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Une crise argentine est-elle possible en France ?

La France s’applique à elle-même les préceptes de la BM et du FMI qui ont ruiné l’Argentine. Cela aura-t-il le même effet ?

Première partie : résumé des causes de la crise argentine

Cette première partie est extraite de l’excellente synthèse faite par Elena Bessa dans son mémoire à l’Université de Québec sur le « Mouvement piquetero ».

Les causes les plus criantes de la crise argentine sont :

  • la surévaluation du peso, arrimé artificiellement au dollar

  • la destruction de tous les systèmes sociaux, parfois directe, souvent à travers une « décentralisation » faite sous prétexte « d’efficacité »

  • les privatisations systématiques  : pétrole, eau, énergie, transport, santé...

  • le démantèlement rapide de toutes les protections douanières

  • le démantèlement du droit du travail

  • la corruption d’un régime qui bénéficiait des privatisations et de la fuite des capitaux

Leurs conséquences ont été  :

  • la destruction des services publics privatisés par les groupes internationaux qui les avaient rachetés, ou bien des augmentations de prix sans précédent

  • la destruction de l’industrie locale, inapte à faire face à la concurrence internationale sans protection tarifaire, avec une monnaie surévaluée

  • une destruction sans précédent du lien social

  • une progression massive de l’endettement jusqu’à l’explosion et à la crise. Les dépenses publiques structurelles n’ont pas beaucoup diminué, mais le déficit commercial a obligé l’Etat à s’endetter pour masquer un moment les effets de la désindustrialisation.

En résumé, on peut dire que les gouvernements argentins, et en particulier les gouvernements de M. Menem, ont volontairement sabordé leur propre pays, sous un « noble » prétexte idéologique de libéralisme et de totale fluidité financière, fortement conseillés et aidés en cela par l’Ecole de Chicago, la Banque mondiale et le FMI, dont ils étaient les meilleurs élèves. Ils en ont tiré un profit personnel en vendant à l’encan les biens publics, et en touchant leur dîme au passage. L’ouverture totale et rapide de l’économie a profité à des groupes internationaux, qui ont exploité le marché local sans en développer l’industrie.

L’Argentine était auparavant l’un des pays les plus prospères d’Amérique du Sud.

Deuxième partie : comparaison des causes

La monnaie

L’euro est surévalué, mais nous n’avons pas la possibilité de changer cet état de fait. M. Trichet en décide seul. La courbe des taux sur titres de l’Etat français, qui s’étalait il y a un an de 2,5% pour un an à 3,8% à trente ans, ne varie plus maintenant que de 3,6% à 3,8% : elle est complètement plate. Autrement dit, la BCE anticipe croissance et inflation, alors que le marché anticipe une stagnation. Une courbe plate est généralement considérée comme un indicateur de récession proche.

La destruction des systèmes sociaux

Le transfert des charges du RMI et de l’APA participe à la même logique de destruction qui a prévalu en Argentine. L’Etat français se désengage d’un grand nombre de charges sous prétexte de meilleure gestion ou d’efficacité. En quoi le RMI, dont le montant et les conditions d’attribution sont fixés par l’Etat, serait-il mieux géré localement ?

Les privatisations

EDF est privatisable, avec sa « rente nucléaire » que le privé saura valoriser. GDF est privatisable. France Telecom est privatisé. La Poste est privatisable. Le transport ferroviaire est libéralisé. Air France est privatisé. Le secteur de la santé est en privatisation constante et progressive. La pression des assureurs est forte sur le système de retraite.

Le démantèlement douanier

Aucun Etat européen n’est plus maître de ses questions douanières. L’UE participe à l’OMC où elle est représentée par un « négociateur » mandaté par la Commission, alors qu’il signe des traités qui auront force de lois. Il est vrai qu’ils devront être ratifiés, mais pas par les parlements nationaux. La notion de « préférence européenne » a été définitivement écartée du vocabulaire, et les protections tarifaires sont en voie de disparition.

Le démantèlement du droit du travail

Plusieurs articles sur ce site en font état. Le CDI traditionnel est en voie de disparition. Le CNE et ses descendants auront sa peau.

La corruption du régime

Ce point est délicat à prouver. Il l’était d’ailleurs également en Argentine. Disons que c’est pour le moins un sentiment de plus en plus répandu. Mais, par exemple, pourquoi vouloir à tout prix transmettre GDF à Suez ?

Suez a profité des privatisations en Argentine dans le secteur de l’eau potable, à tel point que l’Etat argentin a fini par dénoncer son autorisation et lui reprendre ses concessions. Pour les Argentins, Suez est une entreprise française. Son principal actionnaire est Parjointco, appartenant à 50/50 à M. Frère, belge, et à Power Corp de M. Desmarais, Canadien, dont M. Dassault, frère du sénateur et député UMP, est administrateur, comme la BNP, deuxième actionnaire de Suez.

Suez et la BNP sont-elles des entreprises « françaises » ? Les trois quarts de leur capital sont « flottants », c’est-à-dire anonymes, comme dans la plupart des grandes entreprises cotées à Paris.

Selon une étude de la Banque de France (Bulletin n°149, mai 2006, Jean-Guillaume Poulain), fin 2005, 46,4% des actions de 37 sociétés du Cac 40 sont détenues par des « non-résidents ». Seize d’entre elles sont détenues à plus de 50%. La valeur était de 33,4% fin 1997 (selon le bulletin n°124 d’avril 2004.

http://www.banque-france.fr/fr/publications/telechar/bulletin/etu124_1.pdf

Autant pour ceux qui clament que les impôts sur les sociétés sont excessifs en France  : c’est le pays occidental accueillant le plus d’investissements étrangers, peut-être grâce à des conditions fiscales pas si désavantageuses que cela, obtenues en partie grâce au lobbying de clubs comme Paris-Europlace, visant à « promouvoir le place financière » de Paris, c’est-à-dire à défiscaliser les investissements étrangers, dirigé par M. Mestrallet, président de Suez.

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    Par simplet (xxx.xxx.xxx.1) 9 janvier 2007 11:05
    simplet

    bonjour, article interessant montrant bien les limites d’un système ultra libéraliste,on peut parler d’utra libéralisme car l’argentine a poussé au bout ce système jusqu’à la rupture totale ( sociale et économique... )

    le parallèle est interressant mais comme souligné au dessus, en france nos énarques et assimilés arriveront encore à nous faire croire un bon bout de temps qu’ils essayent de règler les écarts sociaux !

    Les médias en place servent leur cause et nous abrutissent de reportages nous expliquant que toutes ces réformes sont un mal nécessaire et que la mondialisation est IRREMEDIABLE ( tiens c’est le discours que nous a tenu notre super big boss à notre dernier symposium, à renfort de petits canapés et de knackies chaudes... tout celà servi à une tripotée de cadres et assimilés me rappelant la marche de l’empereur vu la concentration de manchots au mètre carré... )

    Ce besoin de privatisation est exacerbé par une classe dirigeante tirant à feu nourri sur nos services publiques qui sont les derniers petits irréductibles à essayer de garder un service public proche des gens et implanté dans toute la France... il est évident que notre système a ses imperfections, mais la privatisation ne nous apportera que des hausses de tarif et des prestations bien plus médiocres qu’à l’actuel.

    attendez vous malgré tout à un feu nourri des pro libérales et capitalistes en mal de réformes, ce texte ne plaiera pas, il n’est pas dans le courant de pensée du moment des rédacteurs et bien-pensants économiques d’AV....

    bizarrement après avoir voté "oui" à un commentaire je vois s’afficher -1 alors que nous n’étions que 2 à avoir voté sur le texte.. curieux curieux...

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    Par Mars (xxx.xxx.xxx.223) 9 janvier 2007 15:07

    Et l’endettement personnel des américains sous fond de bulle immobilière qui soutient activement la croissance de leur pays, au combien libéral, est-il soutenable longtemps ? 1929 c’était tout de même pas dans un pays communiste et il y a des moments ou même le seul système économique qui fonctionne amène des millions de gens à la soupe populaire, ne l’oublions pas...

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    Par Bernard Dugué (xxx.xxx.xxx.12) 9 janvier 2007 10:45
    Bernard Dugué

    Bonjour,

    Hypothèse intéressante, et ma foi, j’avoue avoir quelques fois pensé à une sorte de mentalité péronniste chez notre président Chirac quoique, la France n’ait pas besoin de Péron, la figure de Pétain étant tutélaire d’une certain état d’esprit gouvernant les pratiques sociales et politiques.

    A part ça, la situation de l’Argentine avant le crash a profité aux classes bourgeoises aisées, cela doit être dit. S’il y a sabordage, il y a crime et le crime profite toujours à quelques-uns.

    En France, bien que la courbe des classes soit différente et que le pays soit bien plus riche que l’Argentine, il se peut bien que la crise argentine de chez nous dure 20 ans de plus, avec les uns qui s’enrichissent et les autres qui se précarisent. La richesse de notre pays semble en mesure de supporter une longue crise

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    Par zen (xxx.xxx.xxx.176) 9 janvier 2007 12:24
    ZEN

    @ Forest

    Excellent article.

    L’école de Friedman de ses boys et leur vulgate n’ont pas fini de faire des ravages, au point de commencer à en inquiéter plus d’un même au FMI..C’est un signe.

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