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Tilly-Sabco, malgré les bonnets, la fin de l’aventure

Chronique d'une mort annoncée

Le tribunal de commerce de Brest a prononcé mardi 30 septembre la mise en liquidation judiciaire de l'entreprise de production de volailles congelées Tilly-Sabco. La société avait été déclarée en cessation de paiement par son PDG, Daniel Sauvadet, le 22 septembre. Au total 1000 emploi sont menacés, dont les 326 personnes de l’entreprise. La poursuite de l'activité a été autorisée jusqu'au 30 novembre afin de laisser le temps à d'éventuels repreneurs de se déclarer. Cette perspective paraît peu probable, au vu des démarches infructueuses menées jusqu’à présent.

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L’usine Tilly-Sabco
Photo : Reuters.

L’entreprise Tilly-Sabco est née du rapprochement en 1997 des sociétés Tilly (fondée en 1956) et Sabco (crée en 1982). L’usine est située à Guerlesquin dans le Finistère. Le chiffre d’affaire était de 136 millions d’euros en 2012, dont 80% à l’export de poulets congelés essentiellement vers la péninsule arabique.

La décision du tribunal n’est pas une surprise. Elle est la conclusion de la chronique d’une mort annoncée en janvier 2013 avec la réduction de 50% du système des subventions européennes dit des "restitutions", dont bénéficiaient Doux et Tilly-Sabco pour respectivement 55 et 19 millions d’euros annuels, puis leur suppression en juillet de la même année.

Les 18 derniers mois ont été émaillés d’actions comme des blocages de la RN12 en 2013 et 2014, le blocage de la gare de Guingamp en juillet 2014, une manifestation sur le port de Brest en juin de la même année, la destruction du portail de la sous-préfecture de Morlaix fin 2013. Actions menées en association avec le mouvement des Bonnets Rouges, alimenté par la crise de l’agroalimentaire breton en général. La déléguée CGT de Tilly-Sabco, Corinne Nicole, est par ailleurs porte-parole des Bonnets rouges.

La société a pourtant reçu divers soutiens comme celui de la députée européen-maire de Morlaix, Agnes Le Brun. Le versement par la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de Morlaix de 1 million d’euros fin mai dernier avait permis aux salariés de toucher leurs salaires ce mois-là. Ce versement était la part de l’emprunt de 4 millions autorisé par l’état en mars et financé par lui-même en association avec la région et la CCI de Morlaix. Lors d’une réunion le 22 novembre 2013 à Bruxelles entre le ministre de l’agriculture, des représentants de Doux et Tilly-Sabco et le commissaire européen à l’agriculture Dacian Ciolos, ce dernier avait ouvert la possibilité d’une subvention exceptionnelle de 15 millions d'euros en 2014, rappelant la fin du système des restitutions, à laquelle les producteurs français avaient eu 7 ans pour se préparer. Mais le versement d’une telle aide n’était pas envisagé avant octobre 2014. L’entreprise n’a pas tenu jusque-là.

Les restitutions, c’était quoi ?

Il s’agissait de subventions à l’exportation financées par la Politique Agricole Commune (PAC). Elles permettaient aux deux volaillers bretons, derniers bénéficiaires au cours des dernières années, d’être compétitifs sur les marchés de la CEI et de la Péninsule arabique, en particulier vis-à-vis de producteurs « moins chers » comme le Brésil. Considérant que les prix de production étaient structurellement plus élevés en son sein, l’Europe permettait une vente « à perte » au prix mondial en compensant la différence avec le prix réel par des subventions européennes. Ce système était considéré comme de la concurrence déloyale par l’organisation mondiale du commerce (OMC). Et, au fil des réformes successives de la PAC, les partenaires européens n’ont pas ressenti le besoin de maintenir un système qui ne profitait qu’à deux groupes français. Son arrêt était annoncé et le volailler de Guerlesquin, comme son concurrent Doux, fait figure d’une société ayant longuement vécu uniquement de subventions sans se préoccuper du mur vers lequel elle s’avançait résolument. La réalité est cependant plus nuancée.

Tilly-Sabco n’a pas eu les 7 ans annoncés par Dacian Ciolos pour se préparer à la fin des subventions. Ayant déposé le bilan en 2006 à la suite de la crise de la grippe aviaire, la société n’avait retrouvé une relative santé qu’en 2010 après une restructuration soutenue par une aide de 3,6 millions d’euros de l’état, autorisée par Bruxelles en 2009. Cette restructuration avait amené à une spécialisation renforcée dans l’export de Poulets congelés vers les Pays du Proche et Moyen Orient. Les différences entre les pays européens et l’ouverture des frontières à des productions intérieures de bien plus faible coût ont favorisé l’orientation des volaillers français dans cette voie. Pour les produits d’entrée de gamme, la filière avicole française s’est fait tailler des croupières sur les marchés français et européen par des producteurs allemands pouvant embaucher des travailleurs bulgares ou roumains aux conditions de leurs pays d’origine. Les petites structures françaises ne peuvent rivaliser avec les usines de productions géantes des allemands et des polonais. Ce problème se retrouve d’ailleurs aujourd’hui avec les légumiers et les producteurs de porc qui subissent l’arrivée sur le marché de produits polonais bien moins chers. Avant l’embargo, ceux-ci s’écoulaient sur le marché russe. Le bon virage, a priori raté par Tilly-Sabco, semble avoir été celui du haut de gamme comme le montre la réussite des poulets de Loués du groupe sarthois LDC. On peut penser qu’avec plus de temps pour se refaire une santé et une meilleure vision stratégique, Tilly-Sabco aurait adopté une telle orientation. Mais un autre facteur, spécifiquement breton cette fois, est sans doute venu boucher l’horizon.

Le 1er juin 2012, l’autre volailler breton, le Groupe Doux, était placé en redressement judiciaire. Il est d’une dimension bien supérieure à Tilly-Sabco (en mai 2012, 3500 salariés en France pour un effectif mondial de 10000). La solution adoptée fut de sacrifier le pôle « frais », causant la perte de 1000 emplois en France, pour se focaliser sur les produits transformés et l’export de poulet congelé à l’international, notamment vers les pays de la péninsule arabique. Cette société a été rachetée fin 2013 par Didier Calmels à hauteur de 52%. Le saoudien Al-Mujanem en acheté 25%. Au bilan, Doux se retrouve à présent sorti du redressement judiciaire et en renaissance spectaculaire, sans besoin de subventions. Mais pour y parvenir, il a renforcé sa présence sur le secteur que tentait d’occuper Tilly-Sabco, devenant la référence en Arabie Saoudite. La participation d’un saoudien au capital n’y est sans doute pas étrangère.

Les difficultés des deux volaillers étaient emblématiques du mouvement des bonnets rouges. Certains de leurs employés ont arboré le même symbole et la même solidarité. Nadine Hourmant, déléguée FO de Doux, médiatisée à partir de juin 2012, a été porte-parole du collectif des bonnets Rouges pour l’emploi en Bretagne avant de se désolidariser de ce mouvement, avec son syndicat, en novembre 2013. Pourtant, le redressement spectaculaire de Doux s’est fait inévitablement au détriment du petit Tilly-Sabco.

Il y avait donc bien un refuge pour un développement sans subventions dans la volaille à l’export, mais pas de place pour les deux volaillers bretons, seulement pour le plus fort. Le groupe Doux a clairement annoncé ne pas être intéressé par une reprise de son concurrent lors d’un entretien au Télégramme le 1er octobre 2014. « Je ne veux pas de problème pour écouler ma marchandise » a déclaré le président de son directoire. Il est clair qu’il aura bientôt un problème de moins.

Au final, pour la filière avicole comme pour le reste, les actions violentes et le rouge des bonnets constituent autant un exutoire nécessaire, et peut être intéressé, pour ceux qui perdent ou craignent pour leur emploi qu’un appel au secours vers un état qui ne peut pas tout, voire pas grand-chose. Cela permet d’attirer l’attention des médias et du gouvernement mais ne parvient pas à des résultats concrets en termes de sauvegarde d’emplois. L’idée de solidarité régionale induite est limitée à l’expression du mal être. Pendant ce temps, rien de nouveau à l’Ouest, les lois implacables du marché et de la concurrence s’appliquent naturellement partout. Les entreprises doivent trouver elles-mêmes les solutions pour leur survie. Celles qui ne sont plus que des gouffres à subventions non compétitifs disparaissent. Pour Tilly-Sabco aussi, les belles aventures ont une fin.


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9 réactions à cet article    


  • lsga lsga 4 octobre 2014 15:46

    Une excellente nouvelle.

    L’argent servant à subventionner ces industries polluantes et non respectueuses de la vie animale sera bien mieux utiliser ailleurs.

     


    • hawksmoore hawksmoore 4 octobre 2014 21:41

      mieux utilisé ailleurs ? en Ukraine par exemple ?
      désolé pour le sophisme, j’ai du mal à ne pas me sentir désolé pour tous ces ex-employés qui avaient besoin de ce boulot difficile et mal payé.


    • 1871-paris 1871-paris 6 octobre 2014 10:53
      Isga A raison, mais le soucis c’est que cette economie sera siphoné par le pact de responsabiltié et de compétitivité...

      Gouvernement de merde ! puissant avec les faibles, pleutre avec les forts !

    • crac_1_bourre-pif crac_1_bourre-pif 6 octobre 2014 14:59

      Quel mépris ! Votre bonnet phrygien vous va comme des mitaines à un crapaud...


    • lsga lsga 7 octobre 2014 11:10

      Ceux qui détruisent l’écosystème Breton, qui vivent grassement de subventions d’État, et votent à Droite élection après élection ne méritent que le mépris. 


    • trobador 5 octobre 2014 01:01

      Beurk ! Vive la merde.


      • Yohan Yohan 5 octobre 2014 09:54

        Tilly Sabco c’est un avatar d’un certain type de production. Cela ne signifie pas grand chose, la Bretagne n’est pas pour rien la Région agroalimentaire n°1 en Europe. Les Bretons ont compris que pour maintenir cette position, il était préférable d’éviter de produire de la merde...Beaucoup de PME agro visent maintenant la qualité made in Breiz. 


        • Yohan Yohan 5 octobre 2014 09:57

          PS, comme pour le textile, nous n’avons que le choix du haut de gamme puisque nous ne pouvons pas rivaliser avec les pays émergents pour produire à bas coût. Produire du poulet à bas coût chez nous pour exporter dans les pays pauvres, c’est débile et ça ne pouvait pas durer


          • crac_1_bourre-pif crac_1_bourre-pif 6 octobre 2014 14:50

            « le commissaire européen à l’agriculture Dacian Ciolos [...] avait ouvert la possibilité d’une subvention exceptionnelle de 15 millions d’euros en 2014 »

            Pour rappel, la France contribue généreusement au budget de l’UE à hauteur 21 milliards d’Euros. Une fois que l’UE s’est mis dans la poche 7 milliards d’Euros pour payer grassement ses apparatchiks, elle nous restitue seulement 14 milliards d’Euros. Voir la conférence « l’Europe c’est la paiE » de François Asselineau (de UPR, Union Populaire Républicaine) à ce sujet. Donc ce ne sont pas des « aides Européennes ». C’est une imposture grossière. Ce n’est que de l’argent payé par les Français qui nous revient, en partie seulement, mais le pire c’est que ce n’est même pas un élu Français qui décide de l’attribution de ces « aides », mais un commissaire élu par personne, en l’occurrence le commissaire européen à l’agriculture Dacian Ciolos dont personne n’a jamais entendu parler !

            « Et, au fil des réformes successives de la PAC, les partenaires européens n’ont pas ressenti le besoin de maintenir un système qui ne profitait qu’à deux groupes français. »
            Alors là c’est le pompon ! Vous rendez-vous compte de la stupidité du système ? Ce sont des étrangers élus par personne qui décident de ce qu’on fait en France avec l’argent payé par le contribuable Français ! Pour qui se prennent-ils pour décréter que telle entreprise Française vaut la peine oui ou non d’être renflouée avec l’argent des Français ? Ils n’ont aucune légitimité et ne représentent personne (sinon que des lobbys).

             « Ce système était considéré comme de la concurrence déloyale par l’organisation mondiale du commerce (OMC). »
            On parle de négociation à l’OMC ? Mais qui représente la France à l’OMC ? Ce n’est même plus un Français mais encore un obscur commissaire européen au commerce extérieur, élu par personne ! Ce commissaire représente les intérêts économiques complètement divergents des 28 pays de l’UE, autant dire qu’on n’entend même plus la voix de la France au niveau de l’OMC. Merci l’UE !

            « Pour les produits d’entrée de gamme, la filière avicole française s’est fait tailler des croupières sur les marchés français et européen par des producteurs allemands pouvant embaucher des travailleurs bulgares ou roumains aux conditions de leurs pays d’origine. »
            Grâce à l’UE, notre agriculture Française se retrouve en concurrence frontale et déloyale avec l’agriculture Allemande, alors qu’en Allemagne il n’y a pas de SMIC, du coup on se fait laminer par des travailleurs des pays de l’Est payés au lance-pierre en Allemagne ! Que c’est bien l’UE !

            « Les petites structures françaises ne peuvent rivaliser avec les usines de productions géantes des allemands et des polonais. Ce problème se retrouve d’ailleurs aujourd’hui avec les légumiers et les producteurs de porc qui subissent l’arrivée sur le marché de produits polonais bien moins chers. Avant l’embargo, ceux-ci s’écoulaient sur le marché russe. »
            Et voilà, pour nous achever encore un peu plus, après avoir cherché à nous priver de la vente des frégates Mistral à la Russie (-1 milliard d’Euros, rien que ça !), l’UE n’a rien trouvé de mieux qu’imposer à la France l’embargo des produits agricoles à la Russie, asphyxiant encore un peu plus l’agriculture Française. Bravo l’UE !

            Il est urgent de sortir au plus vite de l’UE ! Aujourd’hui il n’y a que François Asselineau (UPR) qui est carré sur cette question, et qui dit la vérité aux Français. Allez donc voir ses conférences (« Qui gouverne la France ? », etc) sur le site de l’UPR, et finissons-en au plus vite avec l’enfumage Européen !

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