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Encore plus de pollution à cause du gaz du schiste

Après les risques de secousses sismiques et les dégâts environnementaux, voici venir des risques de cancer ainsi que des émissions de gaz à effet de serre….

Bon, soyons impartial. Le gaz de schiste pourrait se targuer d’un atout écologique : sa combustion dans les centrales électriques entraîne moins d’émissions de CO2 (Dioxyde de carbone) que la combustion du charbon. (-44 % de moins, selon l’America’s Natural Gas Alliance. (Association professionnelle du gaz aux Etats-Unis).

Jusqu’à présent, l’émission de gaz à effet de serre lors de la production du gaz de schiste était considérée comme négligeable. On se doute bien que les pétroliers aux Etats-Unis n’ont pas poussés les études plus que nécessaires pour s’assurer de la véracité de ce postulat, car la perspective d’engranger des millions de $ suffisait à balayer les quelques doutes….. Si toutefois doutes il y en avait….

Mais ce postulat vient d’être sévèrement mis en cause par une série d’études scientifiques. En effet, après analyses, la production de gaz de schiste a un bilan en gaz de serre équivalent, voire supérieur, à celui du charbon. L'explication de ce paradoxe tient au fait que le gaz naturel - aussi appelé méthane (CH4) - a un coefficient de réchauffement supérieur de vingt-cinq fois à celui du dioxyde de carbone - voire soixante-douze fois sur les vingt premières années de son émission, en raison d'un temps de résidence dans l'atmosphère différent de celui du CO2.

La présence de méthane dans l'atmosphère a donc un effet important. Or la production de gaz de schiste entraîne un relâchement important de méthane. Quand les fluides utilisés pour fracturer la roche sont pompés pour être ramenés vers la surface, ils entraînent avec eux des bulles de gaz naturel qui vont se disperser dans l'atmosphère. De plus, la remontée du gaz à l'ouverture du puits se traduit pendant quelque temps par une fuite supplémentaire de méthane. Enfin, les différents gazoducs et autres équipements techniques sont aussi sources de fuites.

C’est pire que le charbon et le pétrole. Déjà que l’extraction du pétrole est faite trop souvent de façon totalement inconsidérée, provoquant des catastrophes écologiques dommageables pour tous, mais en plus s’il faut rajouter l’extraction gaz de schiste…..

http://franceusamedia.com/2010/05/bp-la-plus-grave-catastrophe-ecologique-de-l%E2%80%99histoire-des-etats-unis/ http://www.leparisien.fr/economie/fuite-sur-la-plateforme-total-greenpeace-craint-une-maree-noire-02-04-2012-1935897.php

Jusqu'à récemment, les émissions liées au gaz de schiste étaient estimées selon des valeurs officielles établies par l'Agence de l'environnement des Etats-Unis (EPA) en 1996. En 2011, une équipe de chercheurs menée par Robert Howarth, de l'université de Cornell, a abouti à la conclusion que les puits de gaz de schiste laissaient fuir jusqu'à 8 % du méthane pendant leur durée d'exploitation.

http://www.eeb.cornell.edu/howarth/

Cette étude, publiée dans la revue Climate Change Letters, s'appuyait sur une revue approfondie des données disponibles. Selon Robert Howarth, "du point de vue climatique, le gaz de schiste est pire que le gaz conventionnel, mais aussi que le charbon et que le pétrole". En février 2012, une autre équipe de chercheurs de l'université du Colorado a publié dans le Journal of Geophysical Research une étude confirmant le constat. Mais la méthode ici utilisée était expérimentale : des relevés physiques ont été effectués dans une campagne de mesures par un véhicule doté d'équipements sophistiqués.

http://www.agu.org/journals/jgr/

Les échantillons d'air prélevés dans la région de Denver-Julesburg, au nord-est du Colorado, où vingt mille puits exploitent le gaz de schiste, ont ensuite été analysés en laboratoire. Cela conduit à constater que des fuites de méthane se produisent dans une fourchette de 2 % à 8 % du gaz produit, une valeur de 4 % étant la plus probable - le double de la valeur retenue par l'EPA. Cette analyse ne prend pas en compte les fuites qui peuvent se produire dans les gazoducs. "On a conduit une autre campagne de mesures dans l'Utah, dont on espère publier les résultats avant la fin de l'année, avance Gabrielle Pétron, qui a conduit la recherche. On va aussi mener une campagne de mesures par avion." D'autres études sont en cours en Pennsylvanie et au Texas.

Le débat scientifique est loin d'être clos, mais la "virginité" climatique du gaz de schiste appartient au passé.

La position qui consiste pour certain à défendre coûte que coûte l’extraction du gaz de schiste devient impossible à tenir.

De plus, il y a un risque supérieur de cancer.

D'autres études soulignent par ailleurs l'effet de pollution atmosphérique liée à l'exploitation du gaz de schiste. Il n'y a en effet pas que du méthane qui fuit, mais aussi de nombreux autres hydrocarbures nocifs pour la santé, tel que le benzène.

Sympa pour les poumons et le reste du corps. Dans une étude parue en mars 2012 dans Science of Total Environment, Lisa Mc Kenzie et d'autres chercheurs de l'université du Colorado ont comparé deux groupes de personnes vivant près et loin de puits de gaz de schiste. Ils concluent que les premiers encourent un risque supérieur de cancer en raison d'une exposition plus importante aux hydrocarbures volatils.

http://www.ucdenver.edu/about/newsroom/newsreleases/Pages/health-impacts-of-fracking-emissions.aspx

Cette multiplication d'études n'a pas encore entraîné de réponse officielle, mais elle alimente un besoin de réglementation de plus en plus fort aux Etats-Unis. Jusqu'à présent, explique dans un courriel Jesse Coleman, de Greenpeace USA, "la réglementation de la fracturation hydraulique a largement été laissée au niveau des Etats - qui sont beaucoup plus faibles -, en raison de la résistance de l'industrie à une loi fédérale".

Un des enjeux cruciaux consiste à obliger les entreprises à révéler les produits chimiques qu'elles utilisent dans la fracturation hydraulique. L'EPA doit rendre durant l'été un projet de réglementation - qui comprendrait des mesures pour limiter les fuites de méthane - en vue d'une application en 2015. La bataille des lobbies ne fait que commencer.

Quid de la France ? Pour l’instant, rien n’est abrogé. On oscille entre torpeur et engourdissement, ce qui est « bien » pour noyer le poisson. Et un beau jour, on se réveille avec un derrick devant la porte. C’est hors de question. Conclusion, il faut rester en alerte constante, toujours.

Merci à Hervé Kempf, du Monde pour son récent article sur le sujet, que je relate largement dans ce billet.


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13 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 8 juin 2012 09:01

    il faut continuer a se battre contre les gazs de schistes car, si ces forages ont lieu, vous pourrez dire adieu aux touristes et à toute votre économie locale, l’air ne sera plus respirable, l’eau ne sera plus potable, se baigner ne sera plus possible, vos maisons et appartements ne vaudront plus un centime et ceux qui ont des crédits ne pourront pas se reloger ailleurs, les produits des cultures deviendront des poisons, la terre sera souillée pour des centaines d’années.........
    http://2ccr.unblog.fr/2011/04/15/gaz-de-schiste-cest-fini/


    • Clojea Clojea 8 juin 2012 09:55

      Bonjour Robert : Merci pour votre commentaire, et bien sur, entièrement d’accord avec vous. Merci également pour le lien. A faire circuler


    • alinea Alinea 8 juin 2012 23:19

      Robert Gil : On n’en a rien à foutre du tourisme ! Mais ce qui est sûr, c’est que pour les gaz de schistes, c’est « niet ». ;On est remonté ici ( Ardèche, Cévennes). Ils ne passeront pas.


    • Le péripate Le péripate 8 juin 2012 12:18

      Ah oui, le retour au Moyen-Âge, et les bougies.

      On va y arriver.


      • Clojea Clojea 8 juin 2012 16:05

        @ péripathe : Mais bien sur.... L’argument fallacieux par excellence. Comme si entre une pollution excessive et pratiquement zéro pollution, il n’y avait aucune solution.... 


      • alinea Alinea 8 juin 2012 23:22

        Vous ne marchez pas assez, malgré votre nom ! quand on marche, on réfléchit mieux ; et la bougie, c’est plus romantique, on voit moins les rides et les défauts d’un visage : on peut abuser la belle !


      • ZEN ZEN 8 juin 2012 18:55

        Le lobbying continue...
        J’invite Péripate à s’informer...juste un peu
        Sur les sites us et canadiens notamment


        • Clojea Clojea 9 juin 2012 07:13

          Bonjour Zen. Merci pour votre passage et pour le lien. A faire circuler amplement


        • Lisa SION 2 Lisa SION 2 8 juin 2012 20:54

          Bonjour Clojéa

          " On oscille entre torpeur et engourdissement, ce qui est « bien » pour noyer le poisson. Et un beau jour, on se réveille avec un derrick devant la porte. " et pourquoi pas un Colombo ? Il en est de même dans mon département, on accepte tranquillement le progrès et puis un samedi ensoleillé à l’heure de l’apéro barbecue plein air sur terrasse, ça se met à sentir fort la merde au point de fuir et tout refermer la maison et manger dedans... ! Ben ouais, un an plus tôt, un dossier d’utilité publique annonçait 2500 cochons et les épandages qui vont avec et personne n’a réagi à part ma pomme !

          Derrière chaque face dorée de la médaille il y a un mort à la guerre, avec le GdeS, c’est la mort de la Terre !


          • alinea Alinea 8 juin 2012 23:24

            Sur le barbec, vous cuisiez quoi ? Du cochon ?
            Il faut savoir ce qu’on veut !


          • Clojea Clojea 9 juin 2012 07:17

            Bonjour Lisa : C’est tout à fait ça et c’est pour ça que je tire la sonnette d’alarme, car je n’ai pas envie de me réveiller un beau matin avec l’enseigne Total ou Shell devant ma porte. Il faudra que l’on passe te voir dans ta belle région, à l’occasion pour prendre quand même un apéro, et j’espère sans les odeurs. A +


          • soimême 9 juin 2012 01:54

            Non seulement, il faut opposer mais il faut aussi revenir sur les accords de licence sur la distribution de gaz accorder aux banques.

            <Qu’est-ce qu’un fournisseur de gaz naturel dans votre esprit ?

            Pour nous, c’est un distributeur. Mais pour vous ?

            Une fois qu’il sera extrait (s’il l’est un jour), ce fameux gaz dit « de schiste » mais qui n’est autre qu’un « gaz naturel », il faudra bien le distribuer.

            Vous avez accepté, par décret, de nouveaux opérateurs sur le marché de la fourniture de gaz (donc de la distribution ?) dont … des banques. Nous ne savions pas encore que les banques étaient des entreprises industrielles confirmées et spécialistes de la distribution du gaz !

            Parmi ces banques élues au nirvana de la fourniture (distribution ?) de gaz en France :

            - JP Morgan par votre arrêté du 5 janvier 2010 : banque poursuivie pour 6,4 milliards de dollars pour avoir hébergé les « comptes Madoff ». (Une banque clairvoyante ?)

            - Goldman Sachs, par votre arrêté du 19 janvier 2010 : la banque championne des subprimes qu’il a fallu que les Etats-Unis renflouent en hâte en 2008, sans quoi le système financier mondial s’autodétruisait. (Une banque exemplaire ?)

            - La Société Générale, par votre arrêté du 22 septembre 2010 : la banque à qui son employé Kerviel a coûté plus de 5 milliards d’euros. (Une banque bien gérée ?)

            - Le Crédit Agricole : cette fois-ci, l’arrêté, plus tardif a été signé par Eric. Besson, le 20 janvier 2011. (Si les agriculteurs ne peuvent plus exploiter le sol, qu’au moins la banque profite du sous-sol. Le bon sens près de chez nous ?)

            Les banques sont-elles vraiment les meilleurs « fournisseurs » de gaz naturel possibles en France ?

            Vous avez également accepté (toujours par décret), la société italienne A2A Trading. Nous ne la connaissions pas mais un petit tour sur son site internet (mot clé sur Google : A2A trading) nous permet de lire :

             The environment as an opportunity

            The A2A Group has always taken great care over the close link between energy and the environment, and as such, is one of Italy’s principal hydroelectric producers which sees renewable energy as an opportunity to :

            • produce clean energy : offering third party producers the possibility of selling electricity in a manner that will take the specific characteristics of the source and added environmental value into consideration ;
               
            • market clean energy : offering structured “CO2 free” products that come from renewable sources ; 
               
            • consume clean energy  : adhering to certification systems guaranteeing that energy is from a renewable source, which can be used for marketing and communications (Renewable Energy Certificate System, RECS, Marchio “100% energia verde”, etc.). >

            http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/jean-louis-borloo-les-gaz-de-91678


            • Clojea Clojea 9 juin 2012 07:21

              Bonjour. J’aime bien votre commentaire sur les banques..... Et oui, le dieu pognon, encore et toujours. Quand à Borloo, c’est effectivement en plein Grenelle de l’environnement qu’il a signé les autorisations d’explorer. Pas mal quand même....

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