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Accueil du site > Actualités > Economie > Une vrai exception française : l’absence de fonds d’investissement

Une vrai exception française : l’absence de fonds d’investissement

L’affaire Danone vient de montrer que nous étions, en France, particulièrement nu dans le domaine économique pour nous défendre eventuellement d’attaques non désirées.

Cette incapacité à réagir vient d’une spécificité bien Française qui est le refus culturel et profondement ancré du capitalisme et de ses règles et l’absence des fameux « fonds de pension » ou « d’investissements » qui sont le lien, dans tous les autres pays développés entre le capital et le travail.

Si l’on se réfère aux Etats Unis dans ce domaine, on s’apercoit en effet que le travailleur est en même temps l’actionnaire ou le capitaliste, - et même l’actionnaire le plus virulent - de par sa participation aux fonds de pensions qui assurent sa retraite et dont il exige des performances toujours meilleures. Cette pression permanente des fonds de pensions ou d’investissements sur les entreprises les forcent,certes, à améliorer leur gestion,leurs resultats et leur efficacité économique mais comme nous savons, très souvent au détriment de l’emploi donc du salarié. Le système de retraite par capitalisation fédère finalement le travail et le capital dans le même individu qui de ce fait acquiert sans doute une bien meilleure compréhension du système capitaliste et est peut être mieux à même d’en accepter les effets néfastes. Sa main gauche, celle du capital, de part son implication dans les fonds de pension, récupère en effet ce que perd sa main droite, le travail.

En France, de part notre système de retraite par répartition et la résistance effrénée,jusqu’à très récemment, à la création de systèmes de retraites complémentaires basées sur la capitalisation, nous avons toujours repoussé ce lien entre capital et travail qui existe dans d’autres pays. D’ou notre atypisme vis à vis des autres pays développés qui eux, comprennent, sans nécessairement l’accepter néanmoins, les ressorts du capitalisme et leurs conséquences.

Un autre inconvénient de cette absence de fonds de pension ou d’investissements est que nous n’avons pas de moyens de protéger nos entreprises d’attaques non désirées, non plus que de prendre notre part du dévéloppement économique mondial en prenant le controle et en redressant nous mêmes des entreprises étrangères comme le font les fonds d’investissements étrangers. Car l’une des nouveautés du capitalisme mondial est la montée en charge considérable de ces fonds d’investissements dans les prises de controle et les redressements d’entreprises partout dans le monde au profit (s’ils sont bons dans ce genre d’exercice) des actionnaires étrangers de ces fonds.

En d’autres termes, si nous avions disposés de Fonds d’Investissements Français aussi forts que ceux des pays étrangers, nul doute tout d’abord qu’ils auraient eu des participations importantes dans ce fleuron de notre industrie, et surtout qu’ils pourraient servir de « chevalier blanc » pour la defendre.


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6 réactions à cet article    


  • Jbenard (---.---.229.213) 26 juillet 2005 18:32

    Bonjour,

    Vous écrivez

    « Si l’on se réfère aux Etats Unis dans ce domaine, on s’apercoit en effet que le travailleur est en même temps l’actionnaire ou le capitaliste, - et même l’actionnaire le plus virulent, ... »

    C’est vrai et faux. En ce qui concerne les pensionnés d’ENRON, vous avouerez que le système a ses limites. Si vous êtes salariés chez Microsoft c’est le meilleur système.

    Et que pensez vous alors des fonds de pensions des fonctionnaires américains ?

    « Un autre inconvénient de cette absence de fonds de pension ou d’investissements est que nous n’avons pas de moyens de protéger nos entreprises d’attaques non désirées, non plus que de prendre notre part du dévéloppement économique mondial en prenant le controle et en redressant nous mêmes des entreprises étrangères comme le font les fonds d’investissements étrangers. »

    Totalement faux et pourtant défendu par une majorité d’économiste ultra libéraux et les compagnies d’assurances.

    La gestion d’un portefeuille n’a pas de nation et les fonds des salariés pourraient tout aussi bien s’investir n’importe où sur la planète.

    Je vous rapelle qu’il existe encore des banques et des compagnies d’assurances françaises de premier plan. Celà n’a pas empêché que 44 % des actions de nos fleurons nationaux appartiennent à l’étranger.

    Il me semble que c’était ce que préconnisaient nos experts il y a quelques temps.

    Mais nos financiers ne doivent pas avoir de morale tricolore !!!!


    • CaDerange (---.---.140.51) 26 juillet 2005 21:20

      Réponse de CaDerange : aa/Tout à fait d’accord avec vous, il n’y a pas que des réussites dans les fonds de pension américains et celui d’Enron est certainement le pire exemple d’escroquerie à citer.La solution est certainement que les fonds de pension ne devraient pas pouvoir être investi totalement ou de manière majoritaire dans des actions de sa société.Peut être depuis le législateur américain a t il prévu une protection nouvelle pour le salarié ? bb/Pas d’accord du tout par contre pour considerer que les banques ou les compagnies d’assurances ont vocation à investir dans des sociétés ou à venir au secours des sociétés du CAC 40 en difficulté.C’est une vision qui a eu cours dans la passé au temps où justement les Banques et les Compagnies d’Assurances appartenaient à l’Etat et étaient à ses ordres.Depuis qu’elles ont des actionnaires, elle ne peuvent plus se permettre ce genre de plaisanterie car, quand on vient au secours d’une société, c’est malheureusement souvent parce qu’elle commence à être en difficulté.Par ailleurs, utiliser ses fonds propres pour les bloquer dans une société qui a besoin d’aide plutôt que pour son propre développement obére justement ce développement.Ce n’est certainement pas dans l’intérêt des actionnaires de prendre ce genre de risque contraire à la stratégie de développement de l’entreprise qu ’ils ont approuvée en Assemblée Générale.Incidemment, dans le cas de Danone le Crédit Agricole a déjà répondu que ce n’était pas sa vocation. D’ou le besoin de ces fameux fond de pensions ou d’investissements


      • Jean Claude BENARD Jean Claude BENARD 27 juillet 2005 16:30

        Merci de la courtoisie et de la rapidité de votre réponse.

        Je relève toutefois une contradiction entre votre dernier post et votre message d’origine :

        Vous écriviez :

        « En d’autres termes, si nous avions disposés de Fonds d’Investissements Français aussi forts que ceux des pays étrangers, nul doute tout d’abord qu’ils auraient eu des participations importantes dans ce fleuron de notre industrie, ... »

        Dans le post suivant vous écrivez :

        « Pas d’accord du tout par contre pour considerer que les banques ou les compagnies d’assurances ont vocation à investir dans des sociétés ou à venir au secours des sociétés du CAC 40 en difficulté »

        En quoi un fond de pension ou d’investissement aurait un comportement plus citoyen qu’un investisseur institutionnel ?

        Devrions nous revenir vers un contrôle étatique de ces fonds ?

        Non je crois que la vérité est beaucoup plus simple à entendre comme à écrire. Lorsque PERNOD RICARD devient le deuxième opérateur mondial tout va bien.

        Lorsqu’il s’agit pour un gouvernement de ne pas se mettre à dos la FNSEA l’unité nationale politique se fait.

        Petits jeux que tout celà


        • CaDerange (---.---.189.44) 28 juillet 2005 11:18

          Réponse de CaDerange : Les investisseurs institutionnels dont vous parlez et qui étaient suceptibles d’intervenir aux ordres du gouvernement sont une chose du passé.D’abord parce que l’Etat n’est plus majoritaire, ni parfois même minoritaire dans les banques et compagnies d’Assurance auxquelles vous faites allusion.Ensuite parce que l’argent qui leur est confié(Sicav) est celui de millions de clients dont ils ne peuvent pas faire n’importe quoi.Ensuite, parce, comme compagnie privée, ils obéissent aux directives de leurs propriétaires et n’ont pas autorité, sans une décision de leur assemblée générale, de se lancer dans des diversifications opportunistes mais sans intérêt réel pour leur actionnaires.Dans le monde d’aujourd’hui où chacun se bat pour conserver sa place sur un marché difficile et pour croitre, il n’y a plus de place pour ce genre d’intervention.D’où l’absence d’armes veritables(en dehors de la gesticulation politique) pour riposter à des attaques de ce type.

          Par ailleurs il ne faut pas confondre le role de la direction d’une entreprise qui est un exécutant des décisions et stratégies des actionnaires et celui des veritables propriétaires que sont les actionnaires. Quand on parle de patriotisme de l’entreprise, on parle de celui de ses actionnaires, pas de celui de la direction !Or dans le cas de Danone, la moitié du capital est entre les mains de fonds anglo-saxon.Je ne suis pas sur qu’entre Frank Riboud et l’offre Pepsico, si elle se matérialise, ils ne choisissent pas Pepsi !

          La différence entre les sociétés privées et les fonds de pension ou d’investissement, est que toute société privée a un objet, un domaine d’activité défini, une stratégie définie dans ce domaine et qu’elle ne peut se permettre de gaspiller des fonds propres dans un domaine qui n’est pas le sien et pour une raison qui n’a plus cours au jour d’aujourd’hui(sauf d’ailleurs à faire de la spéculation).Un fonds d’investissement ou de pension a pour vocation de rassembler les fonds de millions de salariés ou d’investisseurs individuels, pour les faire fructifier sur le long terme en identifiant des sociétés de qualité dans le monde et dans tous les domaines d’activité et en investissant dans leur capital.Ce sont des partenaires de long terme qui ont justement vocation à participer au noyau dur d’actionnaires dont les sociétés dont le capital n’est pas vérrouillé comme celui de Danone ont besoin pour ne pas vivre avec une épée de Damoclès permanente sur la tête. En espérant que ces explications complementaires vous permettront de mieux comprendre comment fonctionne l’économie d’aujourd’hui.


          • Jbenard (---.---.45.180) 29 juillet 2005 11:19

            « Ce sont des partenaires de long terme qui ont justement vocation à participer au noyau dur d’actionnaires dont les sociétés dont le capital n’est pas vérrouillé comme celui de Danone ont besoin pour ne pas vivre avec une épée de Damoclès permanente sur la tête. »

            Vous avez le droit de le croire. L’affaire VIVENDI nous a montré la fantastique réussite des noyaux durs que vous préconisez.

            « En espérant que ces explications complementaires vous permettront de mieux comprendre comment fonctionne l’économie d’aujourd’hui. »

            Merci professeur mais nous n’appartenons pas à la même « chapelle » de pensée.

            Ce que je crois personnellement c’est que lorsq’un pays n’a plus aucune stratégie industrielle, il devient la proie du reste du monde.

            Les fonds de pension n’ont aucune raison d’exister en france à moins de les mettre en concurrence avec les régimes de retraite actuels.

            Je vous rappelle pour mémoire que chaque français peut souscrire à une retraite par capitalisation (notamment au travers de l’assurance vie)depuis bien longtemps.

            L’économie de marché comme vous la signalez plus haut consiste pour les gestionnaires de portefeuille de valeurs ou de fonds de pension à rechercher les plus hauts rendements afin de rémunérer les actionnaires ou investisseurs.

            Nous sommes bien loin du « patriotisme économique » cher à notre premier ministre et dont vous emblez rejoindre la ligne.

            Cordialement

            Jean Claude BENARD


            • CaDera,nge (---.---.40.13) 31 juillet 2005 17:18

              Réponse de CaDerange:Merci de votre réponse et à mon tour quelques commentaires en retour : aa/Nous ne sommes pas de la même chapelle, dites vous, probablement.Mon but n’est pas de convertir les uns et les autres à une manière de penser mais de vous faire part de ce que je sais de la manière dont ça fonctionne.Car de quelque bord que l’on soit, je crois quil est important de connaitre les régles du jeu(on aime ou on n’aime pas c’est une autre question).

              Et quoiqu’en dise nos gouvernants nous sommes dans un système libéral que nous ont vendus tous nos partis politiques depuis 25ans et pour lequel nous avons voté,sans nécessairement le comprendre, dès Maastricht.Ne pas l’accepter, on peut et les français l’ont fait au réferendum, mais qu’est ce cela a changé ? Rien c’est Nice qui fait foi au lieu de la constitution mais c’est toujours la même philosophie,voire pire puisque nous allons de plus en plus vers le socialibéralisme à l’anglaise.

              bb/Stratégie industrielle:D’accord avec vous qu’un pays n’est rien sans stratégie industrielle.Mais ce ne sont plus les gouvernements à l’échelle de pays qui fixent les stratégies indutrielles pour la bonne raison qu’ils ont adopté la pensée liberale européenne et qu’ils n’en ont plus les moyens.Et donc, en guise de strategie industrielle, nous assistons à une multitude de décisions individuelles des acteurs économiques.La vrai strategie industrielle qui serait vraiment utile devrait être européenne et avoir le moyens de ses choix.Nous en sommes loin.

              cc/Les manières de faire des gestionnaires de fonds:C’est vrai qu’ils cherchent la valorisation maximale mais à la demande de leurs clients qui sont nous mêmes, salariés du monde qui recherchont le hausse maximale de nos actifs.Pour en avoir vu néanmoins quelques uns agir, je peux vous assurer qu’il y a ,à coté de quelques cow boys, des gens sérieux qui ne sont pas la seulement pour faire des allers retours et qui savent prendre en compte les difficultés d’un secteur donné. Simplement il faut qu’ils croient en la qualité du management et de leur programmes de redressement.

              dd/Sur le patriotisme économique lisez sur CaDerange.canalblog.com une chronique que j’ai écrite ce weekend.Je crois surtout que c’est de la gesticulation médiatico-politique qui tombera d’elle même. La vrais défense c’est la qualité des résultats,la culture économique de ce monde nouveau que nous devons tous avoir, et sans doute un coup de pouce des pouvoirs publics pour faciliter les investissements mobiliers des Français. Cordialement

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