Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Environnement > L’industrialisation de la production d’organismes génétiquement (...)

L’industrialisation de la production d’organismes génétiquement modifiés

Ceux qui pensaient, tels José Bové, avoir démontré les risques, immédiats ou lointains, du génie génétique s'appliquant tant aux bactéries et aux végétaux qu'aux animaux, humains compris, vont bientôt découvrir que l'industrialisation de la production des organismes génétiquement modifiés (OGM) en fera prochainement une marée capable de transformer une nouvelle fois la biosphère. Sera-ce pour le pire ou pour le meilleur ?


Jean-Paul Baquiast 04/07/2011

 

De quoi s'agit-il. Après la sélection artificielle qui avait dans les siècles précédents permis aux éleveurs de transformer laborieusement un certain nombre d'espèces utilisées dans l'agriculture et l'élevage, est apparu le génie génétique proprement dit. Celui-ci, depuis une quinzaine d'années, suppose dans le cadre de ce que l'on nomme aussi la biologie synthétique, le remplacement de quelques gènes au sein du génome d'une espèce donnée, afin de la doter de propriétés utilisables par l'homme.
 
Il s'agit dans une certaine mesure du développement des recherches sur le génome humain, à but thérapeutique, visant à identifier pour les neutraliser les gènes responsables de maladies héréditaires. Mais les objectifs économiques et industriels du génie génétique, pour obtenir par exemple des levures capables de contribuer à la production de carburants végétaux, sont devenus tels qu'ils ont mobilisé de nombreux laboratoires de par le monde. Craig Venter en était devenu ces dernières années un exemple emblématique.
Il reste que les méthodes utilisée par ces laboratoires étaient jusqu'à ces derniers temps longues et coûteuses. Du fait de la complexité du moindre des génomes, il fallait d'abord en obtenir un séquençage suffisamment détaillé, en utilisant les méthodes utilisées dans le programme Human Genome Project. Il fallait ensuite identifier le ou les gènes associés dans la production de tel caractère recherché, puis modifier ces gènes au coup par coup et finalement tester les résultats de ces changements. Les tâtonnements et erreurs de parcours étaient inévitables. Ceci en amont de toute production industrielle.
 
Un article du NewScientist « The evolution machine » référencé ci-dessous, montre que ces temps héroïques sont en voie de se terminer. Le professeur de génétique computationnelle George Church, de la Harvard Medical School, a pris le parti de créer de grands nombres d'organismes génétiquement modifiés en vue d'obtenir un résultat donné, sans se donner la peine de s'assurer au préalable que ces modifications produiront exactement le résultat recherché. Il suffit ensuite de laisser ces organismes évoluer entre eux par compétition darwinienne et de sélectionner les descendants les plus aptes à produire l'objectif visé.
Il s'agit en d'autres termes du principe depuis longtemps utilisé en programmation (programmation évolutionnaire) faisant appel à ce que l'on nomme les algorithmes génétiques. Mais pour que le procédé appliqué à la biologie soit réalisable à des coûts abordables, il faut disposer de techniques permettant d'une part de modifier à grande échelle les génomes des espèces cibles et d'autre part de tester, là encore à grande échelle, les résultats de leurs compétition, afin de sélectionner les génotypes et phénotypes les plus efficaces.
 
MAGE
 
L'équipe de George Church, entre 2008 et 2010, a mis au point pour ce faire une « machine » capable d'identifier les gènes produisant des résultats aussi proches que possible de ceux recherchés, et de les modifier par les différents procédés aujourd'hui connus. Les chances d'obtenir la mutation la plus efficace possible sont alors considérablement accrues. Il est devenu facile d'obtenir et de tester par ces procédés des milliers de combinaisons génétiques simultanées, ce que les initiateurs de la technique nomment le «  multiplexing ». Des milliards de nouvelles souches pourraient ainsi être obtenus en quelques jours. La « machine » ainsi réalisée, permettant ces performances tout à fait révolutionnaire, a été nommée MAGE pour  Multiplex Automated Genome Engineering. (voir shéma ci-dessus) Sur le fond, MAGE n'a rien inventé jusqu'à ce jour. La « machine » reprend les différentes techniques du génie génétique, mises au point notamment dans le cadre de l'Human Genome Project.
 
En 2009, un collaborateur de Church, Harris Wang, a pu modifier génétiquement une bactérie commune, escherichia coli, afin d'obtenir une souche produisant en plus grande quantité que naturellement du lycopene, un antioxidant présent dans les tomates qui pourrait aider à combattre le cancer. La bactérie génétiquement modifiée a été obtenue en 3 jours avec une dépense de fournitures de 1000 dollars, en utilisant une des machine MAGE. L'ADN est modifié directement dans les cellules vivantes qui sont ainsi incitées à l'utiliser comme s'il s'agissait de leur propre génome.
 
Aujourd'hui, George Church a crée une société, conjointement avec la firme LS9 spécialisée dans les carburants biologiques, afin de commercialiser pour un coût de $90.000 , considéré comme relativement bon marché, des machines MAGE destinée à généraliser la production de bactéries ou mêmes d'organismes génétiquement modifiées, e-coli pour la production de bio-fuels, Shewanella pour décontaminer l'uranium, cyanobactéries pour produire de l'énergie par photosynthèse. Les marchés potentiels apparaissent considérables.
 
Par ailleurs, ces opérations visent déjà à réaliser des bactéries, notamment des colibacilles, qui soient résistantes à certains virus comme à certains antibiotiques. L'objectif serait à terme de produire des organismes polyrésistants. Plus à terme encore, il devrait être possible d'obtenir des génomes entièrement modifiés, autrement dit de nouvelles espèces vivantes.
 
Le mystère « ? » de l' escherichia coli entéro-hémorragique
 
On voit que, plus généralement, la diffusion à grande échelle de ces machines mettra le génie génétique à portée de tous. On imagine sans peine les bénéfices mais aussi les risques qui pourront résulter d'une telle révolution technoscientifique. Les actuelles protestations des militants anti-OGM perdront toute efficacité face à cette invasion.
Il ne faudrait peut-être pas cependant prendre à la légère certains des accidents pouvant découler de la démarche. L'escherichia coli a été utilisée préférentiellement pour les premières expériences, compte tenu du fait qu'il s'agit d'une bactérie présentant de nombreuses variantes, des plus banales aux plus toxiques. Or...
 
Or, nous n'avons pour ce qui nous concerne aucune preuve, on le devine, permettant de relier l'apparition en Europe de l'e-coli entéro hémorragique qui a fait depuis le printemps 2011 des centaines de victimes. Il serait cependant tout à fait possible qu'une souche de colibacille mutée, rendue polyrésistante, ait échappé aux laboratoires de Christ Church ou de ses disciples.
Il est en effet troublant de constater que les spécialistes de l' escherichia coli entéro-hémorragique ne s'expliquent pas la virulence tout à fait nouvelle de la souche européenne. Certains ont suspecté un accident survenu dans des centres de recherche pour la guerre bactériologique, d'autres mêmes une démarche criminelle délibérée. Pourquoi pas un accident de parcours dans l'industrialisation des modifications génétiques de type MAGE que nous venons de résumer ?
Nous n'avons pas d'élément à ce jour permettant de préciser si cette hypothèse a été envisagée, ne fut-ce que pour l'écarter.
Pour en savoir plus
* George Church. Page personnelle http://arep.med.harvard.edu/gmc/
* MAGE. Article dans Nature (payant) http://www.nature.com/nature/journal/v460/n7257/full/nature08187.html* * Voir aussi http://nextbigfuture.com/2010/08/george-churchs-multiplex-automated.html
* Article de Jo Marchant dans le NewScientist du 25 juin 2011
http://www.newscientist.com/article/mg21028181.700-evolution-machine-genetic-engineering-on-fast-forward.html

Moyenne des avis sur cet article :  4.56/5   (18 votes)




Réagissez à l'article

10 réactions à cet article    


  • JL JL 5 juillet 2011 09:40

    Bonjour,

    j’ai lu avec grand intérêt cet aricle que je recommande.

    Vous écroivez : « les spécialistes de l’ escherichia coli entéro-hémorragique (...) ont suspecté un accident survenu dans des centres de recherche pour la guerre bactériologique, d’autres mêmes une démarche criminelle délibérée. Pourquoi pas un accident de parcours dans l’industrialisation des modifications génétiques de type MAGE que nous venons de résumer ?

    A ces trois hypothèses j’en rajouterais volontiers une quatrième : Ce pouvait être une démarche délibérée mais pas criminelle, un peu comme le médiator.

    J’explique : certes, ce médicament donnait la mort, mais ses concepteurs et ses prescripteurs n’avaient pas l’intention de nuire !

    Dans le monde d’aujourd’hui, tout est à l’avenant : avec l’aide active des institutions transnationales pseudo-politiques, les corporations sont en passe de supplanter les Etats.

    Dans ce monde régi par les corporations, la loi qui fait fureur c’est : »Je t’aime, toi non plus« . Ou dit autrement : »votre argent, votre santé, vos appétits, vos désirs, ... m’intéressent.

    Il n’y a plus d’amis, d’ennemis : tout le monde est à la fois ami et ennemi de tout le monde, mais relativement à des plans différents.

    "Le pouvoir est de déchirer l’esprit humain en morceaux que l’on rassemble ensuite sous de nouvelles formes que l’on a choisies » (Orwell, 1984)





    • Lisa SION 2 Lisa SION 2 5 juillet 2011 11:10

      Bonjour,

      curieux, cette machine ou une autre a permis d’analyser en trois jours l’équivalent du travail de dix ans d’expérimentation sur des générations d’animaux...http://www.lagrandeepoque.com/LGE/Science/Experiences-sur-animaux-ou-toxico-genomique.html Elle analyse l’influence de chacun des 100.000 produits chimiques sur une cellule, en trois jours. C’est aussi cette machine qui pourrait juger rapidement de l’inutilité et du danger que font courir les ogm par voie de mutation !!!


      • Ronny Ronny 5 juillet 2011 12:07


        @ auteur

        Article qui aurait pu être intéressant mais qui verse vite dans le « complotisme », malheureusement....

        Je cite :

        "Par ailleurs, ces opérations visent déjà à réaliser des bactéries, notamment des colibacilles, qui soient résistantes à certains virus comme à certains antibiotiques. L’objectif serait à terme de produire des organismes polyrésistants. « 

        Il n’y a strictement AUCUN intérêt à produire de telles souches avec cet équipement, pour deux raisons. La première est que ces souches n’ont aucune utilité biotechnologique ou autre. Même si l’on imagine qu’elles pourraient être utilisées comme armes bactériologiques, les rendre polyrésistantes seraient une erreur majeure, compte tenu du risque de »retour« de telles armes contre leur inventeurs... Deuxièmement, il n’y a pas besoin de cette machine pour cela : en effet la bonne vieille tehnique de séléection sur boîte de Petri vous donnera le même résultat, pour beaucoup moins cher et pas forcément plus lentement !

        Je re-cite

         »L’escherichia coli a été utilisée préférentiellement pour les premières expériences, compte tenu du fait qu’il s’agit d’une bactérie présentant de nombreuses variantes, des plus banales aux plus toxiques. Or...

         
        Or, nous n’avons pour ce qui nous concerne aucune preuve, on le devine, permettant de relier l’apparition en Europe de l’e-coli entéro hémorragique qui a fait depuis le printemps 2011 des centaines de victimes. Il serait cependant tout à fait possible qu’une souche de colibacille mutée, rendue polyrésistante, ait échappé aux laboratoires de Christ Church ou de ses disciples.« 

        Au passage et pour remettre les choses à leur place, il n’y a pas eu des centaiens de victimes,. Il y en a eu trop, sans aucun doute, le bilan à ce jour s’établissant à 46 personnes de tête, dont 38 en Allemagne.

        Si il n’y a a aucune preuve pour relier la vague de gastro-entérites hémorragiques à une très hypothétique souche »militaire" d’E. coli, pourquoi le mentionner dans cet article, surtout avec le commentaire que je vous ai fait plus haut sur les risques liés à la polyrésistance !

         De plus, la souche contaminante actuelle présente un sérotype (o104:h4) déjà connu, bien que très rare, et déjà décrit voila des années comme entero hémorragique, en Corée si ma mémoire est bonne...

        Enfin, la piste des graines contaminées en provenance d’Egypte est intéressante surtout lorsque l’on saura si c’est la même souche qui a été repérée en Allemagne et dans la région Bordelaise. Si tel est le cas, l’argument d’un seul site de contamination deviendrait très fort. Pour le moment en tous cas laissons travailler les épidémiologistes sur l’hypothèse la plus simple (principe du rasoir d’Occam) qui a à mon avis toute les chances d’être la meilleure !



        • Walid Haïdar 5 juillet 2011 13:46

          Je ne comprend pas comment on peut décider de modifier de la sorte ce qu’on ne comprend pas, à partir du moment où la reproduction/diffusion de cette chose est incontrôlable.


          L’hybridation est une chose. Charcuter un génôme pour faire entrer dedans un gêne exotique en est une autre, dont les conséquences sont inconnues, et dont il est impossible d’exclure raisonnablement l’éventualité qu’elles soient catastrophiques.

          Je ne comprend pas non plus en quoi les craintes de nocivité pourraient êtres enterrées par ce procédé, du moment qu’il serait démontré que l’ingestion d’OGM est nuisible.

          Jouer de façon si radicale avec la vie, ça s’appelle jouer les apprentis sorciers. C’est l’histoire de Frankenstein. On fait et on avise ensuite ? mais qu’est-ce qui nous dit qu’on pourra maîtriser ces modifications intimes ?

          Modifier un bout de fer, ça restera toujours cantonner cette modification à ce bout de fer. Forcer le mariage entre deux variétés, c’est choisir une éventualité que la nature aurait pu réaliser. Mais changer le vivant de façon totalement artificielle, en réalisant des éventualités strictement impossibles à réaliser naturellement, alors qu’on connaît si peu les subtilités du vivant et l’interdépendance des êtres qui le composent, les tenants de la cohérence d’ensemble, c’est d’une impudence qui pourrait être sévèrement punie.

          Il serait vraiment temps d’apprendre l’humilité, et de s’inspirer des solutions simples et élégantes que la nature fourni, avec un peu d’imagination, et un goût moins prononcé pour le superflu. La tête dans le guidon, nous voyons bien souvent des problèmes que nous pourrions régler en changeant leurs prémisses plutôt qu’en optant pour une fuite en avant.

          L’ivresse de la chute, n’enlève rien à la violence de l’atterrissage.

          • Automates Intelligents (JP Baquiast) 5 juillet 2011 16:25

            A Ronny
            Sur les génomes polyrésistants, je vous renvoie à l’article (il est vrai en anglais) du NewScientist cité en source.
            Sur les victimes, je n’ai pas parlé de morts mais de malades. Quand vous êtes hospitalisé plusieurs jours avec des selles sanglantes et de fortes douleurs, n’avez vous pas droit à ce qualificatif ?
            Enfin je ne me permets de faire aucune hypothèse sérieuse sur la souche de l’épidémie européenne. Je me suis borné à faire une réflexion quant aux dérives possibles du processus MAGE. Les auteurs cités en source font aussi cette réflexion, y compris le Pr Church.


            • Le péripate Le péripate 5 juillet 2011 16:53

              Hum... pour qu’il y ait des perspectives industrielles, il faut qu’il y ait un avantage dans le produit. Un avantage pour le consommateur, qui est le seul à décider des « perspectives industrielles » en votant avec son porte-monnaie.

              D’autre part toutes les heures des organismes mutent sans contrôle quelque part dans la nature sans que personne ne s’en émeuve, sauf quand ces mutations nous affectent.

              Bref, une réflexion pour qui le mal ne peut venir que de l’homme, un anti-humanisme donc, et une réflexion qui nie l’individu et la liberté de ses choix, prisonnier du déterminisme des « perspectives industrielles », le classique de la pensée anti-libérale.

              Mais c’est prudent, juste suggestif.


              • foufouille foufouille 5 juillet 2011 19:35

                tu oublies que seul les plus riches decide
                dans les appareils a base d’electronique, il y a un compteur d’heures de fonctionnement
                pour que celui ne fonctionne plus au bout d’un certain temps


              • Walid Haïdar 5 juillet 2011 19:59

                Les mutations naturelles n’ont rien à voir avec un forçage génétique tel qu’il est pratiqué dans les OGM, et encore moins avec un débarquement ultra massif de cette mutation dans la nature.


                Les mutations naturelles dont vous parlez, s’effectuent sur un individu avant de se répandre depuis cette source, pas sur des milliards d’individus introduits d’un seul coup dans la nature.

              • Le péripate Le péripate 6 juillet 2011 09:26

                Ensuite, E.Coli, c’est juste de la merde, c’est à dire provenant des engrais organiques utilisées dans l’agriculture biologique.

                Mais ça il ne faut pas le dire. Non, plutôt un « labo » genre Frankestein.

                De la merde. Voilà la prosaïque réalité.


              • Gargantua 5 juillet 2011 21:23

                Quand on bidouille Mère Nature, la porte est ouverte pour une catastrophe annoncer.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès