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VAE Victis

Les acquis de l’expérience sont-ils solubles dans le diplôme ? La VAE (Validation des acquis de l’expérience) se serait-elle trompée de rail ?

Belle invention que cette VAE (Validation des acquis de l’expérience) ma foi.

Une innovation, une révolution, censée marquer une rupture avec une tradition bien de chez nous : la célébration du culte du diplôme, une spécialité que ne nous envient pas nos voisins.

Effectivement, dans cette affaire, et compte tenu du concert de louanges autour de cette mesure, le propos qui va suivre est forcément iconoclaste.

Alors pourquoi ce titre ? « Vae Victis ou malheur aux vaincus ».

Pour connaître le vainqueur, voyez le vaincu et, ici, tout indique c’est encore le diplôme qui sort gagnant de l’opération et non l’expérience, comme on pourrait l’imaginer.

Dès le départ, la loi sur la VAE porte en elle les germes du désamour :

Primo/ l’Etat en a confié les rênes à son pire ennemi : l’Education nationale. Celle-ci vit de la formation et de ses diplômes. Elle a donc tout à perdre à l’affaire ;

2/ l’expérience ne pouvant être reconnue que par la délivrance de titres homologués et de diplômes, c’est l’assignat qui est valorisé, plus que l’expérience ;

3/ la VAE est un tel parcours du combattant que le nombre de candidats tend à baisser depuis quelques mois ;

4/ s’engager dans la démarche n’est pas gratuit et le parcours est tellement chronophage qu’il est parfois plus simple de faire tout bonnement la formation ;

5/ la VAE ne reconnaît pas encore tous les acquis de l’expérience.

Imaginons : un autodidacte crée sa propre entreprise, il la développe au fil des années et la fait prospérer. Il acquière progressivement des compétences en gestion, en management, en communication. Un jour, l’entreprise ferme pour raison économique.

A ce moment, la seule chose qu’on vient lui rappeler, c’est qu’il n’a pas de diplôme et qu’il lui en faudrait un pour rester dans la course.

Résumons par une métaphore : comprenant que l’ascenseur social n’est pas pour lui, le monsieur avait pris l’escalier. Et maintenant qu’il est arrivé au dernier étage bien essoufflé, on lui propose gentiment de vite redescendre pour reprendre l’ascenseur.

Idiot me direz-vous. Mais c’est à peu près ce que ressentent nombre de candidats à la VAE.

Le monsieur consent finalement à se rendre au point conseil VAE, ravi de cette avancée. « La VAE a été conçue pour sécuriser votre parcours professionnel et, avec elle, votre expérience vaut diplôme », dit le prospectus. Mais attention, « ce n’est pas gagné d’avance » s’empresse de préciser votre informateur du jour.

Pas de diplôme, peut-être. Mais qui est cet individu, aujourd’hui senior devenu ? Un alien, un ovni, une bête à concours qu’il faut toiletter pour la médaille du salon de l’agriculture ? Et tout ça, pour ramener l’animal au pré ensuite. Quel intérêt, me direz-vous ?

Dans les entreprises, nombre de salariés (des techniciens, des employés...) occupant des postes sans avoir le diplôme, et séduits par l’appel du pied de leur DRH, ont voulu se saisir de l’aubaine.

Certains se voyaient déjà sortir avec le diplôme en poche et aujourd’hui, ils se disent déçus. Trop compliqué et la médaille convoitée n’est pas toujours celle qu’on veut bien vous donner. En revanche, on a bien de la formation à vous revendre.

Des individus qui pourtant ont appris et se sont enrichis, parfois grâce à une entreprise apprenante, c’est-à-dire par le partage des savoirs et des savoir-faire dans les organisations. Une expérience qui n’est pas contestée et qui est même reconnue dans l’entreprise.

Et pour que celle-ci soit « définitivement reconnue », il n’y aurait que le diplôme. Ah bon, et pourquoi le diplôme et pourquoi définitivement ?, alors que la certification académique n’est plus une garantie d’emploi aujourd’hui.

Une belle hypocrisie, quand on sait que chez nos voisins (hormis l’Espagne), la reconnaissance des acquis de l’expérience va presque de soi. Ainsi, dans la plupart des pays, l’expérience suffit à décrocher un emploi et l’on accorde beaucoup moins d’importance au diplôme que chez nous. Une fois en poste, vous devez de toute façon faire vos preuves.

En extrapolant, on pourrait se risquer à objecter que plus le sujet fournit d’effort pour obtenir un diplôme, moins il lui reste de gaz pour l’entreprise.

Pour l’heure, c’est à la peur de l’avenir que la VAE doit son succès. Un succès tout relatif, vu le nombre modeste d’heureux élus depuis la promulgation de la Loi, mais on continue cependant de tout ramener à elle, alors qu’un certificat d’états de services, une synthèse de bilan de compétences, un recrutement par simulation devraient pouvoir faire l’affaire.

Au fond, on a manqué l’occasion de célébrer l’expérience à sa juste valeur. Je reste convaincu que les acquis de l’expérience ne se mesurent pas au diplôme et qu’ils ne sont pas non plus solubles en lui.

Vous pouvez toujours tenter d’expliquer ça aux gens qui sont en charge de la VAE, et vous obtiendrez une discussion qui tourne comme une vis sans fin.




par Yohan mercredi 10 octobre 2007 - 7 réactions
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