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Accueil du site > Actualités > Environnement > La forêt française, espace sauvage ?

La forêt française, espace sauvage ?

La forêt française, en métropole tout du moins, a été façonnée au fil des siècles par la main de l’homme. Elle témoigne de l’histoire de notre pays et s’est, de tout temps, vu assigner des missions, parfois difficilement compatibles entre elles. Connaître quelques principes sylvicoles permet ainsi de mieux comprendre cet espace.

La sylviculture, la culture de la sylve, c’est’à’dire de la forêt, est un art ancestral. Elle est conditionnée par les essences présentes, l’usage du bois dans la société, la morphologie du terrain, le climat et bien d’autres facteurs. Il faut comprendre que la forêt est un lieu qui connaît de forts conflits d’usage.

Il est admis qu’à l’époque gallo-romaine la forêt couvrait 80 % du territoire. Ensuite sa surface diminua au profit de l’agriculture pour atteindre au maximum de l’expansion des terres agricoles et de la population rurale 9 million d’hectares (vers le milieu du XIXe siècle). Depuis, elle est en progression constante. L’IFN estime en 2005 sa surface à 15,5 millions d’hectares.

Il faut ensuite connaître un peu la composition de la forêt française au niveau des essences. En terme de volume, les essences feuillues (angiospermes) représentent 63 %. Les essences résineuses (gymnospermes) 37 %. Il est important de comprendre aussi les modes de reproduction des arbres. Il existe deux possibilités, le semis et la multiplication végétative.

Dans un premier temps, l’usage principal du bois a été la production d’énergie pour un usage domestique (cuisine, chauffage) et industriel (verrerie, forges). Le traitement sylvicole adapté à ce genre d’usage utilise le principe de multiplication végétative. Ce mode de traitement est le taillis, c’est-à-dire une forêt constituées de rejets ou de drageons qui forment des cépées. Il va donner des arbres de faible circonférence, dont le renouvellement sera assuré par des coupes de rajeunissement effectuées à intervalles réguliers (une rotation) de dix à vingt ans selon les essences. Ce mode de traitement n’est pas possible avec les essences résineuses présentes en France, il ne concerne donc que la forêt feuillue.

La nécessité pour le royaume de disposer de bois d’oeuvre (pour construire notamment des bateaux de guerre) a conduit à un mode de traitement intermédiaire, le taillis sous futaie (ou taillis avec réserve). Une futaie est composée d’arbres de franc-pied, issus de graines. Pour passer à un régime de futaie à partir d’un taillis, on utilise la méthode du balivage. Pour cela on choisit sur une cépée un brin intéressant (droit et peu branchu) et on élimine les autres. A terme, ces baliveaux seront les semenciers qui permettront de régénérer la forêt. Un classique du TSF en France est la futaie de chêne avec sous-étage constitué d’un taillis de charme. Le taillis en sous-étage va permettre de gainer les arbres de franc-pied et obtenir ainsi un fût droit et vierge de noeuds (absence de branches basses). Le taillis fera l’objet de coupes régulières (pour produire du bois de feu), et les arbres de franc-pied seront récoltés lorsqu’ils seront "mûrs" (entre 100 et 200 ans selon les essences).

L’apparition de l’utilisation du charbon au XIXe siècle, combinée à l’exode rural, va profondément modifier le paysage forestier français. L’usage énergétique du bois cédait le pas à un usage de bois d’oeuvre et notamment de bois de mine (pour étayer les galeries minières). C’est au XIXe siécle que fut plantée la forêt des landes de Gascogne, qui est une futaie régulière de pins maritimes. Une futaie régulière est une forêt constituée d’arbres du même âge, issus de graines.

Dans les zones de montagne, il existe un mode de traitement traditionnel qui tend aujourd’hui à se développer sur l’ensemble du territoire, notamment grâce à l’action de Pro-Silva, la futaie irrégulière. Ce traitement était appliqué dans les zones de montagne, car il répondait bien aux contraintes de ces zones. Prenons ici l’exemple du Haut-Jura où l’on pratique la futaie dite jardinée. Les essences principales sont le foyard (hêtre), la pesse (épicéa commun) et le sapin pectiné. On trouvera dans une futaie jardinée des arbres à tous les stades de développement. L’exploitation se fera sous forme de coupes de jardinage, qui consistent à prélever les arbres mûrs, en maintenant le couvert forestier et en créant des puits de lumière pour le développement des jeunes pousses. L’étagement, la multiplicité des essences, la conservation du couvert forestier permettent la protection du sol (protection contre l’érosion, maintien du sol), une meilleure résistance aux attaques sanitaires (bostryches) et climatiques (tempêtes par exemple).

La principale difficulté qui se pose au sylviculteur est la durée de vie de la forêt. Quels seront les usages du bois dans 100 ans, 200 ans ou 300 ans ? Les chênes de la forêt de Tronçais, par exemple, devaient au départ fournir du bois de marine. Aujourd’hui où ils sont en âge d’être exploités, la construction navale n’utilise plus que marginalement le bois, et ils finissent en tonneaux de luxe.

Le survol est ici un peu rapide mais je reviendrai par la suite sur chacun des modes de traitement en particulier ou sur d’autres points (comme les fonctions de la forêt).


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38 réactions à cet article    


  • aurelien 21 juin 2007 13:16

    très intéressant, merci masuyer


    • LE CHAT LE CHAT 21 juin 2007 13:37

      bon article , camarade bûcheron ! ici , les zones boisées proviennent de l’abandon de zones cultivées pendant la seconde guerre mondiale ; elles sont devenues notre poumon vert dans une zone fortement industrialisée depuis les années 60 .


      • masuyer masuyer 21 juin 2007 13:59

        Merci pour vos commentaires,

        j’en rougis.

        Sinon camarade-félin, qu’entends-tu par « ici », Lens ou Fos-sur-mer ?


        • LE CHAT LE CHAT 21 juin 2007 14:08

          Fos sur mer , à Lens , vois tu ,c’est plutôt la désindustrialisation , mais c’est avec plaisir que je vois d’années en années verdir les terrils qui je l’espèrent deviendront aussi des espaces consacrés à la nature . Mon grand père était mineur près de Lens et j’ai conservé un morceau d’anthracite provenant de quelques km à peine du stade Félix Bollaert .


        • masuyer masuyer 21 juin 2007 14:19

          Merci pour ces précisions,

          et ne te fais pas trop de soucis pour la reconquête des terrils, la nature a horreur du vide.


        • Marsupilami Marsupilami 21 juin 2007 16:56

          Excellent article sur la forêt, rappelant aux citadins qu’il y a des gens qui s’en occupent pour le plus grand plaisir des randonneurs. Merci donc à tous ceux qui entretiennent nos forêts.

          Personnellement, je me contente de régulièrement débrouissailler et dégager un sentier. C’est pas bézef mais vu que dans le coin où je le fais il n’y a que moi qui m’en occupe, ça permet quand même aux autres randonneurs de pouvoir l’utiliser agréablement.

          Allez Masuyer sans rancune, et merci pour cet article et le très utile boulot que tu fais.


          • masuyer masuyer 21 juin 2007 18:00

            Merci Marsu,

            tu avoueras que le sujet est moins polémique (quoiqu’en creusant un peu, je peux aborder la forêt sous un angle polémique à souhait) smiley. Les sentiers de randonnées sont d’ailleurs en zone rurale un sujet parfois tendu en raison des conflits d’usage. Bravo de prendre le temps de débroussailler ces lieux de passage dont les hommes ont maillé le territoire.

            Cordialement


          • Marsupilami Marsupilami 21 juin 2007 18:15

            @ Masuyer

            J’ai fait des milliers de kilomètres de grande randonnée, majoritairement en forêt, et je peux témoigner du fait que j’ai rarement rencontré des conflits d’usage. En fait les mauvais coucheurs sont assez rares mais très très agressifs et pénibles.

            Pour faire de la polémique sylvestre c’est pas dur, tiens, j’y vais carrément : je conchie les motos « vertes » (ouaf !) les quads et les 4x4 qui bouzillent les chemins et font du boucan et polluent, je conchie les péquenauds qui larguent leurs détritus le long des chemins de coupe et je conchie les randonneurs qui laissent leurs emballages n’importe où. Laaaa, ça fait du bien.


          • masuyer masuyer 21 juin 2007 18:24

            Marsu,

            ces conflits existent plutôt dans les zones de plaine, fortement agricole, où des chemins disparaissent au profit de « primes à l’ha ».(Ca c’est vraiment polémique).

            Il m’arrive aussi de travailler en forêt péri-urbaine et il nous arrive de devoir faire face à des réactions assez vives. En général, un peu de patience et de pédagogie arrangent heureusement les choses.


          • Marsupilami Marsupilami 21 juin 2007 18:37

            @ Masuyer

            Exact pour les plaines agricoles. Et parfois les chemins disparaissent à une vitesse foudroyante, d’une année sur l’autre. C’est vrai que la prime à l’hectare est affreusement tentante. Quelle folie...


          • LE CHAT LE CHAT 22 juin 2007 09:51

            @masupilami

            je te soutiens à 200% contre ces nouveaux beaufs qui viennent polluer sonorement et olfactivement les endroits où je me sens en paix et appaisé au spectable de ce qu’il y a de plus beau : la nature dans toute sa splendeur !

            les amateurs de quads et autres sports mécaniques ont assez d’espace dédiés pour se livrer à leur marotte sans venir dans les endroits où ils sont expréssements interdits, surtout ici en Provence à cause des incendies de forêts . J’en ai touché un mots à mes amis du comité de surveillance des incendies de forêts ( je ne sais pas si ils sont au modem ,mais ils sont habillés en orange) afin d’intervenir auprès des autorités pour sanctionner ces excès .


          • Aziraphale Aziraphale 21 juin 2007 19:03

            Merci pour cet article vraiment intéressant. Sinon, dans les commentaires vous avez parlé de primes à l’hectare mais je ne sais pas en quoi ça consiste. Pourriez-vous l’expliquer ?


            • Marsupilami Marsupilami 21 juin 2007 19:10

              @ Aziraphale

              Sur la prime à l’hectare, voir cette discussion au Sénat.


            • masuyer masuyer 21 juin 2007 19:38

              Aziraphale,

              merci pour votre commentaire (ma modestie dusse-t-elle en souffrir).

              Pour ce qui est de la prime à l’ha, le lien donné par Marsu vaudra toutes mes explications. Il s’agissait d’ailleurs je le confesse d’une sorte de private-joke en rapport avec des échanges plus virulents m’ayant opposé à Marsu sur d’autres sujets.

              Il n’en demeure pas moins qu’il existe un contentieux historique entre ceux des champs et ceux des bois (l’échelle du temps n’est pas la même pour les deux espèces, ceci explique peut-être cela). Nous forestiers dépendons d’ailleurs du même ministère que les agriculteurs et que les pêcheurs, et il vrai que certains d’entre nous apprécierai que le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche voit le terme Forêt apparaitre à son intitulé.

              Le système des subventions mériterait un débat, et ce débat existe au sein de la filière forêt, où le travail n’est pas toujours payé à sa juste valeur.

              Il faut comprendre que la forêt à des fonctions : la fonction de production ligneuse (le bois), une fonction écologique et une fonction de loisirs (chasse et accueil du public). Mais il faudrait que la production ligneuse et la chasse paye pour l’ensemble des fonctions, ce qui est assez difficile. Il peut d’ailleurs être intéressant de se pencher sur la politique forestière de nos voisins européens pour voir comment ils ont réglé le problème.

              La politique forestière peut souvent être fortement révélative de la mentalité d’un pays.


            • L'enfoiré L’enfoiré 21 juin 2007 23:23

              @Masuyer,

              J’ai commencé à lire un bouquin richement documenté sur la « Forêt de Soignes » (Dick van der Ben chez Racine). Le passé, le présent et l’avenir y sont présenté. Ce poumon de la ville de Bruxelles a subit de nombreux retressissements. 4400 ha sur les 12000 au 14ème siècle. Beaucoup de hêtres qui m’avait inspiré en automne dans un article. J’adore y faire mon jogging.

              Alors ton article venait bien à propos. Merci. On attend la suite. smiley


              • Plus robert que Redford 21 juin 2007 23:55

                Ouf ! enfin un grand coup de vent frais, vent du matin... sur l’Agoravox ! Merci au sylvain Masoyer ( il y a bien une « Rue du sylvain Colinet » à Fontainebleau, ville forrestière s’il en est !)

                Ca nous change des multiples interventions des Conseillers en Com, gérants d’entreprises informatiques, auditeurs en ceci ou cela philosophes et théoriciens de blogs qui font l’ordinaire du site internet ! Enfin quelqu’un les pieds bien ancrés sur terre qui vient nous parler de ce qu’il connait le mieux : son quotidien d’homme des bois ! et cela n’a rien de péjoratif, bien au contraire ! loin aussi des théoriciens de la nature et de salons à la fois, voire, pour parodier le célèbre borgne, des « Ecologistes Greenpiceux »

                Un article frais, réaliste et mesuré, bref mais explicite (j’ai appris plein sur la gestion des taillis, futaies et autres techniques sylvicoles) Assez dans le style P@py, au fond !

                Un seul bémol : pourquoi la destination du chêne vers les fûts « de luxe » serait-elle une dévalorisation par rapport à leur usage en charpenterie de marine ? Comme l’évoque l’auteur, bien malin qui pourrait prévoir l’évolution d’un investissement rentabilisable dans 100 ou 200 ans !


                • Aziraphale Aziraphale 22 juin 2007 00:39

                  Merci pour le lien et les explications. Je comprends mieux l’injustice de la situation. Et il est vrai qu’en tant que lectrice lambda je ne suis pas au fait de ce qui se passe dans ce domaine. Ce qui est fort dommage car j’aime les forêts, autant celle des Yvelines que celle des Landes. D’ailleurs, lors de ma prochaine promenade, je ferai attention à la composition du bois ou de la forêt où je vais. Encore merci, j’espère vous relire bientôt.


                  • masuyer masuyer 22 juin 2007 03:22

                    Et bien, je ne sais pas quoi dire vous êtes tous bien aimable, alors merci (j’ai l’impression d’être Dalida smiley ).

                    Pour en revenir aux choses sérieuses et pour répondre à plus Robert que Redford (dont le pseudo à le don de chatouiller mes zygomatiques) à propos de ce bémol, il est vrai que l’usage de ces magnifiques chênes (la Forêt de Tronçais est vraiment magnifique) en merranderie (la fabrication des merrains qui vont constituer le tonneau) n’est pas plus dévalorisant que la charpente.

                    Voici un classement décroissant des usages du bois pour tenter d’éclairer le débat :

                    Pour les bois d’oeuvre :
                    - Tranche (ou déroulage selon les essences) ou merrain
                    - Plots (pour l’Ebenisterie, c’est ce qu’on voit dans les scieries, ces sortes de planches non-équarries empilées de façon à reproduire la forme de l’arbre)
                    - Menuiserie
                    - Charpente

                    Puis viennent les bois d’industrie :
                    - bois de trituration (panneaux de particules, pâte à papier)
                    - bois de chauffage.

                    Un autre usage noble du bois, mais plus marginal, c’est la lutherie.

                    Pour les violons (altos, violoncelles et contrebasse de même) on utilise l’érable ondé (http://www.boisforet-info.com/bfi2/Contenu.asp?art=1734) pour le dos et le manche et l’épicéa pour la table de résonnance. Pour les instruments baroques et les instruments traditionnels on utilise aussi le cormier, le buis par exemple. (http://www.bois-lutherie.com/)

                    Désolé pour cette digression.


                    • Olivier 22 juin 2007 11:59

                      Merci pour cet article, riche en enseignement. Comme il est très bien souligné, la forêt illustre fort la culture d’une population et pour la France c’est vrai : on préfère l’écologie devant la télé avec Nicolas Hulot plutôt que la connaissance de notre patrimoine écologique. Merci à vous qui travaillez au quotidien avec la nature car c’est vous les gardiens de notre plus grand trésor. Impatient de recevoir les prochaines leçons. Y a t il des sites internets sur la forêt et sa gestion que vous recommanderiez ?


                      • masuyer masuyer 22 juin 2007 13:53

                        Merci Olivier,

                        je peux effectivement vous donner quelques liens en plus de ceux donnés dans l’article.

                        Wikipédia possède un portail de la sylviculture de bonne qualité http://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Sylvip%C3%A9dia

                        Le site de l’ONF également www.onf.fr

                        ou de la forêt privée française http://www.foretpriveefrancaise.com/

                        je vous recommande aussi le site de Prosilva mentionné dans l’article, j’aime beaucoup cette approche (la sylviculture est aussi une affaire de choix, et les tenants des différentes approches sylvicoles ne manquent pas de s’écharper parfois).


                      • Emile Red Emile Red 22 juin 2007 16:21

                        Doux joli bois mesdames, doux joli bois messieurs...

                        Au confin de la grande forêt de la Double, je me permets de compléter l’auteur qui a omis une des grandes activités forestières en nos régions de haute Guyenne et de blanc Périgord.

                        Le bolet, noble mets de nos cuisines paysanes, de Bordeaux de préférence, le cèpe, donc, est une florissante occupation aux détours des vendanges, quand le panier n’est encore aux resserres, quand les cuviers fermentent et les embruns océaniques enveloppent de parfum automnal le confluent des pins et des chênes.

                        Merci pour cet excellent article...


                        • masuyer masuyer 22 juin 2007 16:26

                          Emile Red,

                          c’est un plaisir de vous retrouver ici puisque je dois vous l’avouer je suis un grand fan de vos commentaires incisifs.

                          Pour ce qui est du cèpe je ne l’avais pas oublié, quoique je l’ai omit. Je lui rajouterai la morille pointue de nos forêts du Haut-Jura qui sont un autre chef-d’oeuvre.


                        • Emile Red Emile Red 22 juin 2007 18:01

                          J’aurai pu faire allusion aux richissimes truffes de notre accueillante Aquitaine, mais la peur d’être suivi par quelques gourmets attentifs, me poussa à éluder un tel trésor...


                        • masuyer masuyer 22 juin 2007 23:02

                          La pudeur doit être de mise pour les affaires mycologiques smiley


                        • finael finael 26 juin 2007 20:30

                          Merci beaucoup pour cet article et ces explications, aussi bien sur l’histoire que sur l’exploitation actuelle de la forêt.

                          Grand randonneur moi-z-aussi, j’ai parcouru nombre de nos forêts, dont la forêt de Tronçais dont je garde un souvenir ému, la forêt d’Orléans où les GR sont en voie de disparition, celle de Rambouillet (pardon ran boeuil en Let !), de Fontainebleau, d’Orient, les massifs des Cévennes (très récents en réalité), des Maures et de l’Estérel, sans compter les forêts corses (avec une mention particulière pour celle de l’Ospedale), avant qu’elles ne partent en fumée.

                          Bien que tes collègues n’aient jamais étés avares d’explications, ton article (que je me suis permis de « copier-coller ») est un trésor d’enseignements pour moi.

                          Merci encore


                          • jef88 jef88 26 juin 2007 23:09

                            La forêt de Tronçais a été magnifique. J’ai scié il y a 25 ans des chênes qui en provenaient, c’était un bois de 1ère classe.

                            Je l’ai visitée il y a 3 ou 4 ans et la, stupeur ! Ce n’est plus qu’un vulgaire taillis !

                            Dans la liste de ceux qui abiment les chemins forestiers il ne faut pas oublier les débardeurs ! (dans ma famille on a été bucheron et débardeur de père en fils de 1640 à 1960). les engins forestiers sont devenus monstrueux est-ce bien raisonnable ?


                            • masuyer masuyer 27 juin 2007 07:51

                              Jef88,

                              je suis heureux de trouver un vosgien ici, autre région a forte culture forestière.

                              Pour Tronçais, j’y suis passé il y a un an, rapidement je vous l’accorde, mais les parcelles que j’y ai vu méritaient le détour, avec des chênes bien élancés dont l’écorce laissait imaginer la finesse du grain. Mais je ne peux rien affirmer pour le massif dans son ensemble n’ayant pas poussé ma visite plus avant.

                              Je voudrais par contre revenir sur le problème des engins de débardage. Il est vrai que l’on peut assister à une forme de « course à l’armement » en matière d’engins. Il existe plusieurs explications :

                              - La première, c’est la tempête de 1999. Pour faire face à l’ampleur de la catastrophe l’Etat (et l’Europe) ont encouragé la mécanisation par la mise en place de subventions. Une certaine modernisation du parc n’était pas forcément malvenue, mais certains dans la profession relèvent aussi des dérives. Cela pourrait faire l’objet d’un débat. Nous pourrions d’ailleurs nous appuyer sur l’exemple de l’agriculture pour aider la réflexion.

                              - La deuxième, c’est la course au rendement. Les prix au m3 ont peu évolué depuis 20 ans, quand l’ensemble des charges ( essence, pièces, salaires,etc) ont, elles, augmentées. Les prix sont tellement limites qu’on évite aujourd’hui de laisser « dormir » le matériel. Or si vous débardez sur un terrain mouilleux vous entrainerez un orniérage plus conséquent. La plupart de mes collègues remettent un « coup de lame » en fin de chantier, mais il est des régions où les prix sont moins élevés et le « coup de lame » passe parfois à la trappe.

                              - J’en vois une troisième : le coût des machines étant plus important, le rayon d’action des débardeurs augmente. Or l’impact des machines sur le sol dépend beaucoup de la composition du sol. Dans les Landes par exemple, le sol très sableux résiste bien au passage d’engins, sur des sols plus argileux, cela n’est plus vrai. Comme il n’existe pas d’engin universel, on est amené à rencontrer des problèmes.

                              Il existe des solutions, et notamment une modernisation de la desserte forestière, afin qu’elle soit plus adaptée aux conditions d’exploitation actuelles.

                              Le problème est vaste et il mériterait d’être débattu plus complètement. Il m’apparait très important qu’il y ait des discussions entre les différents acteurs de la forêt, c’est à dire les forestiers, les usagers de loisir (randonneurs, chasseurs) et les naturalistes. Ceci afin d’éviter des conflits nés souvent de la méconnaissance des autres.

                              Cordialement

                              Ps : j’oubliais un lien sur Tronçais http://www.onf.fr/foret/dossier/troncais/


                            • ZEN ZEN 27 juin 2007 08:28

                              Cher Masuyer, bonjour

                              Je doutais au début de tes connaisances forestières et de ton statut de bucheron. Eh bien ! plates excuses et chapeau bas !

                              Je suis moi aussi vosgien d’origine, né dans une ferme des hauts de Remiremont. En hiver, mon père, comme beaucoup d’agriculteurs, « faisait du bois », complément nécessaire aux maigres ressources. Je l’ai accompagné souvent.Il fallait des bras. C’était dur à 14-16 ans, sans tronçonneuse. Tout à la hache et au passe, masse et coins...portage à la main, sur les pentes,tirage animal (boeufs)...Pas beaucoup de rendement, mais un travail propre,il ne restait pas une branche (fagots), aucun dégât.Chauffage assuré pour l’année.

                              Quand je revois ces forêts aujourd’hui, je trouve la situation désolante : bois mort en tous sens, ornières profondes, tailles aberrantes, parcelles à l’abandon(morcelées , surtout privées)..Une gestion capitaliste à court terme où le feuillu a reculé au profit du résineux, plus rentable à court terme.

                              Tu vas me prendre pour un fossile. C’est juste un témoignage un peu nostalgique. J’ai aimé ton article et tes interventions pleines d’expérience et de fraicheur. A bientôt.


                            • jef88 jef88 27 juin 2007 14:38

                              @Zen Bien d’accord avec toi, je suis de Senones !

                              @Mazoyer
                              - La course aux armements n’enrichit que les marchands d’armes.
                              - Si les engins forestiers avaient une largeur équivalente ou plutôt inférieure à celle des chemins il n’y aurait pas de problème.

                              Mais on abat des bois de plus en plus petits, on ne peux pas tracter plus de grumes en débardant et les engins deviennent de plus en plus gros ! Cherchez l’erreur.


                            • jef88 jef88 27 juin 2007 14:39

                              Milles excuses Mazuyer


                            • ZEN ZEN 27 juin 2007 18:26

                              Bonjour, Vosgien

                              Mazuyer est tout de même un bûcheron rare...

                              Bien à vous. Je suis originaire de Raon-aux-Bois, avec des bois, comme le nom l’indique...


                            • masuyer masuyer 27 juin 2007 21:03

                              Zen,

                              merci pour tes compliments. Pour être tout à fait franc, je n’ai pas toujours été bûcheron, j’ai aussi été cuisinier, puis animateur. Je renoue seulement maintenant avec le métier que je voulais exercer étant plus jeune. Je ne le regrette absolument pas. Un petit commentaire personnel, tiré de ma petite expérience (je suis encore jeune), c’est que beaucoup de gens, donnés comme médiocres à l’école, abonnés aux dernières places et fachés avec la « Culture », ont, quand ils ont eu la chance de trouver un métier où ils s’épanouissaient, pu devenir des hommes ou des femmes très cultivés. Un métier est une culture et la culture appelle la culture, peut-être. J’ai noté aussi qu’on rencontrait ça aussi chez des ouvriers et des paysans par l’implication syndicale ou politique. C’est sans doute un peu naïf, mais ayant souvent l’occasion de lire tes commentaires, je ne pense pas que tu m’en tiendra rigueur.

                              J’en finis avec cette digression, pour répondre à tes réflexions et à tes souvenirs. Commençons par les souvenirs, qui ne te font pas passer pour un fossile (remarque j’ai plutôt le goût des fossiles smiley ).

                              J’avais vu un film documentaire qui s’appelait « Chronique de la Forêt des Vosges », dans le coup j’ai cherché les références (http://www.flachfilm.com/index.php?page=actor&id=435&redirect=125)

                              C’est une galerie de portraits de forestiers vosgiens, des « figures ». On y voit notamment un père et son fils, bûcherons tous les deux, qui pour se détendre le WE, vont faire du bois à l’ancienne (hâche et passe partout) et pratiquent le schlittage.

                              Pour ce qui est des fagots, c’est vrai que rien ne restait en forêt. J’ai discuté avec un garde d’une cinquantaine d’années, originaire du Haut-Jura et qui me racontait que quand il était gamin, il allait au bois avec ses parents paysans. Ils ramassaient les rémanents (branches laissées au sol par le bûcheron qui a façonné la grume) pour alimenter la fromagerie. En effet la Franche-Comté a une tradition de coopératives, les « fruitières » qui sont des coopératives fromagères (un lien qui en explique le fonctionnement http://www.comte.com/pages.php?idMenu=43). Les paysans utilisateurs de cette fruitière devaient fournir le bois nécessaire au chauffage du lait.

                              Il est vrai qu’aujourd’hui, pour des raisons diverses et surtout de coût de la main-d’oeuvre ( dans la jeunesse du garde mentionné ci-dessus, les campagnes regorgeaient de petites mains et le fonctionnement économique était fort différent du notre) ces rémanents sont éparpillés au sol, mis en tas ou en andain (la pratique du brûlage étant désormais très marginale). On commence à les ramasser avec des machines pour en faire de la plaquette forestière (bois broyé destiné au chauffage). Mais il semble aujourd’hui qu’il est important en terme de biodiversité qu’il reste du bois mort en forêt, de plus la destruction de bois mort crée de l’humus nécessaire à l’avenir de cette forêt.

                              Je partage ton raisonnement sur la logique à court terme du capitalisme difficilement compatible avec la gestion forestière. Je reste toutefois optimiste car la tempête de 1999 notamment ont entrainé une prise de conscience des acteurs de la forêt. Je te renvoie au site de Pro-Silva (c’est mon dada) donné en lien dans l’article, ils démontrent qu’une gestion forestière proche de la nature peut être conciliable avec les « impératifs économiques ».

                              J’espère ne pas avoir été trop long.

                              Amicalement


                            • masuyer masuyer 27 juin 2007 21:10

                              Jef 88,

                              je vous rejoins. Et votre réflexion sur les gros engins qui tirent de petit bois est très pertinente. Il est vrai que la politique actuelle tend à diminuer la présence de « gros bois » (6Ocm de diamètre et +). A cela plusieurs raisons :

                              - On arrive plus vite au stade de l’exploitation
                              - mécanisation (les machines d’abattage ne peuvent pas exploiter les gros bois)
                              - Transformations structurelles des scieries. Disparition progressive des petites scieries familiales, automatisation, et impossibilité de scier de gros bois.

                              Je vous rassure tous les bûcherons manuels (qui travaillent à la tronçonneuse) le regrette, car ils aiment les gros bois.


                            • ZEN ZEN 27 juin 2007 23:22

                              @ Mazuyer

                              Merci pour ta longue réponse , tes témoignages et tes informations.

                              Connais-tu « Les grandes gueules » avec Bourvil. une histoire de scieur(Bourvil) et de bûcherons (un peu particuliers...,dont L.Ventura) ?. Ce film a été tourné pas trés loin de mon village d’origine. Un western vosgien...


                            • masuyer masuyer 28 juin 2007 07:38

                              Oui Zen,

                              je l’ai vu, c’est effectivement un vrai western (un eastern plutôt) vosgien. On y voit d’ailleurs du schlittage et une vente de bois aux enchères descendantes qui ont été, hélas à mon avis, remplacées par des ventes informatisées. Enfin même informatisées, il y règne encore une ambiance particulière.


                            • ZEN ZEN 28 juin 2007 07:53

                              @ Masuyer, bonjour

                              Je préférerais t’appeler par ton prénom...

                              Oui, un film inoubliable !Bourvil est formidable...

                              Mon père lors de la revente de sa ferme et de ses terrains ,m’a légué un gros hectare d’épicéas :valeur plus sentimentale que marchande. Je suis avec mes frères et soeurs affilié à une coopérative de l’Est : « Forest et bois de l’Est ».

                              Aucun but lucratif, une gestion,estimation, exploitation à la demande.Elle recouvre maintenant plusieurs départements, de l’Alsace à la Bourgogne (gestion des bois privés uniquement). Connais-tu ?Site internet :WWW.foretsetboisdelest.com

                              Cordialement


                            • masuyer masuyer 28 juin 2007 09:18

                              Zen,

                              Donc mon prénom c’est Yoann, c’est vrai qu’à force de me voir appeler par mon nom de famille dans les fils de commentaires, j’ai l’impression d’être retourné sur les bancs de l’école smiley

                              Pour ce qui est de Forêt Bois de l’Est, ils sont aussi présents en Franche-Comté et j’ai eu l’occasion de travailler dans un massif géré par cette coopérative.

                              Et dis-toi que même si c’est sentimental, je t’envie d’avoir un hectare d’épicéa, c’est mon rêve une petite parcelle boisée.

                              A bientôt


                            • jef88 jef88 28 juin 2007 23:10

                              Commentaire sur le schlittage !

                              A la fin du 19ème siècle un journaliste d’origine néerlandaise, Charles MICHIELS, installé a Paris est venu pour visiter les Vosges et en particulier mon coin, la région du Donon.

                              Il y a trouvé deux pôles d’interêt :
                              - Les communautès d’Anabaptistes
                              - Les schlitteurs

                              Il a traité le sujet comme il aurait décrit les moeurs bizarres de peuplades asiatiques ou africaines et c’est de cette époque que date l’image du schlitteur qui retient une charge de 2 ou trois stères.

                              Sachant qu’un stère de bois vert pèse entre 400 et 600 kg, le schlitteur était plus costaud qu’Obelix...

                              Bien sur il y a eut des c..s qui ont voulu copier l’image, mais ils étaient minoritaires. J’ai vu des schlittes attelées de boeufs ou de chevaux dans des chemins ou les bandages des roues de l’époque se seraient immanquablement plantés. Ces schlittes étaient parfois chargées de bois de chauffage et parfois servaient à soulager l’avant d’une grume pour le débardage en hors piste.

                              J’ai aussi vu des schlittes bien chargées de bois de chauffage larguées dans des pentes. La technique était simple derriére la schlitte on attachait deux ou trois cordes, de longueur inégale, qui retenaient chacune un fagot : les fagots faisaient frein et stabilisateurs de trajectoires et le forestier regardait le bois descendre sans prendre de risques...

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