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Accueil du site > Actualités > Economie > Un clash des capitalismes ?

Un clash des capitalismes ?

« Les grandes luttes du XX ème siècle entre la liberté et le totalitarisme se sont terminées par une victoire décisive des forces de la liberté et du seul modèle possible de succès : liberté, démocratie et libre entreprise. Au XXI ème siècle, seules les nations qui s’engageront à protéger les droits de l’Homme et à garantir la liberté économique seront capables d’assurer leur prospérité ». Ecrite en 2002 par le conseil américain de »stratégie de sécurité nationale » sous l’impulsion de l’ex-Président George W Bush, cet auto satisfecit semble appartenir aujourd’hui à des temps révolus. En effet, le capitalisme Occidental a survécu de justesse à la crise des années 2007 à 2010 qui l’a laissé mortellement blessé. Ses plaies infectées crachent aujourd’hui l’inégalité, le mécontentement social et les endettements colossaux.

N’est-il pas réconfortant de constater qu’au même moment les autres variantes du capitalisme – en vigueur en Chine, en Inde ou au Brésil – respirent le dynamisme pour avoir tiré les bons enseignements de nos échecs ? Leurs succès économique se transformant naturellement en un accroissement de leur pouvoir politique et géostratégique, notre modèle Occidental de démocratie construite sur le libéralisme ne séduit plus ces nations qui parviennent à un stade avancé du confort matériel. Chacun de ces pays instaurant à l’intérieur de ses frontières sa propre version du capitalisme, notre monde n’est (heureusement) plus unipolaire au grand mécontentement de la feue hyper puissance américaine désormais quasiment impuissante à imposer son modèle. 

Qu’il est loin aujourd’hui le triomphalisme du début des années 1990 qui avait vu le sacre du standard capitaliste américain érigé en valeur morale suprême et que la mosaïque actuelle des modèles économiques (pourtant tous inspirés par les Etats-Unis) doit leur paraître désordonnée et menaçante ? Tout avait pourtant bien commencé… La démocratie n’était-elle pas supposée être en quelque sorte une sécrétion naturelle et ce dès lors que la Russie et que la Chine embrasseraient le capitalisme ? Notre Occident voit aujourd’hui l’ensemble de ses repères remis en question par le formidable développement économique de nations où règne le parti unique et par nombre d’autres n’ayant pas du tout la même compréhension du mot « démocratie »… Au grand dam des Etats-Unis et de leurs alliés, ces nations s’enrichissent à une cadence impressionnante -certaines sont en passe de devenir des superpuissances régionales ou même mondiale – sans pour autant adopter les normes Occidentales. 

Et contrairement au mot d’ordre ou au vœu pieux – « des normes partagées pour une nouvelle réalité » – du World Economic Forum tenu tout récemment à Davos, les dirigeants chinois (pour ne citer qu’eux) sont loin de souhaiter partager notre dogmatisme. Ils réclament le droit de gérer leur nation à leur manière et sont en fait partisans d’un monde où chaque puissance régionale – la Chine, les Etats-Unis et l’Europe – serait libre de conduire ses affaires intérieures sans ingérence étrangère. Ces »normes partagées » se limiteraient donc à l’indispensable afin de pouvoir faire coexister ces blocs régionaux, une sorte de plus petit dénominateur commun comprenant des secteurs comme la réglementation du trafic aérien ou du commerce international permettant de sauvegarder les souveraineté nationales respectives. 

Notre monde Occidental doit donc aujourd’hui considérablement revoir à la baisse la masse de ces « normes » qu’il exigeait autrefois de partager - voire d’imposer – aux grands pays émergents car la crise a démontré de façon irréfutable à la Chine, au Brésil et à d’autres que notre modèle était loin d’être infaillible. Milton Freedman, qui affirmait qu’une société qui privilégie l’égalité des revenus à la liberté « finit par n’avoir ni l’égalité ni la liberté », semble bien désuet aujourd’hui aux yeux de ces nations qui observent nos modes de comportement Occidentaux. Car notre liberté n’a plus à nos yeux qu’une valeur instrumentale, une sorte de levier nous permettant de parvenir à nos objectifs matériels… Notre défense des libertés – de la liberté – semble bien peu crédible alors même que nous l’abdiquons au profit de ces entreprises à la taille de mastodonte qui nous imposent en permanence leurs diktats. Comment pouvons-nous être crédibles pour imposer à d’autres nations le concept des droits de l’Homme alors que le prétexte même de « liberté » permet, chez nous, à une minorité de concentrer en ses mains richesses et pouvoirs excessifs ?


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19 réactions à cet article    


  • JL JL 9 février 2011 10:31

    Bonjour Michel Santi,

    voilà un billet que j’aurais aimé écrire, vous l’avez fait mieux que je n’aurais su.

    Je trouve votre conclusion particulièrement pertinente.

    Bonne journée.


    • Michel Santi Michel Santi 9 février 2011 10:41

      Bonjour JL : j’ai (enfin) droit à un commentaire favorable ?

      ... Très Bonne Journée également 


    • Cocasse cocasse 9 février 2011 10:40

      Tout le problème est là, ces états émergeant prennent la liberté de gérer leur nation à leur convenance (que cela soit en bien ou en mal).
      Et pendant ce temps, nous, ici, en France, avons perdu cette liberté.


      • plancherDesVaches 9 février 2011 11:56

        Ca c’est de la bonne réflexion colonialiste...

        Ca fait drôle, non, de se sentir perdre ses avantages... ? smiley


      • Cocasse cocasse 9 février 2011 12:49

        Que de mauvaise foi, je vous laisse l’obsession colonialiste.

        Je parlais bien sur des grands états capitalistes qui avaient su se protéger par des mesures protectionnistes, et finalement décider des règles du capitalisme chez elles, nottament la Chine qui a très bien joué la mondialisation.
        Cela, alors que la France a abdiqué sa souveraineté en la matière (et en beaucoup d’autres) sous la régence européenne.
        Il s’agit donc de retrouver une maitrise nationale qui nous a échappée, et non d’ingérence dans d’autres pays.


      • plancherDesVaches 9 février 2011 12:00

        Soyez sans inquiétude, Monsieur Santi.

        Comme dit Obama : « nous serons toujours les premiers... »

        Je ne vous explique pas la conséquence de cette « réflexion », vous la connaissez comme moi.


        • plancherDesVaches 9 février 2011 12:25

          Pile poil avec votre article, Monsieur Santi...

          Accrochez-vous à vos sièges, ils ne sont pas éjectables :
          http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20110209trib00059 9974/le-plus-gros-detenteur-de-la-dette-americaine-n-est-plus-la-chine-c-est.html
          "Le problème de ce tour de prestidigitation, ô combien impressionnant, est qu’il ne pourra plus être utilisé en 2011. Vous allez comprendre pourquoi. Les taux montent. La Fed perd donc tous les jours de l’argent sur les 1.100 milliards d’emprunts d’État qu’elle a avalés. Elle va sûrement encore jouer la fuite en avant avec un QE3 ou un QE4 mais elle ne pourra pas continuer à absorber intégralement les besoins d’emprunt de ses collègues du Trésor. Madoff avait besoin que les marchés continuent à monter pour que son arnaque tienne. La crise de Lehman a mis sa belle pyramide à terre. Geithner et Bernanke ont besoin que les taux d’intérêt baissent pour qu’ils puissent continuer à faire voltiger les dollars sans que les spectateurs s’aperçoivent de la supercherie. Oui, mais voilà...."

          Il faut bien voir que ce n’est pas le fait que certains savaient qui est important.

          Mais que ce soit annoncé officiellement de façon publique.

          Là, Mesdames et Messieurs, les choses sérieuses vont pouvoir commencer.


          • Cocasse cocasse 9 février 2011 12:57

            Effectivement, comment anticiper l’avenir du dollar dans un tel contexte d’explosion monétaire.
            La dette du dollar sera t-elle diluée et finalement devenu nulle par l’augmentation de sa masse monétaire ?
            Peut on imaginer que les USA aient vraiment l’intention de rembourser ?
            Ou existe t-il un plan de remise à plat par la création d’un nouvel étalon monétaire ?
            J’ai du mal à croire que la FED n’ait pas déjà trouvé sa porte de sortie, et que cette fuite en avant ne soit qu’accidentelle.
            En attendant, le dollar ne doit plus valoir grand chose, mais est toujours utilisé pour acheter des biens véritables.
            Il m’a semblé qu’un des indices de surveillance de cette monnaie n’était plus diffusée depuis quelques années.


          • epapel epapel 9 février 2011 14:20

            Il y a une grossière erreur de raisonnement dans le papier de Marc Fiorentino : les intérêts des bons du Trésor américain détenus par la FED qui sont reversés au Trésor s’annulent avec les intérêts que doit payer le Trésor pour ces bons à la FED, donc la variation des taux d’intérêts est neutre pour les bons du Trésor achetés par la FED. Tout se passe comme si le Trésor empruntait à taux zéro sur ces bons-là, donc ça allège le déficit budgétaire des intérêts de ces bons.

            Le véritable inconvénient de cette méthode c’est le risque d’inflation car elle consiste à faire de la création monétaire pure et simple, mais d’un autre côté comme la création monétaire privée a fortement décru du fait de la crise des supprimes dont la conséquence est l’arrêt de la titrisation des prêts il suffit simplement de compenser les montants non engagés pour ne pas être gêné par ce problème.

            Mieux, ne pas le faire entraînerait une spirale déflationniste et nécessiterait des augmentations d’impôts qui déprimeraient encore plus l’activité ou des emprunts à des taux encore plus élevés qui plomberait la dette publique : pourtant c’est le choix opéré par les pays de la zone euro, étonnant n’est-ce pas ?


          • plancherDesVaches 9 février 2011 14:34

            Epapel.

            J’ai ouïe dire que l’inflation des matières premières est de 30 % en moyenne.

            Vois-tu bien la réalité qui vient percuter ton raisonnement. ???

            En fait, l’irréalité du capitalisme se heurte à la réalité des faits.
            C’est ainsi que meure chaque religion.


          • epapel epapel 9 février 2011 16:29

            L’envolée des matières premières alimentaires (céréales) est principalement du à de la spéculation suite aux mauvaises récoltes de l’an passé qui n’ont encore pas été compensées car les 3/4 des terres cultivées sont dans l’hémisphère Nord, mais c’est déjà très loin vu que ça s’est passé l’été dernier.

            L’envolée des cours du pétrole et de l’énergie en général - qui entraîne l’augmentation du prix de tout le reste - est due au peak oil et à la reprise de l’activité mondiale.

            Mais qui a raison : les USA ou la zone euro vu quelles mènent des politiques opposées ?


          • Gandalf Claude Simon 9 février 2011 21:05

            « Notre défense des libertés – de la liberté – semble bien peu crédible alors même que nous l’abdiquons au profit de ces entreprises à la taille de mastodonte qui nous imposent en permanence leurs diktats. »


            De toute façon, à écouter les libéraux de ces dernières années, il était vraiment stupide de croire qu’il défendait une quelconque liberté, leur seule préoccupation étant la propriété.
            Or, il me semble qu’une liberté ne respectant in fine que la propriété est destinée à l’échec. Seule une liberté respectant avant tout la capacité de l’individu est socialement tolérable.


            • ffi ffi 10 février 2011 01:27

              Oui la liberté d’agrandir leur propriété autant que le désirent ceux qui les payent...

              Sous l’ancien régime, le nombre de salariés (on disait : valets) étaient limités, de même que le nombre d’établissements...

              On comprend mieux qui avait intérêt à la Révolution.


            • ddacoudre ddacoudre 9 février 2011 23:38

              bnjour michel

              rien a rajouté, si ce n’est que je ne pense pas que dans ce partage l’Europe ait une place régionale.
              un court et simple résumé qui englobe le tout.
              cordialement.


              • ffi ffi 10 février 2011 00:53

                La liberté, cela dure tant que l’on ne fait pas trop d’erreurs. Si c’est un argument pour faire n’importe quoi, en général, le réel finit par se venger... Être libre, à long terme, consiste à agir selon une certaine vérité. Il ne suffit pas de vouloir, encore faut-il que cela soit possible...

                Or le système politique a fait bien trop d’erreur. Il ne repose pas sur la vérité. La démocratie échoue à la faire émerger. Elle ne fait que vendre l’autorité sur le bien commun au plus offrant. Et comme ce plus offrant, s’il offre autant, c’est bien pour défendre ses intérêts particuliers, il n’y a donc pas de bien commun, mais utilisation de l’autorité pour des intérêts particuliers. Les Bettencourt, Lagardère, Dassault, Bouygues, Bolloré, Arnaud, signent des chèques et s’emparent des médias. Les partis oscillent entre clientélisme et démagogie. De la pub, de la propagande, des promesses, des flatteries, ça oui, mais de vérité, point !

                La démocratie échoue à gérer une République. Elle a dégénérée en oligarchie de fait. Il suffit de relire Platon qui a déjà tout dit sur ce sujet il y a 2000 ans. Les anciens n’étaient pas fous. L’impossible d’hier, ne l’est pas d’avantage aujourd’hui. Qui veut ignorer l’histoire se condamne à la revivre.

                L’autorité sur le bien commun doit être rendue absolument indépendante des intérêts particuliers. C’est pour cela que le meilleur moyen de parvenir à une véritable République est le modèle monarchique historique Français. Le pouvoir y est transmis sans aucune possibilité de corruption. Le Roy doit se soucier du bien commun, car il le transmet à son fils. Sa catholicité l’oblige à aimer son peuple comme lui-même et empêche la tyrannie.

                Devant l’échec patent de la cité libérale, il est grand temps de cesser de se mentir. La révolution Française a engendrée un capitalisme inégalitaire et débridé. Dans le doute de ce qu’il faut faire dorénavant, autant opter pour le système traditionnel du pays, qui lui a tant donné et tant permis : la monarchie catholique.

                Vive Dieu ! Vive le Roy ! Vive la France !


                • ffi ffi 10 février 2011 01:21

                  Louis XVI a mis en prison le surintendant Fouquet, l’homme le plus riche de France.
                  Sarkozy fait la fête au Fouquet’s avec les plus riches de France...

                  Quel saisissant contraste à 3 siècles d’intervalle !


                • epapel epapel 10 février 2011 15:52

                  C’était Louis XIV et non Louis XVI (lui c’est sa tête qui a valsé)


                • ffi ffi 10 février 2011 19:13

                  Il est toujours comique de voir les adorateurs de la terreur révolutionnaire pester contre le capitalisme qui est pourtant son aboutissement logique, comme de voir les adeptes des philosophes des lumières se lamenter du libéralisme qui est pourtant l’application la plus stricte de leur programme.

                  Comme quoi, rien ne sert d’avoir une tête sur les épaules à celui qui en ignore le mode d’emploi, le résultat étant une agitation frénétique et insensée.

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