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Accueil du site > Actualités > Economie > Un passage du témoin douloureux et traumatisant

Un passage du témoin douloureux et traumatisant

Que se passe-t-il au juste avec la Livre Sterling et pourquoi subit-elle actuellement ce qui est probablement la plus violente chute de son histoire ? Mesurée à un panier de Devises, la monnaie Britannique a en effet dégringolé de 25% en 2008, perdant ainsi plus de valeur que lors des dévaluations du siècle dernier ! Plus que lorsque le pays avait été contraint d’abandonner en 1931 le régime de l’étalon Or car la Livre avait alors perdu 24% de sa valeur, plus que lorsque, à l’issue du "mercredi noir ", elle avait dû quitter le Système Monétaire Européen et plus que lorsque Harold Wilson avait été forcé de rassurer à la télévision ses concitoyens effrayés par la dévaluation de 1967...

 La Livre Sterling a récemment atteint son plus bas niveau vis-à-vis du billet vert depuis les fameux accords du Plaza de 1985, année du reste où la Livre avait pratiquement touché la parité. La chute de la Livre par rapport à l’Euro étant tout aussi spectaculaire puisqu’elle a frôlé la parité, venant de 1.35 Euro pour 1 Livre il y a une année...

Cette descente aux enfers est très prosaïquement la conséquence - ou le reflet - de la conjoncture économique du pays qui connaît sa crise immobilière la plus forte depuis les années 30. La récession y est implacable, indiscutable : le chômage dépassera cette année le cap des 2 millions de demandeurs d’emplois dans un contexte où la consommation s’effondre et où les flux de capitaux hors du pays s’intensifient...En d’autres circonstances, cette chute de la Livre n’aurait pas été interprétée comme un symptôme de maladie – en l’occurrence la récession - mais comme un remède !

Il est vrai qu’un affaissement de la valorisation de la Devise Britannique aurait certainement dopé les exportations devenues moins coûteuses pour les acheteurs étrangers. En effet, la production Britannique devient aujourd’hui aussi bon marché que les biens manufacturés en Europe de l’Est grâce à la dégringolade de la Livre, situation similaire du reste pour le secteur des services Britanniques ( financiers, légaux ) qui devient également très compétitifs...Dès lors, ce gain de compétitivité des industries Britanniques aurait été susceptible de relancer l’économie du pays en dépit de la contraction du secteur industriel national survenu dans les 80 et 90. Cependant, les flux commerciaux mondiaux ont eux aussi subi un frein quasiment sans précédent du fait d’une récession globale ayant asséché commerce international et flux financiers depuis les Etats-Unis à l’Europe en passant par le continent Asiatique...En fait, les dirigeants Britanniques ayant malencontreusement axé l’activité de leur pays sur les services financiers paient à présent le prix d’une économie essentiellement "mono produit "...

Cette crise que traverse la Grande Bretagne et témoignée par la dégringolade de leur Devise n’est devenue critique que lors de ces dernières semaines car la dépréciation de la Livre était jusque là perçue par la majorité des observateurs comme une "saine dévaluation ", à l’image de sa chute ayant précipité son départ du SME en 1992, chute qui avait inauguré une période de prospérité pour la City et pour l’ensemble du pays...Cette dégringolade s’est toutefois transformée en dérapage incontrôlé du fait de la fuite d’investisseurs internationaux ayant perdu toute confiance en la capacité du pays à surmonter rapidement cette récession. En fait, la situation a véritablement basculé il y a quelques jours à l’issue de l’annonce du second plan de sauvetage de ses banques par le Gouvernement Britannique : Ce qui avait été considéré comme une dévaluation compétitive de la Livre fut dès lors perçu comme un signe annonciateur de l’insolvabilité Britannique !

L’événement est en soi historique car la Grande Bretagne a - depuis des temps immémoriaux - été considérée avec respect comme une nation forte, solvable, comme un "bon risque " en somme n’ayant aucun point commun avec des nations comme l’Argentine ou la Russie faisant régulièrement défaut sur leurs obligations respectives. La réputation de la Grande Bretagne, un des meilleurs débiteurs au monde il y a encore peu de temps, est à présent d’autant plus hypothéquée que les agences de notation internationales ne nient pas les rumeurs persistantes de rétrogradation de son rating ! De fait, le rating de sa dette est absolument crucial pour une économie Britannique qui, avec 7.7 milliards de Livres de déficit budgétaire, dépense bien plus qu’elle ne peut générer et qui donc est dépendante de la motivation des investisseurs étrangers...Le niveau de vie des citoyens Britanniques est-il sur le point de se dégrader du fait d’une difficulté grandissante de leur Etat à financer son et leur train de vie ?

Méditons cette admonestation que lançait Gordon Brown en 1992 à l’attention de ses adversaires Conservateurs : " Une Devise faible est le reflet d’une économie faible, elle-même résultante d’un Gouvernement faible "…


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29 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 28 janvier 2009 10:31

    Je l’avais annoncé que la livre sterling deviendrait monnaie de singe en 2009 ! http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=47408 smiley


    • Echo Echo 28 janvier 2009 11:18

      Grrr !!!

      Les smiley sont deja en greve ?

      Tres drole, le Chat !


    • JL JL 28 janvier 2009 10:46

      Bonjoir, vous avez écrit :

      ""Le niveau de vie des citoyens Britanniques est-il sur le point de se dégrader du fait d’une difficulté grandissante de leur Etat à financer son et leur train de vie ?""

      "Financer" quoi ? SVP, merci.


      • Michel Santi Michel Santi 28 janvier 2009 21:40

        A financer leur train de vie et leurs déficits...


      • Kim ubu 29 janvier 2009 08:41

         Par exemple, à financer les banques de façon a ce qu’elles continuent à prèter de l’argent à ceux qui en ont besoin pour soutenir leur business ou payer leur dettes en attendant des jours meilleurs.


      • John Lloyds John Lloyds 28 janvier 2009 11:49

        C’est rien de moins que la fin de la Livre Sterling qui est annoncée. Le problème va être maintenant les pays conduits par l’Euro au désastre, comme l’Espagne.


        • Fergus fergus 28 janvier 2009 11:55

          Comment un pays qui n’a plus d’industrie ni d’agriculture et qui a tout (ou presque) misé sur sa réputation de place forte financière peut-il s’en sortir dans le contexte généralisé d’extrême méfiance vis-à-vis des banques et de leurs dérives spéculatrices ? Je crains le pire pour les Britanniques.


          • mac 28 janvier 2009 12:18

            Il me semble qu’il y a peu , pour bon nombre de ne nos politiques et intellectuels médiatiques (ceux que l’on voit dans les médias pas forcément les vrais !), le modèle britanique c’était ’in" et nous pauvres français nous étions des ringards de ne pas mettre toutes nos économies dans la finance.
            On disait même que le PIB de la GB avait dépassé celui de la France !
            La réalité est que ce pays risque de rejoindre la place qui etait la sienne dans les années 70 et 80 c’est à dire un pays produisait une richesse a peine supérieure aux 2/3 de celle de la France avec une population équivalente.Au moment de grosses crises financières ne vaut-il pas mieux être capable de produire du blé, du courant éléctrique et de TGV plutôt que des Golden Boys et des agents immobiliers ?


          • LE CHAT LE CHAT 28 janvier 2009 12:03

            en tous cas , certains anticipent déjà la disparition et son remplacement !
            http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c7/British_Euro_coins.jpg


            • Gandalf Tzecoatl 28 janvier 2009 12:22

              Les troubles monétaires de 1992 avaient été nécessaires pour jeter dans la gueule du loup de l’euro et de Maastricht tout les européens affligés par leurs monnaies nationales instables (les banques étaient bien les prêteuses de George Soros).

              Le processus usité est sensiblement le même concernant la livre sterling, à savoir l’instabilité monétaire.


            • Parpaillot Parpaillot 28 janvier 2009 13:31

              Bonjour Michel Santi,

              " En fait, les dirigeants Britanniques ayant malencontreusement axé l’activité de leur pays sur les services financiers paient à présent le prix d’une économie essentiellement "mono produit "... "

              Que représente actuellement la part du secteur financier et bancaire dans le PIB britanique, sachant que l’ensemble du secteur tertiaire représente le 73 % de ce PIB (source : Wikipedia) ?

              Merci et bonne journée !


              • geko 28 janvier 2009 14:38

                Une émission récente sur la city parlait de 20% du PIB.


              • Parpaillot Parpaillot 28 janvier 2009 17:48

                @ geko :

                Merci !


              • Michel Santi Michel Santi 28 janvier 2009 21:40

                selon moi, on devrait s’approcher même des 30%...


              • Annie 28 janvier 2009 15:18

                Effectivement la dévaluation de la livre sterling, qui équivaut pratiquement à 1 euro, devrait stimuler les exportations. Mais cela fait longtemps que la Grande Bretagne n’exporte plus rien, parce qu’elle ne fabrique plus rien.
                Il est aujourd’hui très difficile de faire un emprunt. Pour acheter un logement, il fallait avant la crise avancer 10% du prix du logement ; c’est maintenant passé à 20%. Les banques accordaient des prêts correspondant à 130% de la valeur du logement ; c’est bien sûr terminé.
                La Grande-Bretagne a connu ces dernières années un essor économique sans précédent, qui a totalement occulté l’existence de la frange invisible mais bien présente des plus économiquement faibles ; A eux les banques ne prêtent pas, et il existe donc tout un réseau de microcrédit prêtant des sommes relativement modiques, pour aider à financer l’achat d’une machine à laver, des vacances, etc. qui sont remboursées à la semaine par tranche de 5 ou 10 euros (si une livre équivaut à 1 euro) aux employés des institutions de microcrédit, qui font du porte à porte. Les remboursements sont relativement flexibles, et peuvent être suspendus ou réduits pour une période définie en cas de difficultés. Le taux annuel effectif est de 56%.


                • Internaute Internaute 28 janvier 2009 19:01

                  Exactement. Santi comme beaucoup d’autres pense qu’il n’y a que le commerce international qui existe. Pourtant, les pays européens ont connu leur apogée à une époque où le commerce international était réduit à sa plus simple expression.


                • Internaute Internaute 29 janvier 2009 12:21

                  Un taux annuel de 56% est énorme. Est-ce qu’en Angleterre le taux d’usure n’existe pas ? En France il est interdit de prêter au delà de 21,32% par an pour les petits montants aux particuliers.

                  http://www.banque-france.fr/fr/poli_mone/taux/credit/usure.htm


                • Eloi Eloi 28 janvier 2009 18:57

                  S’il l’on peut trouver un aspect positif a cet affaire, c’est qu’on ne risque plus d’avoir un Blair président de l’Europe

                  Merci à l’auteur pour l’article


                  • Internaute Internaute 28 janvier 2009 18:58

                    Cet article montre bien ce qui arrive quand on choisit la mondialisation, la spécialisation des nations et la mise en concurrence libre et faussée des entreprises nationales avec celles du tiers-monde.

                    La GB a été la première à se lancer dans ce toboggan maléfique. Cela fait bien longtemps que l’industrie anglaise a complètement disparu à commencer par l’automobile et l’aéronautique. Aujourd’hui ils sont insolvables tout simplement parcequ’ils dépendent du bon vouloir des investisseurs étrangers pour vivre. Il est normal que Madoff ne soit pas poursuivi car à y regarder de prés Gordon Brown fonctionne comme lui à ceci prés qu’il le fait pour l’Etat anglais et pas pour sa poche.

                    J’espère que nos hommes politiques en tireront les leçons car à cause d’eux nous sommes sur la même pente.


                    • MKT 28 janvier 2009 19:20

                      Un week-end à londres deviendrait-il abordable ?


                      • Yohan Yohan 28 janvier 2009 19:28

                        C’est la preuve que l’euro, quoiqu’on en dise, protège qq part la monnaie. A force de jouer sur tous les tableaux.....
                        Good game ! fellow  smiley


                        • pierrot123 28 janvier 2009 21:33

                          Certes l’Euro protège la monnaie, pour les pays qui l’ont adopté, mais.......à quel prix !!
                          Et, franchement, quand le Franc se dévaluait, peu ou prou, ça ne nous mettait tout de même pas la baguette de pain à 7 francs...ni le café au comptoir à 10 francs...
                          ça n’a rien à voir ?.... Hé ben, va m’acheter 3 baguettes, pendant que tu y es...


                          • Croa Croa 28 janvier 2009 21:47

                            Il ne faut pas exagérer ! Le week-end londonien était hors de prix, surtout coté chambres. Pareil pour l’immobilier : Même s’il aimait l’Angleterre, s’installer là-bas était impossible pour un français ! Inversement nombre d’anglais se sont installés chez nous pour pas cher !

                            Mais, voilà, sans être en zone €uro, les anglais sont en Europe maintenant ! Bref, il ne se produit qu’une chose très simple : Les pendules se remettent à l’heure et les prix anglais tendent vers leur véritable valeur. Ce n’est tout simplement que ça ! (S’ils avaient voulu l’€uro les prix auraient directement chutés.) Par ailleurs il me semble qu’il reste de la marge encore !


                            • micmac 28 janvier 2009 23:52

                              ATTENTION
                              Comment se porte notre industrie ?
                              Que produit on comme "produits manufacturés" ?
                              N’est on pas rentré dans le monde des "services" ?
                              Ne sommes nous pas dépendants des importations pour nous vétir, nous équiper et même manger ?
                              DEMAIN CE SERA NOTRE TOUR !

                              Si nous voulons échapper à la crise il faut que la zone Euro se remettre à l’industrie !
                              Enfin (je réve) redeviendrons nous compétitifs quand nous serons dans le trou ?


                              • vieuxcon vieuxcon 28 janvier 2009 23:56

                                Et oui c’est triste un pays qui ne produit rien que du vent. Car la finance, et les services ce ne sont que du vent s’il n’y a pas à coté du concret, du manufacturé, quelque chose qui justifie des ouvriers, des commerçants et donc pour les aider des services.
                                Nous nous trompons souvent sur l’économie de la Suisse par exemple. C’est une pépinière d’usines de précision, de fabriques de café ou chocolat, une agriculture aidée mais préservée. Et pour faire tourner tout celà de la finance et des services. Et pas l’inverse comme on se complait à le croire.
                                Malheureusement certains signaux, me font craindre quelques difficultés à venir en Suisse aussi, car beaucoup de ces fabriques de précisions sont tributaires de la Zone Euro où résident les principaux clients.
                                Pas sur que le tourisme boliwood suffise à compenser.
                                Il n’en reste pas moins que je pense que la Suisse s’en tirera mieux que nous, car le Suisse n’a pâs la culture du crédit et l’endettement et limité, d’autre part par ce que la micro industrie est très diversifiée et le savoir faire pas encore bradé en contrats avec transfert de compétences.


                                • vieuxcon vieuxcon 28 janvier 2009 23:58

                                  J’oubliais le principal. La Suisse est bien sûr le contre exemple parfait de la politique menée en Angleterre.


                                  • Internaute Internaute 29 janvier 2009 08:59

                                    Hier la fed a anoncé qu’elle allait acheter des bons du trésor US. En clair, elle vient d’annoncer que le plan de relance d’Obama sera financé avec de la fausse monnaie. L’Angleterre va faire la même chose.

                                    Grâce à l’Euro, les démangeaisons de nos politiques vont être freinées par les allemands ce qui devrait nous prémunir d’une telle erreur. On peut lancer les paris sur le taux de change Euro/Dollar dans 6 mois ainsi que sur le prix de l’or.


                                    • kamaraimo 5 février 2009 05:51

                                      ah enfin le terme fausse monnaie prononcé ! en effet, toute activation de la planche à billet non déclenchée par le peuple (ou ses représentants légitime) et pour le peuple (et donc surveillée par des comission légitimes) est purement de la fausse monnaie : http://www.fauxmonnayeurs.org/ fausse monnaie que ne peut combattre q’une assemblée constituante : http://levillagedesfacteursdimages.org/facteursdimages/spip.php?rubrique505

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