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Bras ballants

Les problèmes d’environnement sont tellement gigantesques qu’en certaines circonstances, on en viendrait à céder au sentiment d’impuissance. Pourtant, en faisant le lien avec la démocratie, un espoir persiste.

Les voilà devant le juge, mais qu’est-ce que ça va changer ? Quel que soit le résultat du procès, nous n’aurons pas le sentiment d’avoir des côtes sécurisées. Puisqu’on le sait, c’est jusqu’aux paradis fiscaux qu’il faut remonter et vers un gouvernement mondial qu’il faudrait se tourner. On aurait bien besoin, dans ces moments où le sentiment d’impuissance l’emporte, de reprendre les choses à la base. Qui pourrait encore dire : « Cela ne me concerne pas... » ? Il semble n’y avoir qu’une seule attitude qui convienne, comme réponse au gâchis écologique, c’est l’action citoyenne, c’est qu’on s’en mêle tous. Et c’est un vent de responsabilité qui souffle sur les plages mazoutées, il est salvateur.

Dans ces jours où à nouveau le pétrole est répandu sur le sable, et où son odeur vient jusqu’au prétoire, on se rappelle que la roche la plus précieuse de la planète est exploitée par l’espèce la plus intelligente. Sur la plage de Quiberon, le 26 décembre 1999, quand l’Erika était là, comme aujourd’hui autour de l’île Grande, comme on se sentait loin du pouvoir...

Enfants impuissants n’ayant aucune prise. Comme nous étions loin des responsables. Avec nos cartons plein d’oiseaux à l’agonie ou notre pelle et notre seau devant les plaques de mazout et les cordages englués, comme nous étions proches de la réalité...

Loin du pouvoir, proches de la réalité.

A l’heure où les îles de Bretagne, à l’heure où ces joyaux sont à nouveau souillés, que de bras ballants sur la plage... On vient voir, on gare sa voiture, à peine sort-on qu’on est pris par l’odeur, on traîne les pieds, écœurés, on repart, l’estomac retourné.

Faire quelque chose contre ça, tout le monde le veut. Mais quoi faire ? Sentiment d’impuissance. Pourtant, dans une démocratie, l’Etat c’est nous, et l’Etat, puisqu’il est souverain, peut tout. Ou alors, qu’en est-il de la souveraineté ?

Les gens sont là, ils expriment leur révolte, leur méfiance quant à tout ce que disent les responsables : « Des menteurs ! », voilà ce qu’on entend : « Des gens qui nous trompent ».

Et nous, citoyens, militants de l’environnement, nous qui sommes engagés dans nos associations, résolument à la recherche de dynamiques positives, dans une construction sociale qui privilégie l’écoute, la recherche de la compréhension commune, en dehors de tout rapport de forces et ceci avec tous les cercles de pouvoir ; sociaux, économiques, politiques, médiatiques... nous nous sentons mal. Notre esprit positif, constructif - persuadés que nous sommes que le bon sens doit l’emporter, parce que mettre fin au gâchis auquel on assiste, c’est juste du bon sens - cet esprit positif, il semble trouver ses limites. Sur la plage mazoutée, c’est la colère qui l’emporte, un sentiment de trahison et d’écœurement.

Les milliers d’acteurs de la société civile organisés en associations choisissent le plus souvent de trouver la voie de l’action concrète et constructive et du dialogue, nous nous interrogeons et nous ne devons pas nous étonner si certains, qui se taisent ou éructent, nous regardent comme des chiens de garde de l’ordre établi qui permet ça et dont nous apparaissons comme si proches avec nos maigres subventions dans les poches.

Il faut poursuivre pourtant ce pari, garder à l’esprit que nous sommes nombreux et que, de plus en plus, de listes de discussion en repas de quartier, de stages en réunions publiques, de rencontres en colloques, puis de forums en assises, nous nous organisons entre nous, ce que l’homme sait le mieux faire, c’est une réalité aussi. Des acteurs nombreux qui se mobilisent, de nouvelles organisations qui rejoignent des collectifs, des groupes de travail qui réfléchissent sur tous les aspects de la mise en œuvre de l’action pour l’environnement, des entreprises qui participent à la construction du sens et qui nous apportent de nouveaux moyens financiers... La participation est là, nos actions sont riches de ça, allons vers plus de participation.

Tous ceux qui veulent construire en commun en se retrouvant en un lieu ou à distance via Internet participent à l’élaboration de projets concrets et de plans d’action. Et n’auront finalement les bras ballants que bien peu de personnes... juste celles qui voudront.

C’est participer que nous avons à faire tous, participer au destin de nos territoires de vie et de notre terre, l’intelligence le commande. Chacun peut trouver sa place, l’exclusion n’est pas de mise, et c’est naturel.

Ce qu’elle a dans les mains de plus précieux, l’espèce humaine, outre cette roche magique qu’elle dilapide, c’est la démocratie, qui n’est ni un acquis, ni aboutie, mais une conquête de tous les jours. Alors rappelons-nous, il en est de l’environnement comme de la démocratie : pas un dont l’absence de participation ne porte tort à l’ensemble.

Et lui avec sa pelle, là-bas tout seul, sur sa plage, ventée, humide, froide et puante, il est tout sauf ridicule. Il est beau. Il est plein de la légitimité de tous ceux qui agissent, son geste est souverain. C’est à lui que les générations futures rendront hommage, et plus encore, si c’est le cancer dû au pétrole qui l’emporte.

Roland Gérard


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14 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 19 février 2007 10:42

    merci pour cet hommage au milliers d’anonymes qui sont allés nettoyer l’immonde pétrole toxique et visqueux de l’Erika ,catastrophe dont les responsables essaient toujours de se défiler financèrement malgré les profits indécents affichés cette année smiley


    • (---.---.144.164) 19 février 2007 10:52

      Je ne vois pas en quoi Total serait responsable de cette maré noire. Si votre déménageur défonce une vitrine, c’est vous le responsable ? C’est nouveau ca !

      Par ailleur, je ne vois pas non plus en quoi les profits de total serait « indécents », ca ne veut rien dire, c’est même complétement irrationnel.

      Mais si Total dérange tant que ca, il peut délocaliser, suffit de demander.


      • maben (---.---.177.125) 19 février 2007 11:17

        Bonjour,

        Je ne suis pas d’accord avec vous sur la comparaison avec le déménageur, trop réductrice. Car si je veux que mon déménagement se passe dans des conditions optimales et avec le minimum de risque je fait appel a des déménageurs (avec du matériel aproprié pour le déménagement)et pas une vieille estafette dont on s’interroge sur la possibilité pour elle de faire plus de 2km. L’Erika était une épave flottante ... Total s’en fiche que les bateaux qu’il affrete soient des poubelles du moment que cela lui coute le moins cher possible.

        Côté délocalisation ... je ne vois pas trop comment Total pourrait le faire plus.

        Pour les profits « indescents » l’expression est bonne ... Comment qualifier une entreprise qui a détruit et souillé un écosysteme temporairement (sans même mettre la main à la poche ou prendre la responsabilité du nettoyage) et qui génére d’important profits ?

        En tout cas on sait pourquoi on y va plus par hasard chez total ...

        Cordialement


      • LE CHAT LE CHAT 19 février 2007 13:16

        ça veut dire que total a profité de la spéculation sur les tarifs du brut pour s’engraisser sur le dos des consommateurs dans un contexte d’entente sur les prix entre fournisseurs .

        autre exemple de profits indécents , ceux affichés par les banques , par exemple ceux du crédit agricole qui se vante sur une affiche d’avoir triplé ses benéfices en 5 ans , sur le dos de qui ? nos salaires sont loin de suivre la courbe des profits ...........


      • Marie Pierre 19 février 2007 11:08

        Merci à vous pour cet article. Effectivement, peu après le naufrage de l’Erika, un grand nettoyage était « organisé ». Sur les plages du Morbihan, de grandes bâches où chacun pouvait déposer sa sinistre collecte. Bâches retenues par 4 cailloux, s’envolant au moindre coup de vent et redéposant le goudron un peu plus loin. Découragement.

        Puis certains arrogants, comme à Belle Ile. Grand hôtel qui n’offre même pas un café aux bénévoles qui venaient nettoyer sa plage. Découragement.

        Et Dominique Voynet, ministre de l’environnement à l’époque, qui estimait qu’elle n’avait pas besoin d’interrompre ses vacances car ce n’était pas une catastrophe nationale. Aujourd’hui, elle déclare qu’elle était présente depuis le début. « Qui voit Groix, voit sa croix » : faudrait lui appliquer ce dicton.

        Ce qui va changer ? Ce qui devrait changer : que l’affrêteur soit autant responsable, qu’il vérifie bien les navires qu’il utilise. Et que les marins de l’Abeille (chargés de venir en aide aux navires en difficulté dans des temps extrêmes) ne soient pas mis en cause comme certains le voudraient. Et qu’une vraie politique européenne porte ses fruits.

        Et pour finir, un lien vers une chanson : http://diato.org/paroles/marilis.htm


        • generationsfutures (---.---.158.40) 19 février 2007 11:13

          Je ne suis absolument pas d’accord avec le fond de l’article. Ceux qui ont été ramassés le fioul de l’Erika n’ont pas accompli un devoir héroïque, ils ont tout simplement fait une connerie.

          Ce qu’il fallait faire, c’était laisser le nettoyage à des professionnels en obligeant total à payer lourdement le nettoyage. Ce qu’il faut faire aujourd’hui, ce n’est certainement pas prendre sa pelle et son seau la prochaine marée noire venue. La seule chose à faire, c’est diminuer drastiquement notre consommation de pétrole au quotidien en limitant l’usage de la voiture, en limitant son gabarit, sa puissance, son confort... Il faut moins manger de viande, moins consommer d’informatique (qu’est-ce que je fais en ce moment smiley ? ). Il faut habiter dans des habitats moins grands pour conserver un niveau de chauffage similaire.

          Mais tout cela, j’en conviens bien, c’est beaucoup plus difficile que de prendre sa pelle et son seau.

          Ciao


          • pierrarnard (---.---.86.85) 19 février 2007 11:33

            Monsieur, quand vos toilettes sont bouchées, vous attendez le plombier 2 ans avant de chier ou vous faites quelque chose rapidement avec vos petites mains ???

            Quelque soit le bien fondé du système actuel, et il est sacrement perfectible, il existe et il faut faire avec, c’est une réalité tangible.

            Dire yavékapa ou yfalè izorédu en psalmodiant de grandes vérités à 2 balles devant sa cheminée un verre à la main c’est bien, mais cela ne mène pas loin....

            Si vous etes assis dans votre jardin et que vous voyez un 38 tonnes en vrac qui vas venir vous écraser, restez vous en place en disant« il roulait trop vite,il n’a pas à faire cela, ce n’est pas normal qu’il soit la, je vais attendre que les flics le verbalisent et que la DDE mette une glissière de sécurité devant chez moi ???? »

            Les bénevoles qui sont venus de partout choper le cancer en aidant à limiter les dégats aprécieront certainement la bonne leçon que vous venez de leur donner, qu’il vous était plus difficile de rester chez vous à pondre des théories fumeuses que de venir mettre les mains dans la merde...

            Merci pour eux, monsieur !!!

            Pierrarnard


          • Gasty Gasty 19 février 2007 13:56

            A Barbara, qui s’est exposé durant une journée entière pour venir en aide aux sinistrés. Pas d’héroisme ni de connerie mais la conséquence des saloperies étalés par des salauds et un simple « acte civique » en réponse.

            PS:Elle va très bien.


          • Guilhem (---.---.91.97) 19 février 2007 11:55

            Il faut dire également que les dégâts environnementaux ne sont pas la priorité des pouvoirs publics.

            Exemple, il y a sur mon trajet domicile travail un chantier pour une grande surface spécialisée, régulièrement le matin quand je passe il y a un grand brasier (et vu la couleur de la fumée ce n’est pas que du bois), la loi oblige tous les professionnels à faire enlever leurs déchets leur déchets en vu de recyclage (mais ça coûte).

            Récemment, exaspéré par la situation (je brûle mes ordures dans la rue moi ?) je décide d’appeler la gendarmerie en leur expliquant la situation :

            - réponse : Et alors ?

            - moi : ben c’est strictement interdit !

            - réponse : Mais ils font brûler quoi ?

            - moi : j’en sais rien et peut importe c’est interdit. Il parait que la loi est la même pour tout le monde.

            - réponse : Là la patrouille est sur autre chose on ira peut être voir après.

            Le lendemain nouveau brasier...

             smiley


            • pierrarnard (---.---.86.85) 19 février 2007 12:26

              si ils interviennent il seront face a un gars qui leur dira :« j’ai pas les moyens de faire autrement, si vous m’empechez de faire cela je met 5 personnes au chomage ». Le gars appellera le maire ou le député qui rappellera les gendarmes ( qui ne votent pas )pour leur dire de calmer le jeu....parce que le pyromane et ses employés votent... Donc il est moins contraignant de poser des radars en bout de ligne droite que de lutter contre la pollution qui n’est pas grande cause nationale, elle...


            • Martine (---.---.41.48) 20 février 2007 08:48

              il a été oubllié de signaler que l’aquarelle qui accompagne l’article a été réalisée par Patou Deballon,le merveilleux illustrateur du Nord dont il faut aller voir le site et les carnet de voyage sur le net !


              • Rdlm (---.---.114.107) 20 février 2007 20:14

                Pour les écolos convaincus qui sont loin d’être écolo à l’insu de leur plein gré !!!! smiley


                • Ronfladonf (---.---.64.116) 2 mars 2007 13:41

                  Enfin !

                  Je me sens moins seul ... ces vérités que Yahoo ! a véhiculé... ça fait des années que je me bats pour les montrer :
                  - pour faire un litre de biocarburant il faut plus d’un litre de pétrole
                  - recycler le papier coute plus cher à l’environnement en eau et en polluants que d’arracher des arbres et en replanter d’autres...
                  - etc...

                  Tous ces grands principes de « décroissance » sont en fait une vaste fumisterie qui a pour seul but de calmer les écolos ! J’avais même été censuré sur Agora pour avoir essayé de publier un article sur le sujet...

                  Ca fait du bien de savoir qu’on n’est plus seuls... Merci


                • Jean Vladimir 18 septembre 2007 19:21

                  Pourtant en faisant le lien avec la science, la physique, la vraie : www.savoir-ce-qu-est-l-univers-et-ce-que-nous-avons-a-y-faire.net , en page 8 on peut trouver l’énergie atomique inoffensive et inépuisable par exemple . . .

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