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Chimilin ne veut pas mourir

Le 17 février 2012, à l’initiative de la Municipalité de Chimilin, de l’ADEC (association de défense de l’environnement chimilinoise) et de Non Merci, la petite salle des fêtes du village était bien remplie, et les citoyens inquiets sur le sort que leur réserve le Lyon Turin LGV-fret, sont venus dire non au projet qu’on veut leur imposer.

Les participants à cette réunion publique ont bien compris que, même si leur habitation n’était pas directement menacée, leur patrimoine en subirait le contre coup, puisque ce projet ferait baisser d’environ 30 % la valeur d’un grand nombre de propriétés du village, et des alentours, ce qui a été confirmé récemment par une agence immobilière du secteur.

Il faut ajouter à ça le bruit incessant des rames de trains qui traverseraient le village, (lien) déjà amputé par l’autoroute A43, le tarissement des sources et puits, les routes coupées, le ballet des camions qui, durant les 5 ans du chantier, encombreront les routes, avec leur lot de poussière, de terre, de bruit, et l’immense viaduc, qui passant au dessus de l’autoroute, défigurerait définitivement ce petit village paisible, (lien) alors que le bien fondé du projet n’a jamais été prouvé. lien

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Viaduc

Les organisateurs de la réunion ont appelé tous les habitants à venir exprimer leur indignation dans le document proposé par le commissaire enquêteur, qui sera mardi 21 février en mairie, de Chimilin, afin de les recevoir.

Ils ont rappelé qu’au mépris de la législation en vigueur, l’alternative au projet ne figure pas dans le dossier de l’enquête publique, et que la phase proposée, allant de Lyon à Chambéry est contraire aux recommandations de l’expertise indépendante financée, en 1997, par la Région laquelle préconisait de réaliser en priorité le tunnel de base sous les Alpes avant toute autre chantier.

Il y a en effet un projet alternatif réalisé par Michel Martin, ingénieur, qui en transformant la ligne historique qui va d’Ambérieu à la vallée de Maurienne, permettrait de répondre aux mêmes exigences que le projet actuel. lien

Ce projet aurait l’avantage de supprimer toutes les nuisances de cette ligne, qui même si le projet en cours se réalisait, verrait quand même passer des trains de fret ou de voyageurs.

De plus, le projet alternatif voyageur, avec les aménagements proposé par cet ingénieur, permettrait lui aussi de faire passer des TER, voire d’aller jusqu’en Italie, puisque le tunnel historique ferroviaire du Fréjus, a été modernisé passant au gabarit B1, et permettrait le trafic de fret, et de voyageurs. lien

Les citoyens menacés par le projet ont obtenu une prolongation de 15 jours de l’enquête d’utilité publique ; ils vont demander une autre prolongation d’un mois, et la mise à l’enquête du projet alternatif, lequel répond aux objectifs du Grenelle de l’environnement confirmé par le décret du 3 août 2009.

Afin de sensibiliser encore mieux les populations, la municipalité de Chimilin proposera sur la place du village une photo géante montrant le projet de viaduc, et les organisateurs se sont donnés rendez vous pour d’autres actions, se mettant à la disposition des habitants pour les aider à mieux comprendre le projet.

Du côté Savoie, un vent de fronde s’est levé, et la Municipalité de La Motte Servolex est entrée en résistance, en refusant purement et simplement le projet, constatant qu’il n’est plus que le prétexte à créer une liaison entre Lyon et Chambéry, avec comme finalité une gare TGV en plein cœur de cette ville, faisant rentrer à terme en plein cœur de Chambéry 40 millions de tonnes de marchandises, bien que cette possibilité soit battu en brèche par la concurrence des tunnels suisses et autrichiens.

En effet, ils semblent oublier que ces tunnels ouverts récemment ont déjà capté une bonne partie de ces marchandises ; Aujourd’hui, le transport en Maurienne stagne depuis des années aux environs de 8 millions de tonnes, et d’après l’OFT (office fédéral des transports suisses, le trafic de marchandises s’est écroulé passant de 8,6 millions de tonnes en 2000 à 2,4 millions en 2009.  lien

Autre aspect non négligeable pour les voyageurs, avec le tunnel de base de 54 km de long, les touristes voyageront sur près de 150 kilomètres dans différents tunnels ou tranchées couvertes, ce qui n’encourage pas au voyage.

Quant à la création d’emplois, surestimées volontairement par les promoteurs du projet, elle ne dépassera pas les 3000 emplois, et l’on sait déjà qu’une bonne partie de ceux-ci seront recrutés en Bulgarie, ou d’ailleurs. lien

Par contre, un projet alternatif, réalisable progressivement, est de nature à donner du travail aux entreprises locales, et peut s’étaler sur une dizaine d’années.

 A la Motte Servolex, une réunion publique va se tenir le 24 février 2012, afin de proposer des arguments de réflexion à toute la population.

Du côté italien, l’opposition ne faiblit pas, et sur le terrain occupé par l’armée, sur lequel devait se creuser une descenderie, pas le moindre coup de pioche n’a été donné, alors que les médias français, et le gouvernement affirment que tout est réglé, et que le chantier est bel et bien en route.

Mais il y a mieux.

Les résistants de NOTAV ont découvert un étrange « pot aux roses ».

L’accord qui a été signé entre la France et l’Italie comportait une clause qui a été volontairement occultée.

Alors que l’on se flatte des deux cotés de la frontière que l’Europe débourserait 40% d’un chantier estimé à 8,5 milliards d’euros, il n’y a en réalité aucune certitude sur cette affirmation pour le moins présomptueuse.

En effet, il est dit en toute lettre dans l’article 1, 3ème alinéa de l’accord que celui-ci ne constitue pas l’un des protocoles additionnels prévus par l’article 4 « il n’a pas comme objet de permettre le démarrage des travaux définitifs de la partie commune italo-française, qui demandera l’approbation d’un protocole additionnel séparé, en tenant compte en particulier de la participation définitive de l’union Européenne au projet ».

En clair, rien n’est fait, et si aujourd’hui, en France, on lance l’enquête d’utilité publique sur un tronçon de la partie française, il n’y a à ce jour pas la moindre certitude que le tunnel de base franco-italien soit financé un jour par l’Europe, et donc pour l’instant aucune garantie que ce tunnel puisse être creusé un jour..

D’autre part, même si l’union européenne s’engageait en fin de compte, sur la base de 40%, cela ne ferait jamais que 3,4 milliards d’euros, assez loin du compte définitif qui, pour la partie française se monte à 25 milliards d’euros.*

Comme le disent les militants de NOTAV « la signature de cet accord montre que l’Italie et la France agissent pour faire débourser à l’Union Européenne des milliards d’euros pour un projet inutile  »

Ils ont prévenu de cette manipulation scandaleuse Slim Kallas, commissaire européen aux transports, ainsi que les 4 députés européens qui étaient venus en délégation les 9 et 10 février visiter le Val de Suze, afin de constater la situation sur place. lien

Par ailleurs, Alain Margery, inventeur du procédé R-shift-R, vient de se voir décerner une belle récompense, par le ministère de l’écologie, du développement durable et des transports, et a obtenu un financement. lien

Rappelons que ce procédé permettrait de gagner facilement des parts de marché, facilitant le report des marchandises de la route vers le rail.

Autre avantage non négligeable, R-shift-R charge indifféremment des containers, des remorques, voire des camions entiers.

Répondant aux trois critères principaux qui permettent ce report : chargement et déchargement des marchandises en moins de 6 minutes, vitesse des convois de 130 km/h, pouvant franchir des pentes de 30 pour 1000, R-shift-R ne nécessite pas la création d’une voie nouvelle, et sera manifestement une révolution dans le transport ferroviaire. lien

Au moment ou 80% des français préfèrent un développement des TER, contestants les projets LGV inutiles, et ou la SNCF, couverte de dettes, (lien) envisage de supprimer des lignes TGV, ou d’en réduire la desserte, (lien) il serait peut-être temps d’écouter les signataires de la Charte de Hendaye, et de faire preuve de sagesse. lien

Car comme dit mon vieil ami africain : «  il vaut mieux arriver en retard qu’en corbillard  ».

Le dessin illustrant l’article a été réalisé par l’auteur.

Merci à Corinne Py pour son aide efficace et au mouvement NOTAV.

Olivier Cabanel

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par olivier cabanel (son site) lundi 20 février 2012 - 14 réactions
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  • Par paul (---.---.---.179) 20 février 2012 18:31

    Bonjour Olivier,

    Je partage les inquiétudes que soulève ce projet quelque peu pharaonique : 145 km de voie nouvelle dont 86 km en tunnel ou tranchées couvertes ( bonjour le paysage ! ) .
    Pour l’environnement , l’impact des viaducs en sortie de tunnel, à Chimilin et à la Motte Servolex, sera fort : aux plans visuel, acoustique et foncier ( dépréciation mobilières ).
    Il y a aussi l’impact des 10.000 millions de m3 de déblais à mettre en dépôt ( sites à l’étude ) et le trafic des engins de chantier pendant une bonne dizaine d’années .

    La justification économique du projet repose sur des hypothèses de croissance de trafic et de report modal du fret sur le rail, ainsi que de nouveau trafics induits .
    Ces hypothèses ne semblent pas réalistes, vu que le trafic PL sur cet itinéraire a peu augmenté ces dernières années, avec la concurrence d’autres itinéraires, notamment coté Suisse .
    De plus, la SNCF n’ pas démontré jusque là ( pour cause de Sernam ? ) une grande volonté de favoriser le report modal. Il est peut être un peu tard pour que les transporteurs changent leurs pratiques, sauf à promouvoir de couteuses incitations financières .
    Le Conseil Général de l’Environnement et du Développement durable a réalisé fin 2011, un avis relativement critique sur les justifications socio-économiques .
    Les dossiers soumis à l’enquête ne permettent pas d’évaluer la pertinence de solutions alternatives , moins couteuses et plus respectueuses de l’environnement . La voie actuelle comporte 35 km de voie unique : n’y a- t il rien à améliorer ?

    La partie soumise à DUP concerne les 2 premières phases de travaux à l’horizon 2025, d’un montant de 8 milliards d’E. Or les hypothèses économiques favorables au projet reposent sur un projet complet à l’horizon 2035 . La réalisation d’un projet aussi couteux à marche forcée fait de plus en plus douter de sa pertinence .

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