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Accueil du site > Actualités > Economie > Un peu en dessous du volcan

Un peu en dessous du volcan

On parle ici assez souvent de la dette excessive de l’état français et de son rôle hypertrophié, du dynamisme et de la productivité de l’économie US. Le but de cet article est d’exhiber quelques éléments macro-économiques de base pour rappeller que les Etats-Unis sont « l’homme malade » de l’économie mondiale.

Cet article fait suite à un excellent article de Léon qui rappelle quelques principes macro-économiques, et quelques chiffres sur la situation française. Il indique que la politique ultralibérale consiste à endetter l’Etat en diminuant ses recettes de manière à pouvoir ensuite privatiser ses activités. Cet article prolonge ce raisonnement en comparant les grands chiffres macro-économiques français à ceux du pays ultralibéral de référence, les Etats-Unis.

Tout d’abord, en ce qui concerne l’endettement, on voit dans le tableau comparatif ci-dessous que les états français et US ont des taux d’endettement comparables (relativement au PIB). Par contre, les ménages US sont deux fois plus endettés que les ménages français.


Etats-Unis (2006)

France (2005)


milliards $

$ per cap

%

milliards €

€ per cap

%

Produit intérieur brut (PIB)

13 457

44 708


1 700

26 984


Dette des administrations publiques

8 850

29 402

66% du PIB

1 138

18 063

66% du PIB

Revenu brut disponible des ménages (RBD)

9 679

32 156


1 120

17 778


Dette des ménages

12 300

40 864

127% du RBD
91% du PIB

742

11 778

66% du RBD
44% du PIB

NB : « per cap » signifie « par habitant recensé » et le PIB est calculé par la méthode de la « consommation finale », seule publiée par le BEA

On constate donc que l’ultralibéralisme ne conduit pas à un dette plus faible, mais à une dette plus importante et privée. Et encore n’ai-je pas fait figurer ici la dette des entreprises, qui présente la même hypertrophie que celle des ménages, mais qui pose des problèmes de périmètre. L’énorme dette privée US était déjà rappelée dans cet article de aixetterra.

Il faut préciser qu’après le krach internet en 2001, les taux ont significativement baissé, ce qui a permis aux citoyens de s’endetter assez largement. Les taux ont encore baissé ensuite, ce qui a créé un « effet de richesse » qui a solidement relancé la consommation en 2005 et 2006. Mais les taux remontent depuis un an, ce qui explique l’augmentation importante des défaillances individuelles de crédit immobilier hypothécaire. En mars 2007, les ménages US ont continué à consommer en puisant dans leur épargne.

On voit également que le PIB US représente en dollars par citoyen 1,6 fois le PIB français en euros. La conclusion qui en est régulièrement assénée par l’OCDE est que la productivité US est très supérieure en termes absolus à celle du reste du monde. Cela fait l’impasse sur le fait de savoir comment convertir entre elles les monnaies. L’OCDE utilise une conversion à « parité de pouvoir d’achat » qui place les deux monnaies assez proches l’une de l’autre. Or ce point est assez subjectif. Les études situent cette parité quelque part entre 1 dollar et 1,4 dollar par euro. Le cours évolue entre 1,25 et 1,35 depuis quelques années. Au taux de change courant et aux méthodes comptables près, la différence n’est pas si significative.

Le tableau comparatif suivant détaille les élements constitutifs du calcul du PIB par la méthode retenue.


Etats-Unis (2006)

France (2005)


milliards $

$ per cap

% du PIB

milliards €

€ per cap

% du PIB

Produit intérieur brut (PIB)

13 457

44 708


1 700

26 984


Consommation finale publique

2 575

8 555

19,1%

405

6 429

23,8%

Consommation finale des ménages

9 421

31 299

70,0%

975

15 476

57,4%

Investissement (FBCF)

2 162

7 183

16,1%

336

5 333

19,8%

Solde du commerce extérieur

-701

-2 329

-5,2%

-16

-254

-0,9%

On voit que le PIB US se caractérise par rapport au PIB français par un taux d’investissement et une consommation publique inférieurs, et une consommation privée et un déficit commercial supérieurs. On pourrait en conclure hâtivement que l’Etat US est plus économe des deniers publics. En fait, cela vient simplement du fait que la plus grande part des dépenses d’éducation et de santé y est privée, et comptée comme telle. On pourra alors imaginer qu’elle est alors plus « efficace » ? La dépense de santé représente aux US environ 2 000 milliards $, soit environ 15% du PIB, alors qu’elle est en France de 180 milliards €, soit 10,5% du PIB. Mais alors les citoyens US sont en très bonne santé ? Espérons-le pour eux, mais aucun indicateur macro-économique comme l’espérance de vie ne le confirme, au contraire.

Pour ce qui est du solde commercial, il faut noter que les exportations représentent 1 523 milliards $, et que le déficit commercial est donc de la moitié des exportations, ce qui est considérable, et qui plaide dans le sens d’une sur-évaluation significative du dollar, tout au moins par rapport au yuan, la Chine étant le principal contributeur au déséquilibre US.

En résumé, les US se caractérisent, relativement à la France, par un endettement public important, avec un déficit budgétaire stabilisé mais non négligeable, un endettement privé colossal, à 60% immobilier et hypothécaire, c’est à dire au fond gagé par lui-même, et un déficit commercial important et en augmentation. La situation est comparable en Angleterre et en Allemagne pour l’endettement, mais avec un solde commercial différent.

Depuis un an, tous les observateurs se demandent quand vont venir l’explosion de la bulle et la récession. J’ai exposé dans un article récent mon opinion : elle a de bonnes chances pour très bientôt. Nous venons d’avoir droit en février à un avertissement sans frais.

Les dettes US sont en grande partie vers des non-résidents et libellées en dollars, ce qui est le cas en particulier de la dette de l’Etat, les « bons du Trésor », souscrits en majorité par l’Asie. Il existe une issue directe à beaucoup de problèmes US : une chute brutale du dollar. Et derrière une interrogation géante en Chine...

Sources d’informations

Toutes les informations concernant la France proviennent du site de l’INSEE. Elles ne concernent malheureusement que l’année 2005, mais les ordres de grandeur ne sont pas bouleversés en 2006. (A ce propos, merci encore à l’UMP d’avoir retardé la publication par l’INSEE de quelques indicateurs 2006 intéressants, comme celui du taux de chômage)

Tous les flux concernant les Etats-Unis proviennent de l’équivalent BEA de l’INSEE. Les chiffres concernant la dette proviennent du ministère des finances.

Certains chiffres sont corroborés par ce récapitulatif de la Banque de France, qui fournit par ailleurs quelques comparaisons intéressantes entre la France, l’Europe et les Etats-Unis.

Enfin, je recommande la lecture de ce site qui résume excellement la problématique de l’économie US.

Les ratios « per capita », sont établis sur la base de 63 millions d’habitants pour la France et 301 pour les Etats-Unis, valeurs à la même date des recensements officiels.


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27 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 11 avril 2007 10:55

    Quand je lisais « le monde diplomatique » voici 21 ans ,je pouvais lire le même argument sur la politique économique des américains.

    « Depuis un an, tous les observateurs se demandent quand vont venir l’explosion de la bulle et la récession. J’ai exposé dans un article récent mon opinion : elle a de bonnes chances pour très bientôt. ».

    C’est le même type de discours.

    Il convient de rappeler seulement ,que les USA,ont des périodes de croissance et de récession et c’est normal car c’est le fonctionnement normal d’une économie libérale

    Alors,arrêtons de toujours dénigrer ce que nous ne sommes pas capable de critiquer dans notre pays LA FRANCE.


    • eddy soibon (---.---.209.151) 16 avril 2007 13:55

      Petit problème, Lerma : il y a 21 ans, l’euro n’existait pas, la Chine n’était qu’un pays du tiers-monde et le bloc soviétique ne s’était pas encore effondré. Les USA étaient alors LE pays dominant.

      Les conditions économiques et financières de la planète sont totalement différentes en 2007, et les USA sont eux-même dans une situation différente. Le dollar, par exemple, est maintenu à bout de bras par les investisseurs asiatiques, européens et du Moyen-Orient.

      Si les USA connaissent une récession importante, la monnaie américaine est finie comme monnaie de référence. Certains producteurs de pétrole pensent déjà à abandonner le dollar au profit de l’euro. En cas d’effondrement du dollar, c’est donc probablement l’euro qui prendra la place.

      Et là les USA, même en étant très optimiste, on ne voit pas comment ils pourront maintenir leur standing : une monnaie monnaie faible, une industrie qui bat de l’aile, un endettement important tant de l’état que des particuliers, un niveau de consommation que les milliardaires de la planète ne financent plus, la concurrence de la Chine, des guerres un peu partout...

      Les USA sont aujourd’hui dans la même situation de « distorsion » que l’étaient les empires coloniaux en 1945. Ils occupent une place qu’ils voudraient prépondérante, mais qui ne correspond plus à leur niveau réel de domination.

      Ni au plan démographique, économique, financier, diplomatique ou même militaire, les USA ne sont encore un géant.


    • nathalie p.f. (---.---.119.244) 11 avril 2007 11:16

      quoi qu il en fut, ça croulait aussi, ça s effondrait tandis que nous tombions dans le volcan.


      • tovara (---.---.149.181) 11 avril 2007 13:27

        « Les Etats Unis sont l’homme malade du monde » bien sûr, et le Congo, la Somalie ou l’Afghanistan les « hommes en bonne santé », mais où préférerais tu vivre, M le macroéconome ? Juste 2 chiffres, à la portée de béotien comme moi, excuse moi, je ne suis pas économiste professionnel, j’ai juste cetaines notions d’« honnête homme » comme on disait jadis : SALAIRE MEDIAN aux USA (hors impôts et prélèvements) : 45 000 euros SALAIRE MEDIAN en France (hors impôts et prélévements) : 25 000 euros. Le coût de la vie (« panier de la mènagère ») étant grosso modo le même dans les 2 pays. Ben moi si j’avais le choix (c’est vrai que je ne suis pas maso), je préfère être l’« homme malade »....


        • (---.---.109.12) 11 avril 2007 14:02

          Diagnostic : c’est un cancer smiley


        • Le bien-pensant (---.---.101.112) 11 avril 2007 14:05

          Je serais pas fier de polluer autant... Ils iront en enfer, c’est le grand Satan smiley


          • Garcimore shines on your crazy diamond (---.---.10.210) 11 avril 2007 16:12

            c’est sur ce que tu dis la mage (et dans le post d’avant) ?


          • Sophie (---.---.143.12) 11 avril 2007 16:25

            Je cite : « la politique ultralibérale consiste à endetter l’Etat en diminuant ses recettes » = oui, tout le monde en France sait que les prélèvements de l’Etat (ses recettes donc), les impôts et taxes sont dramatiquement bas, presque inexistant, un sale coup des ultralibéraux pour pouvoir endetter le pays, ah les salauds !

            Heureusement cette politique de recettes (impôts et taxes) honteusement basses est ici démasquée, vivement une bonne augmentation ! Ouf, sauvés !

            Tiens après un article du fameux Léon, c’est le deuxième sujet en 2 jours d’un disciple du dit Léon sur le même thème, « la dette de la France, c’est pas grâve... »

            Une campagne d’intox en cours, superbe...

            Le troisième article d’un disciple, et le quatrième sur le sujet, c’est pour quand ?

            Un mouvement derrière ça ? Une asso ? Un partie politique ? Une secte ?


            • (---.---.192.187) 11 avril 2007 17:19

              Comme toujours un excellent article cher Ent et comme toujours on vois les groupies libéralistes rappliquées illico-presto avec... aucun argument en dehors de « c’est de l’anti américanisme primaire ».

              Bref toujours la même musique de la part de gens dont aucun n’a jamais mis les pied dans le pays de l’Oncle Sam smiley


              • Internaute (---.---.242.233) 11 avril 2007 18:28

                J’aime bien vos article mais là vous êtes un peu court. Vous terminez en nous lâchant une phrase énorme comme une équation différentielle du 5° degré .... « Il existe une issue directe à beaucoup de problèmes US : une chute brutale du dollar. »....

                Veuillez nous expliquer quelles seraient les conséquences d’une chute du dollar. Pour ma part je crains que ce ne soit encore plus terrible pour les US que la situation actuelle. Historiquement l’Allemagne a toujours eu une politique monétaire consistant à maintenir la valeur de sa monnaie (mark fort pendant des années, euro aujourd’hui) et cela lui a toujours bien réussi.

                Je pense qu’à terme, toutes ces énormes dettes finiront par une dévaluation généralisé des monnaies des pays riches. Ainsi on essuiera l’addition des Etats mais on découvrira du jour au lendemain que notre travail ne nourrira même pas nos familles. C’est le syndrome des pays sous-développé. C’est la raison pour laquelle il faut diminuer cette dette, quoi que cela nous coûte aujourd’hui.

                Il n’y a rien de rassurant à regarder le voisin couler plus ou moins vite que nous.


                • Gandalf Tzecoatl 12 avril 2007 12:27

                  J’abonderais dans le sens de Ent, mais pour deux autres raisons :

                  - la chute du dollar devrait rééquilibrer le commerce extérieur, du moins à court terme (l’inflation risque de faire perdre le bénéfice à moyen terme) ;
                  - la chute du dollar liée à une inflation réduirait l’endettement américain, d’ailleurs c’est déjà le cas aujourd’hui (600 milliards de réduction de dette publique annuel, source « Comment sortir du piège américain ? » de Pierre Leconte) ;


                • Forest Ent Forest Ent 11 avril 2007 19:55

                  @lerma

                  « arrêtons de toujours dénigrer ce que nous ne sommes pas capable de critiquer dans notre pays LA FRANCE »

                  Lol. C’est un peu le contraire. Arrêtons de critiquer la France et comparons objectivement avec ce qui se passe ailleurs. Il y a eu des tas d’articles bien pensants pour expliquer que la dette était le problème français n°1, et proposer des solutions à l’américaine.

                  @tovara

                  « SALAIRE MEDIAN aux USA : 45 000 euros ; SALAIRE MEDIAN en France : 25 000 euros »

                  Je ne suis pas économiste, mais mathématicien. J’essaye de faire moi-même la différence entre le bien et le mal. Un salaire aux US ne peut pas être exprimé en euros. C’est tout le problème de la « parité de pouvoir d’achat ». On ne peut en juger que sur le long terme. Il semble que les « revenus » US proviennent en bonne partie de l’emprunt.

                  @sophie, lerma, arthur le mage

                  « Une campagne d’intox en cours, superbe... Un mouvement derrière ça ? Une asso ? Un partie politique ? Une secte ? »

                  Les sectes en question s’appellent l’INSEE et le BEA. Cette réalité est tout ce qu’il y a de plus factuelle et bien connue de tous les observateurs de tous bords. Il y a une bulle immobilière et actionnariale comme il y avait une bulle internet en 2000 et tout le monde le sait.

                  Présentez un argument opposé, quel qu’il soit...

                  Je ne dis pas que la dette française est juste est bonne. Je constate qu’elle est bien moindre que la dette US. Pourquoi cela vous gêne t il ?

                  @internaute

                  « Veuillez nous expliquer quelles seraient les conséquences d’une chute du dollar. »

                  Ce n’était pas l’objet de l’article qui était seulement de comparer les situations françaises et US. J’ai suggéré une opinion personnelle dans la phrase suivante : la principale conséquence en serait à mon avis un risque significatif de déstabilisation du régime chinois, en déséquilibre dynamique sur l’exportation.


                  • fg (---.---.60.174) 11 avril 2007 20:49

                    Ne tombons pas non plus dans la glorification béate des états unis : quelques saines lectures Barbara Ehrenreich l’amérique pauvre ou comment en cumulant un job de semaine + un job de week end on n’a même pas de quoi payer son loyer et on vit dans une caravane en camping permanent.

                    POur ceux qui pensent que les US sont libéraux : La croissance américaine ou la main de l’état d’Alain Villemeur. Eux ne se sont pas bloqués les moyens d’intervenir quand ils en ont envie en se soumettant à une commission qui leur impose des méthodes qui ne marchent pas dans leur pays.


                    • ZEN zen 11 avril 2007 21:56

                      On apprend aussi beaucoup à lire la presse des USA :

                      ÉTATS-UNIS • De plus en plus d’Américains sombrent dans la misère Entre 2000 et 2005, le nombre de personnes vivant largement en dessous du seuil de pauvreté a augmenté de 26 %.

                      « Le pourcentage d’Américains vivant en dessous du seuil de pauvreté a atteint son maximum en trente-deux ans. Des millions d’Américains actifs sont de plus en plus acculés à la misère, tandis que le gouffre entre les »nantis« et les »démunis" ne cesse de se creuser.

                      Le groupe de presse McClatchy Newspapers a analysé les derniers chiffres disponibles, ceux du recensement de 2005, et est arrivé à la conclusion que près de 16 millions d’Américains vivent aujourd’hui largement en dessous du seuil de pauvreté. Le nombre d’Américains gravement défavorisés a augmenté de 26 % entre 2000 et 2005, et cette hausse ne se limite pas aux comtés très urbanisés, elle touche également les banlieues et les zones rurales.

                      Quarante-six pour cent des 37 millions de pauvres que comptent les Etats-Unis se sont ainsi retrouvés poussés en dessous du seuil de pauvreté, soit le taux le plus élevé depuis 1975. Ce pourcentage a progressé lentement mais de façon constante au fil des trente dernières années. Toutefois, depuis 2000, le nombre de gens vivant dans la misère a crû « plus qu’aucun autre segment de la population », selon une étude récente publiée dans The American Journal of Preventive Medicine. « C’est exactement à l’opposé de ce que nous avions prévu quand nous avons commencé », déclare le docteur Steven Woolf, coauteur de l’étude. « Ce n’est pas la pauvreté modérée qui a progressé au sein de la population, mais la misère qui affiche l’évolution la plus catastrophique. »

                      Un tiers des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté ont moins de 17 ans, et près de deux sur trois sont des femmes. Les mères célibataires représentent une partie importante de cette population. Près des deux tiers des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté sont des Blancs (10,3 millions), mais les Noirs (4,3 millions) et les Hispaniques (3,7 millions) constituent des tranches disproportionnées.

                      C’est à Washington, la capitale, que l’on trouve la plus grande concentration de gens vivant en dessous du seuil de pauvreté. Ils représentent en effet 10,8 % de tous les résidents. Les Etats-Unis affichent également l’un des plus forts taux de pauvreté infantile, d’après la Luxembourg Income Study, un projet qui, depuis vingt-trois ans, compare les chiffres de la misère dans 31 pays développés. « C’est une honte », s’insurge Timothy Smeeding, ancien responsable de cette étude et actuel directeur du Centre de recherche politique de l’université de Syracuse. « Chaque année depuis que nous avons entrepris cette étude, nous avons été la lanterne rouge. »

                      Enfin, à l’exception du Mexique et de la Russie, ce sont les Etats-Unis qui consacrent le plus faible pourcentage de leur produit intérieur brut à des programmes fédéraux de lutte contre la pauvreté. Du reste, toujours selon cette étude, les programmes américains comptent parmi les moins efficaces. Une fois encore, seuls la Russie et le Mexique font pire." Tony Pugh et Barbara Barrett The Miami Herald


                      • herbe herbe 11 avril 2007 22:32

                        Pour apporter de l’eau au moulin de forest.

                        Et certains auteurs sont américains (des anti « américanistes » de l’intérieur ?) :

                        http://contreinfo.info/article.php3?id_article=252

                        http://contreinfo.info/article.php3?id_article=749

                        http://contreinfo.info/article.php3?id_article=594

                        http://contreinfo.info/article.php3?id_article=600


                        • Forest Ent Forest Ent 11 avril 2007 23:39

                          Merci pour ces liens tous très intéressants. smiley


                        • herbe herbe 12 avril 2007 22:47

                          Je vous en prie.

                          Je vous remercie à mon tour pour la qualité de cet article en particulier et de vos autres contributions en général (y compris votre site web)

                          Au plaisir de vous lire...


                        • Forest Ent Forest Ent 11 avril 2007 23:31

                          «  »La fin de l’empire« d’E. Todd.Avez-vous lu ce livre ? »

                          Oui, bien sûr. Nous en avions parlé récemment derrière un article de Philippe sur le libéralisme.

                          « toute autre économie dans la même situation aurait depuis longtemps connu une catastrophe »

                          Seule la puissance militaire US donne sa valeur au dollar.

                          « Il y a, cette fois, beaucoup de symptomes concordants dont le premier est sans doute la succession des échecs militaires... L’économie américaine, par la structure que vous décrivez, est éminement dangereuse pour le monde... »

                          Le prochain krach sera plus brutal que celui de 2001. Mais l’empire US ne disparaitra pas en un jour.

                          Ceci n’est qu’un préliminaire de ce qui ronge l’occident : le péril démographique. Il y a sur le long terme une baisse des taux nominaux et une montée des taux réels. C’est un signe certain de vieillissement.


                        • Arok (---.---.110.122) 11 avril 2007 23:29

                          La première liberté est justement celle de pouvoir s’endetter non ? Même si l’endettement peut dans le cas du crédit hypothécaire faire sortir de l’endettement. smiley


                          • (---.---.140.77) 12 avril 2007 01:33

                            60% des Américains sont propriétaires de leur logement, toutefois... les faillites personnelles et saisies de biens n’ont jamais été aussi fréquentes depuis 2005... Du jamais vu aux USA !


                          • ZEN zen 12 avril 2007 08:12

                            @350140 77

                            Oui,pour confirmation, j’ai trouvé cette analyse, dans le Temps, presque incroyable. Faute de lien, je me permets de le reproduire :

                            IMMOBILIER • " Le désespoir des Américains endettés Ils sont des millions à avoir emprunté pour leur maison. Et au prix fort pour les ménages les plus fragiles. Etouffés par la hausse des taux, ils ne peuvent plus payer, raconte Le Temps de Genève. Déjà 1,2 million de biens immobiliers ont été saisis en l’espace d’un an. Personne ne s’occupait d’eux. Leurs soucis étaient tout au plus pris en compte par quelques avocats bénévoles ou par les volontaires des Eglises. Mais, tout d’un coup, ils sont au centre d’une menace de crise économique mondiale.

                            « L’immobilier va probablement peser plus qu’anticipé sur la croissance », résumait récemment Citigroup. « Les marchés sont en proie à l’incertitude », expliquaient mercredi les analystes à Wall Street. Les responsables ? Ces familles américaines endettées qui n’arrivent plus à payer leur maison. Victimes de pratiques souvent frauduleuses, les voilà désormais transformées en coupables.

                            Dans son bureau du Queens, un district de New York, Oda Friedheim a du mal à cacher son irritation. Des années qu’elle met en garde contre les méthodes de plus en plus agressives de certains organismes spécialisés dans le prêt hypothécaire. Des années que cette avocate du Service d’aide légale recourt auprès des tribunaux pour défendre ses clients face aux pratiques « louches ».

                            Ces pratiques ont un nom : le subprime mortgage, des prêts offerts à des personnes qui n’ont pas de réelle assise financière. La « dérégulation » du système bancaire a fait exploser ce type d’agissements. « Ce sont des gens qui ont investi tout leur argent dans leur maison. En dehors d’elle, ils n’ont rien. Et lorsqu’ils perdent leur maison, cela devient vite catastrophique. »

                            Sa maison, Asuman a décidé de la vendre, avant qu’on la lui ôte. Dans le quartier de Jamaica, au fin fond du Queens, où se croisent des dizaines de nationalités, les petites bicoques en bois s’alignent à perte de vue, malmenées par la proximité agressive du métro aérien. « C’est devenu un peu cher », glisse cet Indien d’une trentaine d’années pour expliquer le panneau « For sale » qui orne sa maison de 4 pièces où vit la famille de cinq personnes. Peu qualifié, employé dans un magasin d’alimentation proche, Asuman est persuadé qu’il trouvera un emploi comparable ailleurs. « Si j’arrive à vendre, nous partons pour la campagne », sourit-il. Ou mieux dit : pour la banlieue de la banlieue.

                            « Les gens ont honte d’avouer qu’ils se sont fait avoir en empruntant de l’argent, complète Oda Friedheim. Mais encore, ceux qui peuvent revendre ont de la chance. Beaucoup ne se rendent compte de la gravité de la situation qu’une fois leur maison saisie. »

                            Les agents qui parcourent les banlieues de la classe moyenne n’ont pas de scrupules. Les futurs acheteurs n’ont pas de fonds propres pour leur maison ? Ils leur concèdent la totalité de la somme, parfois même davantage pour couvrir les frais. Ils n’ont pas de salaire fixe ? Le montant est inventé purement et simplement.

                            « Dans certains cas que nous avons traités, les gens avaient affirmé qu’ils gagnaient 2 000 dollars par mois. Mais l’agence qui voulait leur accorder un prêt a inscrit 10 000 dollars », affirme Navid Vazire, avocat lui aussi, au Centre légal du sud de Brooklyn, un autre district de New York.

                            Récemment, le comité du Sénat en charge des affaires bancaires avait estimé à 2,2 millions le nombre d’Américains qui allaient être incapables d’honorer leur dette hypothécaire. Ajoutée au cri d’alarme d’une association des prêteurs, évaluant que le nombre de banqueroutes privées était à son plus haut depuis trente-sept ans, cette estimation des sénateurs a fortement contribué à faire vaciller la confiance de l’Amérique en son économie.

                            Car les pratiques de certains prêteurs ne s’arrêtent pas là. En Californie, on a découvert que ces agences promettaient, en espagnol, certaines conditions aux nouveaux arrivés mexicains puis leur faisaient signer des contrats totalement différents. Perdus dans « les petites lettres » des contrats, les taux augmentent parfois de manière exponentielle avec les années. « Les gens voient leur facture augmenter, parfois doubler, mais ils ne comprennent pas le motif », explique Navid Vazire, dont le centre reçoit une dizaine d’appels désespérés par jour. « Ils ne savent pas à qui s’adresser, essaient la municipalité, l’Etat, voire la police. Mais la police ne peut rien faire. Ils ont signé un contrat, ils doivent payer. »

                            Si l’affaire passe devant le tribunal, il faut parfois des années avant que la justice tranche. Les petits propriétaires sont de peu de poids face aux puissantes agences immobilières. Souvent, les centres d’aide légale perdent leurs procès. Alors ils conseillent aux gens d’agir comme Asuman : de vendre au plus vite avant qu’il ne soit trop tard.

                            Les Etats-Unis ont toujours encouragé l’idée de la propriété. « Une nation de propriétaires est imbattable », disait déjà Franklin Roosevelt. Partant sans doute du même principe, l’administration de George Bush a tout fait pour privilégier l’accession au statut de propriétaire, faisant même de juin « le mois de la propriété nationale ». Mais traditionnellement, les banques s’en tenaient à ce que l’on a appelé ici le redlining, une pratique illégale de discrimination raciale qui a consisté à éviter certains quartiers (surtout noirs ou hispaniques) considérés comme trop risqués. S’ils voulaient acheter une maison, les habitants n’avaient donc qu’une solution : se tourner vers les agences moins scrupuleuses qui leur offraient des prêts à n’importe quelle condition. « Nous sommes passés de la situation où on ne prêtait pas à celle de prêter à tour de bras », résume l’avocat.

                            Pour les prêteurs, c’est une affaire en or. Au-delà des commissions et des primes faramineuses, il y a toujours la possibilité de saisir la maison. Mais très souvent, ils n’ont pas beaucoup de fonds eux-mêmes. Ces prêts sont ensuite négociés avec des grandes banques, puis revendus par milliers à des investisseurs à Wall Street. « Il y a en jeu des profits gigantesques, s’insurge Oda Friedheim. Tout le monde sait que ces prêts ne sont pas vivables pour les emprunteurs. Mais, pour ces gens, cela n’a aucune importance. Ils s’enrichissent sur le dos des pauvres. » Luis Lema Le Temps


                            • Forest Ent Forest Ent 12 avril 2007 10:31

                              En premier abord, cette activité n’est pas risquée pour les prêteurs, puisqu’ils saisissent les biens immeubles en cas de défaillance. Mais si le phénomène devient massif, ces biens n’ont plus de valeur immédiate. C’est l’explosion d’une bulle immobilière, comme c’est déjà arrivé. L’ampleur des sommes en jeu peut alors menacer le système bancaire.

                              La mauvaise monnaie chasse la bonne.


                            • ZEN zen 12 avril 2007 08:22

                              Mr J.P. Immarigeon, rédacteur à Avox, connaît bien la réalité des USA pour y avoir notamment vécu .Ses analyses rejoignent souvent celles de E.Todd, par d’autres voies. La consultation de son blog est toujours stimulante ainsi que lecture de son livre :« American parano ».

                              http://americanparano.blog.fr/


                              • Forest Ent Forest Ent 12 avril 2007 10:29

                                Oui, il est intervenu sur agoravox de manière fort érudite.


                              • minijack minijack 12 avril 2007 18:56

                                Je suis encore une fois de ton avis Forest. Je crois qu’on en fait un peu beaucoup à propos de cette fameuse « dette de la France », et qu’il est temps de relativiser...

                                Certes, cette dette n’est pas négligeable, et il est intolérable de laisser à nos enfants et petits-enfants le soin de la régler.

                                C’est incroyable de qu’il est facile de dépenser du pognon quand ce n’est pas le sien, et si toutes nos ménagères géraient leur budgets familiaux comme les gouvernements successifs ont géré celui de la France, où irions nous ? Pourtant, cette dette n’est pas ce qui peut nous empêcher d’avancer. Il faut juste qu’on apprenne à gérer « avec ce qu’on a » au lieu d’en vouloir toujours plus.

                                Par ailleurs, il faut faire le tri parmi les dettes. Il ne faut pas confondre les dettes contractées pour investir et celles contractées pour payer des ardoises ! Le Crédit Lyonnais de Mitterrand ou la compagnie d’assurance américaine de Pinault en furent de sacrées, et qui ne comptent pas pour rien dans ce que doit la France ! Il est temps d’arrêter les conneries de ce genre, mais nous ne sommes pas pauvres parce que nous devons de l’argent. Même si cette dette représente 60% du PIB. C’est considérable mais pas désespérant.

                                Voilà c’est pour le principe. Maintenant, la réalité dynamique de l’économie mondiale :

                                Le fait de devoir de l’argent n’est pas en soi un si grave inconvénient qu’on le dit si le reste de notre économie est sain. Et il l’est, en comparaison de trop nombreux pays dans le monde, et notamment des USA.

                                Ce n’est pas un hasard si le US$ baisse depuis quatre ans. La Guerre coûte cher !... très cher... et ne rapporte qu’à quelques-uns qui sont dans l’armement ou le pétrole. Car ce n’est pas notre € qui monte, c’est bien leur $ qui baisse face à notre potentiel économique européen. Et en fin de compte, c’est excellent pour nous car de nombreux contrats faisant partie intégrante de cette « dette extérieure » sont toujours stipulés en US$.

                                Tant qu’on pourra honorer les intérêts et rembourser peu à peu du capital en monnaie dévaluée par rapport à notre €, c’est tout bon.

                                C’est ce que faisaient les USA jusque là tant que le US$ était la seule monnaie d’échanges internationaux et de réserve pour les banques centrales. Mais cette époque bénie où le Dollar faisait payer son inflation au reste du monde est en train de finir, et c’est bien pour ça que les USA ont des difficultés, et à mon avis ces difficultés internes ne font que commencer, et les américains pauvres n’ont pas fini de souffrir... Il va leur falloir changer de mode de vie. (ce qui ne sera pas un mal pour le reste du monde)

                                Pour en revenir à nous, il est cependant clair que plus vite nous parviendrons à nous dégager de cette dette, et plus vite nous pourrons de nouveau investir, quitte à emprunter pour ce faire.

                                Tous les pays doivent à l’extérieur (hormis sans doute les pays pétroliers) et les USA qui en doivent beaucoup plus que nous sont doublement dans la mouise parce que eux doivent rembourser avec un US$ qui se déprécie de jour en jour... En fait, toutes choses égales par ailleurs, puisque nous sommes deux fois moins endettés par tête de pipe et que nous remboursons avec une monnaie forte, nous sommes deux fois plus riches qu’eux !

                                Si jamais ce régime bushiesque devait durer encore quelques années (son Dieu nous en préserve !) nous devrons peut-être nous allier aux chinois pour faire un plan Marshal à l’envers afin d’éviter un effondrement de l’économie américaine qui serait un choc tout aussi terrible que sa domination sans partage.


                                • Marie Pierre 12 avril 2007 23:13

                                  Article très intéressant et bravo aux commentateurs. Ce message est n’apporte rien au débat, mais je tiens à vous remercier, à vous engager à poursuivre.


                                  • gazette (---.---.83.30) 16 avril 2007 13:39

                                    Observations et présentation intéressantes. L’endettement colossal des Etats-Unis est un fait connu depuis longtemps, mais les USA se permettent avec l’orthodoxie financière quelques libertés que les autres pays n’osent même pas pas envisager : ils s’endettent dans la monnaie mondiale(Dollar US) pour laquelle ils détiennent l’usage exclusif de la planche à billets. Ils peuvent ainsi battre monnaie à volonté, au gré de l’accroissement de leur dette. Le déséquilibre crée par l’emballement de leur dette due à des achats sans contrepartie en Chine durera tant que la Chine aura un besoin criant de gros acheteurs hors du pays. Et les USA sont leur meilleur client. Le jour où la consommation intérieure chinoise permettra aux dirigeant chinois de se passer des achats américains, ils pourront transformer leur créance sur les USA en titres de propriété. Bien sur, ça ne sera pas tout rose pour les USA. Et pour le moment, ce n’est dans l’intérêt d’aucune des parties de bouleverser la stabilité du déséquilibre existant. Un peu comme pendant la guerre froide entre USA et URSS. On a substitué l’équilibre de la terreur nucléaire par l’équilibre de la terreur financière.

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