Le 3e Forum national du commerce équitable ouvre ses portes dans quelques jours. Cet événement est une illustration de la volonté actuelle des acteurs de l’économie sociale et solidaire en général de se structurer, de communiquer et de faire connaître d’avantage leurs activités. Malheureusement les politiques et les médias ne répondent pas toujours présents.
On parle beaucoup aujourd’hui des excès du libéralisme financier : licenciements boursiers, délocalisations, accroissement des inégalités... sans que l’on sache très bien comment remédier à ces maux inhérents au système économique dans lequel nous vivons. Or, à en croire la plupart des économistes, le système capitaliste serait hégémonique et n’aurait pas de "concurrent" depuis la chute du communisme.
Pourtant, de nombreuses entreprises en France et dans le monde poursuivent d’autres objectifs que celui d’enrichir des actionnaires. Il existe bien un « troisième secteur », à côté des entreprises de statut capitaliste mais également à côté de l’économie publique (l’économie sociale est privée et indépendante de l’Etat). Depuis plus d’un siècle, l’économie sociale (associations, mutuelles et coopératives) démontre qu’il est possible d’entreprendre autrement. Un des points communs entre les organisations de l’économie sociale ? Une répartition différente des richesses créées qui, inscrite dans les gènes de ces structures, empêche ou limite le versement de dividendes aux personnes physiques membres. Cette économie ni capitaliste ni publique, fondée sur des principes démocratiques (un homme/une femme = une voix et non une action = une voix), constitue aujourd’hui plus de 12% du PIB.
Crèches et maisons de retraite associatives, sociétés coopératives de production dans tous les domaines d’activité (les SCOP sont des entreprises dans lesquelles les salariés sont également sociétaires : le Groupe Chèque Déjeuner est par exemple l’une des SCOP les plus importantes de France, souvent en tête sur son marché devant des poids lourds comme Sodexho ou Accor), mutuelles santé et mutuelles d’assurances... Ces organisations démontrent souvent que l’économie sociale est en mesure de rivaliser avec le secteur capitaliste sur le plan de la performance économique et fait mieux en terme de responsabilité sociale. N’ayant pas à reverser de dividendes à leurs actionnaires, ou alors de façon très limitée, ces structures doivent pouvoir se concentrer sur la qualité du service rendu à leurs usagers ou clients.
A côté de cette économie sociale s’est développée une économie dite solidaire qui se définit par l’activité de ses membres, tournée principalement vers la réduction des inégalités. On y trouve par exemple le champ de l’insertion par l’activité économique composé d’entreprises qui emploient des personnes souvent jugées inemployables (comme L’Usine, du Groupe SOS, qui accueillait « les rencontres du 5e pouvoir »). Le commerce équitable est également une composante de l’économie solidaire.
Les acteurs de l’économie sociale et solidaire, depuis plusieurs années, s’efforcent de s’allier pour proposer des événements et des dispositifs fédérateurs, qui permettent au grand public de découvrir un champ d’activité qui représente 10% de la population active : Forum de l’emploi dans l’économie sociale et solidaire, Forum national du commerce équitable... Dans quelques mois ouvrira également le Centre de ressources de l’économie sociale et solidaire en Ile-de-France, véritable vitrine du secteur sur la région. Pourtant les politiques tardent à s’approprier et à porter les réponses concrètes que l’économie sociale et solidaire apporte sur des thèmes fondamentaux pour notre société : préservation de l’emploi, création d’activité pour les personnes en difficulté, développement du lien social, réduction des inégalités nord-sud, protection de l’environnement...
Evidemment, tout n’est pas parfait dans l’économie sociale et solidaire : Les luttes de pouvoir y sont parfois importantes et même contreproductives ; toutes les structures du secteur n’ont pas encore complètement achevé leur professionnalisation ; le statut d’économie sociale n’empêche pas et n’empêchera jamais, mais comme partout, les malversations de dirigeants malhonnêtes comme ce fut le cas il y a quelques années à l’Arc.... Le commerce équitable quant à lui doit encore progresser sur la certification et la traçabilité de ses produits et filières.
Mais ce troisième secteur a l’immense mérite de proposer une alternative crédible au capitalisme pur et dur. Il ne s’agit évidemment pas de changer de système économique du jour au lendemain. Mais offrir une place plus importante à l’économie sociale et solidaire dans les débats publics permettrait de réconcilier éthique et efficacité économique et de trancher avec le discours général ambiant, teinté de résignation, selon lequel on ne pourrait pas changer les choses. L’économie sociale et solidaire doit avoir l’ambition de répondre à la quête de sens de beaucoup de nos concitoyens et particulièrement des jeunes. Loin des stock-options et autres golden parachutes, elle propose une vision du monde roborative et optimiste.
Nicolas Froissard
Pour plus d’informations sur le Forum national du commerce équitable (27 et 28 avril prochains) et vous incrire : http://www.forum-equitable.org)

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