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Accueil du site > Actualités > Economie > Trou noir ou trou d’air ?

Trou noir ou trou d’air ?

Dans le contexte de crise que nous traversons, avec des bourses qui corrigent massivement à la baisse et une crise du crédit de cette ampleur, le rapprochement avec 1929 est inévitable. Au-delà de tel ou de tel autre événement ponctuel, la hantise - à juste titre - de nos gouvernants et analystes serait que la machine infernale échappe à tout contrôle, cédant sous la pression de la panique économique, mais également de la panique politique...

Il existe certes des parallèles avec 1929, mais on peut aussi trouver des différences notables entre la crise actuelle et la Grande Dépression.

Ainsi, comme à l’époque, les Américains s’étaient considérablement endettés avant la crise : en 1929, cet endettement leur avait permis d’acheter des autos, des radios et autres équipements alors que leur endettement contemporain concernait principalement l’acquisition de biens immobiliers. Toutefois, alors qu’en 1929 la part du gouvernement fédéral dans l’économie du pays n’était que de 3 %, les dépenses gouvernementales actuelles (défense, réseaux routiers, protection sociale) représentent 30 % de l’économie américaine et offrent donc un facteur de stabilisation substantielle.

Quoi qu’il en soit, les périodes de fort ralentissement - et même les récessions - se transforment rarement en tragédies nationales.

De fait, un pays comme les Etats-Unis a subi dix récessions depuis la fin des années 40 qui ont duré en moyenne dix mois et qui ont été accompagnées d’un taux de chômage moyen de 7,6 %. Par ailleurs, les pires de ces récessions, à savoir celle de 1973-1975 et celle de 1981-1982, ont perduré seize mois avec un taux de chômage atteignant respectivement 9 et 10,8 % au plus haut. Le marché de l’emploi est certes morose aujourd’hui aux Etats-Unis qui sont fort probablement en récession, mais son aggravation devra être spectaculaire si les niveaux des récessions précédentes devaient être égalés !

Par ailleurs, et contrairement à la panique ambiante, notons que l’évolution actuelle des bourses est loin d’être dramatique. Un marché baissier (bear market) est un cycle qui se solde par une dégringolade des indices majeurs (Dow Jones, Standard & Poors) d’au moins 20 %. Ainsi, alors que la baisse moyenne survenue à l’occasion des dix précédents cycles de baisse depuis la fin des années 40 était de l’ordre de 31,5 %, alors que les bourses avaient carrément perdu la moitié de leurs valorisations en 1973-1974 et en 2000-2002, la baisse boursière actuelle est relativement circonscrite puisque les niveaux actuels ne sont en gros que 30 % en dessous des pics enregistrés en octobre 2007... Rien à voir avec la quasi-liquéfaction de la Grande Dépression avec sa décennie de faillites spectaculaires où les indices avaient fondu de près de 90 % à juillet 1932 !

Contrairement aux récessions survenues après la Seconde Guerre mondiale, la Grande Dépression ne fut pas circonscrite par la politique gouvernementale ou corrigée par les mécanismes de marché de l’époque. Certes, tout comme aujourd’hui, les excès du capitalisme comme le surendettement, le surinvestissement, la spéculation effrénée furent montrés du doigt. Néanmoins, la raison ultime de la gravité extrême et de la persistance dans le temps de la crise de 1929 est imputable à la Réserve fédérale américaine qui a contribué à aggraver une récession - certes douloureuse - en catastrophe mondiale par sa politique de l’époque de tolérance de faillites bancaires et de réduction dramatique de la masse monétaire. Ainsi, entre 1929 et 1933, 2/5 des banques disparurent et la masse monétaire constituée des dépôts bancaires et des espèces en circulation déclinèrent de plus de 30 %, autant de facteurs qui - le moment venu - tuèrent dans l’œuf toute velléité de redémarrage économique !

Il me semble que tout plan d’assainissement financier digne de ce nom - comme le plan Paulson - devrait se consacrer en priorité absolue à éviter une désintégration financière aux effets dévastateurs sur l’économie dite réelle. On nous l’a maintes fois servi : le plan Paulson en vertu duquel la Trésorerie américaine se portera acquéreur des créances toxiques devrait soutenir les institutions financières. En réalité, et cela nul ne nous le dit, ce plan à 700 milliards de dollars a également pour objectif de soutenir la Fed engluée dans des prêts envers le secteur financier à hauteur de 1 000 milliards (1 trillion) de dollars...

Près de quatre-vingts ans après 1929, on ne comprend pas encore très bien pourquoi la banque centrale américaine de l’époque était si timorée ou hésitante à intervenir en faveur des acteurs financiers de l’époque, certains analystes accusant le système de l’étalon Or comme source d’inertie... Néanmoins, son président actuel, Ben Bernanke, qui est du reste un grand spécialiste de la Grande Dépression, est parfaitement conscient qu’une contraction supplémentaire du crédit aurait des effets dévastateurs sur le secteur économique. Pour autant : marché immobilier encore instable, consommateurs ayant fortement réduit leurs dépenses, institutions financières qui provisionneront encore des pertes... ne sont-ils pas des jalons indispensables à toute récession digne de ce nom ?

La Grande Dépression a été due à la conjonction d’une économie en berne et d’une action gouvernementale désordonnée, sinon anémique. Si nos responsables politiques et financiers parviennent à faire preuve de volontarisme et d’innovation, les semaines précédentes à forte charge émotionnelle appartiendront à l’Histoire.


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4 réactions à cet article    


  • fonzibrain fonzibrain 7 octobre 2008 22:31

    bof bof,j’espere que vous avez raison,mais uniquement si cela est terminé
    et je crois pas,la majorité des crédit subprime ne sont pas arivé à terme,c’est pour 2009.

    les constructeurs us de voitures ont des baisses des 30 à40% d leurs ventes.
    un sctock gigantesque de gros 4*4 se forme et ne sera pas vendu,essence trop chère..

    les états sont au bord la faillite,comme la californie qui cherche de l’argent déséspérément
    la dette des ménages,des entreprises et de l’état sont déja assez haut

    il y a aussi le facteur confiance ddans le dollars,et cela n’est jamais arrivé de voir décrocher le dollars,pourtant si un jour ,le pays perd son AAA ou que la chine vendent ses dollars,ca risque de chauffer

    je pense que de nombreux défis attendent l’économie us


    • Forest Ent Forest Ent 7 octobre 2008 22:40

      Tiens, il n’y a plus beaucoup de gens qui se précipitent pour démentir la dépression. Ca va peut-être être le moment d’acheter ? smiley

      L’argument "1929 n’est plus possible parce qu’on l’a étudié et on sait comment l’éviter" semble avoir perdu en crédibilité. On ne refera pas les mêmes erreurs ? On peut en faire d’autres. La principale erreur est peut-être de laisser gonfler la bulle ?

      Un rapprochement intéressant :

      http://www.minyanville.com/articles/Bernanke-Paulson-Fed-Credit-crunch-recession/index/a/19357

      _


      • millesime 7 octobre 2008 23:08

        si l’on fait une analyse "technique" du Dow Jones rien d’étonnant à la baisse.. !
        en terme elliottiste il est en vague V3 qui devait conduire l’indice vers 9480 (c’était le retracement de toute la hausse précédente) et ce soir l’indice à atteint voir dépassé "en baisse" cet objectif, de sorte qu’à présent on peut dire que "fondamentalement" le marché est "baissier"...
        attention 2009 ce n’est pas terminé hélas... ! (il y aura des reprises certes..)


        • fonzibrain fonzibrain 8 octobre 2008 11:30

          l’islande est au bordde la faillite,c’est la russie qui a prété 5 milliards à la banque centrale islandaise.

          je pensais pas que ca pouvait arriver

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