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L’eau, chère ressource à préserver

L’or bleu, cher et menacé. De l’inégal accès à l’eau à son coût, il n’y a qu’un pas.

L’eau, ressource indispensable à la vie. Sur un cours d’eau pollué, ou en bouteille, cette source fait toujours couler de l’encre. Aujourd’hui, des problèmes liés à sa gestion, à son accès et à son coût se posent. Le point sur l’or bleu.

L’homme utilise de l’eau dans toutes ses activités - domestiques, agricoles, industrielles ou commerciales. L’eau est par exemple recueillie, puis canalisée vers les champs qu’elle permet d’irriguer ; l’eau distribuée est consacrée à près de 70% aux cultures et à l’élevage. L’industrie, les mines, les carrières, les raffineries de pétrole ou aciéries, toutes les activités utilisent l’eau dans leur processus d’extraction ou de fabrication ; l’industrie consomme environ 23% de l’eau distribuée. La consommation d’eau pour un usage domestique représente enfin près de 8% des ressources totales en eau.

Mais la situation risque de se dégrader : aujourd’hui, plus de deux milliards de personnes, sur Terre, manquent d’eau potable. En Chine, 40% des rivières analysées par l’Organisation mondiale de la santé ne répondent pas aux exigences minimales de qualité définies par l’OMS. Améliorer la qualité de l’eau demande de lourds investissements, dont les pays les plus touchés ne peuvent assumer le coût ; il faudrait plus de 180 milliards de dollars par an pour maintenir le taux actuel d’équipement en eau courante dans le monde. L’Union européenne a, en 2002, édicté une directive qui indique que "l’eau n’est pas un bien marchand comme les autres, mais un patrimoine qu’il faut protéger, défendre et traiter comme tel". Chaque année, mille milliards de mètres cubes d’eaux usées sont rejetés par les activités humaines. La pollution des eaux douces est un problème majeur dans le traitement de l’eau sur le globe.

La moyenne mondiale de consommation d’eau est de 600 mètres cubes par an et par habitant, soit 137 litres par jour. Cependant, ce chiffre est une moyenne : dans le monde, l’usage de l’eau est extrêmement varié et les statistiques rendent mal compte d’une réalité très contrastée. Le problème avec l’eau, c’est qu’elle ne se renouvelle pas toujours au rythme où l’homme la salit. Dans les pays qui n’ont pas les moyens de l’assainir, elle est un vecteur de maladies.

L’inégal accès à l’eau salubre.
Bien qu’elles soient réparties de manière inégale, les ressources en eau douce sont loin de manquer à l’échelle de notre planète. Pourtant, du fait d’une mauvaise gestion, de moyens limités et à cause des changements environnementaux, quasiment un habitant de la planète sur cinq n’a toujours pas accès à l’eau potable, et 40% de la population mondiale ne disposent pas d’un service d’assainissement de base, indique le second Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau. Ce rapport, qui est publié tous les trois ans, représente l’évaluation des ressources en eau douce de la planète la plus complète à ce jour. D’après le rapport, les systèmes de gouvernance « déterminent qui peut avoir quelle eau, quand et comment, et décident de qui a droit à l’eau et aux services connexes ». Ces systèmes ne reposent pas uniquement sur les gouvernements, mais aussi sur les autorités locales, sur le secteur privé et la société civile. Ils régissent en outre un large éventail de questions étroitement liées à celle de l’eau, et la préservation des écosystèmes dont dépendent nos ressources en eau.

Le défi est de taille : les pays en développement doivent réaliser en quelques années ce que les pays riches ont mis plus de deux siècles à construire : un réseau d’eau salubre et potable raccordé à l’assainissement. Les disparités ne font pourtant que s’amplifier : si la Chine et l’Inde sont en bonne voie pour l’accès à l’eau potable, leur puissance économique creuse l’écart avec la situation de l’Afrique. Par ailleurs, l’impuissance de la communauté internationale et des Etats concernés n’est pas liée au manque de ressources en eau. L’eau n’a pas de substitut. La possibilité d’avoir accès à l’eau dépend notamment de caractères économiques. L’accessibilité dépend avant tout des prix pratiqués.

L’eau, chère... trop chère ?

En 1996, le prix de l’eau était de 0,74 dollar par mètre cube à Conakry (Guinée) et de 0,22 à Buenos Aires, alors que le revenu moyen à Conakry était de plus de six fois inférieur à celui de Buenos Aires. En France, certes, la situation est différente en termes économiques, mais un nombre croissant de voix s’élèvent pour dénoncer certaines pratiques.

Des dizaines de maires, répartis dans tout l’hexagone, veulent faire baisser les tarifs de l’eau du robinet. Les associations de consommateurs dénoncent les abus de fournisseurs privés, et les élus veulent faire bouger les choses. Ainsi, le maire de Neufchâteau (Vosges) a rompu en 2001 le contrat qui le liait depuis 1992 pour trente ans avec la Générale des eaux, à la suite d’un audit qui lui a révélé que les tarifs avaient été surévalués de 26%. Il faut par ailleurs ajouter que le coût de l’eau est aujourd’hui au cœur des préoccupations des ménages... et des hommes politiques, dans le cadre de leur campagne électorale.

Selon une étude de l’association de consommateurs UFC-Que Choisir : « Les prix pratiqués dans les grandes associations sont parfaitement abusifs ». Les sociétés chargées de l’approvisionnement en eau démentent ces chiffres et avancent les coûts engendrés par la mise aux normes anti-plomb et par le retraitement des eaux usées. Pour tenter de faire baisser le prix de l’eau, l’arme ultime des maires consiste à reprendre eux-mêmes la gestion de l’or bleu, en régie propre. Ainsi, 56% des maires du département des Landes ont choisi ce système, à la suite d’une étude montrant que le prix de l’eau était moins élevé en régie propre.

Selon l’étude 2006 « CI-Eau (association)/TNS Sofres », 58% des Français se disent « incapables » d’avancer un chiffre pour le prix moyen du mètre cube en euros ; et le prix donné par les personnes ayant répondu au sondage est supérieur à celui de l’Insee : 4,1€, tandis que celui de l’Institut national, prix moyen, se situait à 2,6€ en janvier 2006.Par ailleurs, 60% des Français qui paient l’eau dans leurs charges ne savent pas combien elle leur coûte par an. A noter que 59% des Français, toujours selon ce baromètre, jugent l’eau potable « plutôt chère », contre 31% qui la trouvent « bon marché ». Le terrain de la qualité est aussi à prendre en compte. 54% des Français se déclarent, selon cette étude, « prêts à payer l’eau plus cher pour en préserver la qualité ». Par ailleurs, « neuf Français sur dix s’attendent à de nouvelles hausses [du prix de l’eau], du fait de la raréfaction des ressources ».

Quant au « droit humain à l’eau », mis en lumière par le Forum mondial de l’eau, il est toujours en suspens...

par Franck Stassi (son site) vendredi 26 mai 2006 - 6 réactions
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