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Accueil du site > Actualités > Economie > Un paradoxe économique étrange !

Un paradoxe économique étrange !

La comparaison entre deux produits est toujours délicate et sera décriée par un grand nombre, surtout lorsqu’on met en balance deux types de produits totalement différents, dont l’un est matériel et l’autre immatériel. Et même si, à juste titre, certains prétendront que l’on ne peut comparer que ce qui est comparable, je vais m’y risquer tout de même, car je pense qu’il n’est pas totalement déplacé de comparer les coûts de deux façons différentes de correspondre entre deux endroits distants.

La comparaison entre ces deux prestations de services est significative, car elle permet de mettre en évidence les abus de tarifs pratiqués par les compagnies de téléphonies mobiles, et démonstration faite, il est paradoxal de constater que le transport de mots par téléphonie mobile coute plus cher que le transport de personnes physiques par avion.

Hasardons-nous donc à cette petite comparaison entre :

Une compagnie aérienne, qui, pour le prix d’un billet d’avion, transporte un nombre limité de personnes d’un point à un autre, et pour cela, elle utilise ; un appareil volant (exemple : un AIRBUS A380-800 : 375,3 millions de dollars, prix moyen catalogue 2011 (1)), une grande quantité de kérosène, un onéreux et primordial personnel qualifié (pilotes, hôtesses, stewards, techniciens, ingénieurs, etc.) sans oublier les importantes taxes d’aéroports, les couteuses révisions périodiques des appareils, etc. Toute cette multitude de services dispendieux est directement et physiquement apportée aux quelques centaines de personnes transportées ponctuellement et matériellement par avion entre deux lieux et sur un temps donné.

Et une compagnie de téléphonie mobile, qui, pour le prix d’un abonnement forfaitaire, permet de mettre en relation deux personnes à distance, et pour cela, elle utilise des antennes relais émettrices/réceptrices (50 000 antennes-relais de téléphonie mobile sont installées en France (2)) pour diffuser les ondes radioélectriques de fréquences variables. Le service vendu sous forme d’abonnements est totalement intangible pour les usagés, puisque seules des données numérisées circulent entre les combinés émetteurs/récepteurs desdits abonnés, relayés par ces fameuses antennes-relais dont on ignore le prix de revient.

S’il est facile de trouver le prix d’un avion sur internet, il est impossible de trouver le prix d'une antenne-relais de téléphonie mobile, or il serait intéressant de savoir combien il faut d’AIRBUS A380-800 à 375,3 millions de dollars, pour couvrir le coût des 50 000 antennes relais des compagnies de téléphonie mobile (Orange, SFR, Bouygues télécom, etc.) si l’on divise le prix d’un seul Airbus A380-800, on obtient 7 500 € par antenne relais, deux Airbus de ce type c’est 15 000 € par antenne relais, etc.

Mais revenons à notre démonstration :

La comparaison porte sur le coût du vol d’un trajet effectué par un avion entre deux points, pour l’exemple : Paris, Marrakech, 3 heures pour l’aller et 3 heures pour le retour, durée correspondante à un forfait de 6 heures de téléphonie mobile.

Pour un aller/retour d’un peu plus de 6 h de vol, deux compagnies aériennes Ryanair (3) et Easyjet (4) proposent des tarifs allant de 53 à 75 €, et plus selon d’autres paramètres, or même si les services aux voyageurs sont amoindris sur les vols aux tarifs retenus pour l’exemple, il n’en reste pas moins que pour faire ces déplacements, il faut affréter un avion, brûler du Kérosène, payer du personnel navigant et de cabine, s’acquitter des frais aéroportuaires, etc.

Pour une conversation de 6 heures, le forfait origami d’orange (5) coûte de 89 à 95  selon la durée d’engagement, 24 ou 48 mois, mais dans les deux cas, il reste largement supérieur au prix d’un aller-retour Paris/Marrakech des deux compagnies lowcosts citées.

Cette démonstration est valable avec d’autres destinations de durée équivalente.

Encore quelques chiffres qui prouvent la démesure des bénéfices dégagés abusivement par les compagnies de téléphonie portable :

 

France Télécom (6)

 

Chiffre d’affaires

45,5 milliards d'euros (2010)

Résultat net :  

  4,88 milliards d'euros (2010)

SFR (7)

 

Chiffre d’affaires

12,577 milliards d'euros (2010)

Résultat net :  

  2,472 milliards d'euros (2010)

Air France (flotte : 380 avions) (8)

 

Chiffre d'affaires (passagers)

16,267 milliards d'euros (2010) 

Résultat net :  

     918 millions d'euros (2010)

EasyJet (flotte : 200 avions) (9)

 

Chiffre d’affaires : 

3,427 milliards d'euros (2010)

Résultat net :

   140 millions d’euros (2010)

 

Si la proportion entre le résultat net et le chiffre d’affaires des compagnies aérienne est compréhensible et parfaitement justifiée, environ 5 % du Chiffre d’affaire, elle l’est moins en ce qui concerne les compagnies de téléphonie, entre 10 et 20 % du Chiffre d’affaires. Le résultat net serait encore plus élevé si l’on pouvait ne retenir que la branche mobile. Et si la transparence est de mise chez Air France, qui affiche sans complexe les chiffres d’affaires et les résultats nets par année et par branches d’activités ; transport de personne, cargos, etc., il en est tout autre des compagnies de téléphonie, il faut creuser beaucoup pour trouver, ne serait-ce, que les chiffres d’affaires.

En ce qui me concerne, je suis ébahi de constater qu’un service immatériel à péage (pour ne pas le nommer à piège à gogos) ne reposant que sur une infrastructure modérée coûte plus cher qu’un service matériellement grand consommateur de produits manufacturés et polluants.

Conclusion : pour une durée égale, il vaut mieux aller tailler une bavette sous le soleil de Marrakech, cela coûte moins cher que de converser par téléphonie mobile avec un correspondant de cette ville. Et il vaut mieux acheter des actions des compagnies de téléphonies mobiles, qui ont nettement moins d’immobilisations périssables, que des actions de compagnies aériennes, qui ont beaucoup plus d’immobilisations à risque.

1) http://www.aerocontact.com/actualie_aeronautique_spatiale/ac-airbus-releve-ses-prix-catalogue-de-4-4-en-moyenne 11331.html

2) http://www.mobile-et-sante.fr/tout-comprendre/les-antennes-relais-en-question/

3) ...

4) http://www.liligo.fr/vol-low-cost/vol-easyjet/

5) http://assistance.orange.fr/telechargement/tarifs/tarifs-offre-mobile.pdf

6) http://fr.wikipedia.org/wiki/France_Télécom

7) http://fr.wikipedia.org/wiki/SFR

8) http://www.airfranceklm-finance.com/chiffre-affaires-resultats-exploitation.html

9) http://fr.wikipedia.org/wiki/EasyJet

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13 réactions à cet article    


  • easy easy 2 juin 2011 10:26

    L’idée de faire ces comparaisons est dans le fil de ce que font les artistes modernes qui rapprochent ou établissent des liens entre choses qui apparaissaient sans relation particulière. Ils ouvrent ainsi des fenêtres de réflexion mais évitent de diriger les pensées en ne concluant jamais, en ne proposant aucun mot d’ordre, aucune discipline, aucune consigne.


    Pour ce qui est des chiffrages, je vous fais confiance.

    Sur la fin de votre texte, vous avez été nettement plus directif en concluant qu’il revient donc moins cher d’aller parler de vive voix à un correspondant au Maroc que de lui téléphoner (ce qui n’est pas forcément vrai ni pour 10 minutes de papotage ni pour la Chine). Et puis, questions d’haleine, crash et instantanéité-ubiquité-multiplexage, le téléphone a des avantages qui peuvent valoir quelques sous.

    Au bilan, vous m’avez aéré et élargi quelques pensées. Merci.


    • vodvoj 2 juin 2011 11:16

      interessante comparaison


      • Ariane Walter Ariane Walter 2 juin 2011 13:28

        Très intéressante votre comparaison...
        Rusée aussi, car on ne tel pas 8h d’affilée au Maroc...

        Mais le résultat est percutant : oui, ces boîtes de tel mobile font des bénéfices qui les rendront utiles à notre prochaine organisation révolutionnaire. Merci de nous les signaler.

        Il y a aussi un paquet à se faire dans les parkings des centre villes ou pour 4h de stationnement on paie 8 euros....
        Ca va en faire des choses à nationaliser.
        Et après, les banques....


        • Jean Lasson 2 juin 2011 14:39

          « Et après, les banques.... »

          A mon avis, les banques d’abord, ce sont les plus toxiques, les plus dangereuses.

          Après, presque tout le reste du CAC40 devrait y passer, à l’exception de l’Oréal et des constructeurs automobiles peut-être. Toutes les « délégations de service public » devraient également être dénoncées (eau, autoroutes, parkings, licences de téléphonie, énergies, liaisons maritimes, etc.), quitte à laisser ensuite certains secteurs non stratégiques à une *vraie* concurrence entre sociétés privées plus nombreuses et de plus petite taille.


          • Jean Lasson 2 juin 2011 14:51

            J’oubliais : en tout premier lieu, confisquer tous les médias aux mains des barons du système (TV, radios, journaux), pour les organiser ensuite en coopératives de journalistes et d’usagers. Sans oublier de se débarrasser des journalistes, présentateurs, « experts » et « intellectuels » corrompus, prostitués et complices.


            • Jean-Paul Foscarvel Jean-Paul Foscarvel 2 juin 2011 14:54

              C’est très intéressant.

              Cela illustre la différence entre la plus-value temporelle et atemporelle.

              J’avais écrit un article là-dessus.

              Notamment :

              " Dans le système classique, cette création de valeur s’effectue à partir de la création de biens matériels. Pour faire simple, un travailleur fabrique des chaises. La plus-value est réalisée par la différence entre le coût du travailleur qui lui permet de survivre, et est fonction du temps de travail accomplie (mais ne représente qu’une partie de ce temps), et la valeur ajoutée via son travail, valeur qui se concrétise par du temps de travail. La plus-value est donc directement liée au temps de travail, elle ne peut jamais lui être supérieure : c’est la plus-value réelle.

              Dans le néocapitalisme, la création de valeur se réalise à partir de la conception. Un ingénieur travaille sur un logiciel. Comme le travailleur classique, il a un coût proportionnel au temps de travail, même si son niveau de compétence est pris en compte. La valeur ajoutée n’est pas liée au temps de travail, mais à la qualité de conception, d’information, intégrée dans le produit, qu’est le logiciel. Une fois créé, celui-ci peut être dupliqué indéfiniment, et la plus-value n’est plus liée au temps de travail, elle est complètement dé-corrélée : c’est la plus-value imaginaire. "

              Je dirais plutôt (après la discussion de l’époque), plus-value atemporelle.

              Dans le cas de la compagnie aérienne, il s’agit de plus-value temporelle, avec de vrais pilotes, de vrais avions, de vrai kérosène.

              Dans le cas de la compagnie télécom, une fois installés, ses relais peuvent continuer. Il n’y a pas de lien direct entre l’usage du téléphone et le coût subit par MT. Il peut faire des profits indépendamment du temps d’usage et donc de travail : il n’y a pas d’opérateur (trice) payé (e) pendant les 6 heures de com.

              La concurrence inter-capitaliste est telle que les taux de profits entre Aéroflop et MachinTélécom doivent s’aligner. Conséquence : les low-costs où tout doit être acheté (y compris l’arrêt pipi) et les salaires tirés vers le bas.

              La limite est la vivabilité sociétale. La limite du système lui-même qui finit pas devenir incapable de couvrir les besoins.

              Seules survivraient les entreprise atemporelles. Ou celles qui incorporeraient un maximum d’atemporel (conception, marketing, etc.) dans leur produit.

              A la fin, on a des entreprises qui ne font plus que du vent, mais le font payer très cher, en nous faisant croire qu’il nous est indispensable. Quant au réel, il serait fabriqué par des esclaves (et encore, les contrôler coûte cher)


              • ddt99 ddt99 2 juin 2011 16:15

                Il y dans notre société des entreprises dont les privilèges sont à géométrie variable, et dont les résultats nets ne sont pas toujours mérités.

                D’un côté, il y a les entreprises industrielles à faible taux de rentabilité, y compris les entreprises de service comme les compagnies aériennes dépendantes de matériels lourds issus de l’industrie, qui sont prisonnières des coûts de productions, de mains-d’œuvre, etc. Une industrie qui a pourtant fait la richesse de la France d’autrefois, alors qu’aujourd’hui, elle fait la richesse des pays dits émergents, comme la Chine, dont le taux de croissance est à 10 % du PIB. Je ne pense pas que ce taux élevé soit dû aux produits financiers, tant vantés par beaucoup d’économistes, qui se fourre le doit dans l’œil jusqu’au coude, pour ne pas voir que cette rentabilité est à court terme, et non pas à long terme. Or un pays a besoin d’investissements à long terme pour prospérer.

                Et de l’autre, ce que j’appelle les entreprises à péages, qui ne font qu’engranger des bénéfices injustes et injustifiés, certes à fort taux de rentabilité, mais sans participation active à la construction de ce pays. Bien au contraire, ils contribuent à l’appauvrissement des populations, et de fait à l’appauvrissement du pays à plus ou moins long terme. Attention ! Je n’ai pas dit qu’elles ne doivent pas faire des bénéfices, mais que ces bénéfices doivent être raisonnables et relativisés en fonction d’un vrai coût de revient, comme pour un produit industriel classique, déductions faites des équipements, de la main d’œuvre, etc.

                Comme autre exemple, je citerais les compagnies autoroutières, qui ont hérité d’un réseau d’infrastructure payé par le contribuable, et aujourd’hui, certes elles doivent les entretenir et financer quelques nouveaux tronçons, mais les bénéfices dégagés par elles sont totalement injustes et injustifiés, comme ceux des compagnies de téléphonies de l’article.

                Effectivement, on pourrait aussi citer les banques, les assurances, les produits pétroliers, etc.

                Privilège ! Privilège ! Qui a dit privilège ?

                Ha ! Il est loin le temps de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

                Merci à tous ceux qui ont participé au débat en laissant un commentaire.


                • rastapopulo rastapopulo 3 juin 2011 01:22

                  En Belgique le cas de l’électricité (Electrabel) est un mixe de ça.

                  A la fois lourd industriellement et surfacturé, nous avons eu la prêche d’un sacrifice pour un fleuron national...

                  Depuis lors ? C’est vendu au français pour la moitié de sa valeur (vu qu’une provision pour démantèlement des centrales nucléaires a été grossir les comptes des français).

                  Le pompon est que vu le nombre de filiale de GDF-Suez, il n’y plus d’impôts payer en Belgique (un montage particulier le permet apparemment).

                  Mais il faut bien acheter « l’élite française » avec du mondialisme financier. Le Belgique étant déjà perdu par le rôle de Bruxelles Babylone de l’UE et par son régionalisme, pas besoin de nous acheter.

                  Bravo pour cette essai de réelle industrie.


                • apopi apopi 3 juin 2011 01:48

                   Intéressante comparaison, il est vrai que les entreprises de téléphonie mobile, françaises au moins, sont devenues de formidables machines à gaver les actionnaires. Paradoxalement une boite comme Apple ne distribue jamais aucun dividende à ses actionnaires alors que sa cote ne cesse de grimper. Ils doivent avoir un sacré paquet de noisettes bien au chaud du côté de Cupertino.


                  • Croa Croa 3 juin 2011 08:30

                    Et encore, concernant la téléphonie mobile, la fausse concurrence organisée oblige-t-elle à un excès d’investissements (plus d’antennes relais !) Sur la téléphonie fixe et l’ADSL, ils utilisent le vieux réseau des ex-PTT, ouf ! Concernant la fibre optique, en bons mafieux, le partage se fait par territoires...

                    Vivement qu’on nationalise tout ça ! smiley


                    • Croa Croa 3 juin 2011 08:39

                      Et encore (bis smiley ),

                      En France l’ADSL est pas cher, comparé au prix des forfaits espagnols par exemple ! (Plus de 2 fois plus chers.)

                      Parce qu’au départ il y avait un réseau public ?


                      • Fugu Fugu 3 juin 2011 09:53

                        Bravo à l’auteur !
                        Tout repose sur le cerveau (notre Operating System) et le votre délivre des idées intéressantes... CONTINUEZ.


                        • Ruut Ruut 23 juin 2011 08:12

                          Moralité la privatisation ne fait pas baisser les prix.

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