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Accueil du site > Actualités > Economie > Une crise, deux pensées

Une crise, deux pensées

Paul Krugman a le sens de la formule. Dans un essai intitulé Sortez-nous de cette crise… maintenant !, il succombe délibérément à une forme de caricature et met aux prises deux catégories d’économistes : ceux « d’eau de mer », néokeynésiens, travaillant dans les universités américaines du littoral (MIT, Harvard, Princeton), et ceux « d’eau douce », néoclassiques, issus des établissements sis à l’intérieur des États-Unis, université de Chicago en tête. Une opposition ancrée dans l’air du temps, alors même que différents courants de pensée s’affrontent aujourd’hui à coups de concepts alambiqués et d’idées avortées, se mettant sans détour mutuellement à l’index. Une lutte acharnée, par ouvrages, conférences et interviews interposés, consistant grosso modo à rejeter sur l’autre la responsabilité de la crise économique. Comme l’on pouvait s’en douter, Paul Krugman ne se fait pas prier pour arbitrer la partie. Compte-rendu.

Les économistes « d’eau douce », aveuglés par la rupture idéologique intervenue au début des années 1980, se posent volontiers en fondamentalistes du « laissez-faire ». Parmi eux, d’aucuns adhèrent avec une foi de charbonnier à l’hypothèse des cycles réels, selon laquelle la récession constituerait tout au plus une réponse rationnelle aux chocs macroéconomiques. Et d’autres, pour ne pas dire tous, rejoignent la pensée d’Eugene Fama, héraut de l’efficience des marchés. Enfin, le gros des bataillons néoclassiques n’hésite pas à invoquer, au besoin, la loi de Say, qui stipule que tout revenu est forcément dépensé et que l’offre crée – comme par enchantement – sa propre demande. Les économistes « d’eau de mer » défendent quant à eux à peu près l’antithèse absolue. Ils en appellent à cor et à cri à l’interventionnisme et aux dépenses publiques contracycliques. Deux positions conceptuelles inconciliables, qui ne cessent de nourrir et agiter les débats.

 

Quand les néoclassiques font cavalier seul

Un peu d’histoire. Depuis l’accession à la présidence de Ronald Reagan, au début des années 1980, les oracles du landerneau économique ont fait montre d’une cécité déconcertante, tournant le dos au keynésianisme et à la régulation qui avaient pourtant engendré trois décennies de prospérité sans précédent. Pris dans une euphorie commune – une exubérance irrationnelle ? –, financiers, industriels et politiques ont alors marché main dans la main, vantant en chœur les vertus d’un libéralisme débridé et faisant tomber une à une toutes les barrières réglementaires établies au lendemain de la « Grande Dépression » et de la Seconde Guerre mondiale. Converties à la religion néoclassique, les sphères dirigeantes n’ont jamais plus hésité à moquer et déconsidérer toute pensée jugée iconoclaste – c’est-à-dire expansionniste ou, plus simplement, régulatrice.

L’époque est alors à l’endettement. Les banques ouvrent grand les vannes du crédit et tous les agents économiques cherchent à en tirer profit. L’aveuglement atteint des sommets : tout signe avant-coureur du cataclysme à venir (le crash de 1987, la bulle Internet, la faillite du fonds alternatif LTCM) est purement et simplement ignoré, tandis que les milieux autorisés se lancent dans l’apologie, dogmatique et parfois surréaliste, des marchés efficients et autosuffisants. Il faudra attendre la crise de confiance de 2007 pour ébranler l’édifice financier et intellectuel bâti par trois décennies de dérégulation et de « laissez-faire ». Pour les plus doctrinaires, la pilule a du mal à passer : la débâcle survenue à l’occasion de l’éclatement de la bulle immobilière les invite à revoir de toute urgence les modèles qu’ils emploient depuis la fin des années 1970 ! Un authentique aggiornamento. Mieux – ou pis, c’est selon –, la spirale baissière autoalimentée, en œuvre depuis 2007, tend à réfuter les thèses fondamentales avancées par les économistes « d’eau douce ». Jugez plutôt : à mille lieues du postulat de la « main invisible », la demande a amorcé une chute vertigineuse, avec pour corollaire le chômage de masse et la contraction abrupte des investissements. Voilà de quoi faire grincer les dents.

 

Nouvelle donne ?

Il suffisait pourtant de lire Hyman Minsky, longtemps mis au ban par la pensée dominante, pour appréhender avec justesse les perturbations induites par un endettement massif. Ou Irving Fisher, un contemporain de John Maynard Keynes, pour s’initier à la causalité dette-déflation. Mais leurs théories ont immanquablement été marginalisées et brocardées par des figures de premier ordre qui, à l’instar d’un Alan Greenspan ou d’un Robert Lucas, ont fait peu de cas de la régulation et ont avant tout cherché à porter au pinacle l’ultralibéralisme – avec, au passage, les produits dérivés et d’autres trouvailles du même acabit, issues de l’ingénierie financière.

Mais l’actuelle troisième génération d’économistes keynésiens n’a pas dit son dernier mot. Elle reprend peu à peu voix. Ces théoriciens « d’eau de mer » en reviennent aux bons vieux principes qui ont régenté le monde avancé pendant plus de trente années. Face à une situation jugée sans espoir, l’interventionnisme et l’expansionnisme recueillent à nouveau les éloges. Que faire alors dans un premier temps ? Combattre, avec la même intensité, à la fois les inégalités et la récession. Comment ? En réinventant le rôle de l'État, seul acteur à même de tenir à l’œil la dépense globale, notamment via le jeu de la redistribution de revenus, que ce soit par les impôts ou par l’orientation des dépenses publiques. Quoi qu’il en soit, le levier monétaire ayant débouché sur une trappe à liquidité, les néokeynésiens tiennent une chance unique de reprendre la main et de prouver, une fois pour toutes, la pertinence de leur vision.

 

Lire aussi :

Vers une nouvelle « guerre des monnaies » ?

Trois mesures pour… lutter contre le chômage (#1)

UE : l’austérité, un épouvantail contre-productif


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17 réactions à cet article    


  • lsga lsga 13 avril 2015 12:18

    et la plus grande erreur que l’on puisse commettre est de choisir un de ces deux camps qu’on nous propose. Ils ont tous tord. Tous. Voir les gauchistes courir après les keynésiens est lamentable. 

     
    L’austérité est brutal, mais est la simple conséquence du Capitalisme. Elle ne permet pas de relancer les profits, mais n’est pas évitable.
     
    Le keynésianisme est une escroquerie. Il est simplement impossible dans le cadre d’une économie mondialisée, à moins de disposer de territoires néo-coloniaux pour compenser la hausse des salaires par des matières premières à bas coût, et pour exporter l’excédent de production. Or, les anciennes colonies deviennent elles-mêmes des puissances impérialistes. 
     
    Quand deux bandes d’imbéciles se battent, vous n’êtes pas obligés de choisir un camps. Votre camps, ce n’est pas telle ou telle faction de la bourgeoisie et de ses pseudos-sciences financières. Votre camps, c’est le prolétariat et la lutte pour plus de démocratie. 

    • Ben Schott 13 avril 2015 13:41

      @lsga

      « Votre camps, c’est le prolétariat et la lutte pour plus de démocratie. »

      Vous n’avez jamais vu de prolétaires de votre vie, vous n’en êtes pas un vous-même, pourquoi voulez-vous à ce point les défendre ? Ils ne vous ont rien demandé !


    • lsga lsga 13 avril 2015 13:48

      Prolétaire : qui vit en vendant sa force de travail.

       Ex : un ingénieur qui bosse 35h et qui gagne 3000€ par mois.
       
      Bourgeois : qui vit sur la base du profit
      Ex : un patro-boulanger qui bosse 50h par semaine et qui gagne 700€ par mois.
       
      Bourgeois : a INTÉRÊT à ce que les salaires baissent pour pouvoir embaucher facilement, à ce que le temps travail augmente pou rentabiliser son embauche, à RESTER SEUL MAÎTRE À BORD de son entreprise.
       
      Prolétaire : a INTÉRÊT à ce que les salaires augmentent, à ce que le temps de travail diminue, et à ce que le POUVOIR dans l’entreprise soit PARTAGÉ.
       
      Hey : matérialisme. 

    • Ben Schott 13 avril 2015 14:29

      @lsga

      Entre un cadre qui bosse 35 heures par semaine pour 3000 euros par mois et un boulanger qui bosse 50 heures par semaine (plus fréquemment 70 heures) pour 700 euros par mois, vous ne voyez pas le problème ? Vous ne voyez pas que vos catégories sont périmées ? Vous ne comprenez pas que les définitions marxistes des classes que vous donnez de manière scolaire ont besoin d’être interprétées en fonction du monde dans lequel vous vivez et qui n’est plus celui de Marx ? Attachez-vous au fond plutôt qu’à la forme, à l’esprit plutôt qu’à la lettre.


    • lsga lsga 13 avril 2015 14:36

      Nous vivons dans un monde dans lequel 80% de la population est devenue urbaine et salariée, comme prévue par Marx il y a 170 ans. 

       
      Les intérêts du petit boulanger et du grand bourgeois sont les mêmes : c’est pour cela que les petits patrons votent à droite.
       
      L’intérêt du bobo friqué et de l’employé de base sont les mêmes : c’est pour cela que les bobos votent à gauche.
       
      Ce dont vous parlez, ce n’est pas de « classe sociale » (Marx), mais de « catégorie sociale » (Bourdieu). Enrichissez votre vocabulaire, ça ne vous fera pas de mal.

    • Ben Schott 13 avril 2015 15:00

      @lsga

      Décidément, vous ne comprenez rien à ce qu’on vous objecte. Ça change quoi, dans le rapport de domination, que 80% de la population soit devenue urbaine ? Les intérêts du petit boulanger et du grand bourgeois ne sont évidemment pas les mêmes, seule une lecture scolaire du marxisme comme vous le faites peut aboutir à une autre conclusion. Si vous n’avez que Marx et Bourdieu pour comprendre le monde, enrichissez vos lectures, ça ne vous fera pas de mal.


    • lsga lsga 13 avril 2015 15:13

      j’ai lu votre poste, je n’y ai trouvé aucun contre argument. 

       



    • lsga lsga 13 avril 2015 15:23

      je vais quand même répondre à votre question, et re-répondre à votre premier post :

       
      Je suis un prolétaire, comme vous très probablement, comme 80% de la population français, et bientôt comme 80% de la population mondiale.
       
      Notre intérêt commun, à tous, ce n’est pas la restauration d’une énième version du Colbertisme, du Bonapartisme, du Bismarckisme, ou du Keynésianisme. Ces politiques étatistes réactionnaires sont des accélérateurs des conflits militaires. Elles ne sont de toute manière plus possible dans le cadre d’une économie mondialisée. Le libéralisme : TINA. 
       
      L’intérêt des prolétaires, que nous sommes tous, ce n’est pas l’instauration d’une bureaucratie supposée bienveillante, qui fait preuve de charité sociale à travers des politiques d’imposition et de redistribution. Notre intérêt, c’est plus de démocratie, moins de bureaucratie, plus de pouvoir de décision pour la population concernant la production pour l’ensemble de la population.
       
      Il faut se battre pour le partage du pouvoir politique, pas pour telle ou telle théorie économique. 
       


    • Baasiste 2 13 avril 2015 17:48

      @lsga

      moi : « sinon les intérêts communs entre petit-bourgeois et prolos :
      ils vivent avec l’immigration donc ils sont vs surtout le prolo concurrencé au niveau des salaires
      ils sont vs l’immigration qui vole leur fric
      ils sont vs le libre-échange qui met les salariés au chômage et ferrme les petites boites
      ils sont vs la finance qui asservit aussi bien les ménages que les entreprises ainsi que l’etat qui en conséquent vole de l’argent aux entreprises et aux salariés
      ils sont vs la finance dominatrice aspirant le fric de l’économie réelle qui dépend de la finance
      ils sont vs la libre circulation des capitaux
      ils sont vs la souveraineté supranationale, ils veulent un etat qui fasse attention qu’aux petits bourgeois fr et salariés fr pas à tous le monde entier 
      ils sont vs l’euro
      ils sont vs les monopoles
      enfin un petit-bourgeois souvent roule pas sur l’or, il ne dit pas forcément non à un etat-providence comme le prolo
      etc... »

      Bubble : « Votre analyse est fausse parce que vous êtes trop riche et que vous n’avez pas le sens de la valeur de l’argent. Un « prolétaire » à 4000 euros par mois n’aura jamais le besoin ni l’envie de faire une révolution, mais un « bourgeois » qui touche 1/2 smic et qui fait face à une situation économique insurmontable pourrait en être tenté. 
      La révolution de 1789 partait d’une famine. Les prolétaires cadres sup ont le ventre plein.
      Votre façon de penser n’est même plus matérialiste... le matérialisme de base, c’est que n’importe qui a besoin de se remplir le ventre, de dormir la nuit. Si votre classification des conflits sociaux ne prend pas ça en compte, qu’est ce qu’elle vaut ?

      D’un autre point de vue, le prolétariat mondial est bien représenté par les africains et je suis d’accord avec lsga là-dessus. Si jamais une révolution mondiale prolétarienne venait à avoir lieu, qui parmi les exploiteurs européens se ferait décapiter le premier ? Le prolétaire ingénieur informatique à 4000 euros (dont notamment le trader/l’assureur contraint par sa boite -parce qu’il ne contrôle pas du tout sa production- à affamer malgré lui des africains par paquet financier interposé) ou le boulanger à 700 euros ? »

    • lsga lsga 13 avril 2015 18:06

      lol, les petits bourgeois sont ceux qui emploient le plus de clandestins.

      T’as déjà bossé au mac Do : tous déclarés.
      T’as déjà bossé dans un petit resto : pleins de clandés.
       
      Désolé Bourico, mais la réalité existe en dehors de tes représentations racistes. 
       
      Pour répondre à ta question : les salariés aisés sont toujours les plus révolutionnaires. C’étaient par exemple les sans-culottes en 1789, qui bossaient dans les nouvelles technologies (imprimeries, tissage, etc.), qui avaient un niveau technique très élevé, des gros salaires, qu’ils dépensaient dans des fringues ridicules (le pantalon rayé et le bonnet phrygien étaient à la mode avant que la révolution n’éclate). 
       
      La prochaine révolution, qui sera mondiale, sera portée par les ingénieurs et les étudiants US, Européens, Africains, Asiatiques. Ce sont eux qui forment l’avant-garde progressiste du prolétariat contemporain. 

    • Ben Schott 14 avril 2015 11:07

      @lsga

      Vous noyez le poisson, comme d’habitude. J’essaie de vous faire comprendre que d’avoir appris par cœur Le Capital ne vous a pas rendu plus intelligent que l’étagère sur laquelle il est posé.

      Quand le boulanger, ne pouvant plus vivre décemment du fruit de son travail, se fera embaucher au smic en CDD dans une boulangerie industrielle, passant ainsi de la petite-bourgeoisie au prolétariat, vous n’aurez plus d’autre choix que d’acheter du pain de merde au supermarché.
      Mais vous serez content, car le boulanger qui faisait le bon pain dont vous vous régaliez autrefois aura rejoint le camp des damnés de la terre, fins prêts pour la Révolution mondiale !


    • bourrico6 14 avril 2015 11:13

      @lsga

      Désolé Bourico, mais la réalité existe en dehors de tes représentations racistes.

      Ah non, bourrico c’est moi. smiley


    • colere48 colere48 14 avril 2015 11:19

      @lsga

      ...La prochaine révolution, qui sera mondiale, sera portée par les ingénieurs et les étudiants US, Européens, Africains, Asiatiques. Ce sont eux qui forment l’avant-garde progressiste du prolétariat contemporain....

      ca c’est bien possible ! 
      mais ... vivrons nous assez longtemps pour le voir et s’en réjouir !


    • lsga lsga 14 avril 2015 11:45

      @colere48
      ça a déjà commencé.
      attends que les robots mettent fasse passé le taux d’inemploi de 40% (le taux actuel ) à plus de 50%, et ça s’emballera. 


    • sls0 sls0 14 avril 2015 05:14

      A part quelques économistes qui n’ont pas trop la côte auprès des médias, il y en a pas mal on leur donnerait le Sahara à gérer, 5 ans après ils rachètent du sable.

      Il me plait assez bien ce scénario malheureusement en anglais. (il y a des traducteurs et c’est des graphiques.)


      • bourrico6 14 avril 2015 11:12

        @sls0

        5 ans après ils rachètent du sable.

        normal, il est pourri, on peut rien en faire. smiley


      • BA 14 avril 2015 20:55

        Nous volons tous dans le ciel, le cul posé sur une bulle.

        La base monétaire, c’est la création de monnaie par les banques centrales.

        Pour suivre l’évolution de la base monétaire depuis 2008, regardez bien le graphique 2 :

        http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=83417

        Aux Etats-Unis, la base monétaire était de 800 milliards de dollars en 2008. Depuis, elle a explosé. En 2015, elle est de 4500 milliards de dollars.

        Et au Royaume-Uni ?

        Au Royaume-Uni, la base monétaire était de 70 milliards de livres sterling en 2008. Depuis, elle a explosé. En 2015, elle est de 370 milliards de livres sterling.

        Et au Japon ?

        La banque centrale du Japon augmente la base monétaire de 80 000 milliards de yens par an ! C’est une augmentation équivalent à 620 milliards d’euros supplémentaires par an !

        Et en Europe ?

        La Banque Centrale Européenne a annoncé qu’elle allait injecter 1140 milliards d’euros supplémentaires dans le circuit ! C’est 60 milliards d’euros supplémentaires par mois, jusqu’en septembre 2016 !

        Conséquence :

        Depuis 2008, les banques centrales ont SANS LE VOULOIR créé de gigantesques bulles boursières et de gigantesques bulles financières.

        Depuis 2008, les banques centrales ont INVOLONTAIREMENT placé toute l’économie mondiale sur des bulles boursières et sur des bulles financières.

        Aujourd’hui, toute l’économie mondiale est en lévitation.

        Malheureusement, une bulle ne peut pas gonfler jusqu’au ciel.

        Malheureusement, une bulle finit toujours par éclater.

        Préparez-vous au grand « Plop ! »

        Vous avez aimé la crise financière de 2008, vous allez adorer la prochaine.

        http://www.lenouveleconomiste.fr/vous-avez-aime-la-crise-financiere-de-2008-vous-allez-adorer-la-prochaine-26731/

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