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Accueil du site > Actualités > Economie > Une croissance durable est possible et nécessaire

Une croissance durable est possible et nécessaire

Comment définir une croissance durable ?

Dans un article publié en août 2010, après avoir expliqué Pourquoi la croissance économique ne reviendra plus ?, j'avais analysé comment la seule sortie possible prenait le chemin d'une croissance que je qualifierai de durable. Deux ans après, ces propos n'ont -hélas- pas pris une ride. Comment définir une croissance durable ?

 

N'y aurait-il donc aucun espoir ? La notion de croissance économique est tellement centrale dans le raisonnement économique que sa disparition s'apparente à un deuil. J'ai utilisé la métaphore du blokus pour faire passer une idée qui fait son chemin dans la pensée économique : l'économie ne peut être dissociée de son environnement. Cette idée peut être illustrée par deux concepts. L'un, provenant des Sciences Physiques, l'Entropie, l'autre, purement économique, s'appelle la théorie des rendements décroissants.

En d'autres termes, la progression économique dépend de l'innovation et de la recherche de nouvelles marges de productivité. Pendant longtemps, chaque révolution économique est née de la découverte d'un nouveau gisement de productivité (charbon, pétrole, numérique par exemple). Mais chaque nouvel ère pouvait s'appuyer aussi sur l'exploitation de nouveaux espaces et de nouvelles ressources. 

Ce qui est nouveau aujourd'hui, pour nos pays occidentaux, c'est la fin de cette progression spatiale et l'apparition de la rareté pour les ressources nécessaires à notre développement. Cette rareté entraîne une augmentation des prix.

Pour la majorité des observateurs, la notion de croissance est antinomique avec celle de développement durable. Leur raisonnement est le suivant : ce dernier suppose des contraintes supplémentaires, des limites qui freinent la productivité.

A l'avenir, pourtant, la croissance économique dépendra de la capacité des acteurs économiques à anticiper sur la rareté des ressources. Les perdants seront ceux qui, ayant sous-estimé l'écologie, se trouveront dépourvus quand le renchérissement du prix des ressources mettra leur économie à genou. les gagnants seront ceux qui auront intégrés le modèle écologique, évoluant vers l'utilisation de ressources durables.

Quelques exemples.

Les ménages qui auront pris soin, dans les dix années à venir, d'équiper leur maison de manière à diminuer leur dépenses de gaz et d'électricité ou, ceux qui disposeront de maison à énergie positive, seront fortement avantagés par rapport à ceux qui auront négligés cet aspect. Il en est de même pour les ménages qui auront choisis de s'installer dans la grande périphérie des agglomérations : l'augmentation prévisible du prix des carburants pourra les ruiner à cause de leur migrations pendulaires quotidiennes.

Les entreprises, qui ne se seront pas préoccupées de leur approvisionnement en matières premières, celles qui seront restées à contempler l'évolution de leur prix sur les marchés mondiaux, le voyant comme une contrainte subie, seront les entreprises perdantes du XXIéme siècle. Les gagnantes, conscientes de la rareté croissante de ces matières, chercheront à s'intégrer dans les filières de recyclage, de manière à ne plus dépendre de sources qui sont en train de se tarir.

Les pays, fortement dépendants du pétrole, consacrent une part importante de leur richesse à la facture pétrolière. Pour la France, par exemple, cette perte de richesse annuelle est de 60 milliard d'euros. Les pays qui resteront dépendants de cette facture vont s'appauvrir car elle va croître dans les années à venir. Les pays gagnants seront ceux qui sauront construire un système économique et une organisation sociale qui ne soient plus dépendantes de cette source d'énergie.

Les différents acteurs économiques n'ont plus le choix : rester gagnant dans la compétition économique suppose de régler un certain nombre de problèmes et de rentrer dans le processus de croissance durable. Trois secteurs-clés, et qui concernent tous les acteurs, sont cruciaux :

-l'urbanisme : la crise immobilière et la pénurie de logements sont révélatrices d'une organisation spatiale et d'une réglementation urbanistique inadaptée. Il faut imaginer des solutions fortement innovantes dans ce domaine.

-l'organisation des transports et les mobilités sont devenus synonyme d'entropie, d'embolie d'un système de transports dépendants totalement de la ressource pétrolière. Les gagnants seront ceux qui auront trouvés des solutions pour sortir de leur addiction pétrolière. En sortir suppose des modalités d'organisation collective révolutionnaires dans le domaine du transport de marchandises comme pour celui des mobilités individuelles.

-la production énergétique, elle dépend de ressources non renouvelables dont la rareté va s'affirmer dans les décennies à venir. Chacun devra se donner les moyens d'en sortir et d'adopter des énergies renouvelables, source d'enrichissement pour tous ceux qui s'impliqueront dans des solutions parfaitement au point techniquement mais qui attendent un cadre réglementaire et fiscal adapté à leur développement.

Les gagnants de demain seront ceux qui auront compris la nécessité d'intégrer la problématique environnementale dans leur développement. Ils ne seront pas les seuls à être gagnant : la planète aussi le sera. Or, elle nous appartient comme nous dépendons d'elle. 


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15 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 6 septembre 2012 09:09

     Le recours à de nouvelles technologies, dites vertes, a pour fonction de rassurer quant aux capacités du système à se sauver lui-même, et surtout de bien nous faire comprendre que c’est au sein de ce système, puisqu’aucun autre n’est possible, que les solutions sont à trouver. Le développement d’un secteur marchand des énergies renouvelables, la réorientation stratégique de grands groupes énergétiques, pourraient laisser à penser qu’au sein du système actuel des mutations sont possibles, qu’y compris la crise climatique peut donner une chance au capitalisme en lui montrant la voie à suivre pour rebondir, voire fonder une nouvelle onde longue d’expansion............
    http://2ccr.unblog.fr/2012/05/04/alternatives-ecologiques-au-capital/


    • La mouche du coche La mouche du coche 6 septembre 2012 09:26

      C’est triste de ne voir l’habitat que sur le plan des dépenses énergétiques. smiley


    • Roland Franz Roland Franz Jehl 6 septembre 2012 09:29

      Dans les années 70/80, la France était en pointe dans le domaine des maisons bio-climatiques. Le passage au tout nucléaire a donné un coup d’arrêt à la recherche et nos voisins allemands et Autrichiens on commencé à nous distancer. Ils ont maintenant 15 ans d’avance.

      Aujourd’hui, nous importons de la ouate de cellulose, de la fibre et de la laine de bois et même des panneaux de chanvre. Nos poëles à granules sont allemands, autrichiens et même tchèques ou polonais.

      Même chose pour les panneaux solaires ou capteurs photovoltaîques

      Avec un domaine forestier, vaste mais mal entretenu, nous exportons des fûts de chêne mais nous importons des bois d’oeuvre.

      Construire une maison passive en France coûte plus cher que chez nos voisins d’outre-Rhin.

      Et maintenant, on nous parle de gaz de schistes, en laissant entendre que ce procédé permettrait de « renouer avec la croissance ». Il est malheureusement possible, voire probable que nos dirigeants se laissent séduire par ce procédé à plus ou moins court terme.

      Assisterons nous à un nouveau coup d’arrêt de la croissance durable ?

      La France est décidément une terre de mission ...


      • Ecométa Ecométa 6 septembre 2012 09:29

        Effectivement, « l’économie ne peut être dissociée de son environnement », celui de la nature dans laquelle nous puisons des richesses à l’épuisement car non renouvelable, tout comme celui de nature sociétal que l’économie est sensée servir en définitive, au lieu de l’exploiter, de ne satisfaire, véritable cercle vicieux, que les seuls moyens mis en œuvre... cette économie du moyen pour le moyen : du seul moyen qui se regarde technoscientifiquement le nombril !

        C’est une vérité de Lapalisse : un développement durable implique une économie qui soit durable et non « crisique », voire « paroxysmique », « productiviste », comme le capitalisme, qui plus est, celui essentiellement financier !

        Les mots ont un sens, étymologiquement, rien n’est plus proche du terme d’ « économie » que celui d’ « écologie » : l’un, l’économie, est la règle de la maison ou règle d’ensemble, quand l’autre, l’écologie, est la logique de la maison ou logique d’ensemble !

        Il n’y a qu’une époque terriblement crétine, des économistes, qui ne sont pas réellement des tenants de l’économie, des économistes crétins et des politiques crétins, totalement incultes, embourbés dans leur dogme capitaliste, pour opposer « économie » et « écologie !


        • Ciriaco Ciriaco 6 septembre 2012 11:20

          Bonjour,


          A mon humble avis vous confondez croissance et économie, cette dernière étant l’organisation des échanges de ressource dans une société ou dans un groupe. Une très simple constatation qu’il n’est pourtant pas si facile d’envisager, je vous l’accorde, tant le modèle économique que nous connaissons est prégnant, et de bien des manières. Cependant quand une situation est difficile, c’est bien en repensant les choses autrement qu’on se donne les meilleures chances.

          En occident, les sociétés se sont données des moyens : la politique en est un. Pas sûr que celle-ci dispose des outils nécessaires. Et encore moins certain qu’un de ses principes fondateurs, la planification, n’entre pas plus ou moins directement en conflit avec le libéralisme économique. Il y a bien des antagonismes entre croissance, économie et politique.

          Quant à l’environnement, il s’agit d’un problème globalisé qui risque fort de laisser les générations qui suivent dans le plus grand désarroi, pour parler poliment, et les petits extraterrestres pourront bien rire d’avoir vu autant de moyens ne servir finalement qu’à une volonté d’enrichissement démesuré tout à fait contraire à l’idée de justice qu’une société peut, tant bien que mal, se donner.

          • Lisa SION 2 Lisa SION 2 6 septembre 2012 11:37

            Durable, ça veut dire ce que ça veut dire ! Le pétrole n’est plus durable.
            Il reste trente ans à ce rythme pour l’Iran et la Russie 1er et 2ième producteurs de gaz au monde pour recycler nos habitudes sur deux générations.
            La tuile solaire, la deuxième voiture électrique au garage solaire, la permaculture de balcon, la pompe à eau éolienne et le chauffe eau thermique, l’isolation du bâtiment en chanvre et paille...etc...
            La génération qui vient a déjà rectifié le tir et se doit d’acquérir cette évolution pour qu’elle soit durable... ! On dira d’ailleurs « la génération durable ».


            • aberlainnard 6 septembre 2012 13:11

              On ne peut qu’approuver les idées présentées dans cet article.

              En effet : « l’économie ne peut être dissociée de son environnement. » Et il faut redéfinir le terme de croissance mesurée par les économistes classiques par le P.I.B. , indicateur trompeur qui ne reflète en rien la richesse réelle produite.

              Il ne comptabilise pas, par exemple, la destruction de l’actif des ressources naturelles utilisées pour produire un objet. À l’inverse, le marché de l’immobilier crée du P.I.B. à chaque mutation, (plus-value, frais d’agence, frais notariés, taxes, etc…) alors que la valeur réelle de l’actif reste inchangée dans le meilleur des cas, et qu’il faudrait plutôt appliquer un coefficient de vétusté tenant compte de la dégradation du bien en fonction du temps.

              Peut-être, pour éviter toute ambiguïté, faudrait-il éviter le mot « croissance » et préférer, par exemple, le terme de développement ou activité soutenable et en même temps imaginer un indicateur plus approprié que le P.I.B. pour mesurer l’activité économique.



              • colza 6 septembre 2012 13:26

                Tout à fait d’accord...

                Mais peut-on compter sur des responsables politiques formatés à HEC et l’ENA pour avoir un peu d’imagination et les couilles de penser autrement ?

                • Rizk 6 septembre 2012 13:28

                  Les rendements d’échelle décroissants illustrent à eux seul que toute croissance à des limites « physiologiques ». D’ailleurs, les rendements d’échelle décroissants sont observables dans la nature.

                  Il faut associé à cela, que la productivité marginale du travail et du capital sont elles aussi décroissantes et qu’une courbe de profit est concave, ne fessant que confirmer qu’un PIB, un CA, un profit sont limités dans le temps, jusqu’à effondrement.

                  Ces points sont suffisants pour démontrer qu’une société qui fonde et organise l’activité économique autour de la croissance périclitera. De même que négliger les externalités négatives liées au processus de production basé sur une utilisation immodéré des ressources naturelles limitées, accentuera cette déchéance.

                  Ne pas prendre conscience de cela est de la folie pure et simple...ou pas ?

                  En effet, j’ai l’impression que cela est voulu. Plus notre environnement naturel se détériore plus nous dépendons du système économique actuel (contrôler par des multinationales et les milieux d’affaires). Notre survie dépend déjà d’eux, et cela va s’accentuer dans les années à venir.


                  • lloreen 6 septembre 2012 17:58

                    « Notre survie...d’eux ».
                    Votre vie (ou survie) ne dépend que de vous.


                  • lloreen 6 septembre 2012 17:56

                    Il faudrait déjà s’entendre sur les termes,ce qui est à peu près aussi réaliste que de faire brouter de l’herbe à un cochon...
                    Qu’est ce que la croissance et croître jusqu’ où ?
                    Rien n’est durable en ce bas monde...même pas la vie.

                    Il est raisonnable par contre, de réfléchir à des solutions et de les proposer alentour lorsqu’elles ont le mérite d’exister.

                    http://www.keshefoundation.org/fr/homepage-fr

                    Une croissance durable est une ineptie. Même la croissance de l’être humain s’arrête à un moment donné...


                    • Ecométa Ecométa 7 septembre 2012 09:46

                      « Il faudrait déjà s’entendre sur les termes, ce qui est à peu près aussi réaliste que de faire brouter de l’herbe à un cochon... »

                      Eh ben... mon cochon !

                      Il est possible, entre gens intelligents, sauf à être totalement obtus et malheureusement il en est... de s’entendre sur les termes !

                      « Rien n’est durable en ce bas monde...même pas la vie ».

                      C’est certain, la vôtre, comme individu, n’est pas durable, elle possède comme humain une durée limitée ;. mais la « vie », le « vivant », le genre humain, dure depuis pas mal de temps, ceci se renouvelle que je sache.

                      Si les individus humains disparaissent, l’humain lui continu... dure : peut-être disparaîtra-t-il un jour ou l’autre ? La bêtise humaine est visiblement durable !

                      Ce qui se renouvelle est relativement durable : la nature, le naturel est durable !


                    • zivlou zivlou 13 septembre 2012 18:46

                      Ce qui se renouvelle est relativement durable : la nature, le naturel est durable !

                      Désolé, mais non. La notion de durabilité s’entend dans le sens illimitée...la nature n’est pas illimitée, ce qui est concret, vivant, c’est limité, ce n’est pas durable !
                      En revanche, ce qui abstrait, la pensée, la stupidité, ça c’est durable et sans limite ! smiley
                      Et le relativement, c’est déjà plus durable smiley

                      Bref, tout ce qui croit, décroit, ça c’est la loi de la nature !

                    • bert bert 6 septembre 2012 22:33

                      cette rareté entraîne une augmentation des prix !!!!!

                      faut-il comprendre que la planète est à vendre ????????
                       smiley





                      • Croa Croa 6 septembre 2012 23:39

                        L’auteur confond progrès et croissance !

                        On n’arrête pas le progrès mais la croissance n’est qu’un choix obligé par le système économique. Ceci dit le progrès permet en grande partie l’adaptabilité aux méfaits de la croissance, si on le voulait bien... Mais sans renoncement à la croissance tout est perdu de toute façon !

                        Par ailleurs la croissance durable....
                         smiley Laissez-moi rigoler ! smiley

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