Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Environnement > Comment nous finançons le robinet à nitrates !

Comment nous finançons le robinet à nitrates !

Alors que les bretons sont privés de plages pour cause d’algues vertes, les coûts liés à ces pollutions sont passés par pertes et profits. Faute d’avoir mis en place le principe du pollueur-payeur, de nombreux usagers expérimentent aujourd’hui celui du pollué-payeur…

Lorsque l’eau des fleuves et rivières, affiche une concentration supérieure à 50 mg/l de nitrates, elle est jugée impropre à la production d’eau potable. Or dans de nombreuses régions agricoles, les teneurs des eaux de surfaces mesurées à l’entrée des stations d’épuration sont non-conformes.

C’est ce que révèle une étude publiée ce mois ci par le Commissariat général au développement durable . En Bretagne, Poitou-Charentes, Centre et en Normandie, 13 stations de suivis présentent des concentrations moyennes en nitrates supérieures à 50 mg/l.

Déjà en 2005, un état des lieux menés sur les teneurs de l’eau en nitrates classait 44 % du territoire national en « zones vulnérables ». L’ensemble de ces masses d’eau dépassaient ou risquaient très vite de dépasser le seuil fatidique des 50 mg/l en nitrates.

L’étendue des dégâts n’est pas si étonnante. Pour rentrer dans les clous de la réglementation, les distributeurs d’eau diluent les eaux trop concentrées en nitrates dans des eaux issues de sources moins contaminées.

Une solution peu coûteuse qui permet de délivrer une eau tout juste potable sans s’attaquer à la racine du problème.

La pollution aux nitrates est liée à des excédents d’engrais qui ne sont pas consommés par les plantes. Par effet de ruissellement, ces engrais contaminent les cours d’eau et les nappes profondes non protégées.

Chaque année, selon le site Consoglobe, les excédents en nitrates déversés sur nos sols et dans les réserves d'eau représentent 400 000 tonnes. Soit 13 kilos de nitrates inutiles qui sont déversés chaque seconde sur nos sols et dans notre eau en France. 

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que la pollution s’étende et que la teneur de l’eau du robinet en nitrates soit en hausse. « Depuis une dizaine d’années, on observe une dégradation de l’eau dans les bassins où les teneurs en nitrates étaient les plus faibles », constate le Commissariat général au Développement Durable.

Circonstance aggravante, cette méthode court-thermiste ne protège même pas les usagers des dépassements de seuils en nitrates…

Ainsi, le 5 août dernier, à Berck dans le Pas de Calais, l’Institut Pasteur a mesuré une teneur en nitrates de 57 mg/l dans l’eau du robinet. En 2002, ce ne sont pas moins de 270 000 usagers du Pas de Calais qui ont été exposés à une eau dont la teneur en nitrates était non-conforme à la réglementation.

Au cours de l’année 2010 en Eure et Loire, 50 000 personnes ont été exposées à une eau dont la teneur était trop élevée en nitrates (+ de 50 mg/l). 

Or on sait que ces niveaux de concentration en nitrates impactent notre santé.

● Au dessus de 10 mg/l : les femmes enceintes et les enfants en bas âges encourent un risque sanitaire sérieux. Les nitrates contenus dans l’eau du robinet empêchent une bonne oxygénation du sang et entraînent des pathologies lourdes.

● Au dessus de 50 mg/l : on soupçonne les nitrates d’être responsables de l’apparition de différentes maladies, comme les cancers de l’estomac chez l’adulte en cas d’exposition prolongée. 

Une aberration économique :

Mais qui finance ce modèle qui engendre toujours plus de nitrates dans notre eau du robinet ? Nous, les usagers !

Si les bretons sont scandalisés par l’état de leurs plages, ils seront heureux d’apprendre que le coût de la dénitrification de leur eau représente actuellement 20% de leur facture d’eau ! Les financements destinés à réparer les dégâts occasionnés par les nitrates sont en effet financés à 85% par les particuliers. L’organisation des ramassages d’algues vertes aura encore alourdit la facture cet été…C’est ce qu’on appelle le principe du pollué payeur !

Un constat d’autant plus désolant que ces sommes pourraient être directement affectées à l’organisation d’un modèle.

 En se basant sur l’exemple de la ville de Munich, qui a aidé financièrement les agriculteurs à diminuer leurs rejets d’azote et de nitrates, « le coût du traitement des nitrates dans l’eau est actuellement 2,5 fois plus élevé que celui de la prévention », rappelait la Cour des Comptes en 2010.

Aujourd’hui plus que jamais, les usagers financent une industrie de la dépollution bien moins efficace qu’une agriculture raisonnée, qui serait capable de réguler ses usages en fonction de l’état écologique des masses d’eau.


Moyenne des avis sur cet article :  4.82/5   (22 votes)




Réagissez à l'article

6 réactions à cet article    


  • Gemini Gemini 29 août 2011 14:22

    Et cela semble bien parti pour durer. Tant que les bretons continueront de tolérer cela, il n’y a aucune raison pour que cela change. Les éleveurs de porc sont comme culs et chemises avec les politiques et la situation actuelle leur convient parfaitement.

    À moins que les citoyens bretons ne prennent eux-mêmes les choses en main, il ne se passera rien et la situation continuera d’empirer.


    • 1984 29 août 2011 14:51

      Les mangeurs de porcs sont priés de ne pas se plaindre, merci !


      • velosolex velosolex 29 août 2011 15:16

        Non seulement les bretons payent leur eau la plus chère de France, mais ils ne peuvent guère s’en servir que pour leur chasse d’eau. Bien qu’elle soit décrétée potable, qui se risque encore ici à boire l’eau du robinet.
        Eau trouble, ou avec un gout parfois si prononcé qu’on ne peut que la cracher aussitôt, le scandale n’émeut pas les élus, ni les distributeurs d’eau qui sont loin de procéder à des distributions gratuites comme on l’a vu dans d’autres départements, à occasion de pollutions accidentelles.
        Les vendeurs d’eau en bouteille font ici fortune. Les montagnes de pack sont presque aussi hautes que celles des algues ramassées en bordure de côte ( phénomène expansionnel qui touche le morbihan et le finistère maintenant))
        Dix millions de cochons en Bretagne ( je ne parler pas des vaches et des volailles !...) qui rejettent chacun trois fois plus de fientes qu’un humain.....Il y a quelques années quelqu’un avait dit que cela était comparable à la situation de Mexico si elle n’avait pas de station d’épuration....Cela doit toujours être valable, car si la ville de Mexico s’est agrandie, le nombre de cochons a lui aussi continué d’exploser.
        La pollution va encore s’aggraver au vu d’une mesure permettant encore plus d’épandage !
        On croit rêver quand les paysans exigent qu’on ne les montre plus du doigt.
         La tolérance est devenue tout simplement suicidaire !
        Quand aux médias, il font preuve d’une grande frilosité pour traiter le problème, le concluant souvent sur une note convenue 
         «  Les différents acteurs se sont engagés dans un plan plu-ri annuel, et l’on peut espérer entrevoir rapidement une amélioration..... »
        Cela ressemble à ces déclarations du polit bureau, dans l’ex URSS, se félicitant de la politique des pays frères


        • Hubert LE FOLLEN 29 août 2011 18:15

          Pour recadrer le débat fantasmagorique de notre chère rédactrice, rappelons quelques faits chiffrés en lieu et place des slogans convenus :

          -20% nitrates dans les cours d’eaux bretons en 10 ans. (Bretagne = région française avec la + forte baisse)

          29,6 mg NO3/l en 2008 dans les cours d’eau bretons. (90% des analyses < 38 mg/l (DIREN 2008)

          99,6 % de la population bretonne a reçu une eau potable conforme à la limite réglementaire en nitrates en 2006, contre 86,9% en 1999. (DRASS Bretagne 2007)
           
          98.8 % des analyses microbiologiques sur l’eau potable bretonne sont conformes contre 95.9% en France. (DRASS Bretagne 2007)

          Evolutions structurelles de la région Bretagne
          Baisses d’effectifs animaux depuis 10 ans
          -12% bovins ; -20% volailles ;-15% cheptel reproducteur porcin
           
          Tonnage d’azote minéral entre 1998 et 2009 : -27%
          Tonnage de phosphore minéral entre 2004 et 2009 : -61%

          Les porcins sont à l’origine de 20% de l’azote épandu dans les champs bretons
           
          Engagements de la profession agricole bretonne en faveur de l’environnement :
          1 milliard d’€ investis depuis 15 ans (70% financés)

          Actions pour piéger les nitrates : 25 000 ha bandes enherbées le long des cours d’eau ; couverture des sols systématique en hiver ; Raisonnement de la fertilisation
          résultat : excédent global azoté 1997 : 87 uN/ha SAU ; 2006 : 33 uN/ha SAU
          Traitement des excédents : 9300000 kg d’azote résorbés par les éleveurs de porcs



          • velosolex velosolex 1er septembre 2011 17:28

            Faites un article qui égratigne les lobbys, et les chiens de garde se mettent tout de suite à sortir les crocs.
            Quelques autre lobbys assez remarquables :
            Celui du sucre
            Du sel
            et du pinard

            Ecrivez un article qui présente les dangers de ces produits
            Attendez vous à une belle réaction d’adrénaline !...
            En tant que breton, acheteur de pack d’eau, consacrant un budget de plus de mille euros par an pour palier aux insuffisances de l’état, qui devrait contrôler la filière agricole, j’estime, comme beaucoup d’autres, que j’ai tout de même mon mot à dire !
            Cette avalanche de chiffres semblant sortir tout droit des tiroirs de la FNSEA ne trompent personne.
             Il faut savoir que la France par exemple a réussi à imposer à Bruxelles à baisser de façon drastique ces chiffres de salubrité de l’eau, car elle ne pouvait se mettre en conformité.....Il suffit de faire croire au malade que la fièvre commence à 40 pour ne pas prendre le problème épidémiologique à bras le corps.....
            Le décor de ces chiffres fallacieux ne peuvent camoufler une réalité monstrueuse, dont la mort des animaux, et même des êtres humains, semblent être l’ultime conséquence de ce genre d’aveuglement
            Faut-il être aveugle pour vouloir se ré-assurer par ces pauvres données, qui semblent comme autant de Lapalissades : « Un quart d’heure avant sa mort, il était encore vivant ! »
            Donc en bonne santé, pourrait on ajouter un peu cruellement.
            Assis sur son tas d’algues !
            mais ne tirons pas sur les ambulances, ni sur les tombereaux de lisier.

            Pendant des années, le lobby de l’amiante réagissait tout aussi fermement, en niant une réalité manifeste.
            L’histoire continue, avec des variantes


          • kéké02360 29 août 2011 19:06

            Les plaisanciers en Bretagne sont sûr de rentrer à bon porc smiley

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès