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Désertification des fonds marins, régression des espèces … Océans : l’Hypothèse Gaïa se précise

Dès 2006, Effervesciences mettait l’accent sur cette prolifération dramatique des méduses, et en cherchait les causes dans les activités humaines.

Dix ans plus tard, la presse scientifique met en avant ce phénomène, désormais bien documenté, sans pour autant proposer de réelles solutions.

Ainsi les mêmes facteurs agissent sur la Terre, aussi bien sur les individus (nous-mêmes, ou les petites crevettes de l’antarctique) que sur l’ensemble, selon un processus fractal qui était annoncé dans l’Hypothèse Gaïa …

 

Quand la vie océanique devient gélatineuse.

Les premières alertes sont venues de mers intérieures, réceptacles de toutes les pollutions continentales : Baltique, Mer Noire, baies de la Mer de Chine … Au fur et à mesure que la population halieutique diminuait, on voyait apparaître des quantités impressionnantes de méduses, parfois gigantesques, parfois toxiques, toujours encombrantes et caractéristique d’un gravissime déséquilibre environnemental.

C’est désormais dans tous les océans ouverts, réputés sains et aux eaux renouvelées, que le phénomène s’est reporté.

 

Prenons l’exemple de la Namibie.

 

Cette côte a longtemps été un paradis des pêcheurs, mais aussi des braconniers du monde entier. Un courant froid océanique longe la côte vers le Nord, en apportant de l’eau profonde riche en planctons et minuscules copépodes. D’où un grouillement de petits poissons (anchois, sardines) eux-mêmes proies d’abondance pour les prédateurs (thons, merlus) recherchés par les flottilles de pêcheurs toujours plus nombreux. Cette surpêche a fait dégringoler le stock de gros poissons, il restait tout de même les petits à ramasser à la tonne comme « poissons fourrage » à destination des ateliers d’aquaculture. Ce qui fut fait, en quelques années, le stock des petites espèces s’est dramatiquement amenuisé.

Résultat : un désert halieutique, mais aussi une montée en régime des méduses. Ici, pas de mise en cause de la pollution … Simplement les méduses n’ont plus de prédateurs (thons et tortues), mais surtout plus aucune concurrence pour se goinfrer du plancton nourricier. La biomasse des méduses a désormais dépassé celle des poissons. 

Photo jointe : voilà ce qu'on trouve dans les filets !

JPEG - 50.4 ko
quelles belles prises !
Les filets sont déchirés et il faut tout rebalancer à la mer ...

Dans les zones qui écopent du réchauffement plus diverses pollutions, le phénomène est désormais implacable : Méditerranée, mer du Nord, mers orientales. Un facteur semble déterminant : la présence de fermes aquacoles (Norvège, Ecosse, Croatie) correspond à une « fuite » de nutriments microscopiques (aliments non digérés, excréments des saumons) dont profitent les méduses.

Ces paquets de gélatine, comme du sparadrap collé d’un doigt à l’autre, s’insinuent avec malice dans des équipements très sensibles comme les circuits de refroidissement de centrales nucléaires en bord de mer, ou dans les ballasts d’un porte-avions américain !

 

Toujours plus loin, toujours plus profond : le krill est désormais en danger.

 

De même que la grande famine irlandaise s’est imposée lorsque les paysans affamés se sont vus obligés de manger les pommes de terre qu’ils auraient dû planter pour l’année suivante, les acteurs de la pêche minotière (ils pêchent pour nourrir les espèces de l’aquaculture) qui ont anéanti les stocks de « poisson fourrage », en sont désormais à « attaquer l’os » et à s’en prendre au dernier échelon de la vie océanique : le krill.

On regroupe sous ce terme une centaine d’espèces de mini-crevettes dont les adultes vivent en essaims gigantesques dans les couches supérieures des océans, alors que les œufs et les larves se trouvent plutôt en profondeur. Les essaims d’adultes forment des bancs gigantesques de plusieurs millions de tonnes, sur des dizaines d’hectares maritimes.

 

photo jointe : un nuage de krill dans le Pacifique sud

nuage de krill en Pacifique sud {JPEG}

On trouve le krill dans les mers froides (arctique, océan austral), où il attire les grands cétacés, ainsi que diverses espèces d’oiseaux et de poissons.

Le krill s’est développé ces cent dernières années du fait de la surpêche des cétacés et des petits poissons qui s’en nourrissaient, sans doute aussi du fait de l’eutrophisation des mers qui pousse au développement du phytoplancton dont se nourrissent les crevettes. Là encore, on a cru à une manne inépuisable, et l’on a lancé des flottilles entières pour en profiter.

Le stock de krill est en réel danger. Les prises à la tonne accompagnent un danger bien plus insidieux : les perturbateurs endocriniens issus des pesticides déversés dans toutes les mers du monde. Destinés à bloquer la mue des insectes, ces substances agissent de même sur les crevettes, qui sont également des arthropodes.

Les résidus d’oestrogènes des millions de pilules contraceptives déversés dans les estuaires des grands fleuves, ont également une action de féminisation des crevettes, avec perte de capacité reproductive des mâles.

Un blocage hormonal qui ne gène en rien les méduses, qui se reproduisent indifféremment par voie sexuelle, ou par bourgeonnement comme une vulgaire paramécie, signe encore d’un retour de la vie océanique vers des options ancestrales et simplissimes.

 

Une régression multifactorielle.

 Facteur n°1 : l’homme.

 

Nous avons ainsi observé les causes objectives de ce développement des méduses :

  • une surpêche irresponsable, qui élimine les quelques espèces qui se nourrissent de méduses.
  • un développement inattendu du phytoplancton, du fait de la raréfaction des petits poissons qui s ‘en nourrissent, ainsi que de l’eutrophisation des fleuves, donc des océans. Ce phytoplancton à profusion, c’est du pain béni pour les méduses dont c’est l’aliment principal.
  • une aubaine environnementale qu’on vient de découvrir : les polypes, ces organismes fixes qui représentent la partie « végétale » des méduses, s’accrochent très volontiers sur des morceaux de plastique qui flottent désormais dans l’eau de tous les océans : plus besoin de rochers ou de coraux, les méduses peuvent se fixer sur des objets flottants où que ce soit dans les étendues maritimes.
  • Le réchauffement des eaux maritimes a étendu les zones favorables aux méduses. Certaines zones se rejoignent, permettant la cohabitation d’espèces proches qui peuvent ainsi se métisser et acquérir des caractères qui en facilitent le développement.
  • les méduses par elles-mêmes développent (on le sait maintenant qu’on les a bien étudiées) des capacités de survies très particulières. En cas de conditions défavorables, elles peuvent utiliser leurs cellules germinales comme nutriment pour passer un mauvais cap, puis elles vont redévelopper des gamètes lorsque les conditions sont à nouveau favorables.
  • Leur métabolisme est tellement simple que les méduses sont insensibles à l’ensemble des « anti-tout ce qu’on voudra » qui sont dévolus aux bactéries, aux insectes ou bien aux nématodes. Avec 99% d’eau dans le « corps », cela constitue un amortisseur biologique à toute épreuve contre les produits toxiques qui eux, affaiblissent justement les autres espèces.

 

La gélatinisation-régression est un phénomène général

 

Cette digression n’étonnera pas les lecteurs d’Effervesciences : nous y avons depuis belle lurette mis en avant cette tendance de tous les organismes à revenir, en cas de conditions agressives ou de dénutrition, à des fonctionnements ancestraux qui nécessitent un minimum d’enzymes et d’énergie extérieure.

Dans certaines espèces, c’est une mise au repos généralisée avec enkystement qui permet de résister aux pires circonstances. C’est le cas de nombreux parasites qui doivent « se faire discrets » très longtemps avant de rejoindre l’hôte qui permettra la suite du développement.

Dans d’autres cas, c’est soit l’organisme lui-même qui modifie son métabolisme (parasites qui prennent une forme asexuée transitoire), ou bien c’est un tissu malmené dont les cellules se désolidarisent des tissus voisins pour entamer une nouvelle vie selon des principes « égoïstes » de type : « je me débrouille pour survivre et désormais chacun pour soi ». C’est le principe même des cellules cancéreuses.

En sociologie, on peut étendre ce principe aux groupes sociaux (ou plutôt asociaux !) qui se séparent de l’entité mère pour fonder une caste divergente, antagoniste, et le plus souvent régressive, ne serait-ce que par le mode de vie fruste et le vocabulaire limité …

 

Ainsi, si ce phénomène touche les organismes quelle que soit leur taille et leur complexité, on devrait le retrouver à l’échelle de notre terre… A condition de considérer notre terre comme un organisme vivant, c’est à dire d’adhérer à l’hypothèse Gaïa. 

Ce sera l'objet d'un très prochain article dans Agoravox ...


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Réagissez à l'article

20 réactions à cet article    


  • bernard29 bernard29 9 mars 11:48

    Merci pour cet article . La prolifération des méduses est en effet le symptôme de nombreux déséquilibres dans l’espace marin. 

    je ne connaissais pas votre journal. je vais sur votre site . bonne journée.


    • bakerstreet bakerstreet 9 mars 14:03

      Bravo pour cet article ; il y eut une époque où l’on pensait que la terre était grande, qu’elle n’avait même pas de fin. Il fallut Magellan pour prouver vraiment que notre univers était fini, il y a 500 ans seulement de cela, vraiment pas grand chose à l’échelle de l’humanité. 

      Depuis, elle n’arrête pas de se rétrécir, au fur et à mesure que notre appétit augmente, que nous devenons de plus en plus nombreux, tentant de repousser les murs de notre petit jardin. La note commence à être salé. « Tu récolteras selon ce que tu auras semé », disait les anciens.
      Evidemment tout se tient, évidemment la terre est un organisme vivant, de plus en plus irritée par l’invasion de tics qui grouillent à la surface de sa peau. 
      Voilà qu’ils lui font une chimiothérapie pour lui faire rendre ses gaz (de schistes) 
      Sa température monte. La feuille des constances n’est pas terrible. 
      Bientôt, elle se roulera par terre pour s’en débarrasser. 

      • bakerstreet bakerstreet 9 mars 14:06

        @bakerstreet
        Et bienvenu sur agora, où ce genre de pertinence écologique est une bonne nouvelle !


      • mmbbb 13 mars 10:51

        @bakerstreet l’auteur oublie de mentionner la pollution et en particulier les rejets de plastiques Ces plastiques ( des miilions de tonnes ) se desintegrent lentement et finissent en particule qui se mêlent au plancton et sont une menace pour la chaine alimentaire Je en parles pas des hydrocarbures des metaux lourds et des dechets nucleaires Je n’ose pas penser l etat des ces ecoystemes dans deux generations lorsque la terre comptera quelques 3 milliards de plus L’ocean sera « un cloaca maxima » Les scientifiques ont raison de s’intéresser a des exo planetes pouvant abriter la vie, ici bas nous la massacrons le genre humain est tres con ces scintifiques devraient deja avoir un regard de cette vie sur terre mais c’est a priori trop banale
         


      • commandantcoustaud (---.---.190.99) 13 mars 11:18

        @bakerstreet

        Hé si, dans l’article il est bien fait état du rôle des plastiques, qui permettent aux méduses de se multiplier ... et c’est sans doute fondamental ...

        • « une aubaine environnementale qu’on vient de découvrir : les polypes, ces organismes fixes qui représentent la partie « végétale » des méduses, s’accrochent très volontiers sur des morceaux de plastique qui flottent désormais dans l’eau de tous les océans : plus besoin de rochers ou de coraux, les méduses peuvent se fixer sur des objets flottants où que ce soit dans les étendues maritimes ».


      • Effervesciences Effervesciences 9 mars 15:27

        Une sorte de chimio pour expurger le gaz de schiste ...

        Hé oui, ça donne les mêmes brulûres ....

        • Krum (---.---.130.65) 9 mars 16:29

          Votre article est très interéssant.
          Par contre j’ai du mal a vous suivre sur la question de la terre en tant qu’organisme vivant.

          Ce qui me semble possible c’est que la Vie (je n’ai pas d’autres mots disposnibles) trouve tout moyen ou vecteur pour se maintenir. C’es je pense la raison d ela biodiversité.
          Que ce soit les bactéries ou les hommes peut importe. En ce sens toute perturbation sur un des éléments de la biodiversité entraine des conséquences sur les autres. Mais comme l’homme se croit supérieur...


          • Effervesciences Effervesciences 9 mars 17:12

            L’homme est le seul facteur sut terre qui ait voulu DOMPTER la nature.

            Sans comprendre qu’il se ficelait lui-même.
            Et maintenant, on y est ...

            • jesuispascontent jesuispascontent 9 mars 18:33

              @Effervesciences

              Dompter la nature c’est très bien, et ça ne nécessite pas forcément de la détruire.


            • bakerstreet bakerstreet 9 mars 18:33

              @Effervesciences
              Il y a plus de 100 ans, Conan Doyle, qui ne fut pas que l’auteur de roman policier qu’on connait, et qui faisait aussi de la science fiction, écrivit une nouvelle : « Quand terre hurla ».

               Il image une expérience scientifique, où les protagonistes veulent explorer au delà de la croûte terrestre, et enfoncent un trépan à de grandes profondeurs. Et tout à coup un cri énorme monte de la terre.
               « Par quelle bizarre télépathie cosmique la vieille planète semblait-elle deviner qu’une atteinte à sa liberté allait être commise. ? »....
              Tout cela devait faire sourire à l’époque, mais ce n’est pas la première fois que les écrivains et les artistes ont l’intuition d’un monde d’au delà des apparences, et des risques que l’on prend, au contraire de la plupart des scientifiques, infatués de leurs savoirs et de leur déni. 
              Cette métaphore romanesque en tout cas prend un sens nouveau quand on la découvre aujourd’hui. 

            • nicolas_d nicolas_d 10 mars 10:47

              @jesuispascontent
              « Dompter la nature c’est très bien »
              Vous pouvez expliquer pourquoi ?


            • soi même 9 mars 18:56

              Merci pour cet article, es que qu’il aurait un lien entre l’augmentation quantitative de méduse et le nombre croisant de mort en masse de ban de poisson à travers le monde  ?

              http://etat-du-monde-etat-d-etre.net/de-la-terre/hecatombes-animales/ete-2015-161-hecatombes-animales-en-seulement-2-mois

              Il est évident qu’il y a aussi d’autre cause que le simple fait d’un déséquilibre de la chaîne alimentaire , que le facteur de la pollution doit sans doute joué un rôle important.... !


              • arthes arthes 9 mars 19:08

                Kepler pensait aussi que la terre était un organisme vivant...De meme que les planetes et l astre solaire.

                Quand l inspiration vient au scientifique du cosmos lui même. ..J aime beaucoup cette idée, en fait je ne pense même pas qu il puisse en être autrement.

                Merci pour cet article, je pratique la plongée sous marine et je ne peux que constater , avec tristesse , à quel point les fonds marins, cet autre monde , sont massacres, faune et flore détruits sans vergogne, une richesse extraordinaire pulvérisée dont les générations futures n auront un aperçu qu en visionnant dans des lunettes spéciales quelques images.
                C est moche, décadent cet ersatz numérique, d une pauvreté affligeante et ...déjà cadaverique.

                • ablaoceane (---.---.8.60) 10 mars 10:03

                  @arthes
                  Effectivement, je pratique aussi la plongée sous-marine et je rejoint votre point de vue c’est vraiment malheureux de voir cette dégradation sous nos yeux de jour en jour sans même pouvoir y changer quelque chose..on va droit vers le KO


                • Zip_N Zip_N 9 mars 22:43

                  Gaïa a gagné notre vie , elle gagne puis gagnera la sienne aussi.


                  • Ruut Ruut 10 mars 07:23

                    Le pire c’est qu’avec nos politiques actuelles, ces problèmes ne sont même pas en cours de discutions, ils sont royalement ignorés, les lobbys chimiques ayant la main sur les choix politiques actuels.

                    La solution serait de commencer a avoir un programme (ONG ou privé) de sauvegarde des espèces actuels et de les reproduire en milieu sécurisé. Puis, de les réintroduire dans l’environnement régulièrement pour minimiser les effets des polluants le temps que les gouvernements fassent leur travail de régulation. (pas avant 60 a 100 ans). Car je crain que les armes biologiques actuellement en place et totalement hors de contrôle fassent des dégâts irréversibles.
                    (exemples les plus connus actuels : Moustiques Gm, virus Zika GM, vaccins stérilisants, OGMs avec génome de stérilisation, etc....)


                    • devphil30 devphil30 10 mars 07:59

                      Merci pour cet article qui m’a beaucoup appris.


                      La nature est très bien faite mais fragile et tout déséquilibre conduit immanquablement à des dérèglements fatals à terme

                      Philippe 

                      • ablaoceane (---.---.8.60) 10 mars 08:59

                        Merci pour cet article..c’est bien expliqué objectif et surtout et malheureusement vrai.
                        Bonne continuation


                        • JC_Lavau JC_Lavau 10 mars 12:21

                          " considérer notre terre comme un organisme vivant, c’est à dire d’adhérer à l’hypothèse Gaïa. 

                          Ce sera l’objet d’un très prochain article dans Agoravox ..."

                          Réservons nos munitions pour quand effer etc. nous vendra ce délire.


                          • blablablietblabla blablablietblabla 10 mars 16:23

                            le pire c’est au Japon tout autour du Japon c’est blanc c’est les méduses , ben oui étant donné que les japonnais sont friand de thons , et il comme il se fait rare dans la région nippone ben ya une prolifération considérable de méduses .
                            et en méditerranée n’en parlons même pas !

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