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11 mars 2011, remember Fukushima

C’était il y a pile 2 ans, et malgré les manœuvres des lobbys pro nucléaire tentant d’imposer le silence, la catastrophe de Fukushima reste encore dans toutes les mémoires.

Tout comme à Tchernobyl, (ou à Penly), c’est une fois de plus l’erreur humaine qui est à l’origine de la catastrophe, démontrant que toutes les sécurités du monde ne peuvent empêcher un accident majeur, et tirant la conclusion qu’aucun pays ne devrait être autorisé à produire de l’énergie avec une technologie représentant potentiellement un danger majeur.

Une autre leçon pourrait être tirée de cette catastrophe : de Three miles Island, à Fukushima, en passant par Tchernobyl, chacun de ses accidents a dépassé en violence le précédent, ce qui n’augure rien pour la suite, et comme les principaux pays ou le nucléaire est solidement implanté ont chacun eu leur accident, il ne reste plus guère que la France a avoir échappé provisoirement à l’accident majeur.

Or, d’après l’IRSN, s’il se produisait en France, il couterait entre 171 et 939 milliards. lien

La Cour des Comptes et l’ASN, (autorité de sureté nucléaire) ne disent pas autre chose dans un rapport paru en janvier 2012 en déclarant : « les estimations préliminaires de l’IRSN montrent un coût moyen compris entre 70 Milliards d’euros (…) à Three Miles Island en 1979, et 600 milliards d’euros à 1000 milliards d’euros pour accident très grave comme ceux de Tchernobyl ou de Fukushima ». lien (page 425)

Aujourd’hui, c’est une certitude, Fukushima aura des effets dévastateurs bien au-delà de Tchernobyl.

Pourtant, ce n’est pas ce que disaient les « experts » en la matière, comme par exemple James Stubbins, qui, peu de temps après l’accident avait affirmé : « la probabilité qu’il y ait un feu important comme à Tchernobyl où une importante émission radioactive comme à Tchernobyl je pense que c’est fondamentalement impossible  ». lien

Aujourd’hui encore, une importante partie de la population du secteur pollué habite toujours sur place, seul ceux qui habitaient dans le rayon de 20 km ayant été évacués, avec leurs enfants sous surveillance. lien

D’après la CRIIRAD « en l’absence de mesures de protection appropriées, des centaines de milliers de personnes auront encore subi en 2012 des doses de radiation inacceptables ». lien

Comme l’un des produits radioactifs relâché, le césium 137, ne décroit de moitié qu’au bout de 30 ans, on peut logiquement s’attendre à la multiplication des cas de leucémie, ou de cancers, au fil des années.

Les experts de l’OMS viennent d’ailleurs de faire état du risque d’une augmentation de certains cancers dans la préfecture de Fukushima : 6% pour le cancer du sein, 7% pour la leucémie, et 70% pour le cancer de la thyroïde. lien

D’autre part, les réfugiés de la région sinistrée ont décidé d’intenter le 11 mars, une « class-action » pour obtenir enfin une indemnisation mensuelle de 400 € chacun, à compter du jour de leur évacuation. lien

Dans le reste du monde, les médias se font très discrets sur cette catastrophe qui perdure au Japon, et pourtant, la situation est de plus en plus critique : « l’arrêt à froid  » décrété le 16 décembre 2011 ressemble de plus en plus à une opération de communication, les containers d’eau continuent de se remplir, TEPCO est encore incapable de déterminer l’état du combustible fondu, et il doit continuellement refroidir ce qui reste des réacteurs, provocant une production considérable d’eau radioactive, laquelle est stockée dans d’énormes réservoirs.

Les réacteurs 1, 2, et 3 rejettent toujours de l’ordre de 10 millions de becquerels à l’heure, et les fuites se multiplient sur les 4 km de tuyaux déployés pour évacuer l’eau contaminée. lien

Les réservoirs prévus sur le site ont une capacité totale de 257 000 tonnes, et le 11 décembre, les 237 000 tonnes étant atteints, Tepco à déboisé de nouvelles surfaces afin de pouvoir stocker jusqu’à 700 000 tonnes d’eau radioactive d’ici 3 ans, sauf qu’il faudra encore tenir 40 ans. lien

Cela représentera des milliers de containers, puisque depuis le début de la catastrophe, ce sont 500 tonnes d’eau radioactive qui sont produites chaque jour, ce qui signifie qu’en 21 mois, 315 000 tonnes d’eau radioactive ont été relâchées, et une bonne partie de cette eau est aujourd’hui dans l’océan. lien

Il faut croire que l’installation due à AREVA qui devait permettre une dépollution partielle de l’eau connait quelques défaillances. lien

En effet, 400 tonnes d’eau continuent chaque jour à s’infiltrer dans le sol, et d’après Shunichi Suziki, directeur général de Tepco, il faudra peut-être 4 ans pour régler ce problème, ce qui ralentit d’autant plus le retrait du combustible qui baigne dans les piscines, piscines dont une, celle du réacteur n°4 pose le plus de problème : pleine de trop d’assemblages, encombrée de poutrelles tombées sur le fond, et risquant de ne pas résister au prochain séisme, malgré les consolidations, même si Tepco affirme qu’elle va tenir le coup. lien

On pourrait aussi s’inquiéter des fumées remarquées sur le site, qui pourraient venir d’incinération illégale de déchets radioactifs. lien

Le gouvernement japonais a demandé à l’exploitant de revoir son calendrier, car le nettoyage du site pourrait prendre entre 30 et 40 ans, et la seule fermeture des réacteurs pourrait couter au moins 80 milliards d’euros. lien

Par tirage au sort, le 6 mars dernier, quelques médias ont été autorisés à visiter le site dévasté. Ils ont constaté l’irréalité de l’arrêt à froid, réacteurs et piscines étant continuellement arrosés, d’autant que l’équipe de France 24 a récolté 70 microSv en 2 heures, malgré les combinaisons radiologiques. lien

Et si, dans le fond, le nucléaire n’était qu’une banale histoire d’eau ?

En effet, sans l’eau, la radioactivité relâchée ne serait jamais plaquée au sol, et ferait vraisemblablement moins de dégâts.

Aux USA, sur le site de l’ex centrale de Hanford, site immense qui s’étend sur plus de 1500 km², à 250 kilomètres de Seatle, capitale culturelle et commerciale de l’Etat de Washington, des fuites radioactives, superbement ignorées par les médias américains, menacent l’environnement.

La centrale est fermée depuis longtemps, et un accord avait été passé entre le gouvernement fédéral et l’Etat de Washington jusqu’au 22 février 2013, date à laquelle Jay Inslee, gouverneur de l’état, à révélé que 6 réservoirs souterrains contenant des matières hautement radioactive fuyaient, dont du plutonium, la période de celui-ci étant de plus de 24 000 ans.

Sur ce site, il y a 170 cuves contenant 200 000 m3 de déchets hautement radioactifs, et selon Tom Carpenter, président de l’association écologiste Hanford Challenge, 149 cuves n’ont qu’une seule coque, le tiers de ces cuves ayant déjà connu des fuites, laissant s’échapper 3,78 millions de litres. lien

En France, ces fuites d’eau se multiplient, ce qui ne devrait surprendre personne, puisque certaines de ces centrales ont plus de 25 ans, ayant donc dépassé largement la date de péremption, le matériel vieillit, des fissures se créent, et l’eau fuit de tous côtés. lien

A Bugey, par exemple, ça fait déjà quelques mois que des fuites à répétition se produisent, même si elles n’ont été signalées que tardivement. lien

A Penly, ce n’est pas mieux : ce n’est qu’en février 2013 qu’on a appris que « des défauts d’étanchéités relevés sur certains puisards ont provoqué des fuites d’eau radioactive « , ce que savait le responsable du service de communication de la centrale dès octobre 2012  : 60 Becquerel/L de tritium avait alors été détecté dans la nappe d’eau souterraine. lien

Au Tricastin, 33 défauts de revêtement ont été observés sur 9 cuves dont 20 sur la seule cuve du réacteur n°1. lien

Un reportage sur l’état de cette centrale et les pannes à répétition de celle-ci, réalisé par next-up organisation est sur ce lien.

Et quid de la vieille centrale de St Alban qui accumule les problèmes ? lien

Au Luxembourg, Jean Asselborn, ministre des affaires étrangères, s’inquiétant de la vétusté de la centrale de Cattenom, l’a fait remarquer à Delphine Batho. la dangerosité et la proximité de cette centrale de la frontière du Grand Duché (à peine à 8 km) l’inquiète : « la seule solution valable serait que Cattenom soit débranchée  », d’autant qu’elle n’est pas protégée en cas de crash d’avion. lien

Un accident nucléaire en France, et c’est la fin de la démocratie…ainsi l’a écrit Antonio Pagnotta, auteur du livre « le dernier homme de Fukushima  ». lien

Pourtant tout espoir n’est pas perdu.

Dans l’émission de Ruth Stegassy « terre à terre », (France culture) l’invité était Jean Louis Basdevant, ancien professeur de physique à Polytechnique, formateur de générations d’ingénieurs des mines, fatalement pro nucléaires, et quelques jours après Fukushima, il avait publié un livre « maitriser le nucléaire : sortir du nucléaire après Fukushima  », prenant enfin conscience des dangers que véhicule cette énergie, énergie qu’il défendait auparavant. lien

Il a remarqué que nous avions un accident majeur en moyenne tous les 10 ans, alors que le nucléaire dans le monde ne rentre que pour 7% dans l’énergie consommée, ajoutant que si on passait de 500 réacteurs dans le monde, à 5000, on récolterait théoriquement d’un accident majeur tous les ans. lien

Aujourd’hui, ses amis le traitent avec mépris d’écolo, mais sa prise de conscience tardive devrait faire réfléchir tous ceux qui clament encore que le nucléaire est l’avenir.

Comme dit souvent mon vieil ami africain : « le monde est sombre quand on garde les yeux fermés  ».

 L’image illustrant l’article provient de « planetenonviolence.org »

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

Une pétition à signer pour défendre les énergies propres.

Films à voir : « fukushima, chronique d’un désastre  » ARTE

Terre Souillées, documentaire de Marie Dominique Robin

Beaucoup de vidéos sur le site de Scoop It.

A lire : « Fukushima, récit d’un désastre » de Michaël Ferrier

A découvrir : ce reportage dans la zone interdite, ainsi que ces vidéos décrivant chronologiquement la catastrophe.

Sites à visiter :

Le blog de Fukushima

Fukushima Diary

Scoop It

Next-up organisation

Blog de Jean Pierre Petit

Site de la CRIIRAD

Site de l’ACRO

ENENEWS

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Les réactions les plus appréciées

  • Par njama (---.---.---.110) 11 mars 2013 10:49

    les US ont procédé à une bonne centaine d’essais nucléaires en atmosphère au nez et à la barbe de leurs concitoyens !

    Un témoignage assez hallucinant  !

    AMERICAN GROUND ZERO
    LA GUERRE NUCLÉAIRE SECRÈTE
    CAROLE GALLAGHER MIT 1993

    Le 27 janvier 1951, quelques minutes avant les premières lueurs de l’aube, un bombardier B50 de l’Air Force tourna à gauche au-dessus des genévriers et des arbres de Josué [ Yucca du sud-ouest des Etats-Unis] et lâcha une bombe atomique dans le désert, à l’ouest de Las Vegas. La lumière de l’éclair réveilla les fermiers habitant plus au Nord, dans l’Utah. La secousse fit voler en éclats des vitres dans l’Arizona. Les radiations se répandirent dans toute ’Amérique, contaminant les sols de l’Iowa et de l’Indiana, les côtes de la Nouvelle Angleterre et les neiges de l’État de New-York, au Nord.

    Ainsi commençait le programme d’expérimentation scientifique le plus prodigieusement téméraire de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique. Durant les douze années qui ont suivi, les acteurs gouvernementaux de la guerre froide firent exploser 126 bombes atomiques atmosphériques dans les 2 150 km2 du site d’essais du Nevada. Chacun des nuages roses qui dériva au-dessus des plateaux et des vallées interdites appartenant aux terrains d’essais atomiques contenait des doses de radiation comparables à la quantité relâchée en 1986 après l’explosion du réacteur de Tchernobyl.

    Les Etats-Unis ont condamné l’Union soviétique pour avoir passé sous silence le désastre de Tchernobyl pendant trois jours, empêchant ainsi les Ukrainiens et les Européens de prendre des mesures contre les radiations. Mais de leur côté, les patrons de l’industrie des armes nucléaires américaines ont, pendant 30 ans, tout fait pour sauvegarder le secret médical et scientifique, afin de camoufler la contamination de vastes zones de l’Amérique du Nord résultant des explosions atomiques sur le site d’essais du Nevada.

    AMERICAN GROUND ZERO
    LA GUERRE NUCLÉAIRE SECRÈTE
    CAROLE GALLAGHER MIT 1993
    le livre est en PDF téléchargeable ...
    http://www.dissident-media.org/infonucleaire/American_Ground_Zero.pdf

    A ces explosions sur le continent américain, il faut ajouter celles de l’Opération Crossroads dans l’atoll de Bikini au cours de l’été 1946, il s’agissait des premiers essais atomiques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est aussi la dernière grande expérimentation du projet Manhattan ...

    Image de l’ explosion Baker le 25 juillet 1946

    (selon Wikipedia) 520 explosions nucléaires expérimentales ont été effectuées dans l’atmosphère entre 1945 et 1980 par cinq États :
    Etats-Unis 210 / URSS 216 / Royaume Uni 21 / France 50 **/ Chine 23

    ** France, chiffre incertain, sous évalué ? 50 ou 58 ?
    « Selon des chercheurs algériens, 17 essais nucléaires au total ont été menés par la France au Sahara, dont 4 à Reggane, entre 1960 et le retrait définitif de l’armée française de cette région en 1967. Ces tirs réalisés entre 1960 et 1966 dans le cadre des accords d’Evian » ICI

    La France aurait mené 41 essais nucléaires atmosphériques en Polynésie entre 1966 et 1974 ICI

  • Par Gabriel (---.---.---.98) 11 mars 2013 10:23
    Gabriel

    Bonjour Olivier,

    Le Nucléaire est incontrôlable en cas de catastrophe majeure. Ce n’est pas être partisan que de dire cela, c’est un fait avéré ! Des fortunes vont être englouties pour continuer, développer et entretenir une aberration technologique inaboutie en terme de sécurité. Depuis l’aube de la conscience jusqu’au milieu du siècle précédent, l’homme devait vivre avec la perspective de sa mort en tant qu’individu mais depuis Hiroshima, l’humanité doit maintenant vivre avec la perspective de son extinction en tant qu’espèce biologique. 

  • Par jako (---.---.---.200) 11 mars 2013 09:40
    jako

    Bonjour Olivier, je vous attendais, merci de ce rappel . Il y a eu ( et y a encore) sur rtbf (pays de Tiange et Doul) une série d’émissions et même un film ce soir tout à fait critiques qui cernent bien les problèmes de ce système incontrolable.

  • Par Electric (---.---.---.204) 11 mars 2013 20:19
    Electric

    Salut Olivier.

    Rien à ajouter, le merdier continue, continue, continue, .....

    A 100km au nord de la centrale, les pêcheurs japonais sortent, pêchent, mettent la poiscaille dans des barils de flotte, rentrent au port, mesurent le taux de radioactivité, pèsent les poissons devant un mec de Tepco, rejettent les poissons encore vivants à la flotte car trop contaminés, et touchent un chèque de Tepco au prix du marché.

    C’est ça le nucléaire : Kafka à la puissance 1000.

    Un monde absurde, où plus rien n’a de sens.

    Le degré zéro de l’humanité.

    Le nucléaire ça tue et ça rend fous les survivants.

    On devrait envoyer les nucléocrates à la pêche.

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