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L’UNESCO voit une éducation en pleine mutation

L’UNESCO a sorti un nouveau rapport sur l’éducation en 2015. Ce rapport intitulé : « Repenser l’éducation, vers un bien commun mondial », n’a pas fait grand bruit de ce côté du monde, il est pratiquement passé inaperçu. Même si sa conclusion proposant de faire de l’éducation un « bien commun mondial » peut sembler étrange, Il contient de nombreux éléments très intéressants qui nous permettent de mieux savoir où nous avons les pieds sur la question éducative au plan mondial.

Tout ne va pas dans le même sens, il y a bien un clivage, il est visible et c’est toujours le même : éducation normative contre éducation émancipatrice. Une lecture passionnante et riche d’enseignements.

Le bien-être, l’autre et la nature, comme finalité de l’éducation

« Préserver et promouvoir la dignité, les capacités et le bien-être de la personne humaine, en relation avec autrui et avec la nature : telle devrait être la finalité première de l’éducation au XXIe siècle. » Comment ne pas être d’accord avec ça ? Mais comment en même temps ne pas avoir la rage quand on voit ce qu’on fait des enfants dans les écoles. Nos enfants ont-ils droit au bien-être ? Où est le bien être dans les classes, ou à la cantine ? En quoi la relation avec autrui est-elle favorisée ? Et le summum qu’en est-il aujourd’hui de la relation des enfants avec la nature dans le système éducatif ? Si c’est ce qui est dit là, la finalité première de l’éducation alors faisons le d’abord dans les classes ! L’Etat français finance l’UNESCO alors pourquoi laisse-t-il publier ça puisse qu’il pratique l’inverse en mettant toujours plus de pression sur la jeunesse et le corps enseignant, en supprimant les classes multi-âges, sans jamais favoriser aucune sortie dehors pour rencontrer la nature ? Pourquoi la question de la relation à la nature n’existe pas dans la formation des enseignants ? Ou alors vraiment c’est l’exception.

C’est la grande privatisation de l’éducation de par le monde.

Ce n’est pas un scoop mais c’est bien de bien se le visser en tête. Le constat est clair, partout dans le monde nous assistons à la privatisation de l’éducation. « La tendance à la privatisation de l’éducation est en plein essor à tous les niveaux de l’enseignement et dans le monde entier. Au cours de la dernière décennie, le nombre d’inscriptions dans les institutions d’enseignement privé a augmenté, notamment dans l’éducation primaire des pays à faibles revenus et dans l’enseignement post-secondaire dans des pays plus développés et en Asie centrale ». « L’existence de frais de scolarité non contrôlés exigés par les prestataires privés pourrait constituer un frein à l’accès universel à l’éducation ». Il n’y a pas de quoi être fier pour les grands dirigeants de la planète. On pourrait se demander s’ils dirigent quoique ce soit ? Comment en arriver à un tel résultat ? Une chance dans ces initiatives privées, il y en a d’excellentes comme celles que nous connaissons au Printemps de l’éducation.

La vieille école « modèle industriel de scolarisation » est dénoncée

Le rapport l’affirme nous sommes englué avec des vielles institutions scolaires qui ne sont plus adaptées : « nous devons maintenant mettre l’accent sur la qualité de l’éducation  » sous entendue aujourd’hui la qualité n’y est pas, c’est bien là qu’est le problème, curieusement c’est la même chose avec l’agriculture. Mais ça va plus loin : «  D’aucuns font valoir que la scolarisation est un modèle sans avenir à l’ère numérique en raison des possibilités qu’offrent l’apprentissage en ligne, l’apprentissage mobile et les autres technologies numériques. À cet égard, il est utile de revenir sur les débats des années 1960 et 1970 concernant la déscolarisation et, notamment, sur les ouvrages de Paul Goodman et d’Ivan Illich. Il est vrai que l’actuel modèle industriel de scolarisation était conçu pour répondre aux besoins de production qui prévalaient il y a plus d’un siècle, que les modes d’apprentissage ont changé de manière spectaculaire depuis vingt ans et que les sources de savoir, tout comme les moyens d’échange et d’interaction avec les connaissances, ont changé. Il est également vrai que les systèmes d’éducation formelle ont évolué lentement et demeurent étonnamment semblables à ce qu’ils étaient au cours des deux derniers siècles. ». Oui « étonnamment semblables », nous confirmons que les pédagogies nouvelles n’ont eu de cesse d’être repoussées à la marge par le système. L’UNESCO nous invite à sortir des classes : « L’apprentissage centré sur la salle de classe est aujourd’hui remis en question par suite de l’élargissement des possibilités d’accès au savoir et de l’apparition de nouveaux espaces d’apprentissage, en dehors des salles de classe, écoles, universités et autres établissements d’enseignement »

Nouvelle école…apprendre avec les autres et autonomie

Basée sur une pensée totalement nouvelle un mouvement de réinvention des systèmes éducatifs en profondeur est en cours : « Actuellement, dans le paysage éducatif mondial, des transformations radicales des méthodes, des contenus et des espaces d’apprentissage sont en cours… Il ne faut pas réduire l’apprentissage à une expérience individuelle. L’apprentissage est une expérience sociale qui, à ce titre, suppose d’apprendre avec les autres et grâce aux autres, à travers les discussions et les échanges avec des pairs et des enseignants. ». D’où l’importance du multi-âge et de la participation de nombreux intervenants. Il s’agit maintenant d’apprendre à apprendre  : « Nous devons élargir notre vision et encourager l’apprentissage tout au long de la vie ». L’employabilité ne doit pas être un objectif du système éducatif : « Concernant l’éducation, il s’agit de dépasser la vision étroite de l’utilitarisme et de l’économisme pour intégrer les multiples dimensions de l’existence humaine. » Il s’agit de vivre des parcours qui nous éveillent et nous rendent libres : « place centrale à l’autonomisation des apprenants de tous âges ».

Vers des réseaux d’espaces éducatifs

Nous avons en perspective l’éducation à la complexité : « Néanmoins, la transformation du paysage éducatif dans le monde contemporain s’est accompagnée d’une prise de conscience accrue de l’importance et de la pertinence de l’apprentissage en dehors du cadre de l’éducation formelle. Se dessine ainsi une tendance à délaisser les établissements d’enseignement traditionnel pour se tourner vers des contextes d’apprentissage composites, diversifiés et complexes où une grande variété d’établissements et de fournisseurs tiers de services éducatifs offre une éducation formelle, non formelle et informelle. (…) Ces changements dans les cadres spatiaux, temporels et relationnels de l’apprentissage encouragent à créer un réseau au sein duquel les espaces éducatifs non formels et informels pourront opérer en liaison avec les établissements du système éducatif formel et les compléter. »

La question des valeurs

Le respect de la vie et la dignité humaine sont affirmées, le rapport : « lance un appel au dialogue inspiré par une vision humaniste de l’éducation et du développement qui repose sur les principes du respect de la vie et de la dignité humaine, de l’égalité des droits et de la justice sociale, du respect de la diversité culturelle, ainsi que de la solidarité internationale et de la responsabilité partagée, dimensions fondamentales de notre humanité commune. » La phrase qui suit peut ressembler à un appel à la dissidence : « Prendre conscience de la place fondamentale des questions éthiques dans le processus de développement permet d’aller à contre-courant du discours dominant actuel. » Mais les menaces sont bien réelles : « Si les quatre piliers de l’éducation (apprendre à connaître, à faire, à être et à vivre ensemble) demeurent pertinents, ils sont menacés par la mondialisation et par la résurgence des politiques identitaires »

L’éducation à l’environnement est présente mais pas encore comprise

Le rapport fait dans ses premières lignes état des problèmes environnementaux : « L’éducation doit enseigner comment vivre sur une planète sous pression. » Apparait ensuite cette curieuse idée d’« approfondir la durabilité », formule jamais vue ailleurs : « Il n’est de force de transformation plus puissante que l’éducation – pour promouvoir les droits de l’homme et la dignité, pour éliminer la pauvreté et approfondir la durabilité, pour construire un avenir meilleur pour tous, fondé sur l’égalité des droits et la justice sociale, le respect de la diversité culturelle, la solidarité internationale et le partage des responsabilités, qui sont autant d’éléments fondamentaux de notre humanité commune. » On peut en déduire que l’UNESCO n’a toujours pas saisi l’urgence écologique. Avec la crise écologique il ne s’agit pas d’une question de profondeur de la durabilité, il s’agit de transformer complètement l’idée de la place que nous les humains avons dans ce monde et au sein de la nature dont tout simplement nous sommes une partie. Les idées de changement et de transition font quand même son apparition avec la perspective de l’après pétrole : « Pour passer de sources d’énergie avec carbone à des sources d’énergie sans carbone, nous devons changer nos mentalités et nos conceptions et adopter une attitude positive vis-à-vis de cette transition. ». Evidement et heureusement la question climatique s’invite : « La Déclaration ministérielle de Lima sur l’éducation et la sensibilisation (2014) engage « les gouvernements à mettre au point des stratégies éducatives intégrant la question des changements climatiques dans les programmes d’enseignement ». On retrouve aussi repris à l’identique les mots (qui se sont révélés être des bons vœux) de la déclaration de Rio de 92 : « L’éducation revêt une importance critique pour ce qui est de promouvoir un développement durable et d’améliorer la capacité des individus de s’attaquer aux problèmes d’environnement et de développement. »

Neurosciences et numérique

Du côté de ce qui est nouveau sous le soleil en plus de la crise écologique deux éléments clés sont repérées dans le rapport, d’abord les neurosciences : « Les découvertes récentes des neurosciences intéressent de plus en plus la communauté éducative désireuse de mieux appréhender les interactions entre les processus biologiques et l’apprentissage de l’être humain. (…) les possibilités qu’elles apportent d’améliorer les pratiques d’enseignement et d’apprentissage s’annoncent très prometteuses. Les données les plus récentes sur le développement du cerveau et son fonctionnement aux différents stades de la vie nous aident à comprendre comment et quand nous apprenons. ». Il est légitime de se poser la question du pourquoi insérer cette phrase : « Sans doute est-il encore prématuré de pouvoir utiliser ces découvertes pour étayer les politiques éducatives ». En effet pourquoi attendre quand on sait l’urgence qu’il y a à changer les systèmes éducatifs ? Dans le domaine industriel est-ce qu’on attend quand on fait des découvertes fondamentales ?

Citoyenneté et emploi… de l’autonomie, pas des connaissances.

L’UNESCO note la transformation profonde de l’exercice de la citoyenneté : « On assiste en même temps à une demande accrue d’exercice de participation dans les affaires publiques, tandis que de nouvelles modalités de gouvernance locale et mondiale voient le jour. L’évolution spectaculaire de la connectivité à l’Internet, des technologies mobiles et des autres médias numériques, conjuguée à la démocratisation de l’accès à l’enseignement public et au développement de différentes formes d’enseignement privé, est en train de transformer les modes d’engagement social, citoyen et politique. » Et les auteurs du rapport voient bien que les choses changent pour l’emploi  : « les tendances actuelles en matière d’emploi remettent en question le lien établi de longue date entre éducation formelle et emploi », « il est de plus en plus difficile de prévoir l’émergence des nouvelles professions et des nouvelles compétences requises. Cette situation a engendré des initiatives en faveur du développement d’un système éducatif plus réactif (…) Cela implique de s’assurer que les individus aient de meilleures facultés de résistance et d’adaptation. Il leur faudra ainsi acquérir (…) des « compétences non cognitives » : à savoir la communication, l’alphabétisation numérique, la capacité à résoudre les problèmes, le travail d’équipe et l’entrepreneuriat. », « L’évolution de la société renforce la pertinence d’un système coordonné d’apprentissage tout au long de la vie. Ce concept n’est pas nouveau, mais il est toujours essentiel car il permet de systématiser et d’organiser l’apprentissage de manière globale et équitable. Il accorde une place centrale à l’autonomisation des apprenants de tous âges »

Le « buen vivir » repéré par l’UNESCO

Les auteurs du rapport doivent sentir comme elle est gênante cette domination du système occidental, Frantz Fanon, Aimé Césaire, Tagore, Gandhi… sont appelés à la rescousse : « L’avenir de l’éducation et du développement dans le monde actuel exige de promouvoir le dialogue entre des visions différentes du monde dans l’optique d’intégrer des systèmes de savoir issus de réalités diverses, et de fonder notre patrimoine commun. Il est important que les voix du Sud puissent se faire entendre dans le débat international dont l’éducation fait l’objet. Dans les communautés andines d’Amérique latine, par exemple, la notion de développement est définie par l’expression sumak kawsay, qui, en quechua, signifie « buen vivir » ou « bien vivre ». Ancré dans les cultures et les visions du monde des groupes autochtones, le sumak kawsay propose une autre notion du développement et est inscrit dans la Constitution de l’Équateur et de la Bolivie. Le concept de « trusteeship » (curatelle) prôné par Mahatma Gandhi, selon lequel la terre et ses richesses nous sont confiées non pas en tant que « propriétaires », mais en tant que « gardiens » de toutes les créatures vivantes et des générations futures, mérite aussi attention. »

Fin de la citoyenneté centrée sur l’Etat nation.

Même si ce n’est pas dit directement c’est bien une citoyenneté mondiale qui est vue comme émergente : « Aujourd’hui, la définition de la citoyenneté demeure centrée sur l’État-nation, mais le concept et sa mise en pratique évoluent sous l’influence de la mondialisation. Les communautés sociales et politiques transnationales et l’activisme de la société civile sont des manifestations de formes émergentes de citoyenneté « post-nationales ». En créant de nouveaux espaces économiques, sociaux et culturels au-delà des États-nations, la mondialisation contribue à l’apparition de nouveaux modes d’identification et de mobilisation qui dépassent les frontières de l’État-nation. »

Donner plus de place à la société civile

Le rapport se termine sur l’idée de laisser une plus large place à la société civile : «  Dans le contexte actuel, il est crucial d’attribuer un rôle plus important et plus explicite à la société civile dans le domaine de l’éducation. La tendance à la marchandisation de l’éducation publique doit être combattue par la création de partenariats solides avec des associations communautaires et des organisations à but non lucratif. En effet, l’éducation – dans toute la diversité de ses fonctions – ne relève pas seulement de la responsabilité du gouvernement, mais aussi de celle de la société dans son ensemble. Une bonne gouvernance dans le secteur de l’éducation nécessite de nombreux partenariats entre le gouvernement et la société civile et les politiques éducatives nationales devraient être élaborées à la suite d’une large consultation de la société et résulter d’un consensus national. » Ce n’est hélas pas la direction que ça prend en France avec une société civile active sur le champ de l’éducation à l’environnement tenue toujours très éloignée des lieux de réflexion et de décision sur l’éducation.

Le bien commun c’est la jeunesse, pas l’éducation

En fin de rapport mis en exergue on verra : « L’éducation ne doit pas être entièrement cédée au marché… » Oui effectivement ça semble une bonne idée…un peu ancienne même des sociétés ont rêvé d’école gratuite pour tous, nos gouvernements n’ont pas su aller dans ce sens. Le rapport dit que : « L’éducation et le savoir doivent être considérés comme des biens communs mondiaux… ». Comment ne pas la trouver étrange cette affirmation ? Pourquoi crier au jour où l’éducation partout est en pleine privatisation qu’il s’agit d’un bien commun, si c’est un contre feu, il semble bien dérisoire. Le vrai bien commun de l’humanité ce n’est pas l’éducation c’est la jeunesse, il faut l’affirmer sans hésiter. Quoi de plus précieux pour toute espèce vivante que ses propres jeunes ? Quel sort pour les jeunes aujourd’hui ? Pour avoir accès à une éducation de qualité, c’est aujourd’hui le cas pour de plus en plus de parents, on se tourne vers le privé. Vu le péril que cours l’humanité aujourd’hui avec la crise écologique notre seule chance c’est de miser sur la jeunesse. Notre seule chance c’est d’offrir à tous les jeunes du monde les meilleures conditions de leur épanouissement. Seule leur créativité pourra permettre à l’humanité de se tirer du mauvais pas où elle s’est fourvoyée. Alors oui allons-y, à toutes les échelles de territoire engageons ce dialogue entre autorités publiques et sociétés civiles et reconstruisons de fond en comble la proposition gratuite d’éducation et faisons une bonne fois pour toute le pari de l’émancipation.

Roland Gérard co-directeur du Réseau Ecole et Nature


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2 réactions à cet article    


  • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 29 février 18:03

    L’UNESCO PARISIENNE EST COMME INTERPOL LYONNAISE 


    Ce sont des institutions normalement « internationales » mais qui travaillent exclusivement pour l’intérêts des pays occidentaux en ménageant et en protégeant les régime hors la loi et terroristes des pays médiocres !!! 

    • lsga lsga 29 février 19:47

      bientôt l’ubérisation de l’éducation via les MOOC. VIvement.

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