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Education à l’environnement, mouvement mondial

En organisant le septième congrès mondial de l'éducation à l'environnement le Maroc fait faire un grand pas en avant à cette éducation en émergence dont le 21ème siècle à besoin.

Au premier jour du WEEC 7 le 9 juin, tout le monde se mettait debout dans la salle plénière du palais des congrès de Marrakech, c’était la princesse Lalla Hasnaa qui entrait, elle fera la lecture du message du Roi qui donne son haut patronage au congrès. Autour d’elle au premier rang était présente, Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, Achim STEINER, Directeur Exécutif du PNUE, Lahoucine Tijani Président délégué de la Fondation Mohammed VI, Jan Eriksen Président de la Fondation pour l’éducation à l’environnement, Othman Attwiri directeur général de l’ISESCO, et Mario Salomone secrétaire du WEEC. Rare que nous ayons d’aussi éminents personnages autour du bébé EEDD. Tous disent « Transition vers une économie verte », ils invoquent : « un changement structurel des modes de production et de consommation », ils disent : « l’EDD est la clé » ou « il n’y aura pas développement durable sans EDD ». Le directeur du PNUE insistera beaucoup sur l’autonomie, il parlera de « l’autonomisation des populations » pour qu’elles puissent faire « des choix éclairés ». Il y a plus de 1200 personnes de 105 pays assemblés.

La peste c’est l’indifférence des peuples

Deux américains ressuscitent le lendemain des éléments dont nous avons éminemment besoin. David Orr écrivain, professeur de Sears Paul et conseiller principal de Oberlin collège, à rappeler la phrase désormais célèbre qui dit que : « nous sommes dans une course entre l’éducation et la catastrophe », il ajoute que c’est une course de fond. Entre les « vœux pieux » et le « désespoir » il dit qu’il faut choisir l’« espoir ». « Il faut radicaliser l’éducation… libérer les cœurs et les esprits…c’est une crise de l’éducation ». « Tout ce que nous faisons a une influence sur le système, donc ce que nous faisons à l’école a aussi une influence sur le système ». Belle invitation à la cohérence ! Lui aussi nous invite à « redécouvrir les cultures autochtones, Jean Malaurie la veille était cité. « Nous devons relier les disciplines » dit-il encore « si nous allons vers des villes sans émissions, il faut aller vers des écoles sans émissions », « l’humanité est sur le banc des accusés ». Peter Blaze Corcoran directeur du centre pour l’environnement et l’éducation au développement durable (Florida Gulf Coast University) nous a parlé d’Albert Camus : « …la peste c’est l’indifférence des peuples… », « contre ce fléau de l’indifférence doit se battre l’EEDD » on doit « permettre aux étudiants de faire des choses héroïques … nous reconnecter au réseau de la vie ». Il parle de « compassion…votre souffrance pour le monde est l’autre face de votre amour pour le monde ». La pensée de l’orateur est profonde : « est ce que nous aimons suffisamment le monde pour doter les enfants des moyens pour gérer des choses que nous n’avons pas prévus ? »…Il nous invite à une imagination poétique radicale et à nous inspirer de la charte de la Terre dans la continuité de l’action de Wangari Maataï.

Gaz de schiste au menu de l’EEDD

Et d’un coup dans les travées de la salle plénière, quelle surprise, très chaleureuses retrouvailles avec les ami(e)s du Mali, Keita Aminata Maiga en tête, présidente de l’association « Agir Mali  » qui était déjà avec nous à Planet’ERE 2 à l’UNESCO à Paris en 2001 et aussi au Burkina en 2005. Il y a des choses qui ne s’effacent pas ! Notre passé nous rattrape, nos amis africains de la francophonie sont mobilisés pour des projets et du réseau international. Pour notre atelier de la niche 3 sur « Mouvements sociaux et la construction de sociétés vertes » la salle était trop petite pour contenir tous les participants, alors aussitôt ma communication sur nos dynamiques réseaux, collectifs et espaces territoriaux de concertation terminée on nous a proposé de changer de salle. C’est Lucie Sauvé qui a montré combien elle reste au contact des mouvements sociaux avec l’exemple prit de la lutte contre les gaz de schiste au Québec. Ce thème était bien posé : « Les éducateurs à l’environnement sont mis au défi d’imaginer comment l’éducation environnementale peut s’engager avec les mouvements populaires urbains et ruraux, et avec la société civile, pour construire des pratiques politiques solides et réactives, promouvoir la citoyenneté active, pour défendre le bien commun, pour cultiver la paix, et pour créer des sociétés plus justes. Quel rôle pour l’éducation à l’environnement dans ce domaine ? Comment peut-elle aider les citoyens ordinaires d'agir de façon plus responsable ? Quels sont les défis confrontés par les éducateurs en environnement en militant pour l’éducation à l’environnement ? ». Lucie à souligné le rôle majeur des média et scoop incroyable elle dira : « j’ai fait l’expérience d’une presse libre », beau pays le Canada.

Des pratiques politiques

Au dernier jour en plénière, nous avons particulièrement remarqué la présentation de Pedro Marcos Reigota professeur au Brésil. Cette « Education Ambiantale » d’Amérique du sud ne cesse de nous surprendre par sa vitalité et sa pertinence. Alors que nous faisions pépère notre EE des années 80 dans nos sociétés européennes assoupies, nos frères et nos sœurs de l’EA d’Amérique du sud se sentaient inévitablement proches de tout ceux qui luttaient courageusement contre les dictatures militaires. Il a beaucoup cité Paolo Freire dont « l’idée centrale était que toutes les pratiques sociales et pédagogiques sont des pratiques politiques ». Il nous invite à dire ce qu’est un citoyen ou une citoyenne. Il a parlé lui aussi de « l’importance de la connaissance des indiens ». Il dit et nous sommes nombreux à le sentir comme ça : « l’EE n’est pas une proposition pédagogique qui vient du haut ». Il ajoute aussi que « les anonymes ont des choses à dire, ils ont des choses à apporter à la société que nous voulons ».

Vandana Shiva propose la fin de la conquête

La séance de clôture a été un moment fort du fait principalement de la présence de Vandana Shiva qui venait spécialement de sa vallée indienne. Très vite elle à cité Gandhi : « vous devez être le changement que vous désirez voir » applaudissements. Elle nous dit : « je suis devenu écologiste quand j’ai voulu me baigner dans une rivière qui traversait une forêt…mais quand je suis arrivée, il n’y avait plus de rivière, alors j’ai apporté mon aide à des femmes qui luttaient pour la conservation des arbres, elles invitaient tout le monde à embrasser les arbres. ». Elle nous dit aussi que « les écosystèmes produisent plus quand ils sont vivants », que « le terme « humain », vient de « humus »…sans un sol qui vit il n’y a plus d’humanité ». Elle s’en prend ensuite au mythe de l’homme maître de l’univers : « Cette idée de conquête est un projet de courte durée, dans l’histoire les sociétés de conquête s’entretuent…il n’y a pas d’humains de seconde zone… ». Elle parle de sa découverte du Maroc rural et dit : « j’ai vu des visages souriants et beaux »…c’est faux de dire que les jeunes n’ont rien à faire dans les zones rurales …

Femmes

Vandana Shiva passe du vécu récent à de hautes réflexions : « …il n’y a rien de plus créatif que les mains… c’est comme si toute créativité devait venir de la tête…la créativité vient de l’harmonie… ». Ensuite c’est une réflexion sur le développement : « c’est une fausse promesse de dire qu’il y a plus d’emplois dans les villes… ». Ensuite on repasse à l’agriculture qui est son thème de prédilection : « …75% de la disparition des espèces nous vient de la monoculture… ». La violence est pour elle un autre thème majeur : « …l’indice de paix globale de l’année 2012 à été le pire des dernières années… la plus grosse industrie, c’est l’industrie du crime… » Autre sujet de premier plan, les femmes alors qu’elle s’en prenait au mode de calcul du PIB : « le travail des femmes, le travail de la nature, le travail rural ne compte pas … »

Concombres dangereux

Elle revient sur l’agriculture : « …nous sommes des infirmes aujourd’hui, on ne sait plus produire…nous devons redevenir des producteur et des consommateurs…270 000 paysans indiens se sont suicidés avec l’introduction des nouvelles semences…produire ses aliments, c’est le seul emploi en temps de crise…Elle parle « d’aliments qui viennent de mains aimantes…remettre le fait de produire de bons aliments au centre de nos préoccupations…personne ne veut plus de ces pommes plastifiées…le concombre qui n’est pas parfaitement droit est dangereux …les vaches et les moutons veulent manger de l’herbe, ils ne veulent pas de régime intensif, les vaches ne veulent pas devenir des vaches folles… »

Standing ovation

Elle crée en Inde, une ferme pour la conservation des variétés de graines et la formation elle dit qu’elle va faire : « Une éducation ou la nature est l’enseignement… » Elle conclura sur la jeunesse « le potentiel le plus fort pour le changement » …et sur l’amour et la compassion. Standing ovation, beau mouvement d’ensemble de nous tous, une grande dame venait de nous parler et de nous donner de la force.

L’EE un courant mondial

Nous avons ensuite passé en revue les 44 diapos issues des 11 niches du congrès. Idées retenues entre autres : mettre l’EE en réseau, constat d’une faible participation de la population, d’un faible impact des initiatives éducatives, d’une faible coordination entre les différents acteurs, il faut aller vers l’adhésion du citoyen, l’éco citoyenneté est la clé, nécessité d’élaborer des stratégies, partenariat, approches participatives, dialogue interculturel, considération réciproque, poésie des peuples, comment stimuler l’engagement, autonomisation et savoir faire, expérience, recherche scientifique participative, l’EE est une mission de service public, faire en sorte que les espaces fréquentés deviennent des lieux signifiants, émanciper, oser transgresser, rompre la dichotomie raison/émotion. Nous reconnaissons ce que nous avons pointé aux assises de Lyon en mars, l’EE est bien un courant mondial.

Un évènement important…

Ce sont au total 2000 personnes de 105 pays qui seront venues au WEEC 2013, ce sont les chiffres qui nous ont été donnés en clôture. Il y a eu beaucoup d’échange. L’appel de Marrakech qui a été lu par une jeune lycéenne à vocation à servir de base pour de multiples démarches dans de multiples pays. Il met en avant notre demande d’un plus grand engagement des institutions pour l’EE, la reconnaissance de la société civile, l’importance du faire ensemble tant en réseau que dans la concertation pour développer l’EEDD dans les territoires…A noter que pratiquement toute la séance de clôture à eu lieu en langue française, pour ça aussi nous pouvons dire un grand merci aux marocains.

En 2015 la Suède.

C’est en Suède à Goteborg qu’aura lieu de WEEC 8, du 5 au 8 juillet 2015 sur le thème l’EE et les gens. Les participants sont repartis contents de Marrakech, le dîner de gala servi au palais El Badi en présence de la princesse Lalla Asna a été somptueux, musique, chants, danses, images… tout était beau et chaleureux, les 120 serveurs en habit traditionnels étaient impressionnants d’efficacité. Trop marrant de voir nos amies de l’EE nationale en robe de soirée, ça change un peu du sac à dos, les garçons aussi étaient très chics !

A suivre

Roland 

 


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1 réactions à cet article    


  • nemotyrannus nemotyrannus 27 juin 2013 16:42

    Tout candidat à une élection de haut niveau devrait être informé des problèmes environnementaux et au fait des connaissances en la matière et de l’état des choses , au même titre qu’ils le sont en ce qui concerne la politique économique et sociale.


    Je pense que ça devrait être un impératif au même titre que le reste.
    C’est pas quelque chose avec laquelle il faut déconner et ça finit en désastre avec ceux qui n’y connaissent rien ou considèrent celà comme un problème mineur.

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