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Climator

L'armée française l'ignorait, mais un nouvel ennemi nous menace : le réchauffement climatique...

 

"Le climat, nouvel ennemi de l'armée française." Passons sur les références à l'armée américaine, modèle environnemental pour Hervé Kempf qui écrit la semaine dernière dans le Monde : je lui signale qu'elle brûle en un an l'équivalent du budget de la Nasa pour sa climatisation ! Passons aussi sur les réponses institutionnelles : à quoi servent les 'livres blancs', les cercles de ceci et les centres de cela, si les mots d'ordre s'inter-changent d'une décennie à l'autre : avant-hier le théâtre centre-Europe, hier l'interposition, aujourd'hui le contre-terrorisme ? Où est la ligne directrice ? La France ressemble à celle du Second Empire déclinant, avec ses parlementaires imposant à l'armée une professionnalisation à la veille de la guerre de 1870.

Première remarque du journaliste : l'impréparation des armées face aux risques naturels, avec comme exemple le tremblement de terre pakistanais de 2005. J'adhère à cette remarque, mais ne vois aucun rapport avec le climat.

Deuxième remarque : le tsunami de mars 2011 crée un précédent (même question sur le rapport avec le réchauffement climatique) et personne ne se demande dans l'armée ce qui se passerait en cas d'accident nucléaire en France ? Mais les politiques ont tranché, Hervé Kempf ! Contre toutes logiques, ils ont décidé qu'il n'y avait aucun problème : Nogent secret. Reprocher aux militaires d'obéir est assez curieux.

Troisième remarque : les militaires prêtent l'oreille aux 'climato-sceptiques' ! Et alors ? Ce n'est quand même pas un mystère pour le journaliste du Monde si une majorité d'officiers lisent quotidiennement le Figaro toujours prompt à donner la parole à Claude Allègre. Pour ma part, je n'hésite pas entre les deux. Mais va t-on imposer des lectures obligatoires, avec une police de la pensée ?

La quatrième remarque découle de la précédente : les officiers rétorquent aux climato-sensibles interrogés par Hervé Kempf que leur priorité est pour l'heure les missions de l'armée française en Afghanistan. Ils ont parfaitement raison. L'ordre provient directement du président de la République.

La conclusion laisse entendre que les militaires devront justifier leur existence. Dont acte

"" Enfin, la Défense pourrait être sensible à un argument évoqué par M. Tourtelier : " Si les militaires apparaissaient comme la face avancée de la protection des populations, on aurait moins de mal à faire voter nos budgets. " ""

En tant qu'agrégé enseignant la géographie aux Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan - seul en la matière - je voudrai signaler à Hervé Kempf qu'il ferait bien de se renseigner sur le fond de l'affaire. A l'Ecole Spéciale Militaire (Saint-Cyr) et à l'Ecole Militaire Inter-Armes, les cours de géographie se comptent sur les doigts de quatre mains. Dans ce cadre horaire, je ne peux fournir que des bases en climatologie et plus généralement en géographie-physique. A chaque fois, je prends soin d'associer ces champs d'étude avec ceux de la géographie urbaine, ma spécialité d'origine.

On peut voir cette réalité sous deux angles. (1) Les élèves-officiers reflètent les caractéristiques d'élites françaises en partie ignorantes des menaces réelles qui pèsent sur notre pays. Mon auditoire n'est pas conquis d'avance, mais il se montre au final attentif. A ce titre, le commandement juge suffisant le volume horaire  consacré à la géographie ! Mais Hervé Kempf a t-il jaugé les mêmes enseignements à Polytechnique, l'Ecole d'origine de l'ex-ministre de l'Environnement, ou à l'ENA ? Que savent les futurs préfets des risques naturels ?

(2) La deuxième explication me paraît bien plus pertinente. Les élèves-officiers n'ont 'qu'une' quinzaine d'heures de cours de géographie physique parce qu'il faut en même temps laisser la place aux vingt autres priorités fixées en haut-lieu. Ainsi, ils doivent être bons soldats et bons officiers, bons sportifs, bons anglicistes, fins connaisseurs de disciplines aussi variées que le droit, les relations internationales, l'économie, la gestion, la sociologie, les ressources humaines, et j'en passe sans même m'appesantir sur la filière SDI formant de futurs ingénieurs...

Alors je ne verrais pas d'inconvénient à une énième réforme dans cette belle Ecole. Elle édicterait la primauté de la géographie et l'histoire. J'applaudirais si l'on instaurait un cours sur la géographie de la France, ses littoraux menacés par une submersion, ses terres agricoles menacées par la sécheresse et ses forêts par les incendies, ses vallées inondables envahies par l'urbanisation, ses Alpes-Maritimes sismiques, etc.

Cela se ferait toutefois au détriment d'autres disciplines qui toutes peuvent avancer leur extrême utilité. Au fond, cette histoire de réchauffement climatique à la sauce militaire est une métaphore instructive. L'armée croule sous les missions avec des moyens contraints. Ne pas choisir, c'est le legs de la présidence Sarkozy après d'autres. Mais François Hollande semble lui-même ne vouloir renoncer à rien (voir note).

Et il n'y a que vingt-quatre heures dans une journée, même sous le soleil précoce de la mi-mars.

Note : Google+ du 12 mars "" Il est juste de l'indiquer dès le départ. Quitte à faire retourner mon pauvre père dans sa tombe je n'exclus pas de voter pour François Hollande au deuxième tour. Si les circonstances se présentent. Mais je ne peux rester coi à la lecture du discours du candidat socialiste sur la Défense. Ma déception est réelle, qui dépasse sa seule personne. Comment le niveau de réflexion est-il tombé aussi bas ? Pourquoi une telle absence de propositions originales ?

Les deux références historiques sont bancales. Si j'avais à me référer à Jean Jaurès, fort de Charles Péguy, je retracerais l'histoire de l'affaire Dreyfus. Mais Jean Jaurès comme figure tutélaire de la tradition militaire française me semble mal trouvé ; c'est dans le dernier paragraphe.

Par ailleurs, François Hollande est né quelques mois après la reddition de Dien Bien Phû, en août 1954. Quelques semaines avant la Toussaint rouge (1er novembre), une vague d'attentats ensanglantent l'Algérie.

"" J’appartiens à une génération qui a eu la chance inestimable de ne pas avoir connu la guerre dans son pays. ""

La guerre au terrorisme a échoué. Il fallait avoir le courage de reconnaître l'erreur de Lionel Jospin en 2001-2002. Il fallait avoir le courage de reconnaître qu'extrait de son contexte, le ralliement de la France au commandement intégré de l'OTAN décidé par Nicolas Sarkozy était logique.

La géopolitique version Hollande ne diverge pas de celle de Nicolas Sarkozy : lutte contre Aqmi, relance de la paix au Proche et au Moyen-Orient, fermeté vis-à-vis de l'Iran, condamnation du régime syrien. Concernant l'Afghanistan, le socialiste recommande un retrait 'dans les meilleures conditions possibles'. Mais les militaires français ne sont déjà plus mêlés à des missions de combat sur le terrain ! Il fallait tonner lorsqu'il était encore temps. A l'époque où le PS pratiquait le silence-radio.

En bref, nos ennemis sont ceux de tout le monde, et nos frontières entourent un pays virtuel. Les cinq engagements du candidat socialiste reprennent les grands axes déjà poursuivis : à la croisée de la politique industrielle et de l'effort de Défense.

Alors pourquoi ne pas construire un bateau avec des Anglais ou un avion avec des Allemands ? Une chose devrait préoccuper un futur président. C'est le rapport coût/efficacité des équipements de l'armée française. Et comme il est socialiste, les intérêts de Serge Dassault pèseraient peu.

Faut-il ajouter que la référence à la dissuasion nucléaire - continuité toujours - m'horripile. Mais je croise régulièrement aux Ecoles de Coetquidan des partisans intelligents de cette arme terrible. Ils ont renouvelé l'approche de cette question. Encore fallait-il les consulter.

En outre, avec des circonvolutions, François Hollande annonce l'amélioration des soldes des militaires. Ceux-ci ont traversé bien des tourments dans les dernières décennies. On leur a donné des missions aux quatre coins du monde, dans des contextes déplorables, avec des objectifs flous. On les a astreint à des diminutions radicales d'effectifs. On a fermé par dizaines les unités, vendu les casernes, fermé les camps. On leur ôte presque l'envie de se battre tant les matériels sont désuets, tant les munitions sont comptées.

Mais leurs salaires sont excellents. Avec les primes de toutes sortes, ils n'ont à rougir devant aucun autre corps de fonctionnaires. C'est d'ailleurs la raison principale qui a conduit les militaires à accepter sans ciller la professionnalisation des armées. Tous vous en diront pis que pendre. Après avoir applaudi aux réformes successives !

En conclusion, je remarque des idées intéressantes, même sans être bien placé pour le dire : je suis d'une droite qui vomit les promesses non tenues. Les idées du candidat Hollande sont tout juste esquissées : il s'agit en particulier pour moi du lien armée - nation. L'ex-conjoint de Ségolène Royal devrait trouver matière à pousser la réflexion.

Mais il est d'une génération qui ne connaît pas grand chose aux questions de Défense. Comme pour toute autre lacune, il ne perdrait rien à les combler. En ne se contentant pas des experts de la rue de Solférino.


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3 réactions à cet article    


  • Hétérodoxe 19 mars 2012 12:29

    ? ?

    Si quelqu’un peut me dire quel est le sujet de cet article et quel est son sens, je suis preneur.


    • sleeping-zombie 19 mars 2012 18:34

      je me disais la même chose, j’ai l’impression de prendre un feuilleton en route, mais sans le « résumé des épisodes précédents »


    • Wendigo Wendigo 20 mars 2012 00:22


       J’ai bien tenté de serrer les cales pieds, je reconnais avoir souffert durant la lecture de ce texte. Mais pour ce que j’ai pu en comprendre, je dois dire que je ne suis pas d’accord avec lui, surtout sur la question du réchauffement climatique, qui reste et de loin à prouver scientifiquement, càd sans tenir compte des niaiseries du GIEC qui n’a de scientifique que l’idée que certains veullent s’en faire.
      Par contre l’armée a effectivement un ennemis bien réel, qui est à l’origine du climat sur terre et qui n’est étrangement pas pris en compte ni en considération par le fameux GIEC (loué soit son nom), c’est « le soleil ». La NASA pour ne citer quelle est fortement inquiète quant à ses éruptions d’ici à 2015, actions qui en plus d’agir directement sur le climat (pour nous le refroidir, chose qui se passe réellement, 0.5°C de perdu entre 2005 et 2009 sur la température globale) ce dernier entre en phase ascendante et donc va avoir de plus en plus fortes érruptions http://www.astronomyreport.com/Research/March_2008_Solar_Cycle_Prediction.a sp
      ce qui pourra, pour ne pas dire devra, nous apporter quelques défaillances de notre système éléctrique et éléctronique dont l’armée est de plus en plus friande.

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