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Accueil du site > Actualités > Economie > Une crise des valeurs plutôt que des valorisations

Une crise des valeurs plutôt que des valorisations

La crise actuelle purge des comportements économiques déviants et conduit à revoir les valeurs sur lesquelles se fondent les entreprises. La reprise de la consommation et les plans de relance seront vains tant que les valeurs ne sont pas revues.

Le krach des subprimes a déjà révélé de nombreux dysfonctionnement de notre économie. Il en révélera d’autres. Si la chute brutale des subprimes n’avaient pas incité les investisseurs à être plus vigilants, Bernard Madoff serait encore en train de vendre ses fonds toxiques aujoud’hui. Les mécanismes qui ont conduit à la crise des subprimes ont encore court dans de nombreuses entreprises : des exigences de rentabilité irréaliste et la priorité donnée aux résultats trimestriels au détriment des résultats futurs conduisent aux mêmes décisions aberrantes.

Il y a du dérisoire dans les appels à la consommation patriotique de Doris Leuthard, Conseillère fédérale Suisse, aux appels à la relance par la consommation des Partis Socialistes européens, aux plans de relances qui conduisent à multiplier les dépenses publiques avant même d’avoir réfléchi à leur valeur ajoutée sur le long terme ou encore aux appels aux Banques centrales à baisser leurs taux. On apporterait une réponse à la crise en repartant dans les mêmes excès de consommation et d’endettement ? Cela ressemble un peu trop à un vélocycliste qui regonflerait un pneu crevé avant de l’avoir réparé. Cela peut donner un peu de temps pour aller jusqu’à un garage, mais il ne faut pas en attendre plus. Toutes ces mesures sont nécessaires mais très largement insuffisantes pour ramener la confiance.

La crise actuelle est beaucoup plus une crise de valeur qu’une crise de valorisation.

Lorsque Bernard Madoff arnaque ses proches, des oeuvres caritatives et autant de clients il y a un problème de valeur. Lorsque les banques et les intermédiaires financiers se jettent sur des subprimes parce qu’ils affichent des taux de rentabilité élevés sans se poser la question de la solvabilité des débiteurs, il y a un problème de valeur. Lorsque tant d’intermédiaires financiers respectables distribuent des fonds Madoff sans en vérifier les performances, il y a un problème de valeur. Lorsque des banquiers se mettent à défendre un secret bancaire qui exonère les plus fortunés du paiement de l’impôt, il y a aussi un problème de valeur. Lorsque des cadres coupent des têtes avant de réduire leurs budgets pour prouver qu’ils sont capables de sacrifier l’humain, il y a toujours un problème de valeur. Lorsque en plein marasme des financiers imposent des augmentations de prix et s’étonnent de la chute des volumes de vente il y a un problème de valeur. Lorsque des entreprises rémunèrent de manière excessive les dirigeants qui les ont conduites à la faillite il y a un problème de valeur. Lorsque la rémunération des dirigeants se fait sur leur capacité à produire du cash plutôt qu’à créer de la valeur à long terme, il y a un problème de valeur. La raison a fait place à la cupidité.

Ce problème de valeur touche la société dans son ensemble et pas seulement la finance. La contribution des habitants à une économie qui n’a plus aucun sens se limite au strict minimum. Il y a 20 ans, beaucoup s’investissaient dans leurs activités professionnelles car elles étaient porteuses de valeur ajoutée pour la société et de sens pour l’individu. On était fier de construire des voitures accessibles à tous, de proposer des services à domicile, de simplifier ou d’améliorer la vie du plus grand nombre.

Depuis les exigences financières excessives ont imposé des réductions des budgets de recherche et développement. La part du chiffre d’affaire consacrée au profit s’est accrue au détriment de la masse salariale, des investissements, des fournisseurs et des clients. La saine concurrence a été assêchée par des exigences de rentabilités excessives posées à tous les concurrents d’un secteur. Qui s’engagera au delà du strict minimum pour une personne "morale" qui sacrifie son propre avenir pour servir les exigences folles d’actionnaires distants ? Qui s’investira dans une entreprise qui pour des raisons d’organisation internes a licencié le premier jour un nouvel embauché qui a quitté son précedent emploi ? Personne ne vendra plus avec passion des produits défectueux parce qu’il n’y a plus suffisament de recherche et développement ou des produits trop chers simplement pour atteindre les objectifs de profits fixés. Qui obéira encore à des dirigeants rémunérés excessivement pour produire du cash à court terme au détriment de la valeur ajoutée à long terme ? Quel journaliste s’investira avec passion dans des médias qui pour dégager plus de marge, ont renoncé à toute investigation pour se faire les simples relais de communiqués de presse sensationnels ?

L’entreprise n’a plus d’autre sens que de produire du cash à court terme pour des actionnaires qui n’investissent que pour 6 mois. Personne ne s’investit sincèrement dans de telles entreprises qui sacrifient leur propre avenir pour produire du cash.

Depuis 1929, on sait comment relancer une crise de valorisation... mais comment apporter des réponses à une crise des valeurs ? On a dans le passé déjà imposé des valeurs sociales aux comportements déviants. La loi permet la pénalisation de l’immoralité. La loi peut contraindre les entreprises dans la rémunération de valeur ajoutée réelle sur le long terme et de valeur ajoutée qui se mesure aussi en chiffre d’affaire et en emplois. Les règles comptables, la régulation et la loi peuvent contraindre les entreprises à investir dans leur avenir plutôt qu’à produire du cash au présent. La loi peut réguler les marchés financiers et les remettre à leur place de soutien à l’économie et plus de maître de l’économie.


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12 réactions à cet article    


  • bulu 10 mars 2009 11:34

    Bonjour,

    Bon article bien vu, sauf la conclusion. Car qui fait la loi ? La mafia en place ou le citoyen qui pleure sur les valeurs perdues.
    Comment netoyer la mafia de maniere democratique ?


    • Veilleur de Nuit 10 mars 2009 12:51

      Bonjour ,

      Crise des valeurs, comment apporter des réponses ?,
      en cherchant peut -être déjà à poser quelques questions qui seraient de bonnes questions...

      "La clef de toutes les sciences est sans contredit le point d’interrogation.

      Nous devons la plupart des grandes découvertes au : Comment ?
      et la sagesse dans la vie consiste peut-être à se demander à tout propos : Pourquoi ? "
       
      Honoré de Balzac

      • plancherDesVaches 10 mars 2009 13:58

        Excellent article.

        Qui ne sera critiqué, comme d’habitude, que par les gens défendant leur petit intérêt personnel et qui se rendront bientôt compte qu’ils sont allés trop loin dans l’individualisme.

        Le dieu argent s’est bien vendu, ces temps-ci. Il réussissait à vous faire croire riche... (comparez avec les milliardaires dont la seule fortune affichée est celle qu’ils n’ont pas réussi à cacher). Et vous apporte un confort matériel des plus fantastiques. Pour ma part, je n’ai pas encore trouvé la maison qui pouvait coûter 1 milliard, mais avec un équipement mobilier et technologique délirant, je devrais peut-être y arriver.
        Acheter Versaille, éventuellement, oui, pourquoi pas....
        Trop de concentration, me direz-vous... ?
        La concentration de pouvoir, pardon, d’argent est revenue à celle de 1929, vous ne serez donc pas étonné, avec les amplifications dont l’économie a été cappable depuis lors, que les dégats seront bien supérieurs...
        Nous avons trop trempé dans le fric, comme dans le confort, comme dans la bouffe, pour pouvoir corriger nos défauts. Avec le recul, nos enfants éviteront de reproduire les mêmes erreurs.
        Ceci dit, ce n’est pas une raison pour leur filer un héritage de merde avec des dettes de socialisation de pertes....


        • plancherDesVaches 15 mars 2009 13:41

          Trouvé en dehors de la propagande nationale :
          http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=95631

          "voir le problème sous-jacent à ce casse-tête, à savoir la nécessité de réformer le rêve américain lui-même"

          In fact... le pire dans une situation est de ne pas oser dire au(x) responsable(s) qu’il(s) se trompe(nt).


        • plancherDesVaches 15 mars 2009 14:14

          Hhmm...
          Ma dernière phrase était une réaction face à l’article.

          J’aurai pu écrire, de façon aussi générale que l’article de l’auteur :

          In fact, le pire pour une religion est de voir son dogme principal (argent facile) s’effondrer de façon trés rapide ET trés puissante.
          D’où les réactions de toute part actuelles, puis les prévisions de désordres généraux ainsi bien par perte de domination sur les manipulés comme les dégats sur le coté réel de l’économie.


        • worf worf 10 mars 2009 15:05

          comment régler cette crise de valeurs sinon par une remise en question par ceux qui gèrent, régulent la vie financière & économique de nos sociétés.
          Et comment y parvenir, on faisant pression sur eux via l’opinion publique, les politiques ; par une remise en question du modèle de développement de nos sociétés ; (re)donner au sens moral sa véritable place dans nos sociétés devenues bien trop souvent superficielles et de consommation !


          • finael finael 10 mars 2009 16:59

            A mon avis cette crise des valeurs est encore plus profonde que vous ne le décrivez.

            Bien sûr, "le poisson pourrit par la tête" comme dit le proverbe chinois, mais on est arrivé à un stade où l’ensemble des citoyens partage cette avidité et cette vision à court terme. Pour nombre de raisons, celles que vous évoquez (perte de la notion valorisante du travail), mais aussi par une propagande intense et durable mettant en avant le "tout tout de suite".

            J’en fais quotidiennement l’expérience depuis des dizaines d’années, élevé dans le respect de certaines valeurs enseignées d’ailleurs par toutes les religions et philosophies, comme l’honnêteté, le respect d’autrui, la sincérité, ... Ce qui me vaut maintes moqueries et avanies de la part de gens de tous milieux !

            Et je crois que pour retrouver ces valeurs, malheureusement, il faudra une catastrophe. Un environnement où les gens seront obligés de compter les uns sur les autres, ne pourront plus tricher ... il existe une situation où ces conditions sont réunies, mais on ne peut pas la souhaiter : la guerre !  smiley


            • plancherDesVaches 10 mars 2009 19:16

              Oui, enfin, là, Finael, les religions utilisent surtout la morale dans leur propre intérêt... Les 7 péchés capitaux, c’est bon pour les autres....

              Quant à une guerre, nous allons assez vite en prendre le chemin, car, lorsque les économistes commencent à seulement reconnaître que la crise est aussi grave qu’en 1929, alors que tout le monde sait que les causes sont encore pires, il faudrait arrêter de nous prendre pour des cons, au moins pendant 5 minutes.

              Si, par contre, cela tournait en nations totalitaires ou religiosité exacerbée, là, je pourrais me prendre un coup de sang.
              D’ailleurs, puisque nous allons être privés de liberté sur le net, je prépare déjà une future riposte.


            • finael finael 10 mars 2009 23:07

               Je ne parlais pas des religions ... ou des différentes philosophies, pour leurs actions en fonction de leurs intérêts car je partage votre analyse sur ce point. Plutôt comme références sur l’universalité des valeurs qu’elles prônent ... en les appliquant rarement pour elles-mêmes, quoi qu’il y ait des ordres mendiants, des ermites et autres exceptions.

               Mais, disons que je m’efforce de vivre de manière à ce qu’un monde suivant les principes que j’essaie de m’appliquer puisse fonctionner en harmonie et non en luttes acharnées et diffamation généralisée.

               Pour revenir au sujet de l’article, à savoir la "perte des valeurs morales" au sein des entreprises, ou du moins de leurs dirigeants, je rappelerais que "les droits de l’homme s’arrêtent à la porte desdites entreprises".
               
              Il est tout à fait normal qu’une entreprise cherche à maximiser ses profits : c’est sa raison d’être. Et l’idée même d’une "entreprise citoyenne" relève du fantasme.

               Ce qui est nouveau et caractéristique de nos sociétés c’est que les grandes entreprises transnationales ont maintenant un poids plus lourd que toute autre forme d’influence sur le comportement des gens. Bien plus que la plupart des états (qui n’en sont plus d’ailleus souvent que l’émanation), ou que l’éducation que peuvent apporter des parents ou des professeurs, voire des pasteurs. D’ailleurs très souvent, outre leurs activités purement commerciales, ce sont les mêmes qui contrôlent les médias.

               Je pense que c’est ce qui pousse tant de gens dans les bras de versions extrémistes, intolérantes, violentes des religions traditionnelles ou croyances nouvelles. N’oublions pas que souvent les extrémistes religieux touchent les gens en leur montrant l’incroyable avidité matérielle qui guide les comportements dans nos sociétés, c’est, entre autres, le discours d’un Ben Laden, comme de tant d’autres d’ailleurs dans d’autres religions.


            • PtitLudo PtitLudo 15 mars 2009 12:03

              Merci pour l’article que j’avais raté cette semaine. Seulement il ne faut pas compter sur nos dirigeants une seule seconde pour changer ses valeurs, c’est le moteur même de leur modèle, alors pensez !

              Seul un sursaut citoyen que j’espère permettrai peut-être de changer le cours des choses mais celà implique de profondes remises en question, des efforts, des sacrifices personnels, ... Cependant j’ai bien peur qu’il soit bien trop tard pour celà quand on voit le niveau d’individualisme atteint et comme l’indique finael, cette mécanique du "tout, tout de suite".

              La sortie ne pourra à mon avis n’être que violente, et peut-être malheureusement mener à quelque chose de pire (on voit déjà un peu la tendance actuellement).


            • Alotar 11 mars 2009 08:08

              Bien vu !
              Encore autre chose qui n’est pas vraiment pris en considération : la sainte alliance ou la collusion entre le profit actionnarial et le sauvetage de l’emploi. En effet, redistribuer le maximum de profit aux actionnaires au détriment de l’investissement en nouvelles machines et en recherche et développement, revient par contrecoup à freiner la réduction ou la suppression d’emplois.
              Il y a donc là une collusion logique entre une gauche "sauvant" l’emploi salarié et une droite accaparant le profit pour l’actionnaire. Aussi cupide, avide l’un que l’autre.
              Au détriment de la véritable valeur : l’inventivité intellectuelle.


              • Lulu de Pantin 15 mars 2009 20:35

                vous êtes sur que la politique du bâton c’est mieux que la politique de la carotte arrachée au plus faible ?

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