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Accueil du site > Actualités > Economie > Une si opiniâtre constance...

Une si opiniâtre constance...

« Tandis que la France entre dans les dernières semaines de la campagne présidentielle, les candidats rivalisent de promesses qui feront du mal au commerce »,

C'est le « prestigieux journal britannique de référence » qui nous parle.

Une semaine après avoir fustigé la frivolité de la campagne électorale française, The Economist, constate, incrédule et courroucé, qu'aucun candidat n'ose dire aux français qu'il est plus que temps d'en finir avec la Sécurité Sociale, le salaire minimum, le droit du travail, les retraites par répartition, les 35h et les plantureuses allocations chômages, pour enfin se résigner à travailler comme des mules 60 heures par semaine ad vitam aeternam Oui not' Monsieur ! Oui not' bon maître ! pour surtout ne jamais finir de rembourser la Dette... Que son doux nom soit sanctifié !

Mortifié de constater, qu'à part l'éternel petit cercle des disciples (Nicolas Baveretz, Jacques Attali, Alain Minc, Serge July etc.) ce message de vérité avait été assez fraichement accueilli across the channel, le vénérable hebdomadaire remet le couvert :

« La France n'est plus seulement dans le déni, elle s'enfonce ! » nous dit-il, et, communiant avec les effrois bien compréhensibles de dame Parisot informe ses lecteurs que, derechef, 220 ans plus tard, la Terreur est à l'ordre du jour en France :

La Terreur ! Bigre !

Voilà ce qui arrive quand on ignore notre sainte mère l'Économie, elle se venge ! En effet :

« Non seulement les hommes politiques français donnent l’impression de haïr le commerce, mais ils semblent aussi n’avoir aucune idée de la manière dont il fonctionne. »

Le diagnostic n'est pas nouveau qui pointe encore une fois cette permanente incapacité française a comprendre les fondamentaux du message de la très sainte et très vénérable déesse Économie, tel qu'il fut délivré aux prophètes Adam Smith, Jeremy Bentham, Charles Dunoyer, Ludvig Von Mises, Friedrich Hayek, Milton Friedman ; et la vertu de ses enseignements appliqués par bienheureuse mère Magaret Tatcher, frère Reagan, Antony Blair et le vaillant général Pinochet.
Et voyez la perversité rebelle de ces détestables français qui non seulement méprisent le doux commerce, pourtant cher à Montesquieu, mais encore, dans un accès de fureur maniaque, en sont venus à le haïr !
Bastards !

Pourtant depuis trente cinq ans maintenant qu'on leur serine sur tous les tons qu'il va falloir faire des sacrifices, (Barre 1978) que les éditorialistes et les essayistes du cercle de la raison (Alain Minc 1981) multiplient les homélies ardentes en faveur de la mondialisation heureuse (Minc) et de la concurrence libre et non faussée, que tous nos frères prêcheurs de l'évangile libéral font les trois huit sur les antennes, infatigables, inoxydables, admirables dans la constance à arracher ces mécréants obstinés à leurs croyances barbares, on aurait pu penser que tous ces efforts d'une génération auraient réussi, du moins auprès de la jeunesse française, à inculquer les rudiments élémentaires de la vrai foi, mais non !

« ...ils semblent aussi n’avoir aucune idée de la manière dont il fonctionne. »

Rien n'y fait ! Et pourtant il avait fallu moins de temps que cela à Saint Martin pour convertir la Gaulle au christianisme ! A la moindre occasion, le français, comme le chien à son vomi, retourne à ses anciennes idoles : l'État Providence et ses sacro-saints Services Publics. Incorrigible, hérétique et relaps, il s'accroche à sa devise aussi stupide qu'archaïque : Liberté Égalité, Fraternité, alors que chacun sait bien, s'il a un minimum de culture économique et libérale, que l'Égalité est antagonique à la Liberté !

Le premier Baverez venu vous expliquera ça très bien, tout autant que l'admirable Ivan Rioufol, prêchant, solitaire et impavide, dans le désert français, de fières idées justes, du haut de son bloc-notes du Figaro.

Quant à la Fraternité... Je vous demande un peu...

God save our gratious Queen ! et Britania rule the waves ! Ça vous a quand-même une autre gueule, non ?

Le français renâcle, rechigne, bougonne, freine des quatre fers les nécessaires réformes, vote mal au référendum, continue à fomenter des grèves, et s'obstine, rétif, buté, imbécile, à ne toujours pas vouloir comprendre pourquoi il est juste, sain, et nécessaire que son pouvoir d'achat, ses retraites, ses services publics, son service de santé et ses conditions de travail ne cessent de se dégrader alors que le PIB du pays a quadruplé depuis 1981 :

http://france-inflation.com/evolution_pib_france.php.

Et la productivité horaire été multipliée par 2,5 :

http://www.cae.gouv.fr/IMG/pdf/048.pdf

Mais qu'est ce donc que ce  prestigieux journal britannique de référence dont 99% des français ignoraient l'existence jusqu'à la semaine dernière, et dont les avis se doivent d'êtres observés comme bulles papales sous le règne du bon roi Saint Louis ?

Voyons ce que nous en dit Wiki :

  • The Economist (en français : l'économiste) est un magazine hebdomadaire britannique publié à la fois sur papier et le Web. Il est l'un des hebdomadaires de référence à l'échelle mondiale ; reconnu pour la qualité de ses analyses, il couvre l'ensemble de l'actualité mondiale, en étudiant en particulier l'économie et les relations internationales. Journal d'information, il prend régulièrement parti sur les grandes questions d'actualité, défendant une vision libérale classique. Paru pour la première fois en septembre 1843 grâce au soutien de l'Anti-Corn Law League, il est désormais publié par The Economist Newspaper Limited (filiale de Pearson) à Londres.

  • Son fondateur, James Wilson, était un fabricant de chapeaux, qui croyait au libre-échange, à l'internationalisme et à un minimum d'intervention de l'État, sur les marchés en particulier. Il a créé le journal en 1843 pour faire campagne contre des lois protectionnistes (Corn Laws). Bien que celles-ci fussent abolies en 1846, le journal perdura, restant fidèle aux idées libérales de Wilson. The Economist affirme nettement son soutien au libre-échange et à des marchés libres.

Le journal s'engage régulièrement sur les grandes questions qui touchent le Monde, défendant « la vision libérale », son but étant de :

« soutenir, dans le combat féroce qu'elle a à livrer, l'intelligence débordante, face à une ignorance timorée et sans valeur qui est un obstacle à notre progrès »

Fermez le ban !

Et c'est donc devant cet hebdomadaire, bible internationale du libéralisme anglo-saxon, ce périodique de la Gentry faite journal, comme Jaurès qualifiait le journal français le Temps, ancêtre du Monde, que toute la « volaille qui fait l'opinion » (Alain Souchon) se prosterne et nous incite à faire de même, car :

« Beaucoup trouvent néanmoins cette campagne alarmante. Non seulement les hommes politiques français donnent l’impression de haïr le commerce, mais ils semblent aussi n’avoir aucune idée de la manière dont il fonctionne […] La politique française semble bloquée au siècle dernier. »

Le siècle dernier... Le vingtième donc... Ce siècle odieux où naquit et régna un temps le Welfare State, le National Health Service, le droit de grève et le suffrage universel.

La Route vers la servitude (Hayek) s'était ouverte, heureusement Maggie était venue...

Non ! Revenons plutôt aux temps heureux de Victoria et de l'Empire Britannique dominant un tiers du globe, et souvenons-nous d'un épisode glorieux de son histoire, généralement ignoré et curieusement peu mis en valeur par les thuriféraires du libéralisme sans rivage.

Once upon a time...

 

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Le poète vice-roi : Lord Lytton a Calcutta 1877

1876... Dans son palais de Calcutta, Edward Robert Bulwer-Lytton, Lord Lytton, opiomane distingué, mais, quoique probable plagiaire, poète favori de sa majesté la reine Victoria et, peut-être grâce à cette sympathie, vice-roi des Indes, est complètement absorbé par l'organisation du grand rassemblement impérial de Delhi qui doit marquer la proclamation de sa gracieuse majesté au titre d'Impératrice des Indes.

La cérémonie doit avoir lieu le 27 avril de cet an de grâce, et Lord Lytton entend lui donner la plus grande magnificence possible.

Si nous en croyons l'envoyé spécial du Times1 :

« … Le vice-roi semblait avoir transporté dans la réalité les contes des Mille et Une Nuits (…) Rien n'était trop somptueux, rien n'était trop coûteux »

Et un biographe de Lord Salisbury (secrétaire d'État aux affaires indiennes) devait ajouter :

« Lytton mit en place un spectacle qui répondait aux deux critères établis par Salisbury quelques mois auparavant : il devait être “suffisamment m'as-tu-vu pour impressionner les orientaux” (…) et constituer une grandiose cérémonie susceptible de “masquer la réalité nue de l'épée, sur laquelle repose en réalité notre pouvoir” »2

L'apogée de ces festivités comprenait les agapes d'une semaine au bénéfice de soixante-huit mille fonctionnaires, satrapes et maharadjahs : le banquet le plus gigantesque de l'histoire mondiale3.

Un journaliste anglais4 de ce temps estima que durant la semaine que dura ce banquet pantagruélique, cent-mille loyaux sujets de la reine désormais impératrice moururent de faim dans la seule région de Madras et de Mysore.

Car, depuis 18 mois, une terrible vague de sécheresse sévissait, dont nous savons aujourd'hui qu'elle résultait de ce que nous appelons maintenant le phénomène El Niño.

Littéralement le courant de l'enfant Jésus, car il apparaît aux environs de Noël.

Le terme désigne maintenant par extension le phénomène climatique particulier, différent du climat usuel, qui se caractérise par des températures anormalement élevées de l'eau dans la partie est de l'Océan Pacifique sud, représentant une extension vers le sud du courant chaud péruvien. Il a été relié à un cycle de variation de la pression atmosphérique globale entre l'est et l'ouest du Pacifique que l'on nomme l'oscillation australe et l'on unit souvent les deux sous le titre de ENSO (El Niño-Southern-Oscillation)

Par trois fois, 1876-1879, 1889-1891 et 1896-1900, El Niño, en empêchant les moussons de se produire, sera à l'origine de terrifiantes famines, tant dans l'empire des Indes, qu'en Chine et au Brésil, famines qui causeront, suivant les historiens entre trente et soixante millions de morts.

Au moment ou le délicat poète s'affaire à fêter dans la munificence l'apothéose de la souveraine, la famine est en route et un minimum de deux à trois millions de morts dans des souffrances atroces est déjà à déplorer.

Et alors, me direz-vous ? Quel rapport avec notre « prestigieux journal britannique de référence » ?

Sécheresse, dérèglement climatique, misère endémique d'un sous-continent auquel l'impérialisme britannique apporte, vaille que vaille, la civilisation ― L'essor des chemins de fer, par exemple, durant cette même période est impressionnant.― voilà les causes manifestes de cette catastrophe humanitaire, comme il se dit de nos jours ; l'homme ne maitrise pas le climat, n'est-ce-pas ? Et donc, bien triste affaire mais qui pouvons-nous ?

C'est du moins le discours automatique que les zélotes bien pensants du libre marché ne manquèrent pas de prononcer devant la commission d'enquête parlementaire de 1880.

Discours qui fut très bien reçu par les députés, lesquels partageaient tous la même aveugle foi dans la seule vraie et féroce divinité que vénérèrent jamais les élites britanniques depuis 1776 : La Main Invisible.

Car lord Lytton est un fidèle entre les fidèles de l'évangile selon Adam Smith.

Celui-ci, un siècle plus tôt avait affirmé à propos de la terrible famine bengali de 1770 que :

« La famine n'est jamais due à une autre cause qu'à la violence du gouvernement quand il essaie de remédier par des moyens impropres aux inconvénients d'une disette. »5

Par conséquent, le vice-roi, explique sentencieusement à Salisbury que la hausse des prix en stimulant les importations et en limitant la consommation était « le moyen le plus naturel de remédier à la crise. »

Adepte quasi religieux du laisser-faire, il donne des ordres stricts à « caractère quasi théologique » nous dit Salisbury, aux fins « d'empêcher toute interférence que ce soit, de la part du gouvernement, ayant pour objet de faire baisser les prix des produits alimentaires » et dans ses lettres envoyées à Londres il dénonce véhémentement les « hystériques de l'humanitarisme » .

« Que les citoyens britanniques paient eux-même la facture de leur sentimentalisme bon marché s'ils veulent sauver des vies à un prix qui mettrait l'Inde en banqueroute. »

Et de fait, les négociants en céréales ne se font pas prier, qui, en 1877-78, en pleine famine, alors que les prix battent tous les records, exportent vers l'Europe, le chiffre record de 300 000 tonnes de blé plutôt que de le réserver au marché local, lequel s'était effondré, puisque, bien entendu, les indiens misérables ne pouvaient plus payer les sommes, pour eux astronomiques, nécessaires à leur alimentation.

Cette hausse vertigineuse des prix, n'était d'ailleurs pas sans rapport avec la modernisation coloniale, en particulier ces chemins de fer dont le pouvoir britannique multiplie les lignes avec tant de fierté :

« La hausse des prix était si incroyable, et les stocks disponibles si maigres au regard des exigences patentes, que les marchands et les négociants, espérant accumuler des bénéfices prodigieux, paraissaient bien décidés à conserver leurs stocks pendant une durée indéterminée... L'administration se rendait bien compte que la possibilité de transporter les céréales par chemin de fer faisait rapidement augmenter les prix un peu partout, le négociant ne craignant point de stocker, certain de pouvoir s'en défaire rapidement à tout instant si le prix proposé lui agréait. »6

Ainsi, comme l'avait été l'Irlande trente ans plus tôt, comme le sera le Chili cent ans plus tard, l'Inde, par décret officiel, devint le laboratoire du libéralisme le plus dogmatique.

Et Lytton insiste, persiste et signe, face au conseil législatif, en bon disciple de Malthus, il déclare :

« La population indienne avait tendance à s'accroître plus rapidement que la quantité de nourriture qu'elle pouvait tirer de son sol. Par conséquent, si le gouvernement consacrait une fraction plus importante de ses revenus à combattre la famine, ce serait une proportion encore plus importante de la population qui tomberait dans la misère »

CQFD...

De toutes façons, Malthus l'avait déjà dit :

« Un homme qui naît dans un monde déjà occupé, si sa famille n'a pas le moyen de le nourrir, ou si la société n'a pas besoin de son travail, cet homme, dis-je, n'a pas le moindre droit à réclamer une portion quelconque de nourriture : il est réellement de trop sur la terre.

Au grand banquet de la nature il n'y a point de couvert mis pour lui. La nature lui commande de s'en aller, et ne tardera pas à mettre elle-même cet ordre à exécution. »

« Les lois sur les pauvres créent les pauvres qu'elles assistent ! » poursuit Malthus dont la virile et noire pensée sera reprise en écho avec force 200 ans plus tard par tous ces économistes, soi-disant nouveaux, qui se mirent à pulluler dans les années 70/80, les Gilder, Mundell, Laffer, ces supply siders7 tous prix « Nobel » comme il se doit, et qui enthousiasmèrent Ronald Reagan, ce grand scientifique...

« L’aide aux pauvres, aux divorcés, aux déviants, aux prodigues ne peut que les inciter à se multiplier et constitue ainsi une menace d’éclatement pour la société. La sécurité sociale érode maintenant le travail et la famille et maintient ainsi les pauvres dans la pauvreté. »8 

Comme l'on voit, Laurent Wauquiez n'a rien inventé. Cette remarque n'étonnera personne...

Les biographies les plus récentes de Lord Salisbury laissent entendre qu'il était secrètement tourmenté par ses calculs malthusiens. Dix ans plus tôt, il avait déjà suivi ces préceptes lors d'une précédente famine limitée à la province d'Orissa :

« Je n'ai rien fait pendant deux mois » confessa-t-il ultérieurement « Et avant même la fin de cette période, la mousson avait rendu les ports de l'Orissa impraticables, empêchant l'acheminement des secours et l'on estime à un million de morts le nombre des victimes. Le gouvernement de l'Inde et du Bengale n'avaient pris absolument aucune mesure de sauvegarde (…) Mon sentiment constant est que je ne suis pas entièrement sans reproche dans cette affaire »

Reste que, quels que fussent ses doutes intimes, Salisbury avait nommé Lytton, ce fanatique du laisser faire et quand ses propres conseillers protestèrent contre un moratoire des taxes sur le coton pour lutter contre la famine, Salisbury s'insurgera véhémentement contre cette mesure sociale la dénonçant comme :

« … un parfait exemple de communisme international, l'idée aberrante d'une Grande Bretagne prospère consentant à pénaliser son propre commerce pour l'amour d'une Inde misérable ! »

En voilà un, en tous cas, que The Economist, ne risquait pas d'accuser de haïr le commerce...

D'autre part Salisbury était terrifié à l'idée qu'établir une aide quelconque pourrait constituer un précédent et amener à la revendication d'une aide sociale permanente aux misérables de l'Inde :

« Il n'y a qu'une faible distance entre la doctrine selon laquelle en période de famine, les pauvres ont droit d'exiger des secours, (…) et celle selon laquelle ils y auraient droit de façon permanente, ce qui justifierait, dés lors, la mise en place d'un système d'assistance généralisé, perspective que nous ne saurions envisager sans de sérieuses appréhensions... »

Dés lors, la Science économique légitime l'éternelle morale de Monsieur Prudhomme et commande, il y a cent cinquante ans comme aujourd'hui, d'être intraitable avec ces gens-là.

En effet :

« Le premier principe est que pour s’en sortir les pauvres ne doivent pas seulement travailler, mais ils doivent travailler plus dur que ceux qui appartiennent aux classes supérieures. Toutes les générations précédentes ont fait de tels efforts. Mais les pauvres d’aujourd’hui, Blancs encore plus que Noirs, refusent de travailler. »9

Et

« Le devoir d'un économiste est d'informer que le droit à la vie ne peut toujours être assuré pour des raisons de coût. »10

Nous voilà prévenus...

Alors, dociles, obéissant aux ordres de « la Nature » et de la Théorie, les indiens moururent par dizaines de millions.

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Une famille dans le Dekkan 1877

Dans la ville de Madras, débordée par par cent-mille réfugiés de la sécheresse, les paysans affamés tombaient morts au pieds des soldats chargés de monter la garde devant des pyramides de riz importé, et il ne se passait pas une journée sans qu'on voie des mères offrant leurs enfants à la vente en pleine rue.11 Pleine de sollicitude la chambre de commerce de Madras suggéra que des policiers armés de fouets fussent postés le long de la plage afin de dissuader les voleurs éventuels de céréales.

A l'approche de l'été, alors que la famine atteignait son apogée, seule la terreur pouvait désormais maintenir l'ordre social. Ainsi, quand des femmes désespérées, accompagnées de leurs enfants, tentèrent de voler un peu de nourriture dans les jardins et les champs, « on les marqua au fer rouge, on les tortura, on leur coupa le nez, et parfois même on les tua. ».12

Tandis qu'une réunion tendue à Madras oppose Lytton et ses principes et le philanthropique duc de Buckingham qui s'indigne des mesures d'austérité que le vice roi impose, réunion obligeant Buckingham à réaffirmer sa parfaite allégeance aux principes cardinaux de la politique de Londres, à savoir « auto-suffisance du commerce privé » et « impérieuse nécessité de ne pas interférer avec le dit commerce, les rapports des missionnaires continuent à décrire des scènes effroyables :

« On a pu voir transporter le cadavre d'une femme suspendue à une perche, comme un animal, le visage à moitié dévoré par les chiens. D'ailleurs les seuls spécimens bien nourris de la population sont les chiens errants, gras comme des moutons et qui se gavent de cadavres d'enfants. »

Bien entendu les autorités ne souhaitaient pas que ces récits d'horreur fussent connus en métropole et maquillaient les statistiques en attribuant le plus grand nombre des victimes au choléra et à la dysenterie.

Sans dire, évidemment, que de ce choléra, l'administration en était en grande partie responsable, Lytton, dans un des ses décrets d'austérité, ayant drastiquement réduit le budget consacré à l'entretien et à la réparation des réservoirs d'eau locaux. Une fois les réserves d'eau asséchées ou contaminées par des déchets organiques, le choléra faucha des centaines de milliers de paysans dénutris et réduits à l'état de squelettes..

Pendant ce temps-là, Florence Nightingale, cette pionnière des soins infirmiers modernes et quelques uns de ses amis progressistes, inondaient le courrier des lecteurs du Times de protestations indignées.

Lytton implorait le commissariat aux affaires indiennes de « tenir tête à ces hystériques ! »

Contraint, malgré tout, de sembler donner un minimum de satisfaction aux protestations humanitaires de l'opinion publique londonienne, la commission de régence britannique dut admettre qu'un quart de la population de Mysore avait d'ores et déjà succombé à la famine, car le commissaire en chef « craignant de gaspiller les excédents de l'État » s'était refusé à engager la moindre dépense visant à venir en aide aux affamés. Face au scandale que cette nouvelle déclencha, il transforma alors les opérations de secours en régime sadique de punition des victimes :

« Quand le vice-roi lui demanda de développer un plan de lutte contre la famine, il lança toute une série de projets d'irrigation et de travaux publics, généralement si éloignés des zones sinistrées, que les victimes squelettiques devaient marcher sous le soleil des centaines de kilomètres pour y participer et toucher la maigre aumône qu'il leur était dispensée » 13La plupart moururent en route.

Les malheureux qui parvinrent malgré tout, après un affreux calvaire, à rejoindre ces camps de travail, constatèrent qu'il s'agissait de mouroirs fétides et ravagés par la maladie, où la majorité des réfugiés ne tardaient pas à succomber. Quand-même auraient-ils pu travailler que la ration alimentaire dont ils auraient été gratifiés, ne leur aurait procuré que quelques jours supplémentaires de survie : en effet, soigneusement calculée par le délégué à la famine Sir Richard Temple dont nous reparlerons plus loin, celle-ci, le salaire de Temple, était inférieure à celle que recevront 70 ans plus tard les détenus du camp de concentration nazi de Büchenwald.

(1627 calories/jour pour 1750)

La ration recommandée en 1981 pour les travailleurs de force en Inde était de 3900 calories.

« Les morts et les mourants gisaient de toutes parts, les victimes du choléra errant au milieu des personnes saines... Le site tout entier semblait n'appartenir qu'à eux. En quelques minutes je pus identifier cinq cadavres ; l'un d'eux était celui d'un nourrisson que sa mère agonisante étreignait avec force ignorant qu'il était déjà mort ; les malades du choléra gisaient à même le sol sans que personne ne leur prête attention ; spectacle pathétique, on voyait de malheureux enfants implorer un peu d'eau à quelques pas des cuisiniers qui ne prenaient même pas la peine d'humecter les lèvres de ces pauvres choses agonisantes (...)14

On croirait lire la description du camp de Bergen-Belsen ― Celui où l'on voit des montagnes de cadavres repoussées par des bulldozers dans Nuit et Brouillard... ― tel que les troupes libératrices anglaises le découvrirent le 15 avril 1945.

Gageons qu'il y eut, parmi les officiers supérieurs ou généraux britanniques d'un certain âge, certains, qui, d'avoir débuté leur carrière dans l'Empire, ne furent pas trop dépaysés. Et on comprend mieux, sans pour autant l'excuser, bien sûr, l'arrogante morgue d'Herman Goering, face aux accusateurs britanniques du procès de Nuremberg.

« Ils disent que je suis un assassin... Mais comment appelle-t-on les assassins qui traitent les autres d'assassins ? » interroge à voix haute le colonel Kurtz, héros barbare du chez-d'œuvre de F. F Coppola...

Bonne question, en effet...

Les fortes pluies de septembre et d'octobre finirent par vaincre la sécheresse dans le sud de l'Inde, mais au prix d'une terrible épidémie de paludisme à laquelle succombèrent des centaines de milliers de paysans. La science moderne a pu démontrer que l'extrême sècheresse, en exterminant leurs prédateurs, favorise l'explosion de la population des moustiques dès le retour de la Mousson :

« Trois femmes avaient épousé trois frère, et toutes vivaient avec leur famille dans une vaste demeure, selon les mœurs patriarcales hindoues. Au total, le premier janvier 1878, ce foyer comptait 48 personnes. Privés de récolte, sans argent, sans la moindre possibilité de crédit, il essayèrent de vivre de graines et de feuilles. Il ne tardèrent pas, affaiblis comme ils l'étaient, à être attaqués par le choléra qui faucha trente d'entre eux. Quinze autres membres succombèrent à ce que l'un d'entre eux décrit comme une fièvre froide, certainement le paludisme, et, en avril, il n' y avait plus que trois survivants. »15

Néanmoins, formellement, la sécheresse était terminée.

C'est donc le moment que choisirent les autorités coloniales pour porter le coup de grâce.

En effet, quoiqu'il en fut de cette situation tragique, elle ne devait quand-même pas dispenser ces gueux de payer des impôts !

« Il ne saurait y avoir de discussion sur le principe suprême selon lequel l'Inde se doit d'être gouvernée comme une réserve fiscale, et pas comme une entreprise de charité. »16

Bien que certains critiques progressistes eussent averti l'opinion britannique que :

« Des millions d'êtres humains vont mourir au nom des soi-disant “axiomes de l'économie politique” »

comme le fit James Wilson, éditeur de l'Indian Daily News en octobre 1877, il n'y eut pas grand monde pour s'alarmer de la décision, inhumaine, de priver les misérables de leurs ultimes ressources.

La campagne de recouvrement des arriérés d'impôts non collectés pendant la sécheresse, débuta au printemps 1878 et fut mené manu militari avec toute la brutalité souhaitable sous le commandement de sir Richard Temple, dont le zèle à pressurer les autochtones ne faiblissait pas depuis qu'il avait hérité de sa charge.

Comme le souligne l'économiste indien D. Rajasekhar, pour payer ces arriérés, les ryot durent, après le bétail qu'ils ne pouvaient plus nourrir, puis leurs outils, vendre leurs terres aux enchères, ce qui enrichit de façon inespérée les gros paysans locaux et les prêteurs sur gages.

La liberté du commerce ne devait pas connaître la moindre entrave... Dura Lex...

Privés de bétail, de terres et d'instruments aratoires, les paysans se vendent comme animaux de trait :

« Je donnerai l'exemple du district de Bellary, où les marchands font transporter sur des chariots tirés par des hommes les céréales qu'ils vendent aux marchés éloignés. La valeur du travail de ces bêtes de trait à figure humaine est si faible qu'il coûte moins cher d'employer une demi-douzaine d'hommes à déplacer une charge de riz que de louer une paire de bœufs. » 17

Lord Lytton, que les indiens des générations futures appelleront le Néron des Indes18, tout à ses rêves de gloire, était obnubilé par la logistique d'une expédition en Afghanistan, et, de ce fait, avait grand besoin d'argent frais. Il ne se laissa donc pas émouvoir par les rapports de désolation que lui envoyaient ses fonctionnaires, et leur ordonna, au contraire de :

« faire tout ce qui était en leur pouvoir pour décourager les opérations de secours (…) La simple détresse n'est pas une raison pour lancer des opérations de secours ! »

Il s'agissait d'obliger les paysans à livrer leur pécule aux autorités et pas le contraire. Quand ces derniers, affamés, tentèrent de résister, on remplit les prisons. Lytton, et Temple, son âme damnée, ne rencontrèrent guère de résistance ailleurs que dans les colonnes de la presse progressiste.

L'inde des « victimes dociles » qu'ils gouvernaient était encore traumatisée par le déchaînement de terreur coloniale qui avait suivi la Révolte des Cipayes, cette grande mutinerie 20 ans auparavant.

Toute velléité de protestation violente était muselée par les souvenirs des corps des Cipayes attachés aux bouches des canons et des forêts entières de paysans balançant au bout d'une corde...

« .... Toutes les personnes se trouvant à l'intérieur des murs de la ville de Delhi lorsque nos troupes entrèrent furent exécutés sur le champ et ce nombre fut considérable, comme vous pouvez le supposer, lorsque je vous dis que dans certaines maisons se cachaient 40 ou 50 personnes.

Il ne s'agissait pas de mutins mais d'habitants de la ville qui croyaient notre sens bien connu du pardon.

Je suis fier de vous dire qu'ils ont été déçus. »19

Le poète anglais Martin Tupper avait joué un rôle majeur dans les réactions de l'opinion publique.

Ses poèmes, remplis d'appels à la destruction de Delhi et à l'érection de "bosquets de gibets" sont éloquents :

"Angleterre, venge maintenant leurs torts par une vengeance totale et terrible / Retire ce cancer par l'épée et détruis-le par le feu / Détruis ces régions traîtresses, pends tous les parias traqués, / Et chasse-les jusqu'à la mort dans toutes les collines et les villes alentour".

Amaresh Mishra, une journaliste et historienne indienne, en étudiant les rapports sur la main d'œuvre, a estimé que ce génocide, lors de la répression après la révolte, avait coûté la vie à environ 10 millions d'indiens.20

D'autres historiens ont contesté sa méthodologie, mais le million, du moins, est certain.

Que voulez-vous ? La liberté du commerce a un prix...

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Exécutions au canon, peinture de Vassili Verechtchaguine (1884)

Il restait encore aux derniers survivants à subir une ultime épreuve.

Ceux qui avaient, malgré tout, pu conserver leur terre, privés d'outils et de bêtes de trait, en furent réduits à labourer la dure terre du Dekkan avec des branches d'arbre, à s'attacher eux-mêmes à cette « charrue » de fortune, ou a y harnacher leurs épouses. La plupart des semences distribuées par les organismes de secours étaient de mauvaise qualité, et les rares pousses qui parvinrent à émerger du sol furent promptement dévorées par des nuées de sauterelles, qui, comme dans la Bible, firent cortège à la sècheresse.

« C'est toute la terre ferme » écrit un missionnaire américain « qui semblait se mouvoir, tant ces insectes étaient nombreux ; après leur passage, on aurait dit qu'un terrible incendie venait de ravager champs et parcelles. »21

Les estimations les plus basses de cet effroyable carnage ne vont pas en dessous des 6 millions de morts.

6 millions... Un nombre pourtant fétiche dans notre Occident tout confit dans sa très sélective repentance...

Et pourtant je pense pouvoir affirmer sans grand risque d'être démenti, que, pour la quasi totalité d'entre vous, c'est la première fois que vous entendez parler de cette terrifiante hécatombe.

Laquelle ne peut, bien sûr, au sens de Nuremberg, être qualifié de génocide, l'intention criminelle étant douteuse, et la population exterminée aucunement ciblée, la Main Invisible, comme l'homme du même nom, étant corrélativement aveugle, mais du moins rappelé au souvenir de chacun pour ce qu'il fut : un effroyable crime contre l'Humanité. Comme l'histoire du colonialisme en connait des centaines...

Devoir de mémoire qu'ils disent...

Mais les six millions ne sont qu'un minimum estimé, 8 à 10 millions sont beaucoup plus probables...

Le journal britannique The Lancet du 16 mai 1901, avançant même le nombre effarant de 19 millions de morts...

En tous cas, comme le disait Florence Nightingale :

« Plus on en apprend sur cette famine et plus on a l'impression que le Monde n'a jamais connu une quantité aussi atroce de destruction et de souffrances humaines. »

Patience, Florence, on réussira à faire pire.

Et notre « prestigieux journal britannique de référence » dans tout ça ?

Encore un instant de persévérance.

Comme nous l'avons vu, le fidèle second du vice-roi dans sa sinistre besogne, fut son délégué à la famine : Sir Richard Temple. Lytton n'aurait pas pu mieux choisir. En effet, en 1873-1874, Temple, animé de sentiments philanthropiques, avait vigoureusement combattu les effets d'une sècheresse qui avait fortement endommagé les récoltes dans une bonne partie du Bengale et du Bihar. En important un demi-million de tonnes de riz de Birmanie, Temple avait fourni une aide massive, tant sous la forme d'une assistance directe qu'à travers une manière d'indemnité de chômage, évitant ainsi une hécatombe.

Comme le dit Mike Davis :

« Ce fut là le seul véritable effort britannique de lutte contre la famine de tout le 19ème siècle, et son sucés aurait du être célébré comme un exemple de ce qu'il fallait faire en vue de prévenir de futures catastrophes. »

Et de fait... Le bilan des victimes dans la zone qu'administrait Temple ne s'éleva qu'à … Vingt-six morts !

D'où il se vérifie, mais qui en doute vraiment à part les zélotes hallucinés du laisser faire, que face aux catastrophes, la main invisible le demeure et gagne grandement à être supplantée par une une autre, peut-être plus hasardeuse, mais en tous cas bien visible, elle...

Son sucés aurait du être célébré, mais ce ne fut pas le cas, bien au contraire...

A peine rentré à Londres, Temple subit une attaque en règle de l'administration coloniale, attaque synthétisée dans un éditorial au vitriol d'un grand hebdomadaire réputé et très influent.

Il lui fut reproché d'avoir :

« ... commis l'extravagance de permettre que l'échelle des salaires payés dans le cadre des opérations de secours soit déterminé par les besoins quotidiens en nourriture des travailleurs en regard des prix des victuailles sur le Marché, plutôt que par le volume global des dépenses admissibles en fonction des priorités budgétaires du gouvernement. »

Et oui... Du fond de son 19ème siècle obscur, Temple n'avait pas lu Debreu, il ne savait donc pas que :

« Le devoir d'un économiste est d'informer que le droit à la vie ne peut toujours être assuré pour des raisons de coût. » Funeste ignorance...

L'éditorialiste poursuivait en le fustigeant :

« … d'avoir encouragé l'indolence des indiens en leur laissant croire que le devoir du gouvernement était de les maintenir en vie..22. » Faut-il être bête ! Et, se faisant l'écho des propos privés de plusieurs hauts fonctionnaires, dont Lord Salisbury, il estimait que :

« C'était commettre une erreur insigne que de dépenser autant d'argent pour sauver une masse indistincte d'individus à la peau sombre... » Et concluait en dénonçant :

« Toute cette opération est un parfait exemple de pur fouriérisme ! »

Ainsi crucifié, Richard Temple vit sa carrière sur le point d'être ruinée.

En 1877, tout heureux qu'on lui ait redonné sa chance, notre vice-gouverneur avait bien compris la leçon :

« … brûlant du désir de rétablir sa réputation après ses extravagances de la précédente famine »,

il était devenu l'instrument implacable de la politique d'austérité de Lord Lytton.

Le vice-roi, d'ailleurs, se vantait auprès de l'Indian Office, qu'il n'aurait pas pu trouver :

« … un homme plus apte à économiser notre argent en matière de gestion de la famine, ni plus disposé à le faire ; »

Et c'est donc ce même Richard Temple qui, trois ans plus tôt, pendant la famine du Bengale, avait fixé la ration minimale à une livre et demi de riz accompagné de légumineuses riches en protéine (dal) de viande ou de poisson, repoussait désormais publiquement les protestations des autorités médicales, lesquelles, selon lui « faisaient preuve d'irresponsabilité » en donnant à la santé publique la priorité sur les finances.

Anticipant en cela sur les « recherches » nazis autour de la ration minimale de survie dans les camps de concentration ce fut lui qui réduisit de moitié celle réservée aux coolies de sexe masculin qu'il compara quand ils protestèrent à « une bande d'écoliers désobéissants ».

Prenant connaissance de cette décision, un responsable de district suggéra :

« Il vaudrait mieux fusiller ces pauvres diables plutôt que de prolonger leurs souffrance de cette façon »

Pis même, pour complaire aux marchands de céréales, qui s'offusquaient, au printemps 1877, des initiatives d'organisation humanitaires qui prétendaient importer, à leurs frais, du blé et du riz, et par là-même menaçaient de faire baisser les cours, il imposa un décret, le Anti-Charitable Contributions Act menaçant de peines de prison « quiconque prendrait l'initiative de donations privées susceptibles d'interférer avec le mécanisme de fixation du prix des céréales par le Marché. »

Finalement, quand on y regarde de près, la Main n'est pas si invisible que ça...

Comme quoi, il n'y a pas que les éditoriaux de la Pravda sous Staline ou du Rénmín Ribao à l'ombre tutélaire du président Mao, pour provoquer chez des élites égarées, des examens de conscience salutaires qui les remettent sur le droit chemin de la vrai foi et de la vertu retrouvée...

Mais quel était donc ce journal capable de provoquer de si saisissantes conversions ?

Vous l'avez deviné, bien sûr,...

The Economist, pardi ! Who else ?

C'est beau une si opiniâtre constance dans ses convictions... Vous ne trouvez pas ?

Ce billet doit tout au livre terrible et superbe de l'historien américain Mike Davis : Génocides tropicaux ; Éditions La Découverte Paris 2003, abondamment cité dans les notes, et dont on ne peut que conseiller la lecture à tous ceux qui ne craignent pas de regarder en face l'effroyable férocité des mielleux et hypocrites apôtres du doux commerce...

Et permet de ne plus être surpris de voir les héritiers spirituels d'un si implacable cynisme garder, devant les calvaires, pour l'instant il est vrai, bien moins atroces que celui-ci, qu'ils imposent aux peuples par la dette asservis, une si parfaite impavidité de statue. A partir de prémisses conceptuelles comme :

« Si la société n'a pas besoin de son travail, cet homme, dis-je, n'a pas le moindre droit à réclamer une portion quelconque de nourriture : il est réellement de trop sur la terre. »

Il n'est guère surprenant de ne pas être affecté par ce retraité grec aux abois qui vient de se suicider d'une balle dans la tête, devant le Parlement à Athènes.

Cet inutile répondait simplement à l'implacable appel de la Nature selon saint Malthus ! Pas de quoi s'émouvoir...

 

1The Times 9 janvier 1877. in Mike Davis Génocides tropicaux ; Editions La Découverte Paris 2003.

2 Andrews roberts ; Salisbury Victorian Titan ;Londres 1999 ; cité par Mike Davis op cité.

3The Times 9 janvier 1877.

4 William Digby ; The famine campaign in southern India : 1876-1878 Londres 1900 ; cité par Mike Davis op cité.

5 Adam Smith ; La richesse des nations. Tome 1 ; Garnier-Flamarion 1999.

6 Mike Davis op cité.

7 Économistes de l'offre.

8 Richesse et Pauvreté Georges Gilder (1981)

9 ibid

10 Gérard Debreu (1921/2004) Il est considéré, avec son ex-condisciple au CNRS Maurice Allais, comme l'un des plus grands économistes français. Sa contribution à la théorie de l'équilibre général fut décisive et fait autorité ; elle lui a valu un des premiers prix «  Nobel » d'économie.

11 William Digby ; The famine campaign in southern India : 1876-1878 Londres 1900 ; cité par Mike Davis op cité.

12 Description de la situation dans la vallée du Cariri par le père Cicero Romăo Baptista. In Mike Davis op cité.

13 Ira Klein ; When the rains failed : famine, relief and mortality in British India » 1984. in Mike Davis op cité.

14 Charles Elliot ; Report of the History of the Mysore famine of 1876-1878. in Mike Davis op cité.

15William Digby . Op cité.

16 Goverrnment of India ; Report of the indian famine commission ; 1878. ; Londres 1880 in Mike Davis op cité.

17 The Times. 9 juillet 1878.

18 R. Neelankanteswara ; Famine and relief administration : A case study of Coastal Andra.New Delhi 1997.

19 Lettre publiée après la chute de Delhi dans le Bombay Telegraph et reproduite dans la presse britannique (1859)

20 Ramesh, Randeep : India's secret history : 'A holocaust, one where millions disappeared...' [archive], The Guardian (2007 08 24).

21 William Digby . Op cité.

22 The Economist ; Juillet 1874.


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16 réactions à cet article    


  • Nanar M Nanar M 14 avril 2012 09:31

    Purée ces anglais !
    Pas étonnant qu’on leur ai fait la guerre pendant 100 ans !


    • SAAUDS D ANGLAIS DIRAIT UN QUEBECQUOIS ils ne méritent pas la corde pour les « pendre »


        • SAROZY NOTRE PRESIDENT-BOUFFON VEUT AUSSI PUNIR LES PAUVRES..

          Ce parano veut baisser l APL DE 30%.....SES AMIS RICHES AVOCATS D AFFAIRES OU FISCALISTES GERANTS DE SCI ET DONATEURS A L UMP...sans vergogne louent 1100 euros un t2 coupé en deux par un rideau..

          l APL METTAIT LE LOYER A SON VRAI PRIX -40%

          ses amis de l’immobilier parisien sont gagnants sur tous les plans...aides a la location...loyers trop chers...surtout dans des immeubles insalubres..
          quand le FG/PCF ont décidé de donner 200 euros pour les mères seules élevant des enfants....touchant moins de 1600 euros pour un travail partiel non voulu ... NOTRE GRAND STRATEGE DE LA MAGOUILLE VOULAIT BAISSER L ’APL DE 30%

          PAYE T IL UN LOYER A L ELYSEE CE DEBILE.. ?...NON

          LUI (revient en salaire a 1 :/2 million/an) ET SES MINISTRES (35) SENATEURS DEPUTES (1000) REVIENNENT A 17 MILLIONS D’EUROS AN
          ET SONT INEFFICACES.........
          le train de vie de l’élysée est trois foissuperieur a celui de la chancellerie allemande..


          • subliminette subliminette 14 avril 2012 11:32

            Excellent réquisitoire.
            De plus votre style est un régal.

            Je me demande bien pourquoi on parle de droite « décomplexée » ?
            J’aimerais bien savoir à quoi ressemble un libéral complexé... si ça existe. Ce dont je doute.

            Je vais m’abonner à The Economist. Ca a l’air très rigolo, l’humour anglais !


            • mike gallantsay 14 avril 2012 20:29

              Merci.

              Je pense que c’est la Gauche, la vraie, qui devrait se décomplexer, tétanisée qu’elle est par le rappel incessant des crimes des régimes qui avaient usurpé le nom de communiste.
              Recevoir des leçons de morale démocratique des afficionados de Maggie est quand même un peu dur à avaler...
              Pas eux ou pas ça ! Non ?

              « Je vais m’abonner à The Economist. » 
              Et bien, je vous souhaite, comme disait De Gaulle « bien du plaisir ! »
              Personnellement question humour de presse j’en resterai à Siné Hebdo...

              Cordialement.


            • Pierre-Marie Baty Pierre-Marie Baty 14 avril 2012 17:48

              Bonjour,

              Merci pour cette édifiante leçon d’histoire.

              A noter que l’idéologie inverse peut aussi produire des résultats identiques. En 1932 en Ukraine, les paysans refusèrent la collectivisation et la ponction de leurs récoltes et de leurs troupeaux pour nourrir les régions défaillantes de l’Union soviétique, et pour bien manifester que ces récoltes et ce bétail étaient à eux et insaisissables, ils le détruisirent sur place. Mais à cabochard, cabochard et demi et Staline, suffoqué par leur réaction, les contraignit à verser quand même la part due à la collectivité, ce qui fait que ces paysans se retrouvèrent avec moins que le nécessaire, et il en résulta la plus grande famine d’Europe de l’Est depuis des générations, qui ne fut volontairement pas secourue.

              http://fr.wikipedia.org/wiki/Holodomor

               


              • mike gallantsay 14 avril 2012 20:20

                C’est vrai. Et vous auriez pu ajouter la grande famine chinoise provoquée par la politique insensée du Grand Bond en Avant de Mao.

                Reste que les crimes du communisme, maintenant démesurément gonflés, nous sont répétés tous les jours ad nauseum. De surcroit présentés comme inouïs, incroyables, indépassables, jamais vus, balayant ainsi sous le tapis les dizaines de millions de morts, les tortures et les crimes du Capital et du colonialisme.

                Je ne veux pas dire que les uns excusent les autres, simplement essayer de soigner quelque peu cette fâcheuse hémiplégie de la mémoire occidentale.

                D’autant que le communisme, enfin ce qui se faisait appeler ainsi, a disparu depuis plus de 20 ans, mais que le règne du Capital, lui, est toujours là, plus arrogant et plus puissant que jamais.


              • Pierre-Marie Baty Pierre-Marie Baty 14 avril 2012 21:37

                Je vous suis à 100%. Mais ne vous en faites pas : comme le disait Planck, Wahrheit triumphiert nie ihre gegner sterben nur aus.

                Je pense que les Etats-Unis vont s’effondrer sur le même schéma que l’Union Soviétique. La création d’argent virtuel est en train de les tuer en ce qu’elle est en train de miner la confiance dans les échanges, qui n’est déjà plus bien haute ; certaines régions comme le Texas envisagent déjà à demi-mot la sécession. Ainsi, le capitalisme aura donné raison à Lénine, qui prophétisait qu’il vendrait bientôt la corde pour le pendre.

                On relira bientôt l’Histoire comparée de l’expérience soviétique et celle des Etats-Unis de façon beaucoup moins malhonnête que la manière dont elle est enseignée actuellement, j’en suis persuadé.


              • mike gallantsay 14 avril 2012 22:54

                « Wahrheit triumphiert nie ihre gegner sterben nur aus. »

                Mais encore ?
                Ich spreche deutsch nicht ; verzweifelt !

                Sinon, vos anticipations sur l’effondrement de l’Impérialisme américain sont effectivement très pertinente. Y compris l’hypothèse du future nouvelle guerre de sécession.
                Hypothèse absurde il y a encore 20 ans, mais aujourd’hui...


              • Pierre-Marie Baty Pierre-Marie Baty 14 avril 2012 23:29

                Pardon, il est vrai que pour me faire comprendre je devrais me dispenser de faire de la coquetterie ! Quel affreux prétentieux.

                « La vérité ne triomphe jamais [ = n’a jamais besoin de triompher, NDT ], ce sont ses adversaires qui s’effondrent. »

                 


                • mike gallantsay 15 avril 2012 00:45

                  Je n’ai pas voulu dire ça...

                  Merci de la traduction. Je la connaissais en français, mais j’ignorais qu’elle vint de Plank.


                • Pierre-Marie Baty Pierre-Marie Baty 15 avril 2012 12:10

                  Je sais bien que vous n’avez pas voulu dire ça. C’est moi qui le dis smiley


                • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 15 avril 2012 13:18

                  Die Wahrheit triumphiert nie, ihre Gegner sterben nur aus.


                  Remarquable article.

                  • JL JL1 15 avril 2012 16:32

                    Bonjour Mike Gallantsay,

                    super article dont la première partie est un régal qui se lit avec aisance ... et dont la seconde est un douloureux réquisitoire contre le colonialisme britannique.

                    Vous écrivez : « Ce billet doit tout au livre terrible et superbe de l’historien américain Mike Davis : Génocides tropicaux » . A ce sujet, permettez moi de vous conseiller la lecture des « Romans maritimes et exotiques » de Jack London, un recueil de nouvelles et romans publiés Aux éditions Robert Laffont en 1995 où l’on retrouve la confirmation de la cruauté britannique évoquée ici.

                    Vous avez cité le « Anti-Charitable Contributions Act menaçant de peines de prison « quiconque prendrait l’initiative de donations privées susceptibles d’interférer avec le mécanisme de fixation du prix des céréales par le Marché »

                    A ce sujet, je voudrais faire remarquer que ces peines de prison sont en contradiction flagrantes avec le principe de la main invisible ! De sorte que l’on peut affirmer que le principe de base du libéralisme est violé sans vergogne par ses propres adorateurs.

                    Ce matin, Jean-Louis Bourlanges, grand disciple parmi les grands disciples, officiant avec ses réguliers comparses de sa chapelle tous les dimanches matin après la messe sur France Culture, évoquait lui, un « Libéralisme d’attrition ».

                    Ne connaissant pas ce mot, je vous livre les deux définitions qu’en donne mon petit Larousse : « 1. Théol. Chrét. Regret d’avoir offensé dieu, causé par la crainte du châtiment éternel. Syn. contrition imparfaite. 2. Milit. Forme de stratégie par laquelle on recherche l’épuisement des ressources humaines et matérielles de l’adversaire. »

                    Comme je pense que c’est la deuxième définition qui est pertinente, je dirai que JLB était peut-être, au seuil d’une révolution, et par crainte du châtiment populaire, en train d’exprimer une attrition personnelle (au sens 1, évidemment).

                    Cette expression : « libéralisme d’attrition » mérite d’être confrontée à la pensée profonde de l’inénarrable Alain-Gérard Slama pour qui « Les deux valeurs valeurs cardinales du libéralisme sont la liberté et la croissance ». Avec JC Michéa, remarquons que cette définition est clairement celle du libéralisme. A quand la démocratie d’attrition, messieurs Bourlanges et Slama !?

                    De fait, je dirai pour leur faciliter la tâche, que cette démocratie-là est celle qui s’exerce à Bruxelles, celle des marchés qui votent avec leurs pieds, mais tous les jours sans lâcher sa proie aussi sûrement qu’une bande de prédateurs affamés poursuivant sans relache les bêtes les plus faibles du troupeau sans souci de détruire le cheptel tout entier : ventre affamé n’a pas d’oreilles, la cupidité non plus.


                    • mike gallantsay 16 avril 2012 11:50

                      Merci


                      « De sorte que l’on peut affirmer que le principe de base du libéralisme est violé sans vergogne par ses propres adorateurs. »

                      Tout à fait. Je le dis à bas bruit dans le corps de l’article :

                      Finalement, quand on y regarde de près, la Main n’est pas si invisible que ça....

                      La secte libérale est une des plus hypocrites qu’il se puisse connaître. Des qu’il s’agit des pauvres ce ne sont que clameurs désolées pour réduire leurs prestations, « Le social on en crève ! » m’a un jour lâché une mémère emperlousée croisée dans un salon de thé, mais par contre, l’ordre mendiant du Medef n’en finit jamais d’agiter sa sébile pour obtenir subventions et dérogations diverses au cri déchirant de :

                        « Diminuez les charges !! »

                      Trente ans qu’on les écoute couiner contre l’État Léviathan qui ruine les pays, mais dès que la sainte famille du Capital a besoin d’un coup de main, et c’est tous les jours, ils te transforment vite fait un président de la République en VRP de luxe qui a méchamment intérêt à décrocher des marchés s’il veut conserver l’estime des éditorialistes de Valeurs actuelles.

                      L’État opposé au Marché, est la plus belle arnaque intellectuelle depuis l’établissement supposé de la Dictature du Prolétariat en URSS.

                      Sans État pas de Marché. Les deux entités sont inséparables et ont cru de conserve dans tous les pays, et plus ceux-ci sont libéraux, et plus l’État est féroce à réprimer les opposants à la Main Invisble.

                      Comment un libéral, par exemple, peut-il être opposé à des campagnes de boycott ?

                      Non, ce qui couvre leurs corps de boutons, c’est l’État Providence et ses lois qui restreignent la toute puissance du Capital. Ça c’est le mauvais État qu’il faut incessamment dégraisser.

                      Celui qui finance Dassault et son Rafale hors de prix, celui-là c’est le bon État.


                      Me font penser à une anecdote que racontait Fritz Lang.

                      Peu après la prise du pouvoir par les nazis, Fritz Lang, qui faisait ses bagages pour émigrer aux USA fut convoqué par Goebbels. Il se rend à la convocation, fort inquiet, et a la grande surprise de s’entendre proposer, après protestations répétées d’admiration, la direction de la UFA .

                      Autrement dit la haute main sur le cinéma allemand.

                      Très surpris, et essayant de se dégager de ce guêpier, Lang répond :

                      « Mais, Herr Goebbels, il y a un petit souci... Je suis juif »

                      Goebbels éclate de rire et lui répond :

                      «  C’est nous qui disons qui est juif et qui ne l’est pas ! »

                      De même, ce sont eux qui vous disent où est la Liberté et où elle n’est pas.

                      Plus tartuffe qu’un libéral, c’est difficile à trouver.


                      J’ai, dans ma jeunesse été un grand lecteur du superbe Jack London, John Barleycorn, le Talon de fer, et bien sûr le déchirant Martin Eden... Mais je n’ai pas lu pas les récits dont vous me parlez. Merci de me les faire connaître.


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