Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Environnement > De l’Exxon Valdez à Deepwater Horizon : l’irrésistible montée (...)

De l’Exxon Valdez à Deepwater Horizon : l’irrésistible montée de la cause environnementale

Alors que la catastrophe de l’Exxon Valdez n’avait suscité aucune réaction personnelle de Georges H. W. Bush, les déclarations de B. Obama à l’encontre de BP manifestent la découverte par l’Amérique d’une préoccupation qui lui était jusqu’alors inconnue : la cause environnementale…

Deux marées noires, deux chocs

24 mars 1989, 0h04, le pétrolier Exxon Valdez s’échoue sur un récif proche de l’Ile Busby en Alaska. 11 des 13 citernes du bateau déversent 40 mille tonnes de brut. Plus de 7000 km² de nappes polluent 800 km de côtes, 2 000 km si on compte tous les îlots et échancrures. Pendant l’année 1989, des dizaines de milliers de volontaires et des moyens sans précédent sont mobilisés. En 1990, un millier de personnes payées par la compagnie poursuivent le nettoyage. Au total, la facture s’élève à 3,8 milliards d’euros, ce qui fait de cette marée noire la plus chère de l’histoire… jusqu’à l’explosion de la plateforme pétrolière de BP.

21 ans, un mois et un jour plus tard, le 20 avril 2010, 22h, une explosion se produit sur la plateforme pétrolière de BP Deepwater Horizon, située dans le Golfe du Mexique, à 80 km des côtes de la Louisiane. L’accident endommage un puit et occasionne une fuite de pétrole qui se répand dans le delta du Mississipi. Le 2 juin, la superficie de la nappe de pétrole dépasse les 24 000 km2. BP multiplie les opérations pour boucher le puits : « top kill » le 26 mai, le 15 juillet, puis enfin l’opération « Static kill » le 4 août, qui parvient à arrêter la fuite. Selon certains analystes, le coût de la marée noire pourrait s’élever à plus de 14 milliards de dollars.

De « Exxon’s oil, Exxon’s problem » aux « fesses à botter » chez BP

Est-ce parce qu’il considère que c’est à l’Alaska de prendre en charge le nettoyage des côtes (et non au Gouvernement fédéral), en raison des relations que l’industrie pétrolière entretient de longue date avec le camp républicain, voire des activités de la famille Bush dans ce secteur ? Toujours est-il que Georges H. W. Bush (le père) choisit de ne pas intervenir directement lors la catastrophe de l’Exxon Valdez. Si la maison blanche fait une déclaration le lendemain de la catastrophe, le président ne s’exprime pas sur le sujet, ne se rend pas non plus sur les lieux de la catastrophe pas plus qu’il n’invite le PDG d’Exxon à s’expliquer. Enfin il attend 5 jours avant d’envoyer des membres de la haute administration sur place pour faire une première évaluation des dégâts. Même si cette attitude lui est reprochée par une partie de l’opinion publique (un sondage d’avril 1989 rapporte que 52% des Américains désapprouvent sa gestion de la crise), la majorité des Américains adhère à l’idée que c’est un problème qu’il revient à la compagnie de résoudre : « Exxon’s oil, Exxon’s problem ».

Face aux critiques qui lui reprochent son absence d’intervention pendant les premiers jours de la marée noire, B. Obama se rend le 2 mai en Louisiane afin de constater les premières conséquences de la catastrophe. Une première déclaration suivie d’autres interventions lors d’une conférence de presse le 22 mai, de l’émission de Larry King sur CNN le 3 juin ou encore depuis la Maison Blanche le 16 juin. Lors de ces interventions publiques, le président ne se contente plus de répéter « BP est responsable. BP paiera », ni d’évoquer les « leçons à tirer de ce désastre pour être sûr qu’il ne se reproduise jamais » ou encore de réclamer un durcissement de la réglementation : il multiplie les métaphores guerrières, dénonce les « relations de connivences » entre les grandes compagnies pétrolières et les agences qui les réglementent, convoque les dirigeants de BP à la Maison Blanche et n’hésite pas à se demander au sujet de BP « quelles fesses [il] doi[t] botter ».

 Des médias peu mobilisés dans un cas, très remontés dans l’autre

Malgré l’émotion suscitée par la catastrophe, les journalistes ne perçoivent rien d’anormal dans l’absence d’implication de Georges H. W. Bush. Si un éditorial du St Petersburg Times dénonce la réaction « inefficace » et « presque nonchalante » du gouvernement américain face à la marée noire, la très grande majorité des médias se focalisent sur la responsabilité d’Exxon. Certains journaux comme le Time vont même jusqu’à comprendre et défendre l’absence d’implication médiatique du président. Bref, si l’évènement est indéniablement perçu comme une catastrophe, c’est un événement qui, aux yeux de l’opinion américaine, appelle des solutions économique avant même de nécessiter des évolutions politiques et réglementaires.

Changement de décor vingt et un ans après. A l’inverse de Georges H. W. Bush, B. Obama est au contraire interpelé par les médias dès les premiers jours de la catastrophe. A titre d’exemple, dans la liste des personnes responsables de la catastrophe établie par le Time, Obama figure en 8e position. Ce qui lui est reproché : la levée du moratoire sur les forages offshore en vigueur depuis plus de 20 ans, le 31 mars dernier (soit quelques jours avant la catastrophe). Le président avait alors justifié sa décision en déclarant que les plate-formes de forage « ne provoquent généralement pas de fuites » et que » la technologie est très avancée « . Les accusations ne s’arrêtent pas là. Dans un de ses programmes, Nightly News, la chaîne de télévision NBC accuse Obama d’avoir « trompé » le public sur la gravité de la catastrophe. L’opinion publique n’est guère plus tendre : dans un sondage du Pew Research Center, publié le 6 mai, 54% des gens jugent « la réponse du Gouvernement fédéral » à la crise comme « limite/pauvre ».

La différence de traitement politique des catastrophes de l’Exxon Valdez et de Deepwater Horizon est indéniable et toute la question est de savoir pourquoi. Première raison : c’est la première fois qu’une marée noire frappe aussi directement les Etats-Unis. La différence tient bien sûr à l’ampleur historique de la marée noire et aux tentatives infructueuses pour colmater la fuite qui ont tenu en haleine les médias et l’opinion publique. Mais elle s’explique aussi par la proximité géographique. Deepwater se situe à quelques kilomètres de la Nouvelle-Orléans alors que l’Exxon Valdez a coulé à proximité de l’Alaska et que la catastrophe de l’Ixtoc (une autre plate-forme pétrolière) s’est déroulée à l’extrême sud du golfe du Mexique, beaucoup plus près du Mexique que des côtes américaines.

Frappée de plein fouet, l’opinion publique américaine découvre avec BP ce qu’est réellement une catastrophe écologique. Sans perte de vie humaine mais avec des conséquences radicales sur le milieu naturel. La réaction politique est à la mesure de cette découverte : violente. Les accusations de B. Obama contre BP ne surprennent pas. Elles semblent au contraire normales et légitimes. Et pourtant, elles constituent une première. Jusque-là, aucun chef d’Etat n’était allé jusqu’à accuser nommément une compagnie pétrolière. Ni aux Etats-Unis, ni en France. Bien sûr, en leur temps, V. Giscard d’Estaing puis J. Chirac avaient fait part de leur émotion et appelé à la mobilisation après les nauffrages de l’Amoco Cadiz et de l’Erika tout en demandant un renforcement de la réglementation. Mais ni l’un, ni l’autre n’avait alors mis en cause les compagnies responsables ou parties prenantes de ces catastrophes. De ce point de vue, Deepwater Horizon va au-delà de la volonté pour B. Obama de se dédouaner d’avoir levé le moratoire sur les forages offshore et cette marée noire est bien plus qu’une castrophe écologique.

Deepwater Horizon marque le basculement des Etats-Unis dans l’ère de la cause environnementale. Un basculement encore improbable voici quelques mois et qui ne finit pas d’en surprendre les Américains eux-mêmes. Réagissant au fonds de 20 milliards de dollars que Barack Obama a demandé à BP de mettre en place pour indemniser les victimes de la marée noire, un élu républicain, Joe Barton, déclarait «  J’ai honte de ce qui s’est passé hier à la Maison Blanche. Je pense que c’est une tragédie de première ampleur qu’une entreprise privée soit soumise à ce que j’appellerais un racket ». Et d’ajouter, deux fois : « Je présente mes excuses [à BP] ». Face au tollé suscité par cette déclaration, l’élu avait été obligé de retirer ses excuses à BP seulement quelques heures plus tard, réalisant par là même que les Etats-Unis avait décidément changé d’époque…

Franck Gintrand avec le concours de Artus Galiay


Moyenne des avis sur cet article :  4.11/5   (9 votes)




Réagissez à l'article

2 réactions à cet article    


  • jjwaDal jjwaDal 19 août 2010 11:51

    En désaccord très large avec votre analyse. L’objectif de l’exécutif est multiforme mais ne recouvre pas la défense des américains et de leur patrimoine environnemental. Détournement d’attention inespéré (Obama vient de plomber mortellement le déficit public en venant au secours d’une corporation profondément corrompue et qui a joué les économies des américains au casino et perdu très gros, les banques), poursuite des dépenses militaires pour préserver l’empire (voir budgets militaires et de « guerre »), surtout absence de remise en cause du système qui est en passe de rapprocher (a minima au niveau comptable) les USA d’un pays du Tiers-Monde. La passivité et la bienveillance du gouvernement face aux bidouillages de BP, sa volonté affiché de préserver l’entreprise (plus que le job des pêcheurs du Golfe) tout indique une collusion patente du pouvoir avec le « big business » et sa gangrène avancée.
    On a tout fait pour éviter d’accumuler des preuves à charge contre BP (elles pouvaient couler l’entreprise et les fonds de pension addossés à son avenir et obliger à ralentir l’exploitation dans le Golfe, or les USA ont mortellement besoin de ces ressources, etc...).
    Avec du recul je pense que le bilan d’Obama sera pire que celui de Bush. Après l’implosion du système il avait des cartes majeures en main et ne les a pas utilisées. Nous avons un stratège du détournement d’attention et un prestidigitateur, mais la vérité est simple : accuser
    les autres c’est risquer la mise à jour des erreurs catastrophiques du pouvoir et son rôle de garant des intérêts d’une caste qui ne représente pas 5% des bulletins de vote lors d’une élection.
    Personne ne balance personne et le peuple peut continuer à se laisser mener à l’abattoir.
    Les américains y vont, passifs pour le moment.


    • paul 19 août 2010 15:02

      La prise de conscience de la cause environnementale par l’opinion américaine est bien liée à
      la proximité de la catastrophe. Seule partie de l’article qui me semble juste .

      Cela ne me semble qu’un effet circonstanciel .L’ampleur des catastrophes, que ce soit Katrina en2005 ou d’autres, sont souvent liées à la mauvaise gestion des risques sans parler de celle
      désastreuse de Bush : c’est à l’État d’investir pour protéger ses citoyens des risques prévisibles.
      Déficient pour protéger ses citoyens, ceux ci doivent l’attaquer en justice comme c’est le cas à
      la Nouvelle Orléans .

      Avec la catastrophe Deepwater, il est clair que la responsabilité d’ Obama est fortement engagée par la dérogation aux sondages offshore. Plus grave, cette dérogation laisse
      penser qu’il y a eu de copieux pots de vin distribués au plus haut niveau de l’administration.
      Obama s’est excusé à la télé de mettre en cause une société privée, comme si il s’agissait
      d’ingérence, ce qui en dit long sur la conception du droit public dans ce pays .

      Si les États Unis sont à l’origine des principales lois sur l’environnement dès 1976, leurs
      applications quelques dizaines d’années plus tard sont plus que jamais dépendantes des
      lobbies des multinationales et des milieux financiers entourant son gouvernement .

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès