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Vers une destruction d’emplois dans l’informatique ?

Depuis la fin des années 1990, nous avons enfourné, dans l'appareil de formation, via les contrats de qualification et de professionnalisation, de nombreux jeunes munis d'un simple bac professionnel, dans les métiers de l'informatique, au prétexte qu'ils maitrisaient parfaitement le jeu vidéo. Les entreprises avaient alors besoin de bras et l'objectif était de disposer d'une main d’œuvre pas chère, abondante et accessoirement corvéable à merci.

En 2008, l'APEC reconnaissait que le secteur informatique avait créé 700 nouveaux emplois cadres dans notre pays. C'est bien peu. Aux Etats-Unis, 46% des entreprises IT ont décidé de réduire leurs effectifs en 2009. Alors que le chômage dans le secteur informatique a atteint les 6% dans notre pays en 2012, régulièrement le patronat français crie à la pénurie d'informaticiens. Même si la contradiction a de quoi surprendre, la réalité est que les patrons français aimeraient disposer de personnels compétents et maîtrisant des savoirs fondamentaux payés au SMIC. Ils ne sont d'ailleurs pas loin d'y arriver. Une femme de 44 ans disposant de plus de 10 années d'expérience me révélait, gagner 1700 euros net en région parisienne. Désormais, les entreprises recrutent dans l'informatique sur le boncoin.fr.

Les écoles dont les frais de scolarité s'élèvent à 5000-7000 euros l'année continuent - dans le déni de réalité le plus absolu - de promettre l'eldorado à des jeunes qui prétendent à être des chefs de projets dans un secteur à l'avenir incertain. Ce sont au total 20000 jeunes qui sortent chaque année des filières de formation de l'informatique et nous sommes en capacité d'en absorber seulement 15000, selon la DARES. Il y aurait au total 530000 informaticiens dans notre pays.

Les raisons structurelles de la destruction de l'emploi informatique

A la lecture des évolutions du secteur, la prévision de 15000 emplois créés en rythme au cours des 8 prochaines années semble relever de personnes qui ont dû voir des éléphants roses. L'accélération de la destruction de l'emploi informatique dans les entreprises utilisatrices n'a pas été compensée par des recrutements dans les sociétés de service. L'augmentation du taux de chômage, à son zénith depuis 2006, semble d'ailleurs très largement corroborer cette hypothèse, alors que les SSII sous-traitent pour partie leurs activités dans les pays de l'Europe de l'Est et du Maghreb.

Il y a 3 facteurs structurels à la destruction de l'emploi informatique.
Le 1er, c'est l'augmentation des débits Internet combinée à la mobilité, même si la France reste un très mauvais élève en matière de connexions via fibre optique. La généralisation du très haut-débit provoquera l'accélération du départ des métiers de l'informatique des entreprises utilisatrices, perçus comme de simples centres de coûts, alors que nous sommes dans l'incapacité de mesurer la productivité induite par le développement de l'informatique. C'est le paradoxe révélé par l'économiste Robert Solow. Avec le SAAS (Software As A Service), nous louons la messagerie et la bureautique à Google ou Microsoft. Les informaticiens qui restent sont alors cantonnés à faire de la relation fournisseur, du helpdesk ou à retourner aux métiers de l'entreprise. Cruel destin pour des ingénieurs disposant de bac +4 ou bac +5, auxquels les chambres professionnelles et autres organismes de formation avaient pourtant promis monts et merveilles !

Le 2e facteur, c'est la baisse des prix des composants électroniques combinée à l'augmentation de la puissance. En 1986, le prix d'un micro-ordinateur était de 32000 francs, soit 4878 euros. Un micro-ordinateur 1000 fois plus puissant coûte aujourd'hui moins de 300 euros. Autrement dit, en cas de panne, il est économiquement plus intéressant de remplacer le matériel à obsolescence programmée - même partiellement amorti - que de faire intervenir un salarié français à 30 euros de l'heure pour chercher à le réparer. Certains économistes parlent, pour la Chine devenue l'usine du monde, d'un avantage compétitif absolu du fait de réserves de main d’œuvre surnuméraires. Malgré la hausse du pétrole et la déplétion des ressources, les prix resteront à la baisse durant de nombreuses années encore !

Le 3e facteur, c'est l'émergence des technologies de virtualisation. Du fait de la loi de Moore, une partie de la puissance des microprocesseurs (loi de Wirth) a permis la mise en œuvre de nouvelles techniques logicielles depuis le début des années 2000. La virtualisation des systèmes d'exploitation à la base du fonctionnement de nos ordinateurs les a rendus indépendants des matériels sur lesquels ils sont installés. Elle a accru la tolérance de pannes par la mise en place de solutions à très haute disponibilité. Elle a simplifié l'administration des parcs de serveurs des entreprises. Du fait de la globalisation et du nomadisme rendus possible par l'Internet, les techniques de virtualisation permettent d'exécuter nos systèmes et nos applications à partir de serveurs en Inde que nous pouvons basculer en quelques minutes sur les Etats-Unis, la Chine ou la France.

Quelles perspectives ?

Raspberry Pi™ Model BQue ce soit dans le domaine des réseaux, de la fabrication de composants électroniques ou des technologies en matière de virtualisation, la France ne possède plus d'industries en capacité de concurrencer les Etats-Unis ou la Chine. Nous importons tous nos matériels ou presque, mais aussi l'essentiel des logiciels commerciaux que nous utilisons. Or, la valeur créée en informatique réside avant tout dans le service induit par l'utilisation des logiciels. Le prix de la suite bureautique Microsoft Office Professionnel 2013 est annoncé à 539 euros. C'est le prix de deux ordinateurs d'entrée de gamme chez LDLC !

La question qui se pose à nous est de savoir quel pourrait être l'impact de la généralisation du logiciel libre dans l'informatique. Durant de nombreuses années, nous avons payé un lourd tribut à des entreprises peu scrupuleuses, dont les commerciaux sillonnaient la France du haut de leurs 4x4. Nous y avons sans doute perdu en compétitivité et en destruction d'emplois du fait de la captation de marges abusives. L'emploi généralisé du logiciel libre, comme le préconise le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, permettrait de ralentir la destruction d'emplois en les finançant par les économies sur le coût des licences sur l'utilisation des logiciels. Mais ne rêvons pas. Les directions administratives et financières des entreprises, des administrations et autres collectivités, voient avant tout dans le logiciel libre un moyen pour continuer d'abaisser les coûts.

Avec le RaspBerry PI, les Anglais viennent d'inventer un ordinateur à 35 dollars, là où nous attendions qu'il naisse d'un pays émergent. Un bien curieux signe des temps qui en dit long sur la réalité de l'Occident...

Source : Voie Militante




par Denis Szalkowski (son site) lundi 22 octobre 2012 - 138 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par BlackMatter (---.---.---.225) 22 octobre 2012 12:03

    Ayant travaillé 15 ans en SSII, je vous confirme la tendance que j’avais détecté déjà il y a quelques années.


    Le développement du SAAS, du cloud, et de la virtualisation initié par Microsoft, Citrix et vmware (et quelques autres) tendent à faire du poste de travail un simple terminal d’affichage. Les serveurs peuvent être désormais n’importe où dans le monde et avec le développement du haut débit, on peut y accéder comme si on était au bureau. Il y a un vrai risque de disparition des services informatiques au profit d’une poignée d’entreprise qui fournissent les services de base (fichiers, mail, erp). Sauf cas particulier, les entreprises ont besoin de moins en moins d’avoir leur propre infrastructure.

    Il n’y a pas pénurie d’informaticien en France. Il y en a trop et beaucoup trop qui n’ont pas l’âme de ce métier. Alors que je programmais déjà en assembleur en 1986, aujourd’hui certains informaticiens ne savent même pas ce que c’est (un comble, c’est juste le langage naturel de la machine).

    J’ai quitté ma boite parce que je ne supportais plus le fonctionnement des SSII (qui pour moi sont la plupart du temps à quelques exceptions près, menteuses, voleuses, hypocrites, inconscientes). Je me suis mis à mon compte en tant qu’auto-entrepreneur. En revanche, je tiens à préciser que cela n’est pas parce que je suis imbu de ma personne (et je reconnais que sur certaines technologies, je suis has been) mais parce que ce monde là devenait à mes yeux de plus en plus insupportables en considération de certains principes moraux, ce qui a conduit à un burn out assez grave dans mon cas. Mais vous avez raison : ça paie à peine la facture d’électricité. Mais je ne regrette rien. Certes, je gagne 4 fois moins qu’avant, c’est dur, c’est très dur mais je n’ai plus envie de me pendre le soir en rentrant du travail.
  • Par Croa (---.---.---.66) 22 octobre 2012 10:47
    Croa

    Cet article nous donne un exemple de l’évolution du marché du travail, tout simplement ! 
    En effet ce qui se passe en informatique (et en électronique puisque qu’en fait l’auteur ne parle pas que des logiciels mais aussi des ordinateurs) est largement valable également presque partout ailleurs.

  • Par lsga (---.---.---.105) 22 octobre 2012 17:12
    lsga

    La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que les ingénieurs vont prendre conscience qu’ils sont des prolos comme les autres. 


    Concernant le libre, c’est sûr qu’au lieu de verser des milliards aux entreprises US, puis de se mettre à genoux devant elles en espérant qu’elles ouvrent de centres de recherches bidons chez nous, on ferait bien d’investir directement dans le Libre. 

    N’oublions pas que le logiciel libre n’est pas que le produit de Hackers indépendants, mais aussi le produit d’une recherche publique nationalisée. VLC en est un excellent exemple (obligé de prendre la version anglaise de Wikipedia pour avoir la référence à l’école Centrale de Paris !!!! ), mais Linux aussi. 

    Enfin, n’oublions pas qu’il s’agit d’une question de sécurité Nationale :
    Les USA se sont déjà appuyé sur la NSA Key pour voler des marchés à Airbus dans les années 90, et ça continue :

    Bref, les entreprises européennes ont tout intérêt à se méfier du Cloud hébergé par la concurrence à l’étranger...

    Enfin, quand on sait que Areva utilise toujours Windows et IE6 dans ses centres de documentation.... la culture de la sécurité informatique et de la lutte contre l’espionnage industriel, c’est pas pour demain en France... 


  • Par celui qui maugréé (---.---.---.98) 22 octobre 2012 11:42
    celui qui maugréé

    les délocalisations vers de l’offshore ont fait mal aussi, en asie au début, puis au maghreb et maintenant dans les pays de l’est roumanie, Ukraine qui fournissent des ressources d’un très bon rapport qualité/cout.

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