L'épreuve d'une nouvelle crise systémique pourrait rappeler cette solidarité réelle qu'on voudrait oublier, comme notre appartenance à un système global où la chute de la Grèce entraînerait l'Allemagne avec elle et le reste du monde... C'est une illusion de croire que l'Allemagne pourrait se replier sur soi, perdant elle aussi une partie de sa souveraineté dans l'affaire, loin de la croyance qu'elle gagnerait un empire.

C'est la situation qui empire et devient de plus en plus dangereuse (politiquement), cela ne veut pas dire qu'on ne devra pas attendre longtemps encore son dénouement car si les événements s'accélèrent, on est quand même sur des mouvements de long terme où il faut compter en dizaines d'années. C'est ce que ne semblent pas prendre assez en compte les analystes les plus lucides sur le caractère inévitable d'une gigantesque destruction de dettes, sous-estimant un peu trop la capacité de réaction des institutions qui n'est pas encore tout-à-fait réduite à néant.

En tout cas, j'ai trouvé assez surprenant le tour dramatique des analyses de Slate, sans doute excessives mais qui manifestent bien l'ambiance de panique qui se répand. Si le fait de se résoudre enfin à l'inflation pour réduire les dettes paraît on ne peut plus raisonnable, c'est sans doute un peu tard déjà pour en maîtriser l'ampleur mais non seulement Nouriel Roubini et Ian Bremmer dressent un portrait très sombre d'une situation sans issue mais certains vont même jusqu'à parler d'une Troisième Guerre mondiale, pour l'instant plus qu'improbable pourtant.

Ce qui est vrai, c'est que l’analogie avec la crise de 1929 se confirme et que la période qui s'ouvre est celle des tensions internationales mais de même qu'on n'a pas réagi aussi mal qu'à l'époque pour résoudre la crise de liquidité, il est probable qu'on évitera là aussi le recours à la guerre. Aucune garantie cependant du côté des USA si des illuminés pires que Bush gagnaient la présidentielle car ils n'ont plus que la supériorité militaire pour maintenir leur puissance !

En tout cas, on n'est pas sorti de l'auberge, la situation continue de s'aggraver même si c'est à pas feutrés et encore à peine visible par chez nous. Les menaces s'amoncellent et s'il n'est pas tout à fait sûr que cela déchaîne des orages d'acier, c'est sans doute en grande partie grâce aux réseaux numérique unifiant le monde au même titre que la solidarité systémique des économies, beaucoup plus que par la sagesse supposée de ceux qui nous gouvernent. Du moins on peut l'espérer même si les faits peuvent toujours le démentir assez vite.

Le pire n'est donc pas sûr, il reste cependant de l'ordre du probable, voire du nécessaire ! Nous sommes ballotés par la tempête sans prise sur ces forces quasi naturelles. On peut toujours faire des programmes, rêver vainement d'un autre monde, mais, il faut le répéter, l'évidence qui se manifeste de notre solidarité systémique dans la crise ne doit pas faire oublier le local d'où viendra la véritable solution et qui seul dépend de nous, même s'il faut pour cela y être aussi forcé par les faits et ne plus attendre le retour à l'ordre précédent d'un nouvel équilibre mondial ouvrant l'ère d'une paix perpétuelle...