Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Economie > Une politique des bulles spéculatives ?

Une politique des bulles spéculatives ?

Quels mécanismes ont-ils été mis en place par nos autorités politiques et monétaires pour prévenir la formation d’une nouvelle bulle ? Quels enseignements auraient-ils été tirés visant à déceler signaux avant coureurs ou pour modérer - je ne parle même pas d’interrompre - les influx irraisonnés de liquidités en direction d’un actif qui, subissant un effet mécanique, se mettra dès lors à gonfler comme la grenouille de la fable ? Les épisodes sanglants de 2008 ont d’ores et déjà été relégués au rang de dommages collatéraux par une finance dont on savait certes qu’elle avait une mémoire étonnamment sélective mais aussi, et plus gravement, par des pouvoirs publics opportunistes et décidément peu soucieux d’endiguer les fièvres spéculatives.

Comment se fait-il que nos Banques Centrales ne parviennent toujours pas à distinguer entre la "bonne" croissance - durable et saine - et celle artificiellement insufflée par les appréciations boursières, immobilières, aujourd’hui obligataires... ? Et pourquoi nos instruments statistiques de mesure de cette croissance, de l’inflation qui est son pendant ou des Masses Monétaires en circulation - vitales dans le diagnostic d’une bulle en formation - n’ont-ils pas été affinés qualitativement par des Etats qui avaient pourtant montré certaines velléités en ce sens ? Ces mêmes instruments de mesure de notre activité économique ne sont-ils pas à l’évidence caducs dans notre contexte actuel où les produits structurés de la haute finance rivalisent d’une sophistication pas toujours utilisée à bon escient ?

La reprise - artificielle elle aussi parce que reposant sur des châteaux d’eau de liquidités crées à partir du néant - serait-elle arrivée au bon moment, celui où nos responsables politiques seraient aujourd’hui soulagés de ne pas avoir à honorer leurs promesses démagogiques et populistes d’hier ? Pourtant, la faillite Islandaise de 2008 aurait impérativement dû éviter les déboires Grecs d’aujourd’hui, Espagnols ou Portugais de demain ! Hélas, une des raisons fondamentales de ces crises à répétition est l’abdication de nos Gouvernements et Banques Centrales de leur rôle essentiel de locomotive économique au profit de banques commerciales prédatrices. Ce faisant, la collusion - dans certains cas la complicité - entre régulateurs, politiques et économistes achevaient la compromission des uns au bénéfice d’une finance qui dès lors occupait tout le champ public.

Le pare feu indispensable entre politique et finance ayant délibérément été désactivé, comment s’étonner de certains dérèglements patents ayant directement conduit à ces crises comme la rémunération des agences de notation par les établissements bancaires ou l’engagement d’anciens fonctionnaires d’organes de réglementation au sein de Banques … à moins que ce ne soit l’inverse ? Pourtant, la capacité de nuisance - aujourd’hui avérée - de certains établissements financiers mastodontiques envers les acteurs de l’économie traditionnelle aurait dû encourager nos régulateurs à enfin intensifier - ou à tout le moins adapter - certaines règles prudentielles élémentaires ... ayant aujourd’hui abouti au crash de la Grèce.

Cette crise ne raconte pas l’histoire de l’échec du libéralisme, elle signe plutôt l’arrêt de mort de la théorie arrogante de l’efficience des marchés, de la dérégulation et de la privatisation à outrance considérées jusqu’à 2007 aux sources de notre hyper développement économique.
 

Moyenne des avis sur cet article :  4.33/5   (18 votes)




Réagissez à l'article

16 réactions à cet article    


  • le naif le naif 25 février 2010 09:56

    @ M. Santi

    Bonjour

    Pour une fois je suis globalement d’accord avec votre article.

    Mais je dois avouer que votre conclusion :" Cette crise ne raconte pas l’histoire de l’échec du libéralisme, elle signe plutôt l’arrêt de mort de la théorie arrogante de l’efficience des marchés, de la dérégulation et de la privatisation à outrance considérées jusqu’à 2007 aux sources de notre hyper développement économique." Me laisse plus que perplexe et demanderai à être explicité.

    Après trente en de propagande du genre : l’Etat n’est pas la solution, mais le problème, il n’y a pas d’alternatives, autorégulation du Marché et autre joyeuseté du même tonneau, Quel va être le nouveau credo pour continuer à nous vendre la salade avariée du libéralisme ???

    Comme il n’est pas dans vos habitudes de répondre aux commentaires, j’espère qu’un Libéral de passage, pourra nous expliquer ce point en détail.....

    Slts


    • zelectron zelectron 25 février 2010 20:14

      A tous, (et en particulier au Naïf) j’ai une idée de spéculation originale, personne n’y a pensé. Voilà, (mais il ne faut pas le dire parce que tout le monde va vouloir le faire) il faut investir dans les brouettes, mais chhhuuuttt, les oreilles ennemies nous écoutent.


    • Gollum Gollum 25 février 2010 11:05

      D’accord avec ça.. sauf que cela va nous coûter des millions de morts..


      Et il faut que cela soit l’occasion d’une mutation spirituelle d’envergure.. car ne nous leurrons pas, la base exploitée n’est dans bien des cas pas plus capable d’éthique que ceux du sommet..

    • JL JL 25 février 2010 10:21

      @ Le naïf, pas mieux. Mais je n’attends aucun libéral sur ce coup là.

      Dany-Robert Dufour dans son excellent ouvrage : « L’art de réduire les têtes » un essai sous-titré : ‘’Sur la nouvelle servitude de l’homme libéré à l’ère du capitalisme total ‘ » Extrait de le 4è de couv. : « Après l’enfer du nazisme et la terreur du communisme, il est possible qu’une nouvelle catastrophe se profile à l’horizon. Cette fois c’est le néo-libéralisme qui veut fabriquer à son tour un » homme nouveau« ... Déchu de sa faculté de jugement, poussé à jouir sans entrave, cessant de se référer à toute valeur absolue ou transcendantale, le »nouvel homme nouveau« est en train d’apparaître au fur et à mesure que l’on entre dans l’ère du capitalisme total sur la planète ».


      • ddacoudre ddacoudre 25 février 2010 18:33

        bonjour JL

        bonne réflexion, et son dieu, est la loi du marché.

        cordialement


      • _Ulysse_ _Ulysse_ 25 février 2010 11:52

        Bon je vais jouer au libéral de passage même si je ne me prétend pas libéral sur le plan économique.

        Depuis 30 ans, il y a une confusion entre libéralisme économique, néo-libéralisme, capitalisme, mondialisation.

        Depuis que l’échec de la politique économique n’est plus contestable, il n’y a plus de néo-libéraux. C’est simple, à chaque fois la personne incriminée (qui soutenait la dérégulation à tout va) est qualifiée de Néo-libérale elle répond en général que ça ne veux rien dire, que ça n’existe pas. Une manière de jouer sur la confusion pour se dédouaner de toute responsabilité. Les néo-libéraux (nouveaux libéraux) se disent simplement libéraux ils jouent sur cette confusion pour vendre leur soupe.

        Et pourtant, le néo-libéralisme existe bien et se différencie des autres doctrines libérales par son extrémisme.

        Le libéralisme c’est la liberté d’entreprendre, d’échanger des biens et services, de travailler et c’est tout.

        Or, la liberté ne se définie que par rapport à des règles et interdictions. C’est la même chose pour la société. La liberté, c’est pas avoir le droit de faire tout et n’importe quoi y compris tuer son voisin. Nombre d’ouvrages de philosophie traite de la liberté qui n’implique pas l’anarchie.

        Je dirais que différentes écoles se sont succédées. Certaines voulant réduire beaucoup le rôle de l’état d’autres sensiblement moins.

        Les nouveaux-libéraux sont pour une réduction drastique de l’état (voir sa suppression), un libéralisme ’total" (donc sans liberté en fait). C’est à dire une suppression de toutes les réglementations. En particulier sur le commerce. Pour cela ils s’appuient sur une interprétation erronée de la théorie des coûts comparées de Ricardo. Leur idée c’est qu’un commerce sans règle mène par la concurrence à une allocation optimale des ressources et moyens de production. Ce qui peut être vrai en théorie mais en respectant des conditions en particulier sur la mesure de l’unité de valeure. Et, sur l’aspect durable des avantages comparatifs. De plus, cela ne présage pas que l’évolution pour arriver au point optimale soient toujours dans le sens du progrès pour tous. Ni que les ressources soient également distribuées à l’arrivée.

        Le libéralisme économique n’est pas à confondre avec le capitalisme. Le libéralisme est une doctrine, le capitalisme est un système.

        En gros dès lors qu’il existe dans une société le droit de posséder les moyens de production, cette société est capitaliste. Le capitalisme c’est simplement la propriété privée des moyens de production.

        J’en arrive donc à la mondialisation qui n’est que le produit de la doctrine laissez fairiste prônée par les nouveau-libéraux. Cela consiste principalement à supprimer toute barrière douanière à l’échelle mondiale. A supprimer toute barrière sur la circulation du capital et des hommes. C’est ce qui a conduit à permettre la création de n’importe quel produit financier (la fameuse titrisation), à laisser faire la spéculation (libre circulation du capital) etc .
        Une autre composante est la limitation du rôle de l’état : tout doit rejoindre le marché même les secteurs stratégiques, la santé, l’art etc.

        Bref, tout cela n’a conduit qu’à des désordres économiques, à une certaine anarchie.
        Les conséquences ne sont plus contestables aujourd’hui.

        La liberté sans règle, c’est l’anarchie. Les nouveaux-libéraux sont des nuls en philo ;).


        • le naif le naif 25 février 2010 13:03

          @ Ulysse

          Bravo pour cet exposé magistral, même si vous n’êtes pas crédible en avocat du libéralisme smiley l’effort est louable.

          Vous avez raté un beau débat hier : http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/quelle-est-l-utilite-de-la-finance-70460

          Slts


        • Jérôme Royer Jérôme Royer 25 février 2010 15:58

          Pour ma part, je découvre depuis quelques mois combien la plupart des analyses de la crise économiques -même les plus intraitables envers le système actuel- néglige la remise en question d’un des processus qui fonde ce système : celui de la création monétaire.
          (Je propose ici une brève synthèse factuelle).

          Il me paraît important de souligner que, si les pouvoirs « publics » et/ou financiers s’avèrent manifestement défaillants depuis des décennies (par incompétence, aveuglement ou, peut-être, par intention), il appartient aux citoyens de prendre des initiatives.

          Dans ce sens, plusieurs initiatives de développement de monnaies alternatives ont été initiées ces dernières années. Je crois qu’il est de l’ordre de l’urgence démocratique d’en faire connaître l’existence.
          On peut par exemple consulter Monnaies Régionales de Bernard Lietaer (éd. Charles Léopold Mayer) ou écouter cette émission Rue des Entrepreneurs avec Jean-François Noubel.


          • Peretz Peretz 25 février 2010 19:12

            @Jérome Royer. Voilà une bonne vision des choses : le problème essentiel est celui des monnaies et de leur flux incontrôlé. La conclusion s’impose, ou l’on admet que c’est uniquement à l’offre de crédit qu’incombe le soin de faire fonctionner l’Economie, à l’avantage des fonds spéculatifs et au détriment du pouvoir d’achat réel des salariés ou l’accompagne en adoptant la stratégie consistant à augmenter les masses monétaires d’origine salariale, (fordisme). Dans ce cas il faut accepter un léger risque inflationniste : il suffirait que taux d’intérêt et les prix soient sous contrôle en cas d’emballement. Il faudrait aider les entreprises non bénéficiaires à compenser ces nouvelles charges, en réorientant les aides et exonérations dont elles bénéficient actuellement, sans véritable efficacité.

            En augmenant les salaires réels, en particulier les bas salaires et les basses retraites, on permettrait évidemment, sur le plan moral, de dimiinuer les inégalités, et redonner une certaine dignité en reconnaissant le travail de ceux qui ont un emploi.

             Et, sur le plan technique, on donne en même temps un pouvoir d’achat supplémentaire, donc plus de solvabilité aux classes défavorisées, avec pour les prêteurs une meilleure garantie de remboursements, et surtout on inverse la tendance au chômage structurel en relançant la croissance.

            Les pays de l’Union Européenne, devraient sortir de la tutelle de la BCE pour adapter cette stratégie à leurs Economies, gagnant à fois une meilleure justice sociale, et un renouveau économique …si les pouvoirs politiques le veulent.


          • Julien Julien 25 février 2010 20:19

            Bonne intervention ! Voici le vrai problème : la création monétaire.

            Voici le message que j’ai posté ce matin dans un autre article :

            ########
            [...] si les Etats sont tous endettés de manière si spectaculaire (faisant ainsi pression sur les citoyens : travailler plus, plus longtemps, etc.), c’est intégralement dû au système banquaire :

            * le fait que les banques prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas, avec intérêt
            * le fait que pour payer l’intérêt directement ou indirectement, les Etats sont obligés d’emprunter aux banques... avec intérêt. Avec un tel système, la dette ne peut bien sûr que s’envoler.

            Ainsi, les banquiers vont finir par posséder TOUT. [...]
            Vu à quel point les gens n’ont pas compris le système financier, attendons-nous à vivre des jours difficiles.

            Dans notre monde, mieux vaut être ignorant pour se réveiller de bonne humeur le matin.
            ##########
            Il ne sert à rien d’essayer de broder sur le système actuel en le « régulant ». Il faut tout simplement déjà le COMPRENDRE, et ensuite le REVOIR complètement.

            Voir les liens suivant :


          • Aurelien Aurelien 25 février 2010 17:20

            En tant que libéral numéro 2 de service, je vous recommande l’ouvrage d’un économiste distingué (et plutôt keynésien que libéral) , Charles Kindleberger : « Histoire mondiale de la spéculation financière ». Cet ouvrage montre comment les bulles spéculatives se sont formées pour tenter d’en tirer des généralités. A l’origine des crises, il y a un excès de monnaie en circulation, alimentant l’euphorie générale.

            La compréhension du mécanisme des bulles permet de mieux comprendre les origines de la crise actuelle. Chez les économistes libéraux (les philosophes libéraux s’intéressent moins à ces question complexes), dominent deux écoles : les monétaristes de la fameuse école de Chicago qui défendent la conception d’une banque centrale et de la rigueur monétaire. Ils ont décortiqué la crise de 29 et trouvé que la transformation d’une crise boursière simple comme on en a vu d’autres en un krach économique provient en partie d’une mauvaise politique de la Fed qui aurait tué les banques de l’époque, bloquant totalement le crédit et entrainant nombre d’entreprises dans la faillite par manque de trésorerie. Greenspan a donc choisi, après 2001, de conserver une politique monétaire très laxiste pour ne pas transformer les difficultés de l’époque en grande crise. Mais il n’a pas retenu les leçons de Milton Friedman qui rappelle que de telles politiques doivent être courtes pour ne pas alimenter de nouvelles bulles. Greenspan a donc nourri l’actuelle crise de crédits immobiliers aux EU au lieu de revenir à une politique monétaire plus stricte.

            L’autre école, celle de Mises (prof de Hayek), préconise l’abandon des banques centrales et le retour aux monnaies libres avec des banques responsables de leur bilan auprès de leurs clients sans pouvoir les gonfler grâce au soutien de banques centrales, donc à des conditions beaucoup plus drastiques pour éviter les effets de levier. Cette théorie reprise par Murray Rothbbard puis par d’autres économistes, fut celle de Ron Paul qui prôna le retour à l’étalon or sans Fed aux Etats-Unis avant le démarrage de la crise actuelle. Ce qui lui a assuré un joli succès lors de la campagne présidentielle même si sa candidature n’est pas allée loin. Petites explications accessibles et en ligne ici ou , je vous laisse creuser.

            Et sur le libéralisme, voici une petite synthèse rapide.


            • yesman yesman 25 février 2010 18:35

              je suis d’accord avec votre analyse mr santi.
              je pense que rien ne changeras, tant que les masses populaires ne mettrons pas un grand coup de pied dans la fourmilliere !!.
              le constat que je fais est qu’ils (politiques et financiers) s’en foutent royalement des autres, tant qu’ils ne serrons pas deranger dans leurs confort egoiste. tant que les bagnoles ne cramerons pas en bas de chez eux... etc , rien ne changeras. aujourd’hui il faudrais un « mai 68 » puissance dix pour qu’enfin les voeux du peuple soient concidérer avec serieux. que les riches gagnent de l’oseil, no problemo, mais pas au detriment des gens.


              • ddacoudre ddacoudre 25 février 2010 18:48

                bonjour santi

                je ne pense pas que les gouvernant aient cette volonté. les bulles régulent l’espérance d’un gain toujours supérieur, je ne sais pas si mettre des paramètres, réglerait le problème,

                mais une pluralité d’organismes de cotation serait un moyen, au pire l’éclatement des bulles ils s’agit de mettre des gardes fous pour qu’ils s’éclate la bulles entre eux. cela nécessite de favoriser les capitaux propres, mais aussi de ne pas avoir recours a l’emprunt pour ajuster l’organisation socioéconomique, lorsque l’économie réelle ni parvient plus du fait de la circulation des masses monétaires.

                cordialement.


                • le naif le naif 25 février 2010 21:18

                  Dans les années folles, les riches allaient se ruiner au casino ou sur les champs de course, mais ils ont trouvé mieux la bourse où on peut gagner même quand on perd, le TOP !!!


                • FritzTheCat FritzTheCat 25 février 2010 23:30

                  Un mot sur Friedman : pour bien comprendre sa doctrine du désastre et et sa vision fondamentaliste du capitalisme, je vous conseille de lire « La Stratégie du Choc » de Naomi Klein.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès