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Travail non qualifié : Smic, un outil à tout faire ?

Le Smic à 1500 euros ? C’est une évidence pour le Parti socialiste. L’augmentation du salaire minimum est-elle forcément une évidence ? Peut-on même poser cette question ?

Au-delà du débat sur le capitalisme et une alternative à ce système, nous nous trouvons dans une économie de marché dans laquelle le gouvernement intervient afin de compenser les inégalités de distribution de revenus. Il y a plusieurs façons d’intervenir et le débat est souvent idéologique. Je souhaite présenter ce débat en abordant le rôle du salaire minimum et la possibilité de solutions alternatives.

Deux grandes familles d’intervention :

- Les interventions post-marché. Le marché fonctionne et l’on utilise une taxation progressive associée à des transferts de redistribution afin de rendre les résultats du marche plus justes. C’est le cas de l‘impôt sur le revenu et des minima sociaux. Ce sont des interventions fiscales car présentes au budget de l’Etat. - Les interventions sur le marché pour modifier son fonctionnement. Un exemple est la mise en place d’un salaire minimum, qui est une intervention salariale

Un choix politique, idéologique, moral

Comment choisir entre ces types d’interventions ? Le salaire minimum est une intervention sur le fonctionnement du marché du travail. C’est une forme de prix plancher.

Pourquoi un salaire minimum ? Le salaire est lié à la productivité du travailleur et il n’y a aucune raison pour que la productivité des moins qualifiés induise un revenu suffisant pour vivre. Une intervention est donc nécessaire afin de permettre un revenu suffisant. Nous retenons en France une politique salariale qui intervient sur le marché.

Ce choix est en partie idéologique : utiliser le salaire minimum comme levier est en général associé à l’idée que le prix du travail, le salaire, n’est pas un prix comme les autres. Le salaire devrait être fixé sur des considérations de justice et d’équité et non d’offre et de demande. S’extraire des forces du marché n’aurait aucun effet négatif... Et souligner ces aspects négatifs est souvent associé à de l’extrémisme libéral.

Pourtant, d’autres solutions sont possibles, des actions fiscales qui permettraient le même revenu aux travailleurs moins qualifiés. Pourquoi augmenter le coût du travail non qualifié, ce qui va mettre certains travailleurs en dehors du marché de l’emploi ? Pourquoi ne pas utiliser un autre levier qui serait un levier post-marché en donnant à ces travailleurs un crédit d’impôt ou un impôt négatif ?

La réponse est à la fois d’ordre politique et idéologique

- Politique car un salaire minimum fait sortir le coût de la redistribution du budget de l’Etat. Beaucoup d’économistes vont donc soutenir le levier salarial plutôt qu’un levier fiscal pour cette raison. Nous avons donc un salaire minimum qui a un rôle de redistribution... Tout en excluant certains travailleurs non qualifiés du marché du travail.

- Idéologique, voire morale : Il y a une opposition à l’idée que les salaires soient des prix de marché. Certains verraient une prise en charge de cette redistribution par l’Etat sans passer par le Smic comme un cadeau fait aux employeurs. La réalité est bien sûr plus complexe car le marché est amoral par essence et cette amoralité ne peut être niée ou supprimée par la loi. La productivité et le salaire sont forcément liés et si l’on impose un salaire minimum au-delà de la productivité du travailleur non qualifié, cela va impacter négativement la décision d’embaucher.

Utiliser le Smic comme outil de redistribution ?

Le Smic est un outil extrêmement délicat à manier. Pour le travail non qualifié, le coût du travail joue beaucoup sur la demande d’emploi des entreprises. Une hausse du salaire minimum laissera des travailleurs non qualifiés en dehors du marché du travail.

Affirmer que la revalorisation du Smic n’est pas forcément une bonne chose pour les travailleurs non qualifiés est difficile sans une levée de boucliers et sans être taxé d’extrémiste libéral souhaitant uniquement augmenter les profits des patrons. Mais l’ultralibéralisme, si tant est que cela existe, c’est de laisser faire et de nier l’échec des mécanismes économiques traditionnels dans la redistribution du revenu vers les moins qualifiés et les plus pauvres. Je reconnais cet échec, et je reconnais le rôle essentiel de l’Etat. Je pense que le levier du Smic n’est pas optimum pour assurer un emploi aux non-qualifiés et leur assurer un revenu décent. Je suis proche des solutions proposées par l’économiste [Olivier Blanchard -> http://www.travail.gouv.fr/IMG/pdf/...] qui met plus de poids sur les leviers jouant ‘post-marché’ pour assurer une redistribution :
- Un impôt négatif sur les revenus du travail
- Des cotisations faibles ou nulles sur les bas salaires
- Un salaire minimum bas, jouant le rôle d’ancre et n’étant donc pas le principal moyen de redistribution pour les travailleurs non qualifiés

Les solutions doivent êtres globales

Raisonner uniquement sur le Smic est réducteur, il est essentiel d’agrandir le cadre de la réflexion et d’intégrer la redistribution vers les chômeurs et la lutte contre la pauvreté. Cette vison globale est essentielle pour aider efficacement les plus pauvres et les moins qualifiés, éviter les effets de seuil en maintenant l’incitation à l’emploi. Olivier Blanchard (« Être de gauche n’est pas être ignorant », Libération, 8 janvier 2001) décrit les outils dont nous disposons :
- Un salaire minimum afin d’éviter des abus
- Un revenu minimum pour éviter les drames
- Un impôt négatif pour éviter les effets sur l’emploi.

À plus long terme, je rajouterai la formation, le reclassement, l’éducation.

La frontière du salarial (intervention sur le marché) et du fiscal (post-marché) doit tomber ([vacarme->http://www.vacarme.eu.org/article82...]). Le Smic ne doit pas être un champ de bataille idéologique et ne doit pas être l’instrument principal de redistribution vers les moins qualifiés. Attention ! Le problème prend et va prendre une importance grandissante : les inégalités de produit marginal du travail augmentent car la globalisation et le progrès technologique introduisent un biais envers les plus qualifiés.

par Jimd (son site) jeudi 31 mai 2007 - 13 réactions
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  • Par claude (xxx.xxx.xxx.171) 31 mai 2007 16:03
    claude

    @ finael,

    j’ai un parcours semblable au vôtre... 3 diplômes niveau bac+ 2 (deug, dut et bts) le dernier ayant été passé à 50 ans pour compléter l’éventail de mes compétences... et je suis payée au smig, plutôt à moitié, car à cause d’une maladie chronique invalidante, je ne peux travailler qu’à mi-temps...

    et ils sont nombreux le gens comme nous, qui faute de trouver chaussure à leur pied, préfèrent le smig au chômage...

    bon courage smiley

  • Par faxtronic (xxx.xxx.xxx.45) 31 mai 2007 15:02
    faxtronic

    Si tu n’es pas qualifié en France, tu as trois solutions a moyen et court terme du fait de la mondialisation :

     De qualifier et te former continuellement (quelque soit les moyens). Mais d’ailleurs tout le monde doit se former continuellement pour se considere qualifié, il est illusoire de se considerer qualifié une fois pour toute.

     Te faire self-made-man (cela peut marcher mais c’est dur et hazardeux), mais par exemple tu peux ouvrir un commerce, ici en belgique il y a plein de night-shop, d’epicerie de nuit. Cela peut etre fait en France aussi, c’est vachement pratique.

     Te suicider

  • Par Jimd (xxx.xxx.xxx.179) 31 mai 2007 15:58
    Jimd

    merci,

    le but du smic est d’etre le salaire le plus bas et donc devrait correspondre au travail le moins qualifie. le fait qu’une personne qualifie soit paye au smic peut demontrer l’echec de ce salaire qui va exclure les moins qualifie.

    les postes non pourvus sont plutot un chomage structurel lies a l’inadequation offre demande. la politique de minimas sociaux, d’impot negatif ou bien de salaire minimum n’est pas un levier pour lutter contre cette inadequation. cela va dependre de la mobilite geographique et professionnelle, de la formation...

    quant a l’ideologisme.... je ne fait pas de blanchard un hero mais je trouve interessant que l’on puisse etre un economiste de renom et accepter les echecs du marche et discuter de politiques interventionistes. Ce n’est pas la caricature souvent faite des economistes extremistes liberaux.

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