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Accueil du site > Actualités > Environnement > L’année des méduses n° 2... ou une prolifération inquiétante (...)

L’année des méduses n° 2... ou une prolifération inquiétante !

Il y a près d’un an (30 août 2006) Agoravox publiait mon premier article sur les méduses. Pour ceux qui ne l’on pas lu, il peut être bon de le faire en premier, vous découvrirez ainsi vos premières infos sur ces étranges et piquantes bêtes !


La méduse Pelagia noctiluca

C’est cette variété de méduses pélagiques qui envahit depuis quelques années la Méditerranée. En grec, pelagia, signifie « de la mer », nocti veut dire « nuit » et luca « lumière ». Pelagia noctiluca peut donc être interprété comme un organisme marin ayant la faculté de briller dans le noir, en effet elle est considérée comme une espèce bioluminescente. Personnellement je ne me suis jamais trouvé dans le noir sur une plage quand il y a des méduses ; à la prochaine « arrivée », j’irai constater de visu ce phénomène !

Mes constatations pour l’année 2007

Avec mon épouse, nous demeurons à 1,5 km de la Grande Bleue, dans le Var ; le bord de mer est souvent notre lieu de balade à pied, et je peux dire que les méduses sont sous ma « surveillance », ainsi j’ai pu constater (photos à l’appui) que c’est tout le long de l’année que ces vilaines bébêtes s’échouent sur les plages ou dans les criques.

Voici quelques images prise à différentes époques !

  • Le 15/11/2006 : 1 - 2 - 3
  • Le 30/12 2006
  • Le 06/12/06
  • Le 19/04/07, pour montrer leurs tentacules, je prenais ces photos :
    1 - 2 - 3 - 4
  • Le 18/05/07 : 1 - 2

Nota : Toutes ces photos ont été prises dans le secteur de Saint-Aygulf (Var)

C’est pour cela que je me range derrière Jacqueline Goy, chercheuse à l’Institut océanographique de Paris, qui pense que nous sommes actuellement plutôt dans un cycle de pullulation (1 et 2) alors que son confrère Gabriel Gorsky, biologiste marin à l’Observatoire océanographique de Villefranche-sur-Mer, ... est d’un avis contraire (voir la fin de l’article n° 2).

2007, alors une année à méduses ?

Outre les invasions que j’ai mentionnées plus haut, cette année, en début de saison, les MNS pompiers en poste sur la plage de la Gaillarde, à Roquebrune-sur-Argens (Var), affichaient cette pancarte, puis c’était celle-ci... la cause, vous vous en doutez, étant bien évidemment... ceci .

Tout cela m’amène a penser que 2007 risque bien d’être une nouvelle année à méduses !

La méduse qui « pique »

La vilaine bébête, celle qui pique et qui sévit en Méditerranée se nomme donc Pelagia nocticula ; c’est un scyohozoaire de l’embranchement des cnidaires qui appartiennent à la famille des pelagiidaes.

Sur ce site, vous allez trouver un classement simplifié des cnidaires de Méditerranée (pour la Pelagia noctiluca, voir en bas de page rubrique : Classe des scyphozoaires).

Les diverses causes de prolifération des méduses

Il est bon de rappeler que la méduse Pelagia nocticula est un animal marin carnivore qui se nourrit de proies venant au contact de ses tentacules.

Sa nourriture principale est le plancton marin, et plus spécialement le zooplancton, (qui lui-même se nourrit du phytoplancton). Elles se nourrissent également de protistes, divers vers, de crabes, d’autres cnidaires et même de petits poissons.

La prolifération des méduses est due à deux causes principales, et ces dernières sont étroitement liées :

1- Prolifération de leur nourriture principale qui est le plancton marin.
2- Raréfaction de leurs prédateurs naturels.

1 - Prolifération du plancton marin

Avec le réchauffement climatique et les apports par les fleuves de matières organiques et de résidus d’engrais (voir quelques lignes plus bases l’exemple de la mer Noire), les autres espèces qui se nourrissent elles aussi de plancton (anchois, sardines, maquereaux etc.) diminuent, la quantité de plancton augmente alors, ce qui fait que la masse de nourriture disponible pour les méduses augmente elle aussi (en cas de pénurie de plancton, les larves de pélagies, incapable de jeûner, meurent).

Avec l’apport par les fleuves de matières organiques et de résidus d’engrais, la Méditerranée (à l’instar de la mer Noire) est frappée par des phénomènes d’eutrophisation, ce qui induit une forte augmentation du plancton marin (voir cette photo satellite de la mer Noire).

Donc pour l’instant l’homme est bien le responsable de l’augmentation du plancton marin qui est profitable aux méduses et à un organisme planctonique qui se nomme Noctiluca scintillans (sources : 1 et 2).

Pelagia scintillans est un organisme bioluminescent (voir dans la colonne de gauche la rubrique Organisme ; et vu également plus haut), qui sert de nourriture à la méduse Pelagia nocticula et qui serait responsable de la bioluminescence de Pelagia nocticula !

(Dans la colonne qui j’ai indiquée quelques ligne plus haut, vous apprendrez que la bioluminescence marine permet parfois de retrouver les traces des navires ou le repérage des sous-marins  !)

Quelques renseignements sur le plancton marin : 1, 2 (photos satellite pages 10 et 12) et 3.

2 - La diminution de leurs prédateurs naturels

Dans la chaîne alimentaire, la méduse est heureusement la proie de quelques prédateurs naturels, ces derniers sont : le thon rouge (en risque d’extinction), le poisson-lune, le baliste.

(Source, si le lien ne fonctionne pas, recherchez dans Google : "Futura sciences des bancs de méduses se répandent en Méditerranée".)

Mais, hélas, pour cause de surpêche, le nombre des prédateurs de la méduse a fortement diminué ; et le prélèvement abusif du thon rouge a même fait l’objet d’une question au Parlement européen, et pose aussi celle-ci : le déséquilibre de l’écosystème de la mer Méditerranée.

Néanmoins, les plus grands prédateurs des méduses sont les tortues de mer, à savoir la tortue luth et la tortue caouane, cette dernière étant très répandue en méditerranée.

Hélas encore, nos braves tortues se font de plus en plus rares, les responsables étant surtout les hommes avec leurs négligences et leurs bêtises.

En effet, les tortues sont victimes des hélices de bateau ou des filets dérivants ; plus grave, les hommes jettent à la mer des milliers de sacs en plastique, qui flottent, entraînés au large, et les tortues les confondent avec leur proies favorites, ... les méduses, puis meurent d’étouffement ou d’occlusion intestinale.

Pour info, le 21 juin 2007, une tortue luth est venue pondre à Saint-Tropez sur la plage des Canoubiers. (En évoquant le retour des tortues luths dans le secteur, je pense que l’article est optimiste car, finalement, ce n’est qu’une remontée des zones de ponte vers le Nord, due principalement au réchauffement climatique... à moins que ces tortues soient également présentes aussi à cause des méduses aperçues depuis quelques années sur cette zone !).

Plus haut, j’indiquais que des causes de proliférations étaient étroitement liées entre elles, cette concomitance est très bien expliquées ici.

D’autres nouvelles infos sur les méduses

En surfant sur le Web, j’ai trouvé les vidéos de la conférence qu’a tenue Jacqueline Goy, de l’Institut océanographique (c’est la spécialiste française des méduses) à l’Espace des sciences de Rennes (trois thèmes : présentation, conférence, et questions du public ; j’ai appris - vous apprendrez - beaucoup de choses sur ces bestioles !)

Par exemple, il est possible de reconnaître le sexe des méduses, ainsi une méduse mâle a, sur le sommet de son ombrelle, un genre de couronne de couleur violet, alors que, pour la femelle, la couleur tire plutôt sur le marron (1 - 2 - 3 - 4 - et 5 ; remarquez en bas de cette dernière photo la présence d’un petit alevin qui, lui aussi, a été pris lorsque j’ai « pêché mes méduses » dans une cuvette en plastique ; pendant au moins quinze minutes, ce dernier a nagé tranquillement près d’elles, et il ne m’a pas semblé être dérangé par leurs tentacules urticantes comme le montre cette vidéo, les a-t-il évitées, ou était-il insensible ? Mystère !

.... au bout d’un bon quart d’heure j’ai préféré lui redonner sa liberté).

(Dans mon premier article j’ai placé plusieurs vidéos sur mes expériences perso, elles sont dans mes réponses du 16 juin et du 8 juillet 07 !)

Autre info : dans Var Matin du 20/07/07, il y avait un reportage sur l’invasion des méduses, j’y ai lu que monsieur Patrick Lelong, docteur en océanographie et conservateur à l’institut Paul Ricard, a déclaré que les filaments urticants dits « filaments pêcheurs » (la méduse l’utilise en effet pour capturer ses proies) peuvent parfois atteindre deux mètres de long !

Les méduses au service de la science... et des hommes

Avec la conférence de Jacqueline Goy, j’ai appris également que la méduse rhizostome (Rhizostoma pulmo ; photos 1 et 2  ; description : 1 et 2 - descendre en bas de page) est une méduse peu urticante et qui peut peser jusqu’à 80 kg. Elle est employée pour produire du collagène, qui sera utilisé en cosmétique, en chirurgie ainsi qu’en pharmacie.

Voir aussi ces deux articles d’Espace et Sciences sur les méduses :

On apprendra que le collagène des méduses rhizostomes remplace avantageusement celui qui est extrait des bovins et des porcs car, chez ces derniers, il existe un risque théorique que le produit soit éventuellement contaminé par des animaux porteurs de l’encéphalopathie spongiforme bovine (maladie de la vache folle). Enfin les chercheurs japonais, avec les méduses géantes Nemopilema nomurai (photo) ont trouvé le moyen d’extraire de la mucine, une substance notamment utilisée en pharmacie.

Que faire en cas de brûlures de méduses (à faire absolument dans l’ordre) ?

  • Ne jamais frotter même avec du sable. Rincer donc abondamment sans frotter la zone « brûlée » avec de l’eau de mer.
  • Ensuite, il faut saupoudrer légèrement la zone atteinte avec du sable (si possible chaud et sec, le sable saupoudré piège les capsules urticantes, les nématocystes, (ces dernières sont éjectées à la vitesse d’une balle de fusil ! (voir également là un autre usage de cette propriété), et la chaleur a une action thermolabile (qui détruit par la chaleur).
  • Puis, de nouveau, rincer la zone abondamment à l’eau de mer.
  • En dernier lieu, pour enlever les éventuelles capsules urticantes qui seraient restées collées à la peau, racler l’endroit avec la tranche d’une surface rigide (carte de crédit, carton rigide, couteau, etc.) et rincer de nouveau à l’eau de mer.
  • Important, ne jamais rincer une brûlure de méduse à l’eau douce.
Vous pouvez vous également vous reporter à mon premier article où je parle pommade, allergie, vinaigre et urine ; rubriques " Les brûlures que provoquent les méduses", "Un vieux remède très très efficace", "Les filets anti-méduses".

Dans mon article d’août 2006, devant la prolifération des méduses, je suggérais l’installation de filets anti-méduses. Je remarque que, face à ce problème, cela bouge un peu ; en effet, dans les médias, la mise en place de ces filets est évoquée :

Reste à savoir si ces filets résisteront à ces coups de tabac qui ne sont pas rares (1 - 2 ; photos prises le 23/08/06 plage de la Gaillarde). Au Lavandou (plage Hélios), il y a un filet et, selon les dires du plagiste, il faut moins de cinq minutes pour l’installer.

Pour info la Lyonnaise des Eaux investit dans le filet anti-méduses que fabrique RCY, une petite PME de Saône-et-Loire.

En annexe mes vidéos

  • Méduse dans son élément naturel, vidéo qui montre ses mouvements de « pompage » qui lui sert pour se propulser.
  • Vidéo d’une méduse dans un récipient , une autre avec une petit « commentaire » de P@py !
  • La Dame aux méduses (je remarque que le lien ne fonctionne pas alors, dans Google, tapez : "La dame aux méduses jacqueline goy").
  • L’Espace des sciences, un dossier sur les méduses.
  • Hydroméduses, de Jean-Marie Cavanihac
  • Connaissance OSPAR (pour la protection du milieu marin de l’Atlantique du nord-est).
  • Juin 2007, l’Espagne lance un plan contre la prolifération des méduses.

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