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El Niño, messager du réchauffement climatique

Hiver doux en Europe et sur la côte est-américaine, vague de froid sans précédent au centre des Etats-Unis et en Californie, ces anomalies climatiques inquiètent l’opinion publique. Mais quelles en sont les raisons et sont-elles un premier avertissement que nous adresserait la planète ?

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Tempète - Côtes irlandaises
Crédit : © Olivier FRIGOUT
La réponse à cette question se trouve vraisemblablement dans le phénomène climatique en cours actuellement dans le pacifique, El Niño.

Issu du mot espagnol « l’enfant » signifiant en l’occurrence « l’Enfant du Christ », ce phénomène est induit par l’apparition occasionnelle d’eaux chaudes dans l’Océan Pacifique, le long de la côte ouest-américaine et sud-équatoriale. El Niño se produit approximativement tous les deux à sept ans, habituellement autour de Noël, et dure habituellement de quelques semaines à quelques mois. Cette arrivée de courants chauds, qui se traduit par la raréfaction des poissons pélagiques, perturbe les vents (alizés) qui naturellement poussent les eaux chaudes vers le pacifique Est, y provoquant le phénomène de mousson bien connu. Le résultat d’El Niño dans ces régions du monde est une inversion des régimes climatiques, se traduisant par un air moite et chaud le long des littoraux du Pérou et de l’Équateur, responsable de fortes précipitations et d’inondations, et des hautes pressions générant une sécheresse et parfois de graves feux de brousse de l’autre côté du pacifique.

Et ce phénomène climatique aux conséquences catastrophiques n’est pas sans effet sur le reste du globe. La machine climatique est comme un puzzle dont les pièces n’auraient pas une forme ni une place définitive. La corrélation entre l’apparition d’El Niño et des hivers doux en Europe a été clairement établie par Jürg Luterbacher, climatologue de l’Université de Berne en Suisse, qui a étudié les fluctuations du climat durant les cinq derniers siècles. Invariablement depuis plus d’un siècle, on observe des hivers doux lors de ces épisodes climatiques. Dernier hiver ainsi perturbé : 1997-1998, l’année 1998 enregistrant des records de chaleur.

La corrélation explique les températures observées au cours des dernières semaines, mais doit pourtant nous alerter. En effet, dans ses conclusions sur les impacts régionaux d’El Niño sur l’Europe et le Bassin méditerranéen, Jean-Louis Ricard de Météo-France relève que cette corrélation n’est pas statique, mais en augmentation. En d’autres termes, El Niño influence de plus en plus fortement les climats européens. Il considère qu’ « il est possible que l’augmentation des corrélations entre l’Enso (NDLR : El Niño Southern Oscillation) et l’Europe dans la seconde moitié du XXe siècle ne soit pas uniquement due à une intensification des événements Enso .. /..(1) mais puisse être considérée comme une manifestation du changement climatique à l’échelle planétaire ../..(2). Cette déduction est le fruit d’une simulation de l’impact de l’Enso sur l’Europe pendant l’hiver boréal dans deux cas de figures, se distinguant par un doublement de la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère. Les résultats semblent sans équivoque : les effets d’El Niño sur l’Europe sont renforcés par le réchauffement climatique.

Cet hiver est donc exceptionnellement doux, mais cela ne doit pas occulter le fait que « sur les trente dernières années, les températures de l’hiver ont globalement augmenté d’une façon anormale par rapport au passé, sans qu’on puisse l’expliquer par les seuls phénomènes solaires ou volcaniques », comme l’explique Jürg Luterbacher.

El Niño agirait donc comme un révélateur d’une évolution à la hausse des températures sur le globe. Cette situation inhabituelle devrait perdurer pendant les trois prochains mois. « Dans les années à venir, ces périodes de douceur vont devenir de plus en plus fréquentes et ne seront plus aussi exceptionnelles qu’elles peuvent l’être aujourd’hui », estime Michel Schneider, ingénieur de Météo France, qui considère que cet hiver chaud est « cohérent avec les effets attendus des rejets de gaz à effet de serre et accrédite la thèse du réchauffement climatique ».

Cette évolution lente, même si elle apparaît dans ce cas comme spectaculaire, masque les risques de bouleversements majeurs et soudains que pourrait nous réserver le changement climatique avant la fin du siècle. Car n’oublions pas que le climat à l’échelle du globe, est un mécanisme évoluant par effets de seuil. Ainsi, comme l’histoire de la Terre le montre, le climat peut changer radicalement en quelques dizaines d’années sur des zones immenses pouvant aller jusqu’à l’ensemble de la planète, et remettre en cause la survie de notre espèce. C’est cette incertitude, admise par l’ensemble des spécialistes du climat, qu’il convient de garder en mémoire, en ces jours de tiédeur hivernale.

 

(1) « comme suggéré par Moron and Ward » Moron V. and M.N. Ward 1998 : « ENSO teleconnections with climate variability in the European and African sector », Weather, 53, 287-295.

(2) « ainsi que cela a déjà été récemment suggéré par Rodo et al “ Rodo X., E. Baert and F. Comin 1997 : « Variations in seasonal rainfall in Southern Europe during the present century : relationships with the NAO and the ENSO », Clim. Dyn., 13, 275-284.

Sources :

http://mediasfrance.org/Reseau/Lettre/12/fr/elnino/impacts_eur.html

http://www.lexpress.mu


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14 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 18 janvier 2007 10:49

    @olivier

    merci pour ton article ,qui montre l’importance de l’environemment et la futilité des débats de nos politiciens réduits à compter les petites cuillères !

    moi qui crèche à fos sur mer ,je vais bientôt être sous les flots smiley


    • parkway (---.---.18.161) 18 janvier 2007 16:53

      eh ! oui le chat,

      nous montrons la lune aux politiques et eux etc,etc...


    • JP (---.---.72.114) 18 janvier 2007 12:19

      ça fout les boules tout ça...


      • Len (---.---.170.19) 18 janvier 2007 12:36

        « Car n’oublions pas que le climat à l’échelle du globe, est un mécanisme évoluant par effets de seuil. Ainsi, comme l’histoire de la Terre le montre, le climat peut changer radicalement en quelques dizaines d’années sur des zones immenses pouvant aller jusqu’à l’ensemble de la planète, et remettre en cause la survie de notre espèce. »

        C’est bien là le problème. Actuellement, la prise de conscience politique et économique consiste à reconnaitre (du bout des lèvres pour certains) la véracité du réchauffement climatique tout en admettant que ce sera un processus long, sur plusieurs générations, et qu’il est donc urgent de ne rien faire pour ne pas perturber le système économique actuel.

        Or si les changements s’opèrent par seuil, l’humanité risque de se retrouver face à des défis économiques, et donc sociologiques, dont l’ordre de grandeur sera bien supérieure à sa capacité de réaction. Si cette « rupture » devait arriver dans 20 ou 30 ans, je ne vois pas comment l’humanité pourrait y faire face.


        • zOoO zO 18 janvier 2007 13:09

          Article intéressant malgré ce problème permanent d’incertitudes concernant la climatologie.

          Pour l’anecdote, la page d’information hebdomadaire du NOAA concernant le statut d’El Nino pour les 3 mois à venir, prevoit des températures en moyennes plus élevées sur l’amérique du nord pour cette hiver :

          « There is an increased probability of observing El Niño-related effects over North America during January-March 2007, including warmer-than-average temperatures over western and central Canada, and over the northern United States, wetter-than-average conditions over portions of the U.S. Gulf Coast and Florida, and drier-than-average conditions in the Ohio Valley and in portions of the Pacific Northwest. »

          Voyez ce qu’il en est cette semaine : « Glace et neige aux USA : 42 morts et un demi-million de personnes sans électricité »

          http://www.cpc.ncep.noaa.gov/products/analysis_monitoring/enso_advisory/ind ex.html


          • parkway (---.---.18.161) 18 janvier 2007 14:04

            je répete ce qu’a dit françois de closets sur l’a2 ily a à peu près 2 ans je crois, que le réchauffement planétaire provoquait la fonte des glaces des pôles et ainsi REFROIDISSAIT les courants marins, ce qui pouvait provoquer une glaciation plus ou moins importante...

            Donc, faut voir !


          • herve33 (---.---.187.101) 18 janvier 2007 14:06

            Jamais aucun climatologue sérieux n’a prétendu que les hivers et les vagues de froid n’existeraient plus avec le réchauffement climatique .

            En revanche , il est bien prévu une plus grande variabilité du climat dans les années à venir , avec davantage d’évenements extrêmes que dans le passé ( tempêtes , inondations , canicule , sécheresse par endroits , vagues de froid par ailleurs )

            Pendant les années El niño , les débuts des hivers sont anormalement doux en Europe , suivies de périodes de blocage conduisant à un temps pouvant etre durablement plus froid que la normale .

            Pour l’instant sur l’Europe , il semble que la douceur actuelle devrait prendre en début de la semaine prochaine


          • nasko (---.---.209.75) 18 janvier 2007 17:12

            pas 120 000 ans, mais 620 000 ans je crois.


          • Pierrot (---.---.23.48) 20 janvier 2007 15:48

            Bonjour monsieur Talleyrand,

            ce que vous dites est exact sauf que l’on peut émettre un bémol sur votre troisième affirmation concernant la corrélation entre la teneur en CO2 dans l’atmosphère et les variations de température terrestre ces 600 000 dernières années.

            En effet les carotages de glaces ne sont pas suffisemment précis pour dire :
            - un excès de CO2 entraîne une élévation de température, ou
            - un excès de température entraine un excès de CO2 dans l’atmosphère.

            En effet les lois de Henry concernant la dissolution du CO2 nous informe que la quantité de CO2 dissoute est plus élévée à basse température (le contraire du sel de cuisine) et ainsi si la température des nappes d’eau superficielles des océans est chaude (pour une raison à déterminer) cela entrainerait une capacité moindre de dissolution du CO2 (sous forme de carbonates) et donc une élévation de la teneur atmosphérique en CO2.

            Bien cordialement.


          • Pierrot (---.---.23.48) 23 janvier 2007 08:30

            Bonjour M. Tallerrand, je suis d’accord avec vos 3 points, je l’ai déjà écrit.

            Ma remarque concerne uniquement l’imprécision des dates des coupes de carotage des glaces qui n’apportent pas de démonstration claire entre : l’augmentation de CO2 entraine l’augmentation de la température dans les basses couches de l’atmosphère ou l’inverse.

            Il est plausible que la première proposition soit la bonne, mais il ne s’agit évidemment pas d’une preuve scientifique.

            Bien évidemment le CO2 et les autres principaux GES (dans l’ordre d’importance décroissant : H2O, CH4, N2O, CFC, O3, SF6)augmentent la température des basses couches atmosphériques par absorption d’une partie du rayonnement IR émis par le sol.

            Pour la période récente, les très nombreux relevés météorologiques et satellitaires ainsi que des observations visuelles : recul des glaciers, cernes des arbres montrent une élévation de la température, en particulier depuis 1980.

            Bien cordialement.


          • Internaute (---.---.201.92) 18 janvier 2007 21:40

            Pour votre information, El Niño signifie « l’enfant Jésus » et non pas « l’Enfant du Christ », lequel n’a pas eu d’enfants.


            • Olivier FRIGOUT Olivier FRIGOUT 19 janvier 2007 17:50

              ERRATUM bien évidemment, l’enfant Jésus. Quant à la filiation du Christ... selon les textes, en effet, elle est nulle et non avenue.


            • Ronfladonf (---.---.98.204) 19 janvier 2007 07:06

              Article bien monté et documenté...

              Un tantinjet terrifiant peut-être... ca devrait faire de l’audience sur TF1 ca !

              (Ironie inside)

              Excellent article, merci !


              • Frédéric (---.---.123.7) 22 janvier 2007 17:39

                Des images récentes de la « sécheresse » en Australie : http://skyfall.free.fr/?p=59

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