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Accueil du site > Actualités > Economie > Vers une redéfinition du statut cadre ?

Vers une redéfinition du statut cadre ?

De 300 000 au début des années cinquante, la population des cadres s’élève aujourd’hui à plus de 3 millions de salariés. Avec l’augmentation du nombre d’élus, le statut a évidemment perdu en prestige et la définition en précision.

Qui en France n’a pas entendu la célèbre déclaration de Nicolas Sarkozy sur le travail ?

"Il faut poser la question de l’augmentation des salaires dans notre pays parce que toute ma stratégie économique est fondée là-dessus. Le premier problème économique des Français, c’est une question de pouvoir d’achat ; il faut donner du pouvoir d’achat aux Français, pour donner de la croissance, et pour cela il faut permettre aux gens de travailler plus.

Il faut savoir qu’un salarié qui travaillerait quatre heures de plus pourrait gagner 15 % de plus. L’erreur des 35 heures a été une erreur considérable qui a conduit les Français à une rigueur salariale qui a pesé sur la croissance de la France."

Au-delà des vives polémiques qu’elle a déclenché, cette déclaration ne répond toujours pas à la question :" Qui définit les heures supplémentaires et en fonction de quoi ?"

Les 35 heures, qui sont directement visées par cette proposition, si elles ont parfois généré des situations désagréables pour certains salariés, ont toutefois permis de nombreuses adaptions et la flexibilité dans les entreprises (dont certaines d’ailleurs verraient d’un mauvais oeil un retour en arrière). On oublie toutefois dans ces raisonnement horaires une population salariale de plus en plus importante : les cadres.

De 300 000 au début des années cinquante, la population des cadres s’élève aujourd’hui à plus de 3 millions de salariés. Avec l’augmentation du nombre d’élus, le statut a évidemment perdu en prestige et la définition en précision, puisque de nombreux cadres n’assurent plus de fonctions d’encadrement.

Pourtant, la législation du travail propose des définitions.

Le Code du travail distingue trois catégories de cadres au regard de leur temps de travail :

Les cadres dirigeants : cadres auquelx sont confiées des responsabilités dont l’importance implique une grande indépendance dans l’organisation de son emploi du temps, qui est habilité à prendre des décisions de façon largement autonome et qui perçoit une rémunération se situant dans les niveaux les plus élevés des systèmes de rémunération pratiqués dans l’entreprise ou l’établissement.

Le cadre dirigeant est exclu de la règlementation sur la durée du travail et sa rémunération est souvent forfaitaire.

Les cadres autonomes  : cadres qui ne remplissent pas les critères de classement dans la catégorie de cadres dirigeants, ni les critères de la catégorie de cadre intégré. Un cadre est donc dit autonome par défaut (ni dirigeant, ni intégré).

En pratique, la plupart des cadres relèvent de cette catégorie. Il s’agit finalement des cadres qui ont des horaires difficilement contrôlables ou qui leur sont propres, mais aussi de tous ceux pour qui le temps de travail est aléatoire et ne peut être fixé à l’avance.

Les cadres intégrés : salariés ayant la qualité de cadre au sens de la convention collective de branche, ou de la convention collective nationale de retraite et de prévoyance des cadres du 14 mars 1947.

Le cadre intégré est occupé selon l’horaire collectif applicable dans l’atelier, le service ou l’équipe auquel il est intégré.

Mais alors, à combien s’élève le temps de travail des cadres ?

Une étude réalisée par CSA nous indique les éléments suivants :

Temps de travail hebdomadaire des cadres :
Moins de 40 heures, 25 %
De 41 à 45 heures, 31 %
De 46 à 50 heures , 27 %
Plus de 50 heures, 16 %
Ne se prononcent pas, 1%.

L’INSEE nous donne également des renseignements précieux dans ce domaine.

Le temps de travail hebdomadaire effectif des cadres a baissé de 10 minutes seulement, passant de 44h30 en 1995 à 44h20 en 2001 ; le passage aux 35 heures pour cette catégorie de salariés s’étant surtout fait sous forme de jours de congés supplémentaires (RTT).

La réduction est inégale selon les catégories : 1h30 de moins pour les ingénieurs et cadres techniques d’entreprise (44h30 en moyenne) ; 1h40 de moins pour les cadres administratifs et commerciaux (44h55 en moyenne) par semaine en 2001. Insee, 01/2003.

Sur le terrain, que constate t-on ?

Une autre partie de l’étude CSA nous donne la réponse :

La réduction du temps de travail se traduit par :

Une demi-journée ou une journée de RTT de temps en temps, 55 %
Une ou plusieurs semaines de congés payés en plus, 20 %
Une baisse de la durée hebdomadaire de travail ,2 %
Il n’y a pas eu de réduction du temps de travail, 22 %
Rien de tout cela,1%.

Le monde de l’encadrement offre aujourd’hui un visage plus proche des autres salariés que celui des années 60. Le statut cadre est aujourd’hui attribué systématiquement dans certaines professions, notamment dans l’informatique, le placement financier et plus généralement dans les services.

Les jeunes en début de carrière comme les seniors sont en première ligne et sont obligés d’accepter la forfaitisation sur la base de salaires très proches des non cadres tout en assumant des responsabilités très différentes.

Dans la mesure où la forfaitisation, qui était à l’origine réservée aux cadres dirigeants, s’applique aujourd’hui quasiment à tous les cadres, "travailler plus pour gagner plus" n’a aucune valeur pour cette catégorie de salariés. Dans le cas où une remise en cause partielle ou totale des accords sur les 35 heures devait intervenir, cela signifierait travailler plus pour le même salaire en oubliant toute compensation.

Nous sommes bien loin des notions de rémunération au mérite ou à la durée et il est clair qu’une réforme en profondeur du statut cadre s’impose rapidement.

Les quelque 3 millions de salariés cadres souhaiteraient que le candidat à la présidence de la République leur donne quelques indications sur leur avenir proche.

Sources
Le code du travail
Ministère de l’emploi
INSEE
CSA


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8 réactions à cet article    


  • levoisin (---.---.84.10) 12 février 2007 13:31

    Hé oui, voter Sarkozy pour un cadre de droite revient au mieux à réduire ses impôts, au pire à voir ses RTT supprimer sans compensations financières.

    Et le pire est à venir avec Sarkozy.


    • Zenest (---.---.216.3) 12 février 2007 13:58

      Bonjour,

      j’ai 25 ans, je suis cadre dans l’informatique. Evidemment, je n’encadre personne, je suis payé au forfait, et il ne faut pas trop compter récupérer les heures supplémentaires en RTT, ça fait un peu tâche, pas très motivé... attention à l’évaluation annuelle, et accrochez-vous pour l’augmentation de salaire.

      C’est bien simple, dans mon métier, si tu veux gagner plus, tu changes de boite : quelques minutes sur monster et on reçoit plus de coups de fils qu’il n’est nécessaire.

      Alors « travailler plus pour gagner plus »... pour moi c’est cacahouette.

      Ami cadre, si tu votes Sarko, tintin. Si tu votes Ségo, tintin (ne t’avises pas de gagner plus de 4000 euros/mois !).

      Ce qu’il est tout de même important de dire : voter uniquement pour son intérêt personnel ne me semble de toutes façons pas très judicieux. Essayons de penser un peu plus globalement et de critiquer les arguments de chacun en fonction de leur utilité réelle, grosso modo, combien ça coûte et combien ça va rapporter au final. Si une promesse me donne une réduction substantielle d’impôts mais qu’en contrepartie mes futurs mômes verront leur dette décuplée ou leurs institutions sacrifiées, ça ne m’intéresse pas.


      • Thucydide (---.---.101.8) 12 février 2007 14:12

        « Ce qu’il est tout de même important de dire : voter uniquement pour son intérêt personnel ne me semble de toutes façons pas très judicieux. Essayons de penser un peu plus globalement et de critiquer les arguments de chacun en fonction de leur utilité réelle, grosso modo, combien ça coûte et combien ça va rapporter au final. Si une promesse me donne une réduction substantielle d’impôts mais qu’en contrepartie mes futurs mômes verront leur dette décuplée ou leurs institutions sacrifiées, ça ne m’intéresse pas. »

        Vous parlez d’or, Zenest. Hélas, ce n’est jamais comme ça que ça se passe. Nos sociétés sont fortement tournées vers l’individualisme et le profit à court terme, et le « après moi, le déluge ». C’est pourquoi, il est impératif de développer toutes sortes de mécanismes empêchant de transférer une charge vers un successeur, que ce soit en matière de dettes financières (état, entreprises et particuliers, avec l’inflation effrayante des crédits immobiliers) ou, surtout, en matière de dette écologique. Mais ça n’en prend pas le chemin, on en reste aux mesurettes et aux incantations démagogiques.


      • coprolithe (---.---.30.64) 12 février 2007 14:35

        Bonjour,

        article interessant mais qui demande quelques précisions

        « Dans le cas où une remise en cause partielle ou totale des accords sur les 35 heures devait intervenir, cela signifierait travailler plus pour le même salaire en oubliant toute compensation. » non là je crois que vous vous trompez, un cadre par essence est plus considéré comme un travailleur ayant une tache à accomplir et qu’il doit accomplir quelque soit le temps imparti et en échange il y a une plus grande souplesse dans les horaires, c’est dumoins comme cela que c’est envisagé dans toutes les boîtes que j’ai pu fréquenter

        donc en réalité les cadres n’ont pas vraiment de 35h et devraient bénéficier de RTT en plus mais comme ils ne les prennent pas vraiment, cela ne change rien ! de toute manière il y aura la même quantité de travail à produire !

        combien de cadres deviennent dépendants des nouvelles technologies (téléphones et ordinateurs portables pour qu’ils puissent travailler partout, même chez eux le we !)

        on n’est plus à l’époque du « quand je rentre à la maison, je suis tranquile et j’ai fini ma journée » il y a une forte responsabilisation des cadres sans pour autant de contrepartie horaire ou de repos (même le repos légal n’est pas pris en compte pendant les moments de « rush »)

        pour en revenir au 35h, ce sont effectivement les cadres mais du public qui en ont le plus bénéficié (pas de reduction ni de gel de salaire pour un travail non axé sur la productivité et peu de responsabilité en dehors du temps de travail officiel)


        • JC BENARD (---.---.92.11) 12 février 2007 14:57

          Coprolithe,

          Vous écrivez : « non là je crois que vous vous trompez, un cadre par essence est plus considéré comme un travailleur ayant une tache à accomplir et qu’il doit accomplir quelque soit le temps imparti et en échange il y a une plus grande souplesse dans les horaires »

          Nous sommes parfaitement d’accord. C’est d’ailleurs à ce titre que 77 % ne prennent pas ou n’ont pas obtenu de RTT ni augmentation de salaire.

          Les cadres dirigeants qui bénéficient de conditions salariales élevées peuvent à tout moment agir pour voir évoluer leurs conditions de travail et de rémunération, la forfaitisation imposée aux cadres « moyens » dans l’informatique ou la grande distribution équivaut dans certains cas connus à rémunérer 75Heures 2000 €.

          Lorsque vous vous donnez à fond, il faut savoir si quelques jours de récup ne vont pas vous éviter la « surchauffe ».

          Tous les cadres connaissent l’engrenage : Surmenage = maladie = perte de votre emploi = combien de temps de chômage ?

          Mais en aucun cas bien entendu combien pourrait rapporte des heures supplémentaires ?

          Compte tenu de l’écart de plus en plus faible des rémunérations entre cadres moyens et salariés non cadre, il est évident à mon goût de repenser ce statut


        • coprolithe (---.---.30.64) 12 février 2007 15:36

          et bien nous nous rejoignons, il faut changer ces statuts obsolètes !

          la rémunération ne fait plus la différence entre un cadre et un non-cadre seulement l’engagement dans l’entreprise et les responsabilités qui vont avec ...

          je suis pour une suppression complète de ces statuts archaïques et pour une mise en place d’une rémunération prennant clairement en compte les résultats objectifs des salariés, une sorte de complément non négligeable de salaire distribué en fonctions de la réussite ou non des objectifs définis annuellement : comme dans tel type d’atelier moins de tant de % d’accident du travail etc...(ce qui est le cas aujourd’hui pour les cadres mais pas pour les non-cadres), telle productivité sur chaîne etc... ainsi qu’une participation réelle de tous les salariés

          bref la rémunération au mérite et au travail produit mais malheureusement la multiplication des minimas et des avantages qui les accompagnent ont fait que la classe moyenne( les cadres) disparait par effet de levier et de nivellement


        • Leonard (---.---.36.15) 12 février 2007 18:26

          Osef les horaires !

          « Qui définit les heures supplémentaires et en fonction de quoi ? »

          La question est mal posee : « Quoi définit les heures supplémentaires et en fonction de qui ? »

          C’est mon boulot qui defini mes horaires en fonction de personne et non mon boss qui me dit mes horaires en fonction de mon boulot.

          Dans mon boulot il y a des coups bourres ou il faut doubler les heures. Il n’est pas exceptionnel que je revienne au boulot un samedi et/ou un dimanche avec deja 50 heures de faites. Ca peut durer 2 ou 3 semaines d’affilees mais jamais en temps qu’exploitation puisque c’est moi qui decide de venir souvent contre le souhait de mon boss. Je sais ce que j’ai a faire, mon boss le sait aussi et il compense comme il peut : des jours de rattrapage quand ce sera le moment. Il a confiance en moi et j’ai confiance en lui. Si le boulot n’est pas fait a temps, les sous ne rentre pas, tout le monde sait ca.

          Mais je ne vis plus en france depuis des annees et ma progression de salaire connait une courbe plus pentue que mes copains rester aux pays.


          • JC BENARD (---.---.92.11) 13 février 2007 10:05

            Léonard,

            Vous déclarez : « Mais je ne vis plus en france depuis des annees et ma progression de salaire connait une courbe plus pentue que mes copains rester aux pays »

            Alors en quoi ce débat vous concerne t-il puisque vous avez l’air de vous épanouir dans votre pays d’adoption ?

            Pour avoir travaillé à l’étranger, j’ai pu constater que les cadres comme les autres salariés ont des horaires et qu’il est contrairement à la France impensable d’organiser une réunion de travail au delà des horaires légaux.

            La situation que vous décrivez est plus proche des carres dirigeants que celle de la très grande majorité des cadres qui n’ont obtenu ce statut que parce qu’il permet de les faire travailler 50 heures et plus avec un salaire non évolutif.

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