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Accueil du site > Actualités > Economie > UBS Quo Vadis ?

UBS Quo Vadis ?

En Suisse, nous avions vraiment cru à un poisson d’avril lorsque nous avons appris ce 1er avril dernier que notre plus grande banque - et une des premières banques mondiales -, le fleuron de notre système financier, cet établissement qui inspirait tout à la fois déférence et respect, devait encore provisionner quelque 19 milliards de dollars supplémentaires de pertes subprimes !

On croit rêver, mais c’est pourtant exact : le titre UBS a bel et bien perdu le trois quart de sa valeur en quelques mois. Où est le conservatisme suisse ? Décidément tout se perd. Fiasco sans précédent ! En fait, ce n’est pas vrai car nous avons eu pire avec, il y a quelques années, la faillite pure et simple de notre autre "valeur sûre" : Swissair. Pourtant, en Suisse, notre fierté nationale n’est nullement affectée par l’effondrement de l’idole UBS car, entend-on de toutes parts, des "ce n’est pas la faute de l’économie suisse, c’est à cause de ce qui se passe aux Etats-Unis, de leur marché immobilier"... Tout se perd : le légendaire président de l’UBS, celui qui était encore il y peu de temps le banquier européen le plus respecté, Marcel Ospel, rendra son bleu de travail lors de la prochaine assemblée du 23 avril ! Celui-là même qui avait fusionné les deux plus importantes banques suisses en un mastodonte il y a un peu plus de dix ans souhaitait pourtant rester et, de fait, il avait résisté ces derniers mois en dépit de la multitude d’appels à la démission, celui qui pouvait se targuer d’avoir hissé sa banque pratiquement au premier rang mondial et dont on ne se souviendra plus que comme l’homme aux 37 milliards. Première au monde, l’UBS l’est également par ses 37 milliards de dollars de pertes subprimes car elle caracole en tête des institutions ayant pris le plus de risques comme Merril Lynch (24 milliards de pertes) et Citigroup (18 milliards).

Après avoir fait appel à la charité intéressée des fonds souverains asiatiques et arabes qui y avaient injecté 13 milliards de francs suisses il y a quatre mois, voilà donc l’UBS qui pratique de nouvelles soldes et qui attire encore 15 milliards de francs suisses, diluant encore massivement son ancien actionnariat avec le nouveau ! A n’en pas douter, la capacité de l’UBS à attirer les capitaux souverains est intacte, mais qui se soucie pourtant du prix à payer ? Car ces nouveaux actionnaires de l’UBS ne ressembleront en rien à ces fonds de pension qui jadis accumulaient les actions de la banque pour les bons pères de famille tout en se gardant bien d’intervenir auprès d’une direction générale hiératique et charismatique !

Certaines blessures ne cicatrisent pas facilement et je crains fort que la saga des subprimes ne soit encore loin de son dernier épisode. Le marché du crédit au Etats-Unis est plus anémique que jamais et les emprunteurs américains sont toujours plus nombreux en cessation de paiement ! Les nouvelles d’outre-Atlantique sont toujours aussi mauvaises et d’autres pertes colossales seront encore annoncées dans les semaines et mois à venir. En fait, personne - l’UBS non plus ! - ne sait vraiment jusqu’où ces pertes sont susceptibles de culminer, aussi l’optimisme naïf affiché ces derniers jours par les investisseurs et autres professionnels est-il vraiment déplacé. De fait, notre première banque suisse a perdu des fortunes en faisant des paris sur les hypothèques américaines (comme Morgan Stanley) et a aussi perdu des fortunes en titrisant ces hypothèques pour les revendre à ses clients (comme Merril Lynch et Citigroup) !

L’UBS est vraiment tombée dans tous les pièges possibles et imaginables.


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7 réactions à cet article    


  • vieuxcon vieuxcon 4 avril 2008 12:42

    Moi aussi j’ai vu ça, et j’en connais au moins un qui va déchenter, c’est mon beau Fils pour qui Marcel Ospel est une gloire nationale.

    Celà dit j’ai vu que les choses c’étaient provisoirement arrangé, mais il est vrai que je n’ai pas vu qui avait pris part à l’augmentation de capital.

    je pense que l’ubs s’en tirera tout de même, contrairement aux banques Anglaises, ne serait ce qu’en raison de certains de vos résidents


    • Forest Ent Forest Ent 4 avril 2008 13:11

      Ca va être comme ça tous les mois pendant les prochaines années.

      C’est la différence entre une dépression et une correction. La masse de crédits insolvables à annuler est telle que cela ne peut pas se faire en six mois. Elle doit être de l’ordre de grandeur du PIB mondial. Ceux qui attendent un krach spectaculaire en seront pour leurs frais. Le soufflé dégonfle par à coups. Chaque pays a ou aura son ou ses UBS, et même les difficultés d’UBS ne sont pas finies.

      Ce qui empêche vraiment le problème de se résorber rapidement, c’est que toutes ces grosses boîtes sont intimement liées entre elles par des millions de lignes de produits dérivés, pour un encours total qui doit être d’environ 1000 fois la quantité de crédit totale, et dont le risque général est d’environ 2%, soit quand même 20 fois la dette globale. Il n’y a pas de porte de sortie toute proche. Le "deleveraging" sera très long.

      Contrairement à l’image d’Epinal, ça s’est passé ainsi en 1928. Il n’y a pas eu de avant/après, mais une longue période de corrosion.


      • Kobayachi Kobayachi 5 avril 2008 01:42

        @ Forest Ent,

        J’aime beaucoup vos articles et je suis de votre avis sur bien nombres de points, mais l’on percoit presque une certaine jouissance de votre part que cette crise/recession soit si importante car vous l’aviez annoncée il y a fort longtemps. Ne vous laisser pas aveugler par la satisfaction d’avoir eu raison.

        Cette crise touche surtout le secteur financier et surtout les banques qui ont fait preuve d’avarice et il est normal qu’elles en paient le prix. La bourse varie toujours entre peur et avarice.... nous somme dans une periode de peur.

        Le fait que les medias grand publique reconnaissent que nous soyons en recession en annonce deja sa fin.

        Pour ma part je ne pense pas qu’elle durera si longtemps, tout comme beaucoup d’analystes qui prevoient un retour a la normale en Europe avant la fin de l’année (certains pour aout 2008).

        (Pour la peine j’espere bien avoir raison moi aussi car je viens de commencer a miser mes économies la dessus)

        Bref, je comprend que vous jubiliés en ce moment, mais esperer que la situation ne s’arrange pas ne me semble pas tres honorable et risque de flouer votre jugement.

         


      • Forest Ent Forest Ent 5 avril 2008 16:25

        je comprend que vous jubiliez en ce moment, mais esperer que la situation ne s’arrange pas ne me semble pas tres honorable et risque de flouer votre jugement.

        Ah bon ? Désolé, alors. Il me semblait pourtant que le post ci-dessus était plutôt factuel. Ce n’est pas du tout que je souhaite que l’économie aille plus mal. Ca ne m’arrange d’ailleurs pas plus que ça, au contraire. Mais ça ne dépend pas de nos souhaits.

        J’avais colporté ici l’existence - notoirement connue ailleurs - de grands déséquilibres économiques mondiaux qui ne pouvaient pas bien finir, et qui ne sont toujours pas résorbés. C’était une approche "par les fondamentaux" et pas par la conjoncture. En ce sens, ce que la presse en dit n’a strictement aucune importance. Pareil pour les politiques, les sachants ou le FMI, qui a spectaculairement abaissé ses prévisions de croissance de moitié en 6 mois.

        Les fondamentaux aujourd’hui sont toujours mauvais. Nous assisterons bien dans les temps qui viennent à de brefs instants d’enthousiasme, où d’aucuns croiront la crise finie. Mais hélas la destination finale est connue : il faut d’abord résorber l’excédent de crédit, ce qui sera déjà très long, puis revenir à une économie réelle, non dopée par la monnaie, ce qui sera très terne. Ni vous, ni moi, ni Bush, ni Obama ne pouvons plus rien y changer.

        Mais il est vrai qu’il y a un point qui me fait tristement plaisir dans l’histoire, c’est de voir l’ingénierie financière, qui s’est crue un moment la dernière merveille du monde, heurter le réel.


      • wesson wesson 4 avril 2008 13:51

        Bonjour l’auteur,

         

        "d’autres pertes colossales seront encore annoncées dans les semaines et mois à venir"

         

        On ne peut hélas que souscrire à cette impression. La dernière estimation livrée lors de la dernière réunion du G7 fait état de 400 milliards de $ de pertes dûe aux subprimes. Pour l’instant, les banques ont annoncé un petit 140 milliards de dollars de pertes. Si on est porté à croire cette estimation fournie par le G7, cela signifie que il y a 260 milliards de pertes qui n’ont pas encore été reconnues par le système financier mondial.

        On est bien devant des ajustements massifs de provisions, et face à l’ampleur de ces pertes - dont on n’as qu’une estimation qui pourrait être largement sous-évaluée.

        La question n’est plus de savoir si il y aura une crise financière mondiale, ni même qui va payer l’addition - ce n’est pas un scoop de dire que ce sera le contribuable. Toute la question est de savoir à quelle condition cela se fera. Les règles (ou l’absence de règles) nous ayant amené à la situation présente, il est grand temps de changer les règles du jeu et reprendre le contrôle des flux financiers.

         

        Encore une fois merci à l’auteur pour ses articles éclairés


        • Yannick Harrel Yannick Harrel 4 avril 2008 15:16

          Bonjour,

          Merci pour votre article. J’ai été stupéfait moi aussi d’apprendre que la vénérable UBS était dans la tourmente des subprimes.

          Je m’inquiète aussi énormément de l’étonnante aphonie de notre Ministre de l’Economie...

          Cordialement


          • Parpaillot Parpaillot 4 avril 2008 19:05

            Merci à l’auteur pour son article !

            En date du 1er avril dernier, dans un article du journal suisse "Le Temps", signé Philippe Gumy, sous le titre "La crise de l’UBS au scanner", l’auteur y décortiquait notamment les aspects liés aux recapitalisations.

            N’étant moi-même ni financier, ni économiste, cet article m’a appris beaucoup de choses.

            S’agissant de cette seconde recapitalisation de l’UBS dont parle Michel Santi, on pouvait lire que celle-ci se justifiait pour maintenir le ratio "Tier 1" (indicateur de référence internationale définissant le taux de fonds propres minimums par rapport aux actifs pondérés d’une banque). Or comme l’explique Philippe Gumy, il est important que ce ratio soit suffisamment élevé pour conserver de très bonnes notes auprès des agences de rating telles que Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch, pour ne pas augmenter les coûts de refinancement dont les banques ont besoin.

            En Suisse, l’organe de surveillance des banques, la CFB ("Commission Fédérale des Banques") a fixé ce ratio minimum à 4%. Pour l’UBS, ce ratio qui était de 11,9% à fin décembre 2006 est tombé à 8,8% à fin 2007, ce qui représente un peu plus de 32,8 milliards de francs suisses, soit avant la première recapitalisation de 13 millards de CHF à fin février 2008. Cette mesure a permis de redresser ce ratio qui est remonté à un peu moins de 12%.

            En comparaison internationale, selon le porte-parole de la CFB M. Alain Bichsel cité par l’article, l’UBS serait cependant mieux dotée que les principaux géants étrangers. A fin décembre 2007, ce ratio "Tier 1" était le suivant pour les sociétés :

            Citigroup : 7,1% avant recapitalisation, pour remonter ensuite à 8,8%

            Bank of America : 6,9%

            JPMorgan : 8.4%

            En Europe, ce ratio était le suivant à fin décembre 2007 :

            HSBC : 9,3%

            Barclays : 7,8%

            Royal Bank of Scotland : 7,3%

            Deutsche Bank : 7,5%

            Crédit Agricole : 7,1%

            Crédit Suisse : 11,1%

            Malheureusement, la crise n’est pas terminée et comme le souligne Forest Ent, "le soufflé se dégonfle par à-coups" et ces grandes banques auront vraisemblablement encore besoin de plusieurs recapitalisations.

            Ces chiffres par leur ampleur, dépassent l’imaginable ...

            Bon week-end tout de même !  

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