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Accueil du site > Actualités > Economie > Travaillez plus Madame Z., mais surtout pas après 17h.....

Travaillez plus Madame Z., mais surtout pas après 17h.....

......parce qu’il faudrait pas voir à pousser le bouchon des revendications salariales trop loin, Madame Z., soyez raisonnable.

On l’avait tous bien compris, ce fameux "travailler plus pour gagner plus", qui commence à sonner aux oreilles de tous comme un gimmick insupportable ayant largement dépassé le stade du comique de répétition, suggérait la possibilité ( a priori laissée au choix du salarié) de travailler plus longtemps sur une journée, une semaine ou un mois, afin de gonfler sa fiche de paie grâce aux heures supplémentaires qu’il aurait effectuées.

Les entreprises, dans l’absolu, étaient censées y trouver leur compte en se permettant ainsi de ne pas renouveler certains postes libérés du fait des départs naturels de leurs employés ou du fait de plans organisés incitant monétairement au départ volontaire, en repartageant le travail sur les effectifs toujours présents : effectivement, Madame Z, secrétaire de son état qui affiche 15 ans de bons, loyaux et réguliers services au sein de son entreprise pour 1687€ nets par mois, et qui reprend le périmètre de Josianne partie en retraite, puis de Ghislaine et Lolotte, partie en reconversion externe parce qu’on leur a filé de la thune, se retrouve donc seule aujourd’hui, à effectuer des tâches qu’elles étaient encore quatre à se partager rien qu’en juin dernier.
 
Madame Z, puisqu’on ne lui a manifestement pas demandé son avis avant de lui coller dans les pattes le boulot de ses anciennes collègues, décide d’en prendre son parti et reporte tous ses espoirs de gratification pécuniaire (parce qu’une médaille du travail, elle le sait, a jamais servi à acheter du Panzani chez Carrouf) sur l’éventualité, bien méritée selon elle, d’une augmentation.
 
-Bah quoi, pense-t-elle, de quatre salaires "on" passe à un, "on" va bien trouver moyen de s’arranger pour m’en donner un peu plus, surtout que je compte pas ma peine, moi.
 
Mais Madame Z. se fourvoie. 
 
 
-Soyez raisonnable, s’entend-elle répondre, l’entreprise est dans une démarche d’économie de masse, nous ne nous séparons pas de nos salariés dans l’optique d’augmenter ceux qui restent. Si vous voulez que nous puissions vous verser vos 23,04€ bruts d’augmentation annuelle, cessez de réclamer plus.
Madame Z. acquiesce.....non pas qu’elle veuille mettre en danger la santé financière de son employeur par ses desiderata manifestement incongrus et disproportionnés, mais elle y tient, à ses 23€ bruts annuels : ça couvre même pas l’augmentation du loyer qui lui, en prend bien plus dans la tronche chaque premier janvier bien sûr, mais elle a conscience que toutes les entreprises ne font pas ce geste une fois l’an. Elle se sait privilégiée, alors elle se la boucle.
 
-Tant pis, se résout-elle, je ferai des heures supp’. Il parait qu’on peut gagner plus quand on travaille plus.
 
Et du travail en plus, Madame Z., elle en a.
 
Car au delà de son désir d’apporter un peu plus de monnaie dans la cagnotte familiale chaque fin de mois, le fait est que Madame Z. est littéralement débordée et submergée de travail.
Elle ne comptabilise pas moins de six patrons ("Quand on finit par avoir plus de patrons que de salariés, c’est qu’il y a un problème", lui a doctement asséné une amie), gère le secrétariat de plus de 200 personnes, a trois postes téléphoniques (et encore, elle a réussi à négocier qu’on ne lui en mette pas un quatrième) qui parfois sonnent tous au même moment, et multiplie les casquettes.
Dans sa tête, l’équation est simple : d’un côté on lui quadruple sa charge de travail, de l’autre on lui tanne le cuir en l’incitant à travailler plus pour ramener plus de pépettes à la maison. Donc Madame Z., qui est une personne sensée, commence à faire des heures supplémentaires.
 
Oh Madame Z. ne cherche pas à resquiller et à entourlouper son patron en lui collant sous le pif une dette astronomique d’heures supp’ à payer dans les plus brefs délais hein, non, loin de là ! Madame Z. est réglo et ne veut pas contourner la convention collective !
D’abord, elle pointe. En tant que simple agent en bas de la hiérarchie interne, elle a le droit de commencer à travailler dès 07h35 le matin et doit dépointer avant 18h30 le soir. Et puis son compteur de temps effectif de travail, celui qui est relié à la pointeuse, ne lui permet pas d’effectuer plus de 10h supp’ par mois : au delà, il se bloque et ne prend plus en compte les heures réellement travaillées. Mais pour Madame Z., 10h en plus dans le mois, ça reste satisfaisant : elle peut ainsi éponger la dose de travail qu’on lui donne, et ramener du beurre à coller sur ses épinards.
 
Donc Madame Z. commence à rester tard le soir. Et elle aime plutôt ça en fait. Le temps que les bureaux se vident, elle a plus d’une demi heure devant elle pour rattraper son retard de la journée, une demi heure où ses téléphones ne sonnent plus, une demi heure pendant laquelle personne n’est plus là pour lui rajouter du boulot, une demi heure de quasi quiétude durant laquelle elle ne chôme pas mais dont elle savoure le calme. Elle fait ça quelques jours par semaine, histoire de ne pas dépasser ce fameux quota de 10h maximum, et s’en trouve satisfaite.
 
Puis arrive la fin du mois, avec la fiche de paie. Madame Z. est pressée de voir ce que lui ont rapporté ces quelques heures en plus. Mais là, surprise : non seulement son salaire n’a pas varié d’un kopek, mais une feuille à l’en-tête de l’entreprise est jointe au bulletin de salaire.
"Dans la continuité de la dynamique d’effort global d’austérité et d’économie que notre entreprise suit depuis fin 2008, la décision de ne plus payer les heures supplémentaires au personnel non cadre a été prise lors du dernier Comité de Direction".
Madame Z. en tombe sur le cul du haut de l’armoire. Que vont devenir ces heures effectuées le soir,pense-t-elle.
"Les heures supplémentaires déjà comptabilisées ne seront pas monétisées, mais donneront droit à autant de journées de récupération, avec aval de la hiérarchie locale de chaque salarié, en raison des besoins du service".
Des jours de récup’.....ça non plus, ça paie pas les steaks hachés et le gaz, se dit Madame Z. en soupirant, mais bon ! Une journée de récupération dans le mois, si elle est correctement placée, ça peut rendre service. Pour amener le petit dernier chez le dentiste, voir son banquier ou simplement partir en week-end.
Madame Z. est déçue, mais pas trop trop non plus. On lui laisse son droit à travailler plus pour...euh....pour gagner autre chose, et c’est toujours ça.
 
Donc Madame Z. continue à travailler après 17h, d’abord parce qu’il lui faut bien exécuter toutes les tâches qu’on lui confie et que 7h21 dans une journée n’y suffisent pas, et puis parce que finalement, cette histoire d’heures récupérées ne lui déplait pas totalement. Madame Z. cumule les demi heures de rab péniblement, et lorsque son compteur affiche enfin 8h de temps supplémentaire, elle décide de s’offrir un petit extra bien mérité en demandant à ne pas travailler le mercredi d’après. Les gamins seront contents, on ira faire de la trottinette et ce sera toujours une journée de garderie économisée, se dit-elle. Elle remplit donc son bulletin de demande d’absence, coche soigneusement la case "motif : heures travaillées non monétisées et récupérées" et envoie le tout à sa hiérarchie pour accord.
 
Hiérarchie....qui refuse. Pour la seule et simple raison qu’une seule journée d’absence aussi peu anticipée de Madame Z. mettrait grandement en danger, du fait de l’importante charge de travail qui repose sur les épaules de Madame Z., secrétaire de base à 1600€ par mois, la continuité du service. En gros, Madame Z. est indispensable. Ce serait flatteur si ça n’était pas surtout aussi grotesque et nauséabond.
 
Mais Madame Z. ne se démonte pas, ces heures, elle les a travaillées, elle ne les a pas passées à faire du tricot pour une association caritative tout d’même, alors elle y a droit. Elle reformule donc sa demande, mais pour le mercredi suivant, en pensant naïvement que deux semaines d’anticipation à une seule pauvre journée d’absence d’une secrétaire devraient être suffisantes à faire en sorte que la boite ne s’écroule pas mercredi soir.
 
Et sa hiérarchie refuse encore.....pas par écrit cette fois ci. Madame Z., à réception de son bulletin d’absence, est appelée à se rendre immédiatement dans le bureau de son responsable de service, lequel lui explique d’un ton sec qu’elle commence à pousser un peu trop loin les demandes diverses et variées. Les journées récupérées, si elles ne coûtent effectivement rien en globalité-entreprise, ou tout du moins, pas autant que les heures supplémentaires, coûtent cependant sur la durée, en terme de retards et de tâches non effectuées à rattraper en ayant un effet boule de neige désastreux. En gros, pendant que Madame Z. fait de la trottinette avec ses gamins, personne ne fait son boulot, et ça, ça craint grave.
-" Vous comprenez, nous travaillons en effectif réduit, plus d’un tiers du personnel n’a pas été remplacé pour faire des économies, et si tout le monde, dans ces circonstances, devait s’absenter inopinément une journée par mois, ce serait l’organisation totale de la boite qui serait réduite à néant, lui explique le responsable."
 
Madame Z. a bien envie de lui dire que quelque chose ne tourne pas rond dans son raisonnement, que si une quantité de travail en augmentation constante est effectuée par un personnel sans cesse réduit, et qui en plus, n’a pas le droit de faire des heures supplémentaires pour exécuter toutes ses tâches, il y aura forcément un moment où l’organisation totale se pètera allègrement la gueule dans la poussière. 
 
Mais Madame Z. se tait.
 
Madame Z. se contente de hocher la tête en pensant très fort qu’elle s’est bien fait couillonner, que le "travailler plus" ça, elle y a eu droit et pas qu’un peu, mais que le "gagner plus" elle peut toujours s’assoir dessus et attendre l’hiver.
 
Et Madame Z. c’est bibi, ma pomme, moi, me myself and I. Moi qui en suis arrivée à ne plus prendre de pause déjeuner quelques midi par semaine pour pouvoir éponger la dose de boulot qu’on me file, et pour donner la satisfaction temporaire et superficielle du "tout va bien" à mes patrons en quittant le bureau à 17h00......
 

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86 réactions à cet article    


  • BABAYAYA BABAYAYA 12 novembre 2010 11:02

    @ l’auteur :


    Effectivement combien de personnes en sont à ce point.........

    Personnellement j’appartiens à un corps de métier où les heures sup sont un quotidien et elles sont rarement payées...... Quand pour tenir vos délais vous faites 280 heures par mois (oui oui j’ai bien dit 70 heures /semaines....14/jours), arrive un moment vous lachez tout.......
    mais je m’estime heureux encore, j’ai un salaire correct (qui cela dit si je le ramène au taux horaire, là il deviens ridicule...).

    bonne jjournée à vous.

    • Lisbeth Ker Carradec Lisbeth Ker Carradec 12 novembre 2010 11:09

      Hello
      Le seul message qu je voulais faire passer est que, nombre de grandes entreprises ont effectivement augmenté le ratio charge de ravail par personne, et interdisent à leur salarié d’effectuer des heures supp’ (quand bien meme les salariés le désirent, par nécessité sociale en raison de la dose de taff qui s’accumule, ou par necessité financiaire).
      C’est le cas pour moi : j’ai l’obligation d’assumer une charge de boulot qui a quadruplé dans un tranche horaire que ne doit absolument pas varier.


    • BABAYAYA BABAYAYA 12 novembre 2010 11:19

      oui, oui, une de mes meilleures amies est exactement dans votre cas...

      à ceci près qu’elle n’a que 2/3 années d’expérience... de ce fait elle n’ose
      encore moins dire les choses...



    • Yvance77 12 novembre 2010 11:22

      Bonjour,

      Très très bon post, touchant, criant de vérité. Petit à petit, c’est la descente aux enfers de la corvéabilité. Et personne pour s’en émouvoir, et surtout pas les petits capos de toutes les entreprises qui font le jeu à merveille pour ces enflures du Merdef.

      Mais au-delà de ceci, ce qui est encore plus triste à écrire, c’est que sous peu vous aller faire partie de la classe des nantis : ceux qui ont un job avec un salaire de misère.

      Pour les autres ça va être faire la queue avec ticket de rationnement devant les enseignes de feu le grand Coluche.

      A peluche


      • LeGoJac 12 novembre 2010 11:37

        Madame,
        J’ai une très mauvaise nouvelle pour vous.
        Vous ne sauverez pas votre entreprise/emploi.

        Sincèrement désolé de la brutalité de mes propos.


        • Lisbeth Ker Carradec Lisbeth Ker Carradec 12 novembre 2010 11:48

          ....sans doute.....le coup du pansement sur la jambe de bois hein....on colmate les breches pendant que le navire coule....ça doit etre de l’instinct de survie, ou quelque chose d’atavique s’en approchant...


        • exocet exocet 12 novembre 2010 12:06

          Sans vouloir donner de conseils...
          J’ai un peu vécu celà il y a qques années.
          Deux ans de travail façon mitrailleuse du taf 9 heures par jour.
          En remerciement mes trois petits chefs m’ont lâché comme une m.... lorsqu’il a fallu faire un peu plus d’économies.
          Cherchez des à présent du travail ailleurs, quittez au plus vite cette boîte de nazes.
          D’autant plus qu’étant en poste, vous trouverez cent fois plus facilement du travail que si vous attendez d’être victime d’une depression nerveuse ou chômeuse.
          Courage, fuyez !


          • Sachant Sachant 12 novembre 2010 23:14

            Il a raison exocet

            Courage, fuyons !

            Et laissons les dans leur mrd...


          • fonzibrain fonzibrain 12 novembre 2010 12:51

            quand je pense à ces ouvriers quii ont voté pour sarko, je rigole comme un dingue !!!!!!


            ils avaient quoi dans la tete ???????,

            qui n’a pas encore compris que les entreprises ont pris le pouvoir, la lutte des classé a été gagné par les millieux financiers.

            tant que les gens seront pacifiés et ne comprendront pas que la seule option qui peut porter ses fruits est la radicalité.

            sortir tous l’argent des banques et lancer un mouvement révolutionnaire ave terreur et guillotinage du roi.

            ils me font rire les gens qui disent que la violence ne sert à rien tout en disant que la Révolution française a été utilie, un peu de cohérence s’il vous plait !!!


            bref, je suis désolé pour vous, désolé que vous ayez à supporter ce méga couillonage.

            notre destin nous appartient, il ne tient qu’à nous de le montrer


            • bob 12 novembre 2010 12:54

              Excellent article, travaillez-vous dans mon entreprise ?

              Prochaine étape à vos tourments : la panne informatique qui fera disparaitre vos heures supplémentaires et votre peine à prouver que vous en avez fait ( parce que curieusement, personne n’aura remarqué que vous avez travaillé de manière exponentielle ces derniers temps).

              Etape suivante : suite à vos récriminations permanentes, diminution de salaire ( montant à voir avec les cadres mais relativement conséquente)

              Etape suivante : emploi d’un stagiaire-étudiant plus ou moins rémunéré supposé faire votre travail. Le nouveau venu est persuadé d’ètre embauché à la fin de son stage ( que c’est naif à cet âge-là)

              Etape suivante : votre mutation comme élément anarchiste et séditieux dans un autre service puis fermeture du service.

              Etape suivante ( pour vous) : congés-dépression ou burn-out fortement appuyé par votre direction ( ou c’est la porte)


              • Fergus Fergus 12 novembre 2010 12:55

                Demat, Lisbeth.

                Excellent texte qui, mieux qu’un texte sociologique formel, met en lumière l’ampleur de la couillonnade, pour ne pas dire de l’escroquerie intellectuelle, qu’a été le « travailler plus pour gagner plus » de Matamore.

                Salutations aux amis de Pont-L’Abbé et Plobannalec.

                Kenavo.


                • Radix Radix 12 novembre 2010 13:25

                  Bonjour madame

                  Excellent article !

                  Je m’y retrouve un peu, vu qu’actuellement je fait le boulot de deux personnes parties en retraite et non remplacées... En plus du mien cela va sans le dire (mais c’est mieux en le disant).

                  Boulots qui n’ont rien à voir avec le mien et pour lesquels je n’ai aucune aptitude, ni goût d’ailleurs.

                  Je fais le dos rond car dans un ans et demi je suis à la retraite... Vous n’avez pas cette ultime porte de sortie !

                  Ceci dit, comme je sais que je ne serais pas remplacé, je minimise à mort le travail que je fait, ce qui va leur faire une grosse surprise !

                  Radix


                  • Philippe95 13 novembre 2010 00:36

                    Remboursez-vous 6 mois avant : Plantez votre taf et jouez la flemme. Ils seront coincés. Mais soyez sûr que ce n’est pas facile. Par contre la vengeance est délicieuse de pouvoir faire un bras d’honneur aux petits chefs.


                  • kemilein 12 novembre 2010 13:41

                    Question : vous avez voté pour qui ? Car beaucoup aujourd’hui se plaignent de ce pour quoi(qui) ils ont voté... et là j’avoue que vous ne me ferez pas pleurer.

                    Vous savez ce que vous écrivez, moi et ma petite tête de neuneu du monde, philosophe à deux balles, crétin qui croit tout savoir (c’est ce que tout le monde me dit depuis... 13 ans je crois), moi, ce pauvre cancre, j’avais exactement prédit cela.

                    Comme quoi, si même un pof con comme moi l’avait vu venir, comment se fait-ce que beaucoup aient voté pour cette merde ?


                    • Lisbeth Ker Carradec Lisbeth Ker Carradec 12 novembre 2010 16:22

                      Réponse : Besancenot au 1er tour et blanc au second.
                      Sans avoir prédit ce que je vis actuellement, je pressentais le danger potentiel de l’arrivée au pouvoir du Petit Personnage, et ma culture personnelle m’empechait radicalement d’offrir ma voix à quelqu’un extrait d’une droite trop visiblement nantie et deja à l’epoque débordante de suffisance.


                    • Philippe95 13 novembre 2010 00:41

                      Ben oui mais blanc au second = 1/2 voie pour ce machin pour lequel je n’ai plus de mot aussi vulgaire que lui. Royal aurait été mieux, quoi qu’elle aie fait.


                    • dupont dupont 12 novembre 2010 13:52

                      Le « toujours plus » existe, c’ est indéniable et la pression est mise dans ce sens. De là à le dénoncer par l’outrance « faire le travail de 4 », c’est contre argumenter car cela s’interprète comme le fait que trois d’entre elles n’avaient pas grand chose à faire.


                      • bob 12 novembre 2010 14:09

                        @ dupont,

                        Ben pas vraiment. Si l’on attendait de vous le travail de 1 et que vous en faites 1.5, deux personnes comme vous suffiront à faire le travail de 3 et ainsi de suite. Autrement dit, au lieu du travail de 3 fait par 3, on aura le travail de 3 fait par 2 et probablement mieux car l’un d’eux aura trouvé une astuce pour permettre une meilleure productivité.
                        Au demeurant, les cadres touchent leur bonus ( l’entreprise étant pourtant supposée faire des économies) pour leur incapacité chronique et les travailleurs touchent du bois pour avoir le plus ( en vacances ou en finances)


                      • dupont dupont 12 novembre 2010 14:33

                        Bob,
                        Ce n’est pas ce qui est avancé, mais pour vous suivre :
                        La première question est : « c’est quoi le travail de 1 ? ». Si le travail de 1 nécessite 7 heures, il faudra faire 10.50h pour faire le travail de 1.5. Donc faire le travail de 4 nécessiterait 28 heures par jour...
                        Tout cela se chiffre aisément dans le domaine industriel, un peu plus difficilement dans le domaine administratif, et pour cela il existe des techniciens d’organisation, notamment dans les grandes entreprises, qui à partir de temps unitaires ou d’observation du titulaire du poste peuvent déterminer « une production ».
                        Reste que le fait d’être au four et au moulin : tâches variées, donneurs d’ordres multiples, téléphone, mail etc. génèrent un stress certain et rendent très difficile le bouclage d’un dossier pour lequel il faut s’y reprendre à plusieurs fois. 


                      • bob 12 novembre 2010 15:12

                        @ Dupont,

                        Le travail de 1 n’est pas perçu en temps mais soit en production soit en productivité. Cela veut dire que le traitement de 100 dossiers en 7 heures ( temps de référence pour la loi) peut ètre amélioré grâce à une productivité plus importante ( d’ou l’ineptie d’engager un débutant ou un stagiaire qui fera chuter la productivité). En d’autres termes 100 dossiers en 1 journée peuvent se transformer en 150 dans la même journée ET POUR LE MEME TEMPS. Or ce que n’ont pas prévu nos sympathique cadres c’est que le personnel est inégalement réparti : certains sont productifs, d’autres non, certains sont payés à ne rien faire ( les cadres par exemple) alors que d’autres sont sous-payés à faire le travail de plusieurs ( le simple quidam comme l’auteure par exemple).
                        Quant à regarder ce que les subalternes font, vous admettrez que cela ne mérite pas le salaire que leur octroie leur entreprise et ce particulièrement au vu des résultats de cette observation.

                        Votre dernière phrase est entièrement vrai et rappelle à quel point une entreprise a besoin d’agents compétents et travailleurs. Les écraser nuit finalement plus à l’entreprise qu’autre chose, quant au client et au salarié de base, ce sont les cocus de ce type de réorganisation.


                      • pilhaouer 12 novembre 2010 15:23

                        "Tout cela se chiffre aisément dans le domaine industriel, un peu plus difficilement dans le domaine administratif, et pour cela il existe des techniciens d’organisation, notamment dans les grandes entreprises, qui à partir de temps unitaires ou d’observation du titulaire du poste peuvent déterminer « une production ».« 
                        Hmmmm, aurions-nous affaire à un spécialiste des »ressources« humaines ?
                        Je lis une telle humanité dans cette phrase ... Vous vient-il parfois à l’esprit qu’un individu ne se »gère" pas comme une machine ou que la valeur de son travail pourrait ne pas être seulement calculée par rapport au temps passé ?
                        On peut toujours travailler plus, plus longtemps, ou plus intensivement, et naturellement, un jour on craque. Alors,faire le travail de 2, 3 ...
                        Ce qui est sur, c’est que si un employé travaille plus longtemps ou plus intensivement au risque de sa santé et qui plus est sans rémunération supplémentaire, l’employeur y voit rarement un problème et il n’y a pas de retour en arrière, toute baisse de régime sera sanctionnée .


                      • dupont dupont 12 novembre 2010 16:03

                        « ...alors faire le travail de deux, trois... »
                        Vous insistez. Mais bon, pourquoi pas. Ce n’est pas parce que je n’ai jamais su ou pu que vous n’en êtes pas capable.
                        Je n’ai jamais vu non plus dans des ateliers de fabrication (dans une grande entreprise) des chefs d’atelier réclamer une augmentation de production *2 et encore moins par trois dans une organisation du travail inchangée.
                        Augmenter de quelques % consécutivement à des modifications dans la chaîne de production relevait déjà de discussions houleuses. Mais encore une fois je reconnais ne pas avoir tout vu.
                        Dans le domaine administratif, on voit de tout, comme le souligne Bob ci-dessus : des gens débordés, d’autres beaucoup moins mais qui font plus de bruit, des tire-au-flanc, des zèlés, des fiables, des incompétents, des dépressifs, des boute-en-train, des cadres efficaces, d’autres qui s’obligent à ne quitter leur bureau qu’après 20h car avant ça ne se fait pas, des patrons compréhensifs, d’autres tête à claques (mais on se retient)...
                        Tout ça pour maintenir que prendre intégralement le travail de 2,3,4 personnes occupées à la bonne cadence ne me paraît toujours pas réalisable .
                        Quant à « charger la mule inconsidérément : multi tâches » je répète que cela est générateur de stress et in fine d’inefficacité. 


                      • pilhaouer 12 novembre 2010 18:55
                        Toyota - L’usine du désespoir
                        • Nombre de pages : 258 pages

                      • bob 12 novembre 2010 19:16

                        @ Dupont,

                        Malheureusement mon exemple tenait aussi pour l’industrie secondaire. Les cadres font pression sur les subalternes en faisant des promesses implicites qui se révèleront mensongères par la suite ( cf : l’article présent)


                      • Abderraouf 12 novembre 2010 14:23

                        Bonjour Madame,

                        Superbe texte merci infiniment.

                        On s’y croirait… Je m’explique, début Août, mon patron (aussi un ami pour mon grand malheur), me demande à propos d’un ami ingénieur expatrié, avec lequel on se partageait le travail et qui après plusieurs reconductions de contrats, voulait rentrer chez lui, si je pensais qu’on s’en sortirait quand même. J’ai répondu en gros dès l’instant où c’est lui qui veut rentrer chez lui, avons-nous vraiment le choix ? Il va bien falloir qu’on s’en sorte… Ce fût le cas avec toutefois deux fois plus de céphalées…

                        Avant lui, T était parti mais avait été remplacé, ce qui ne fût pas le cas de R., ni de C. Après lui, devinez qui en profite à chaque fois ?
                        Et là, ça fait une semaine rebelote, il me demande en aparté à propos d’un autre ingénieur dont l’entreprise a cette fois elle-même décidé de ne pas reconduire le contrat, si je pensais que je pourrais aussi prendre en charge son boulot après ? Il a toutefois ajouté « Dans le mesure ou ta charge de travail le permettrait évidemment… » et le désormais classique : si je pensais qu’on s’en sortirait quand même… smiley

                        Oui, Il s’en sortira... ils s’en sortent toujours...

                        Bon courage.


                        • Abderraouf 12 novembre 2010 15:21

                          Souvent stupides les transferts de transferts de courriels, mais pas toujours...
                           
                          Comment demander à votre patron, une augmentation.. ?

                          Dear Bo$$

                          In thi$ life, we all need $ome thing mo$t de$perately. I think you $hould be under$tanding the need$ of u$. We are worker$ who have given $o much $upport including $weat and $ervice to your company ...
                          I am $ure you will gue$$ what I meant and re$pond $oon.

                          Your$ $incerely,

                          A vous lire, la seule réponse que vous risquez d’avoir est la suivante :

                          Dear 

                          I kNOw you have been working very hard.. NOw a days, NOthing much has changed. You must have NOticed that our company is NOt doing NOticably well . NOw the newspapers are saying the world’s leading ecoNOmists are NOt sure if the United States may go into aNOther recession. After the NOvember presidential elections things may turn bad. I have NOthing more to add NOw. You kNOw what I mean .

                          Your Boss.


                        • bob 12 novembre 2010 15:26

                          Bof, je ne parle pas anglais. La réponse veut-elle dire oui ?


                        • Abderraouf 12 novembre 2010 15:45

                          Bob,
                          Je ne sais pas, il n’en parle nulle part smiley


                        • LE CHAT LE CHAT 12 novembre 2010 14:32

                          Moi c’est sans surprise , ou on me paie le rabiot , ou je rentre chez moi et tant pis pour la continuité du service ! comme on n’est plus si nombreux , effectifs réduit au minimum , congés non remplacés etc etc , ils ont pas le choix !


                          • pilhaouer 12 novembre 2010 15:26

                            Ah bon ? Et on n’a pas encore trouvé de motif de licenciement ?
                            Là, votre patron n’est pas très doué !


                          • JL JL 12 novembre 2010 14:52

                            Quelque part, cet excellent témoignage fait penser à « Matin brun. »

                            Allez savoir pourquoi ...


                            • CamiSoke CamiSoke 12 novembre 2010 14:54

                              Excellent article.

                              J’ajoute à cela l’arrivée des stagiaires-poubelles, comme je l’ai été il y a quelques mois, pour remplacer un poste fixe, et à qui on ordonne de remplir toutes les tâches des ’petits postes vacants’ qui ne ’nécessitent pas ton niveau d’étude donc tu vas facilement t’en sortir’.
                              (bien sûr, à l’embauche, on ne me l’a pas vendu ainsi).

                              Stagiaire qui est gentiment prié de partir à 18h pétantes, vu qu’il n’est pas vraiment couvert, mais qui est libre (avec le couteau sous la gorge) de travailler à midi.

                              Stagiaire qui flippe quand on annonce un départ en retraite dans son service. (Oh non, du boulot en plus, ça se sent à plein nez)

                              Stagiaire qu’on ne paie bien entendu pas suffisamment pour, par exemple, payer son loyer. ’Manger, c’est surfait, un repas par jour à la cantine de boulot suffit amplement, c’est bien connu’.

                              Travailler plus pour gagner... rien, perdre la notion de vie sociale en entreprise et avoir l’impression de piquer le boulot de trois honnêtes salariés, moins diplômés, tout aussi méritants et probablement plus compétents.


                              • dupont dupont 12 novembre 2010 15:10

                                Honteux ! Et là bizarrement pas d’action syndicale, pratiquement pas de bruit...


                              • bob 12 novembre 2010 15:24

                                @ Camisoke,

                                Voyons, le stagiaire-poubelle est une expression de la DGRH. Stagiaire-étudiant est devenu symbole de bonniche/homme de peine. Payé une misère lorsqu’il est payé, il se caractérise par sa volonté de bien faire et de faire beaucoup, omniprésent du soir au matin, ascète ( il ne se nourrit que du ciel et d’un peu de pluie), sa caractéritique majeure est sa foi dans l’idée qu’il sera engagé à la fin de son stage ou qu’au pire, il bénéficiera d’une bonne évaluation pour avoir trié les lettres et préparé le café.

                                Personnellement, je ne compte plus les stagiaires qui ont tous eu les mêmes caractéristiques en entrant ...et le même destin ( en sortant).


                              • goc goc 12 novembre 2010 16:17

                                bravo pour l’article

                                ce qui m’impressionne le plus, c’est la faculté de l’être humain à devenir le pire des geôliers pour quelques miettes de pouvoir
                                Comment peut-on imaginer qu’un individu qui n’est pas le propriétaire de son entreprise mais simplement un cadre ordinaire, puisse devenir un esclavagiste (j’exagère à peine), au seul profit du vrai patron et de quelques actionnaires fortunés

                                Et tout cela pourquoi ? parce qu’il se croit supérieur a sa secrétaire ??, parce qu’il est mieux payé ??

                                Et le pire c’est que ce même cadre sera par la suite, lui aussi traité de la façon aussi ignoble par un supérieur à peine plus important.

                                bref le système des kapos (pseudo-gardien recruté parmi les prisonniers et « payés » a coups de privilèges sordides tel que double ration de pain) est toujours d’actualité et fonctionne toujours aussi bien, même peut-être mieux car il est redescendu au niveau non plus des prisonniers, mais des simples travailleurs.


                                • SweetDouce SweetDouce 12 novembre 2010 16:28

                                  Bonjour et merci pour cet article.

                                  Les questions à se poser : comment en est on arrivé là ? pourquoi acceptons nous tout ça ?

                                  Ils y sont bien arrivés, à nous faire peur avec le spectre du chômage...


                                  • Jowurz 12 novembre 2010 17:14

                                    Bonjour Bigoudène,

                                    Inutile d’essayer de convaincre un Breton, c’est du temps perdu pour l’entreprise... Alors imaginez ...une Bretonne avec des bigoudis  ! Toutefois je tente ma chance. Votre article, pour un premier, est méritoire. Il est même bien torché si les marmots voient ce que je veux dire quoique je ne dise rien et que par là on ne voit pas grand-chose. 

                                    Un conseil directorial cependant, si vous raccourcissiez un peu les phrases vous pourriez tapez plus de bafouilles en une journée d’activité. Cela vous permettrait de servir un quatrième téléphone et de poster des emails supplémentaires. Une meilleure rentabilité de votre activité si vous me comprenez !
                                     Après tout, vu les augmentations que vous recevez, nous « La Croisée des Chemins » sommes en droit d’attendre quelque performance des ressources humaines grassement rétribuées de nos hypermarchés.

                                    Quant à votre loyer c’est évident il est trop élevé ! Revenez me voir d’ici 15 jours. D’ici là je vous aurais trouvé un logement plus étroit et moins cher ! Selon notre formule de promotion sociale : Moins de ménage à faire plus de temps à nous consacrer.

                                    Ne me remerciez pas, j’adore vous faire faire des économies. Allez au boulot le téléphone sonne !


                                    • Vipère Vipère 12 novembre 2010 18:10

                                      Bonjour Madame Z.

                                      Bécassine, c’est ma cousine bretonne.

                                      Un peu naïve sur les bords, mais plus brave que bête, et encore, tout dépend de quel côté on se place.

                                      Bécassine, ma cousine est secrétaire comme madame Z.

                                      Une employée d’un zèle rare et imbécile. Elle est tellement brave qu’elle travaille pour quatre, et payée seulement 1 600 E et des brouettes !

                                      C’est bête, mais Bécassine s’en rend pas compte qu’elle déshonore le secrétariat à travailler comme une bête de somme, sans supplément de picotin.

                                      Pas besoin d’investir dans un fouet, la carotte suffit amplement pour faire avancer Bécassine.

                                      Une bécasse, ma cousine ? Pas si on se place à un bout de la carotte.


                                      • Jowurz 12 novembre 2010 18:39

                                        Bonsoir reptile !

                                        A votre avis autorisé : elle a combien de bouts la carotte de Bécassine ?


                                      • jacques lemiere 12 novembre 2010 18:36

                                        très bon post ...qui ne conduit qu’à une question.. pourquoi ne quittez vous pas la boite ou n’avertissez pas les syndicats ou l’inspection du travail... ??? ben voila la peur du chômage amène à accepter tout.

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