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Accueil du site > Actualités > Economie > Subprimes : autopsie d’une crise

Subprimes : autopsie d’une crise

Les années 80 et 90 ont connu une frénésie d’investissements au profit du pesos mexicain par le biais de ventes à découvert de dollars américains. Investir dans le Pesos était devenu en effet une affaire très profitable, sauf lorsque cette devise subissait une dévaluation qui, elle, se révélait fort coûteuse pour un certain nombre de spéculateurs. Une fois ce « nettoyage » opéré, le cycle reprenait... C’est ce que l’on a appelé l’« effet Pesos ».

De fait, la quasi-totalité des bulles financières suivent le cheminement de l’effet Pesos - dont celle des subprimes - et c’est pourquoi je me propose ici de chercher à en identifier les racines.

Reconnaissons d’emblée que la problématique de prise de risques par les professionnels est délicate et difficile à appréhender. De fait, les traders, gérants et autres opérateurs ne se soucient pas des intérêts à long terme des banques car la survie ou la pérennité de leur employeur est bien la moindre de leur préoccupation lorsqu’ils initient une opération. Une manière d’amortir ce constat inquiétant en responsabilisant ces traders consisterait à plafonner leur rémunération fixe en leur distribuant des bonus sous forme de titres de leur employeur, titres revendables seulement sous certaines conditions. Cependant, la méthode se révèle inefficace en période d’euphorie des marchés où l’on assiste à une escalade des rémunérations et à un effondrement des garde-fous. De plus, et contrairement aux autres domaines d’activité, il semblerait bien que la compétition exacerbée ne produise pas que des effets bénéfiques dans le domaine bancaire. Certes, la concurrence améliore le service à la clientèle tout en éliminant les maillons faibles de la profession. Cependant, une compétition au-delà d’un palier qui reste difficile à cerner est aussi un facteur potentiellement déstabilisant au sein du secteur financier car elle pousse les professionnels à des prises de risques accrues, principalement en période de taux d’intérêts bas ! Toujours est-il que cette prise de risque des professionnels est également - et paradoxalement - l’effet secondaire des réglementations très strictes imposées aux banques par les organes de régulation. En échange ou grâce à cette surveillance étroite et très spécifique des banques, les Etats sont à même de garantir une grosse partie des capitaux déposés dans ces établissements bancaires en cas de crise. Le problème est que les ratios capitalistiques requis par les autorités ne fluctuent pas en fonction de la conjoncture économique contraignant par exemple les banques à augmenter leurs réserves en périodes de crises. Par ailleurs, cette notion même de prise de risques se doit d’être dûment appréhendée et circonscrite par les autorités de réglementation. Ainsi, à mon sens, doivent-elles adopter consistant à moduler leurs quotas capitalistiques à l’aune des cycles financiers et conjoncturels. Le banquier, qui n’est qu’un être humain, attend de son régulateur une attitude pro-active identifiant en permanence le niveau de risques induit par un marché donné. Il semblerait donc que cette protection consentie par les autorités conjuguée à la prise de risques exagérée du fait d’une concurrence intense produise en finalité des effets secondaires indésirables et pervers. De surcroît, ces réglementations et méthodes d’évaluation étant appliquées à l’ensemble des intervenants - soit banques, fonds de placement et fonds souverains - elles ont pour conséquence d’uniformiser le profil de ces intervenants, n’autorisant du coup pratiquement aucun à adopter des positions contraires. C’est ainsi qu’une "crisette" locale peut avoir des conséquences globales !

De fait, notre système porte en lui les germes de sa propre déroute tout comme le cancer qui serait en chacun de nous... En effet, tout système qui permet et favorise la croissance est nécessairement un système qui admet la contraction ou la crise financière. Nos autorités de réglementation acceptent et assument ce risque car, après tout, rien ne les empêcherait de remonter substantiellement les ratios capitalistiques sur opérations à risque de 7 -10 % aujourd’hui à par exemple 70 % ! Nos autorités assument et tolèrent ainsi les risques de défauts et de crises épisodiques car elles sont conscientes que c’est là le prix à payer pour faire nourrir et faire croître la bête ou le système. Cependant, ce seuil de tolérance reste du domaine du non-dit car les banques centrales ne souhaitent en aucun cas en faire un chèque en blanc à une industrie financière qui serait bien sûr tentée alors de prendre de plus en plus de risques car se sachant de toute façon couverte.

Abordons à présent la notion de traçabilité du risque qui pose problème car, dans la crise des subprimes, par exemple, le risque a précisément été "dilué" entre l’émetteur du prêt à savoir la banque, le débiteur et l’intermédiaire financier ou le courtier. C’est précisément cette dispersion du risque qui le rend difficile à identifier, à quantifier, à combattre. De fait, dans nos marchés financiers extrêmement sophistiqués d’aujourd’hui, nul ne peut dire avec précision où se situent les risques à maîtriser ! Ainsi, les banques ont-elles décidé de sortir ces prêts subprimes de leurs bilans car leur titrisation et la revente de ces titres subprimes leur permettait de transférer ce risque sur l’acheteur du titre. Pourtant, en procédant de la sorte, le détenteur du titre subprimes en savait moins sur le risque inhérent à son investissement que la banque émettrice !

Ces titres étant destinés à circuler librement dans le marché au gré des achats/ventes, comment dès lors leur accorder une valeur avec une question fondamentale à la clé : la valeur marché d’un tel titre correspond-elle à sa valeur économique ? Le prix d’un titre à un instant donné reflète-t-il toutes les informations disponibles sur ce titre à cet instant-là ? En effet, le prix marché d’un tel titre n’est, après tout, "que" le prix de la dernière transaction achat/vente et, en tant que tel, ne tient pas compte de facteurs tels que l’exagération, la panique ou la formation de bulles, autant d’éléments ayant un impact certain sur le prix marché et contribuant ainsi à dénaturer le prix économique du titre. Il y a donc le plus souvent un décalage important entre la valeur marché et la valeur réelle ou économique d’actifs financiers et c’est précisément l’acceptation de tels décalages qui génèrent les bulles financières et leur implosion subséquente. C’est le principal grief à formuler à l’encontre de nos politiques monétaires de ces vingt dernières années : de permettre au prix marché de dépasser largement la valeur économique et réelle de l’actif sous-jacent, autorisant ainsi la formation de bulles totalement incontrôlables.


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4 réactions à cet article    


  • Forest Ent Forest Ent 7 février 2008 12:39

    C’est vrai. Mais il est un peu tôt pour autopsier une crise qui ne fait que commencer et qui révèlera encore plein d’autres choses.

    Vous abordez beaucoup de thèmes différents : les ratios prudentiels, l’asymétrie d’information, ...

    Pour l’information, il faut que le grand public comprenne qu’il n’a le droit de jouer qu’avec le cash et les obligations. S’il touche aux actions, dérivés, matières, changes, composites, c’est qu’il est compétent ou cherche à se faire plumer. On rejoue le canal de Panama tous les 10 ans.

    Pour les ratios, leur principe général est le contrôle du leverage. Oui mais le levier est appuyé sur quoi ? Comment s’assurer que les actifs sous-jacents ne sont pas survalorisés ? Une vraie belle bulle se nourrit avant tout de la croissance de crédit basée sur la survalorisation d’actifs, et le système US est royal là-dessus.

    Une "surprise" future de cette crise portera sur les prudentiels des dérivés. On raisonne aujourd’hui en engagements nets. Les défaillances proches d’établissements de crédits vont montrer que les "couvertures" sont relatives, c’est à dire présentent un risque systémique de "non couverture", et il faudra alors regarder les engagements bruts. On n’a pas fini de digérer la leçon de LTCM, qui n’a été qu’un aimable prélude, avec un leverage de 30.

    L’engagement brut mondial en dérivés représente 100 fois la dette totale US. Imaginons les conséquences d’un tout petit défaut de paiement.


    • Internaute Internaute 7 février 2008 14:56

      Une autopsie se fait sur un cadavre. Votre titre laisse supposer que la crise est finie ce qui ’est pas le cas. Elle est bien vivante et son autopsie viendra plus tard.


      • S2ndreal 8 février 2008 14:18

        Je souligne avec beaucoup de plaisir un point de votre texte. Vous remarquez que les marchés financiers ne sont pas "efficients". C’est le terme technique utilisé pour dire que ces marchés reflètent totalement et parfaitement toutes les informations disponibles au travers de l’indicateur du prix du marché. Je m’associe avec vous sur ce point. Chaque bulle ou réaction du marché dite que ce dernier n’est pas "efficient".


        • ragoa 10 février 2008 22:24

          Quand certains en pleurent, d’autres en rient ? http://rescuedefeasance.com.

          Est ce, ce que l’on pourrait appeler une retournement de tendance ?

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