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Economie dématérialisée, croissance, pollution...

 

Les médias -ceux que j’écoute en tout cas- ont commenté ces derniers jours une info certes pas nouvelle, mais qui devient de plus en plus audible : l’économie numérique « dématérialisée » est polluante… Quelques chiffes : une recherche sur google -un clic pour vous- consomme autant d’énergie qu’une ampoule électrique pendant une heure. Pas chez vous, mais dans quelques-uns des 41 millions de serveurs informatiques branchés sur le Net. Il y a un an environ, j’apprenais que Google venait d’inaugurer un nouveau centre informatique dont les bâtiments bourrés de serveurs couvrent la surface de deux terrains de football. Il y a l’électricité pour les serveurs et celle des climatisations. Au total, l’informatique nécessiterait plusieurs centrales électriques dans chaque pays.
 
Donc, l’économie « dématérialisée » pollue. Mais, me direz-vous, elle s’est substituée à une autre économie, encore beaucoup plus polluante ? Hélas, non ! Si nos industries émettent moins de gaz à effet de serre, c’est parce que nous la délocalisons. Croyez-vous que la Chine soit devenue le premier émetteur de GES pour fabriquer exclusivement des produits vendus en Chine ? évidemment non ! Ses émissions sont en grande partie les nôtres, celles des pays du nord.
 
L’économie dématérialisée ne s’est pas substituée à l’économie « matérielle » : elle s’y est ajoutée. Cela ne devrait pas nous surprendre : cela s’appelle la croissance…
 
Je résume : l’économie dématérialisée pollue, et l’économie matérielle existe toujours et continue à polluer.
 
Même avec des progrès techniques, la croissance s’accompagne de toujours plus d’impacts sur l’environnement. Le fameux « découplage » de la croissance et des consommations d’énergie (on peut faire croître l’économie sans faire croître les consommations) n’en est pas un. Le partage des activités au niveau mondial -l’usine en Chine, les services dans les pays du nord- donne cette illusion, mais aucune économie dématérialisée ne peut fonctionner sans économie matérielle pour la supporter. Celle-là existera toujours, et polluera toujours. Ailleurs.
 
Pour ceux qui pensent que la solution est dans les énergies renouvelables, le graphique ci joint illustre un autre principe d’additivité. De la même façon que chaque activité économique s’est ajoutée aux précédentes, aucune source d’énergie dans l’histoire de l’humanité n’en a remplacé une autre. L’arrivée du pétrole et du gaz n’a pas fait baisser les consommations de charbon. L’arrivée de l’hydroélectricité puis du nucléaire n’a pas fait baisser les consommations de pétrole et de gaz. Chaque nouvelle production s’est ajoutée aux autres. Cela ne devrait pas nous surprendre : cela s’appelle la croissance… (bis)
 
 
« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré » a dit Albert EINSTEIN.
 
La crise écologique vient d’une foi aveugle, d’une croyance au sens quasi religieux dans :
- La croissance infinie de l’activité économique
- Le progrès technique
qui doivent assurer notre bonheur.
 
Ce n’est pas avec une foi renouvelée dans la croissance infinie et le progrès technique (la « croissance verte ») que nous sortirons de la crise.
Il faut inventer autre chose. Quelque chose qui ne serait pas de la croissance…
 

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Economie dématérialisée, croissance, pollution...
par Philippe (son site) jeudi 18 mars 2010 - 50 réactions
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  • Par lharmas (xxx.xxx.xxx.111) 19 mars 2010 00:53

    Comme vous abordez la décroissance ... je pense qu’elle sera inévitable.

    Excusez-moi je vais utiliser un gros mot : Au niveau marketing ce terme est un très mauvais choix. Décroître c’est négatif.
    Je suppose que nous n’avons pas (ne devons pas ?) à la chercher, elle n’est pas un but, elle sera simplement et probablement la conséquence d’un nouveau choix de société.

    La décroissance du capitalisme sera la croissance de pleins d’autres valeurs.

    Progressons ...

  • Par fb (xxx.xxx.xxx.197) 18 mars 2010 12:49

    Bonjour, vous citez le nombre de 41 millions de serveurs, pourriez-vous indiquer une source ?

    Sinon pour compléter votre article les seuls 30000 serveurs de Facebook consomment l’équivalent de la production électrique du Tchad (100 MkW.h) ce qui équivaut à 5320 tonnes de rejet de CO2 par an...

    En France l’alimentation des data centers (lieux hébergeant des serveurs informatiques) hors data centers télécom correspond à environ 11 GkW.h (à comparer aux 480 GkW.h de consommation de l’ensemble des équipements en France).

    Il manque en conclusion la phrase de Kenneth Boulding  :

    « Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »

    Sources : CIA World Fact Book, Facebook, EDF, étude IDATE : Impact environnemental de la filière TIC en France, 2010.

  • Par Philippe (xxx.xxx.xxx.28) 18 mars 2010 15:09

    Il ne s’agit pas de revenir à l’âge de cavernes !

    Le raccourci "mais alors vous voulez le retour à la bougie" est beaucoup trop facile et caricatural ! C’est juste une bonne excuse pour éviter de regarder le problème auquel nous faisons face et qui tient en deux mots : toujours plus.

    Tout ce que nous inventons en matière de consommation S’AJOUTE à ce que nous consommions déjà.

    Il n’est pas question de ne plus polluer, mais notre société n’est même pas capable de ne pas polluer plus demain qu’aujourd’hui.

    Et effectivement, si nous continuons, le prix à payer sera la fin de notre société.

  • Par MarcDS (xxx.xxx.xxx.146) 18 mars 2010 15:44
    MarcDS

    @ProPeace

    Si vous vous imaginez que vous allez pouvoir remplacer le pétrole par des alternatives propres, vous allez tomber de haut, même en y ajoutant le nucléaire.

    De plus, le problème ne se limite pas aux ressources énergétiques mais s’étend à une série de matières premières.

    Enfin, vous semblez oublier que notre société de croissance sert aujourd’hui de modèle à suivre pour le monde entier, et que si nous pouvons encore nous permettre d’avoir une empreinte écologique équivalent à la capacité de 4 ou 5 planètes, c’est uniquement parce que celle de la majorité de la population mondiale est restée bien en-dessous d’une seule planète.

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