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Accueil du site > Actualités > Economie > Vers une nouvelle « guerre des monnaies » ?

Vers une nouvelle « guerre des monnaies » ?

Dernier théâtre des manipulations monétaires, le Japon pourrait être à l’origine d’une nouvelle « guerre des changes » aux conséquences potentiellement funestes pour l’économie mondiale. Explications.

Quand Guido Mantega, le ministre brésilien des Finances, juge son économie plombée par un real trop fort, il emploie une formule rapidement relayée par la presse spécialisée : la fameuse « guerre des changes ». C’était en 2010, à l’époque où la Chine et les États-Unis se regardaient en chiens de faïence et s’échangeaient toutes sortes de sobriquets. Les Américains accusaient alors le yuan, grandement sous-évalué, de tous leurs maux. Aujourd’hui, c’est au tour de Shinzo Abe, le nouvel homme fort du Japon, de manipuler les marchés monétaires, occasionnant ainsi les protestations unanimes du reste du monde.

En réalité, ces petits arrangements économiques durent depuis des siècles. Les États ont toujours recouru à la dévaluation en vue d’accroître leur compétitivité. Ce procédé présente pourtant un double inconvénient : il met à mal les fragiles équilibres mondiaux et déforce en filigrane les pays étrangers. Car baisser la valeur de sa monnaie relance automatiquement les exportations nationales, devenues moins chères et plus concurrentielles. Ces dévaluations compétitives peuvent par ailleurs engendrer un cercle vicieux si d’autres nations se prêtent au même jeu, ce qui conduira à terme à une instabilité internationale et à un contexte hyperinflationniste. Une situation cauchemardesque que les historiens ne connaissent que trop bien.

Dévaluation monétaire : quelles conséquences économiques ?

Si une monnaie faible favorise incontestablement les exportations, elle renchérit en revanche les importations, ce qui pèse sur le pouvoir d’achat des ménages. L’industrie nationale ne peut quant à elle qu’applaudir, puisque qu’elle bénéficie sans conteste de l’envolée des prix des produits achetés à l’étranger. La dévaluation compétitive dope en effet les entreprises domestiques, encourageant tant la croissance que la consommation et l’emploi. Mieux : au final, ce sont les recettes publiques qui en tirent un avantage certain.

La dévalorisation monétaire relance par contre le débat sur le protectionnisme, âprement combattu par les organisations internationales, et notamment l’OMC. Elle dégrade par ailleurs, dans un premier temps, la balance commerciale, puisque le prix des importations augmente subitement. Ensuite, les effets de volume se manifestent et la hausse des exportations vient corriger les déséquilibres, qui s’estompent progressivement, pour finalement renverser la vapeur.

Comment fâcher ses partenaires

Résumons : quand un pays pratique la dévaluation compétitive, il renforce donc son économie au détriment de l’emploi ailleurs dans le monde. Cette décision, forcément unilatérale – et lourde de conséquences –, relève ainsi d’un égoïsme politique à courte vue. Pis encore : si les manipulations monétaires se multiplient, la « guerre des devises » peut mener à de graves déséquilibres commerciaux. Dans ce cas de figure, les quelques effets salutaires s’effacent pour laisser place à des contrecoups potentiellement destructeurs. Car la création monétaire nécessaire aux dévaluations successives entraîne inévitablement une hausse générale des prix, précipitant alors l’économie mondiale dans le gouffre inflationniste.

Certains pays n’hésitent pourtant pas à maintenir leur monnaie à un niveau artificiellement bas. C’est notamment le cas de la Chine, même si son yuan a récemment fait l’objet d’une modeste réévaluation. Singapour, Hong Kong ou la Suisse interviennent également pour protéger leur économie. Et il en va de même pour la plupart des pays producteurs de pétrole et de gaz – la Russie et l’Arabie saoudite faisant ici figure de chefs de file. Dernièrement, c’est le Japon qui a brutalement fait chuter son yen, déclenchant une nouvelle « guerre des monnaies » et exaspérant les fleurons internationaux. La volonté du gouvernement nippon est de mettre fin à vingt années de stagnation économique, de croissance molle et de déflation destructrice de richesse. La Corée du Sud et ses chaebols crient déjà au scandale, voyant poindre une concurrence déloyale, tandis que les vacanciers japonais risquent de se raréfier à Séoul en raison d’un taux de change désormais défavorable.

Et les États-Unis ?

Si les appréciations et les dépréciations relèvent de mécanismes automatiques, les réévaluations et les dévaluations résultent en revanche de la décision arbitraire des autorités compétentes. Les États-Unis, qui prônent l’équilibre naturel des marchés, ne sont pourtant pas en reste quand il s’agit de manipuler leur monnaie. Et, pour ne pas mettre à mal la suprématie du billet vert, Washington doit s’adonner à un véritable numéro d’équilibriste. Avec un impératif : prendre régulièrement le pouls des marchés pour rester dans les clous.

Comment fonctionne alors la machine états-unienne actuellement ? La Réserve fédérale injecte des milliards de dollars dans l’économie (quantitative easing) et maintient des taux d’intérêts pratiquement nuls afin de soutenir l’investissement, la consommation et l’emploi. Mais il y a un hic : cela occasionne des bulles spéculatives et retarde toujours la question, pourtant cruciale, des déficits publics et de la dette – qui ne cesse de se creuser.

L’Union européenne impuissante

Si l’Union européenne se montre pacifique dans cette « guerre des changes », c’est plus par défaut que par altruisme. Car sa Banque centrale veille à respecter scrupuleusement ses missions, à savoir le contrôle des déficits publics, de la dette et de l’inflation. Pour la croissance, il vaut donc mieux en appeler au Dieu de la finance. Résultat : l’euro reste fort, notamment par rapport au dollar. Selon l’indice – controversé – Big Mac, il serait même surévalué de 11,7 %. Le cours de sa monnaie pénalise la zone euro, déjà embourbée dans une profonde crise industrielle et touchée par de drastiques mesures d’austérité. Cette course à la dévaluation pourrait encore aggraver la crise européenne, révélatrice de maux structurels, et reporter le redressement des principaux indicateurs économiques du continent.


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4 réactions à cet article    


  • bigglop bigglop 1er mars 2013 18:50

    Merci Jonathan pour ce constat lucide et clair.

    Lors du dernier G20 à Moscou, les participants sont tombés d’accord sur le constat qu’il n’y avait pas de « guerre des monnaies » ou « des changes ».

    Comme vous l’avez fort bien dit, il y a toujours eu des guerres de monnaies, plus ou moins virulentes, mais avec la mondialisation de la finance (spéculative) l’amplitude et la profondeur des crises se sont aggravées. Un excellent article d’Olivier Berruyer sur la Météo Monétaire

    Accessoirement, George Soros, en spéculant à la baisse sur le Yen (il devait avoir des infos...) a « gagné » environ un milliard de dollars

    Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois !!!


    • Marc Chinal Marc Chinal 2 mars 2013 01:54

      Et à la fin de cette guerre monétaire, qui gagne ? Les post-monétaires !
      .
      (non, je plaisante, le niveau en connaissances économiques est trop bas pour que l’humanité comprenne que la monnaie est un piège à cons)


      • Le Yeti Le Yeti 2 mars 2013 07:36

        Ce n’est pas moi qui dirait le contraire !

        Certes ce n’est pas parfait mais ce n’est qu’un (vieux) débroussaillage :
        Mais Papa, l’Euro ça existe pas !


      • Le Yeti Le Yeti 2 mars 2013 07:31

        Ce n’est pas une guerre qui attend les monnaies mais leur holocauste qui est en cours.

        Il n’y a qu’à voir, notamment, la manipulation des métaux précieux grâce à leurs équivalents papier. Penchez vous donc aussi sur les volumes monétaires de ces 10 dernières années : masse monétaire totale en circulation (essentiellement numérique), émission de monnaie papier, QE (illimités !), CDS, etc.

        Le cygne est en train de chanter mais cela se remarque globalement peu tant il chante faux.

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