• mercredi 23 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Economie > Un espion à la Société générale ? Oui, mais pas dans la finance (...)
13%
D'accord avec l'article ?
 
87%
(64 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Un espion à la Société générale ? Oui, mais pas dans la finance !

Mais c’est qu’il y a du beau monde à la tête de la Société générale... on se doutait bien que le positionnement de la banque française n’était pas très clair vis-à-vis du courtier évincé. Les dernières déclarations de ce dernier indiquent bien semble-t-il qu’il est l’arbre qui cache la forêt. L’homme aurait certes dérivé de ses attributions de départ, mais sans que la banque ne le laisse complètement isolé. L’enquête dira exactement quelle est la part de l’un et quelle est la part de l’autre. Le président du conseil d’administration, Daniel Bouton est bien sur la sellette.

Ce soir, on apprend que c’est pire encore, car la débandade bancaire à laquelle il a participé, en se fourvoyant à un point faramineux dans l’aventure des subprimes américaines, lui a peut-être été soufflée par des membres de son propre conseil d’administration, qui l’auraient poussé à faire monter les prix, à faire fructifier au maximum ses dividendes, pour mieux se retirer avant que ça ne retombe. En le faisant au bon moment, à savoir juste après avoir été prévenu de la chute imminente, ce qu’on appelle en clair un délit d’initié. Tout le monde avait déjà remarqué l’intérêt que M. Bouton portait aux usagers de sa banque. La lettre d’excuse qu’il a rédigée ses derniers jours, en effet, n’était pas adressée à ses clients, mais... aux seuls actionnaires. A la Société générale, ce n’est pas le client qui est roi : c’est l’actionnaire.

Or, certains de ceux-ci ont décidé de se révolter, trouvant aujourd’hui la dévaluation de leur action un peu raide. Ce soir, ils ont une autre raison de vouloir le faire : l’un des membres d’administration de la banque a retiré vite fait bien fait la bagatelle de 85 744 953 d’euros le 9 janvier dernier, soit une vingtaine de jours avant que l’action ne chute réellement, et dix jours après que la banque ait découvert officiellement la malversation. Un timing parfait, car le cours est déjà en train de s’effondrer. Mieux ou pire encore : l’homme n’est pas un inconnu. Il n’est pas Français non plus... il est... Américain, s’appelle Robert A. Day et présente un pedigree intéressant. A faire pâlir n’importe quel petit actionnaire. Car l’homme, sans avoir de double vie, jouait au milieu même de la Société générale, un autre rôle. Un rôle étonnant...

Né en 1943, Robert A. Day, de son vrai nom Robert Addison Day, est le petit-fils d’un foreur de pétrole, William Myron Keck, fondateur de Superior Oil, revendu 5,7 milliards de dollars à Mobil (devenu Exxon en 1984). Il est pour sa part le dirigeant milliardaire de Trust Company of the West, qu’il dirige avec Robert D. Beyer, supporter sans honte de Mitt Romney et de Catherine Harris, qui pour nous n’est pas une totale inconnue, puisqu’elle fut en 2000 la calamiteuse secrétaire de l’Etat de Floride, restée célèbre pour ses malversations électorales et le fiasco du décompte des voix à la main qui l’avait suivi. Pendant ses 22 premiers mois de travail, elle a passé son temps à voyager de par le monde entier, dépensant 106 millions de dollars en tickets d’avion. Nommée seconde de liste sur la liste Geb Bush de Floride, c’est elle qui supervise l’élection de 2000 : le conflit d’intérêt est évident ! Pour ne rien gâcher, c’est une fervente membre de la Coral Ridge Presbyterian Church, et combat bien sûr l’avortement... Elle a bien entendu soutenu la guerre en Irak, en sachant pertinemment que Saddam Hussein n’avait pas d’armes de destruction massive, une chose avouée par elle à la télévision.

A. Day, lui, n’est pas en reste : en 2000, il était entré dans le club huppé des meilleurs donateurs de la campagne de W. Bush avec plus de 100 000 dollars, culminant à 176,275 dollars de contribution. A la table d’administration de sa compagnie, Trust Company of the West, il est vrai siégeait Henri Kissinger. L’homme étant malin, ça ne l’empêchait pas d’inviter à la même époque le secrétaire d’Etat de Clinton, Warren Christopher, sur son yacht personnel. Républicain bien droitier, il est également membre d’un club hyper select, le Alfalfa Club, dont a fait partie Prescott Bush, le grand-père pro-nazi de W. Bush. L’activité essentielle du club consiste à célébrer la mémoire du général Lee, le général confédéré (sudiste) qui avait bien fini par se rendre en avril 1865.

Pour Forbes, Addison Day est un client sérieux : il "vaut" 1,3 milliard de dollars et culmine au 297e rang sur les 400 plus riches Américains. Au même rang que Donald J Schneider, l’homme aux 48 000 camions qui sillonnent chaque jour les Etats-Unis. Une fortune qui vient... de France : TCW a laissé en 2001 à la Société générale 70 % de ses parts, vendues pour 2,5 milliards de dollars : la revente récente de ses actions Société générale indique davantage encore la panique engendrée par la situation de la banque française majoritaire dans son entreprise ou les parts qui lui appartiennent encore ! Ses investissements en participation sont variés, dans les secteurs de pointe, mais aussi chez Diebold, où il possède 4,32 % de parts. Bref, notre homme, qui n’en est pas à sa première action, loin s’en faut, s’est débarrassé d’un bon lot, au bon moment. A un tarif défiant toute concurrence : 38 % de plus que le court actuel, soient 900 000 actions à 95,27 euros.

A-t-il été prévenu ? Le conseil d’administration de la Société générale, où il siège, était-il au courant ? Les petits actionnaires ou les clients savent-ils que la banque est dirigée par quelqu’un qui soutient financièrement l’épopée de toute la famille Bush depuis le début ? Et plus encore ? Car, et c’est nettement plus grave, l’homme est aussi membre depuis 2001 du President’s Foreign Intelligence Advisory Board (ou Piffiab), créé en 1956 par Eisenhower, un groupe de patrons de divers horizons offrant leurs services dans le domaine de... l’espionnage et les services secrets, pas moins. Comme le disent ces statuts : "The President’s Foreign Intelligence Advisory Board (PFIAB) provides advice to the President concerning the quality and adequacy of intelligence collection, of analysis and estimates, of counterintelligence, and of other intelligence activities. The PFIAB, through its Intelligence Oversight Board, also advises the President on the legality of foreign intelligence activities".

Son président jusqu’en 2004, Brent Scowcroft, par exemple, était membre de Qualcomm et de Global and Power Pipelines, une division d’Enron... or il est intervenu à plusieurs reprises dans le conseil sur la stratégie à tenir au Moyen-Orient ! Accédant aux secrets d’Etat avec les 15 autres membres, il pouvait donc aussi dans l’autre sens en faire bénéficier ses propres sociétés ! Notre homme du jour, Arisson Day, y croisait par exemple tous les deux mois pendant 2 jours Philip Zelikow, l’âme damnée, celui qui a affirmé ceci : ”Why would Iraq attack America or use nuclear weapons against us ? I’ll tell you what I think the real threat (is) and actually has been since 1990 — it’s the threat against Israel”, à savoir qu’il reliait l’attaque de l’Irak à la défense d’Israël. Comme le dit l’article "Known in intelligence circles as ”Piffy-ab”, the board is supposed to evaluate the nation’s intelligence agencies and probe any mistakes they make."...

C’est le bureau du Piffiab, influencé par Zelikow, qui a complaisamment insisté sur les armes de destruction massives (inexistantes) de Saddam, excuse retenue très tôt par W. Bush car le groupe a l’oreille directe du président : "The PFIAB reports directly to the President, and provides recommendations for actions to improve and enhance the performance of intelligence efforts". Comme par hasard aussi, c’est Zelikow qui a conduit l’enquête sur les attentats du World Trade Center ! Et en a conclu ce qu’on sait. C’est lui qui avait rappelé un jour qu’un événement comme le WTC pourrait jouer le même rôle qu’un nouveau Pearl Harbour dans l’opinion publique...

La Société générale a donc hébergé au sein de son conseil d’administration quelqu’un qui a exercé une influence directe sur la conduite du monde et de la guerre en Irak sans qu’on ne s’en aperçoive le moins du monde. Un homme obligé de faire des rapports tous les deux mois, et qui rencontrait régulièrement le président des Etats-Unis, et certainement pas pour lui parler design de guichet ou nouveau logo de la Société générale qu’il fréquentait et fréquente encore. On est fort tenté ce soir de savoir ce que la DGSE pense du cas de figure, de cet industriel jouant les contre-espions aux Etats-Unis, à la tête d’une des plus grandes banques françaises, via son conseil d’administration...

Un espion siégeait bien à la Société générale, finalement, mais ce n’est pas le trader visé, et il n’a que fort peu à voir avec le secteur bancaire...

Crédit photo : Forbes

par morice mardi 29 janvier 2008 - 101 réactions
yahoo
13%
D'accord avec l'article ?
 
87%
(64 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par wesson (xxx.xxx.xxx.62) 29 janvier 2008 10:50
    wesson

    Lerma, mais quel plaisir de vous lire, avec toute la retenue et la modération dont on vous sait capable.

    Dugue un scientologue, et Morice un théoricien du complot ? Mais oui, mais oui, et la marmotte elle replie le papier alu sur le chocolat de la vache mauve !

    C’est l’évidence même, cette histoire pue la dissimulation. Il vaut mieux être la victime d’un aigrefin que l’incompétent qui a laissé faire n’importe quoi. L’histoire que l’on nous sert, ça ne tromperait pas un enfant de cours préparatoire petite section.

    Les gens sont méchants et ils n’ont pas cru à cette fable. Il semble bien que le malheur de la SG n’a pas été le malheur de tout le monde. A ce jour, il y a 2 plaintes pour délit d’initiés, à l’initiative de groupe d’actionnaires qui n’ont pas appréciés d’avoir été cocus. Au passage, cela détruit la thèse d’une découverte tardive de la "fraude", puisque ça revendait en masse bien avant qu’elle ne soit connue.

     

    Une dernière remarque. Sur la seule foi des affirmations de l’équipe dirigeante de la SG, M. Kerviel a été présenté immédiatement comme le "génie informatique au centre d’une fraude massive" par les médias. On l’as dit coupable, en fuite, enrichi, on l’as présenté comme un cerveau de l’informatique et je ne sais quelle autres fariboles, sans qu’il ne soit fait état du moindre doute sur sa prétendue fraude ou culpabilité et sans même avoir essayé d’obtenir sa version des faits... Et après, quand je dit que nous avons des infos de merde servies par un aéropage de journaleux serviles, on me dit que j’exagère...

     

  • Par Didier B (xxx.xxx.xxx.16) 29 janvier 2008 10:03
    Didier B

    Même si je n’adhère pas a la théorie du complot, je ne peux que reconnaitre à cet article le mérite de la recherche fouillée.

    Il aurait pu aussi rajouter que deux fondations liées à Robert Day (Robert A. Day Foundation et Kelly Day Foundation) avaient elles aussi revendues des titres Société Générale le même jour. Ce qui porte le montant des ventes à plus de 95 millions d’euros.

    Cette information est reprise un peu partout, comme dans Le Monde ou The Australian.

    Pour la bonne bouche, TCW, le fond géré par Robert A. Day, est constitué intégralement de CDO (Collaterised debt obligation), adossée à des credits subprimes, pour un montant de 66 milliards de dollars ... Et revoila les credits hypothecaires... On nous cacherais encore quelque chose ???

     

  • Par Ronny (xxx.xxx.xxx.50) 29 janvier 2008 12:29
    Ronny

    Excellent papier.

    Quelques points supplémentaires :

    Sur P. Zelikow.

     

    P. Zelikow a été un des responsables de la commission d’enquete sur le 11/9, qui a pris soin d’enterrer un certain nombre de faits troublants, par exemple sur la destruction du building 7, ou se trouvaient tout un tas d’archives financières de l’IRS (service fiscaux US), des sièges sociaux de banques, et des services secrets US spécialisés dans le cyber crime est les fraudes financières...

    P. Zelikow est un proche de Condoleezza Rice, et a été membre du conseil national de sécurité lors de la première administration Bush. Il est proche des milieux juifs américains, dont P. Wolfowitz, et posède la double nationalité US et israélienne.

    Sur Robert A Day :

    Il a aussi croisé Alan Greenspan, de la Federal Reserve au Foreign intelligence Adv. Board. La société qu’il pédège, TCW, est une filiale de la société générale (asset managment)... Il ne peut donc pas être considéré comme externe à cet entreprise ! Un autre membre de TCW, le DG, avait rejoint le conseil executif de la société générale en 2001. Il s’agit de Marc Stern, lui même ancien directeur de Qualcomm. C’est aussi un fervent supporteur de GW Bush.

    Que du beau linge !

     

  • Par Zalka (xxx.xxx.xxx.7) 29 janvier 2008 10:27
    Zalka

    Lerma, ... Pardon ! Ducon, affirmer gratuitement qu’une personne est membre d’une secte en vue de disqualifier son discours, cela porte un nom : diffamation. Et c’est théoriquement puni par la loi.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox