirigeant n’est pas de ceux qui accusent injustement leur chien de la rage afin de pouvoir le tuer.
 
Non, notre dirigeant est un homme raisonné et raisonnable, à l’écoute attentive… même s’il n’en tient pas compte (sic) !
 
 
(*) Pour rappel, le passage du franc à l’euro, a coûté entre 1998 et 2000, pour les systèmes d’information français publics et privés, dont les bancaires, près de 2 milliards d’euros, maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre comprises (source : Syntec Informatique 2001) !
 
par Aimé FAY mardi 25 mai 2010 - 129 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par aetius320 (xxx.xxx.xxx.237) 25 mai 2010 10:18

    Tout à fait Mr l’auteur. Puisque apparemment nous avons beaucoup à perdre à sortir de l’euro, je vous propose d’y rester. Quand nous aurons 25% de chômage, plus du tout d’industrie, que la Chine fabriquera des airbus et des centrales nucléaires, que la retraite sera à 70 ans, que la sécu sera complètement privatisée et que les infrastructures seront à deux doigts de l’effondrement, alors, à ce moment là on n’aura plus rien à perdre et on pourra sortir de l’euro et l’Europe. A moins que vous pensiez que "la brave liberal Europe" nous sortira de ce merdier et nous rendra des 3% de croissance par an, que tout le monde sera beau et gentil. Remarquez, vous savez que les européistes, comme les libéraux, me font penser aux membres du politburo : "si notre politique ne marche pas, c’est sûrement qu’on en a pas fait assez". Quand la France sera un pays du tiers-monde au bord de la guerre civile, on en rediscutera.

  • Par aetius320 (xxx.xxx.xxx.237) 25 mai 2010 10:24

    Ah oui, 

    je voulais aussi vous dire une chose. A priori, d’après votre CV, vous faites parti de "l’élite" qui nous a mené ici. Je vous averti juste que quand vous aurez détruit la base de votre puissance, la classe moyenne occidentale, vous vous retrouverez à poil et vous coulerez avec le bateau. Ne comptez surtout pas jouer au super-nomade "attalien" dans les pays d’Asie. En effet, ces derniers sont nationalistes, racistes, détestent et emmerdent les dirigeants occidentaux qu’ils qualifient de traites à leurs nations et n’attendent que le bon moment pour s’approprier définitivement toutes les usines qui ont été délocalisées chez eux, et ils ont raison.
  • Par Alpo47 (xxx.xxx.xxx.22) 25 mai 2010 10:48
    Alpo47

    Il me semblait que le principal avantage de sortir de l’euro,c’était précisément de pouvoir dévaluer la monnaie ?
    Ensuite, de retrouver sa liberté de création monétaire ?
    Quand aux dettes, essentiellement envers "le marché", il est évident qu’elles devraient être renégociées et que celui ci devrait tirer un trait sur la plus grande partie.

    Précisément, LES SEULS à avoir intérêt à ce que le système en place perdure, ce sont les créanciers : les "zinzins", essentiellement banques et assurances.

    Franchement, leur sort m’indiffère au plus haut point.

  • Par foufouille (xxx.xxx.xxx.241) 25 mai 2010 10:40
    foufouille

    "

    Ne prenons pas nos désirs d’enfant prétentieux pour des réalités !"

    faut obeir aux zelites bien nes
    suprimons plutot nos dettes et celles qu’on nous doit
    une bonne remise a zero

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