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Accueil du site > Actualités > Environnement > La première marée noire au Cameroun

La première marée noire au Cameroun

Dans la cité balnéaire de Kribi, du pétrole se verse dans la mer. Une fuite survenue dans un pipeline situé à Ebome occasionne un déversement important de pétrole brut. Depuis quatre jours, le pétrole pollue la mer. Que comptent faire les autorités locales ?

Depuis la découverte de pétrole au Tchad en 1992, il fut question de construction d’un pipeline. Le projet de construction d’un oléoduc long d’environ 1 100 km entre la région de Doba au sud du Tchad et celle de Kribi dans le sud Cameroun a pris du temps. Le gisement de pétrole dont les réserves sont estimées à 120 millions de tonnes de pétrole, est situé au sud du Tchad entre Doba et Moundou sur les champs de Komé, Bolobo et Miandoum. Les réserves du Tchad devraient fournir environ 900 millions de barils. Ce projet va nécessiter le forage de 300 puits environ. Etant donné les informations filtrées, nous ne savons pas exactement combien de puits ont été mis en chantier. L’exploitation totale de ce gisement pétrolier s’étalera sur une période de 25 à 30 ans. La mise en exploitation, lors de la première année, devrait entraîner une production maximale d’environ 10 à 12 millions de tonnes de pétrole soit une moyenne de 200 000 barils par jour.


Grâce à ce gisement pétrolier, le Tchad est devenu le quatrième pays producteur de pétrole de l’Afrique sub-saharienne après le Nigeria, l’Angola et le Gabon. Pour l’exportation du pétrole, un oléoduc long de 1 100 km, dont 890 km au Cameroun, et quatre stations de pompage ont été construits à travers les deux pays voisins. Des infrastructures maritimes telles que des stations de stockage et de chargement ont été construites au large de la côte camerounaise, près de la ville de Kribi.


Le coût total du projet était estimé à 3,5 milliards de dollars (dont 2 milliards de dollars pour l’oléoduc). Le projet était envisagé par un consortium comprenant Exxon Exploration and Production Chad Inc. (Exxon 40 %), la Société Shell tchadienne de Recherches et d’Exploitation (40 %), et Elf Hydrocarbures Tchad (20 %). Exxon agira en tant qu’opérateur pour le développement des champs pétrolifères. Une société de transport pour l’oléoduc, la Cameroon Oil Transportation Company, S.A. (Cotco), a été constituée pour construire, gérer et entretenir le système de transport par oléoduc au Cameroun. Le consortium, le Tchad et le Cameroun auront des participations dans le capital de Cotco. Une société similaire, la Tchad Oil Transportation Company S.A. (Tocto), est établie au Tchad avec des participations du Consortium et du Tchad. Le projet, entré dans sa phase terminale, a été inauguré le 12 juin 2004. La production a été lancée.

Premier incident sérieux : fuite de pétrole.

Il est étonnant qu’après quelques jours, la fuite (ou les fuites) ne soit pas colmatée. Pourquoi faut-il que les responsables du coin attendent une décision de la présidence pour agir ? Que faut-il qu’il se produise ? Les habitants du village d’Ebome au Cameroun, une localité située à 6 km de la ville de Kribi, sont en état d’alerte. Depuis la journée du mardi 16 janvier 2007, une fuite pétrolière au niveau de la plate-forme pétrolière d’Ebome, située à près de trois kilomètres des berges, s’est déclarée. La fuite de pétrole a été confirmée par les responsables locaux du consortium. La fuite touche la mer en masse. Les pêcheurs ont remarqué de grosses nappes noires dans l’Océan Atlantique. Pourquoi cette fébrilité des autorités qui n’agissent pas ? Les responsables de Cotco (Cameroon Oil Transportation Compagny) sont aux abonnés absents pour expliquer aux populations locales ce qui se passe.

Comment faire baisser la crainte des populations qui est ravivée par le silence des autorités ? Les habitants sont inquiets pour la faune, car ils savent que si la fuite n’est pas arrêtée rapidement, les poissons vont mourir et leur alimentation va en pâtir. Les autorités administratives camerounaises sont également aux abois. Le délégué départemental de l’environnement a, dans un courrier adressé à la société Perenco, demandé une estimation de l’étendue des dégâts. Les responsables administratifs déclarent avoir fait leur travail, sans pour autant expliquer ce qu’ils ont réellement fait. Certains fonctionnaires sont dubitatifs et essaient de se rassurer en expliquant que la solution au problème de pollution viendra de la présidence de la République. Leur réponse argumentée laisse perplexe leur interlocuteur : « Ce qu’il y a à faire, c’est d’alerter les responsables qui vont prendre les mesures adéquates. »


Inquiétudes de Save Nature

Un responsable de Perenco souligne la non-gravité de la situation : « La situation n’est pas grave comme on le pense, parce qu’à la construction, nous avions prévu des filtres tout autour de cette zone en prévention d’une éventuelle fuite. C’est le cas aujourd’hui. Les filtres vont recueillir le brut et ce n’est qu’une infime partie qui risque de s’échapper. Pour l’instant, nous faisons tout pour remédier à la situation ». Fataliste, le président du Comité de développement du débarcadère de Mboamanga (Cddm), monsieur Bokamba, indique que la construction d’un site pareil ne pouvait qu’entraîner inévitablement, un jour, une fuite. Les inquiétudes sont patentes chez les habitants de la région ( nos plages vont être souillées et nos enfants risquent la famine).

Nous ne trouvons point de GreenPeace, ou de Nicolas Hulot pour s’agiter. Avec cette première fuite sérieuse du terminal d’Ebomé, ce sont de nombreuses ONG (organisations non gouvernementales) et associations qui font entendre leurs voix à Kribi. Le président de l’ONG Save Nature déclare : « Cette catastrophe est très grave d’autant plus que le brut qui se déverse dans la mer n’est pas loin des côtes. Les espèces protégées comme les tortues marines vont mourir. Sans compter une vaste partie de la faune marine. L’Etat doit faire quelque chose rapidement avant qu’il ne soit trop tard ».

Il n’est plus temps de s’opposer à ce projet, l’espoir qui reste est de savoir comment et de combien les habitants spoliés vont être indemnisés. De nombreuses Ong et personnalités ont protesté pendant la mise en route de ce projet. Nul ne sait exactement quelles sont les garanties sur le respect de l’environnement. Veut-on tout simplement chasser les populations situées près de cet oléoduc ?


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15 réactions à cet article    


  • Fabounet (---.---.170.224) 22 janvier 2007 13:50

    Merci pour cette information très importante ; il est triste de voir le plus beau d’Afrique et son peuple (le plus tolérant qui soit) ainsi souillé.

    kribi est une plage merveilleuse qui est sous-exploitée touristiquement. Je crains qu’à présent les chances du Cameroun pour exploiter son potentiel touristique s’évanouissent. Il est vrai que la corruption y atteint des records et les autorités sont particulièrement soumises au diktat des compagnies pétrolières.

    Encore une fois la France joue ici un rôle de premier plan et se dérobe devant ses responsabilités. Souhaitons que votre info fasse un peu bouger les choses.


    • Mardraum (---.---.156.241) 22 janvier 2007 14:13

      vu le nombre de reaction... J’en doute !!!  smiley


    • Ouebman (---.---.194.69) 22 janvier 2007 14:23

      Bonjour,

      quelle tristesse... fini les bieres, ecrevisses et baracuda grillé avec Eko Roosevelt....

      Kribi, les chutes de La Lobbée, des endroits magnifiques a préserver !!!

      Souhaitons que les autorités compétentes le soient pleinement.

      Cordialement,

      O


      • Darkfox (---.---.141.125) 22 janvier 2007 16:37

        @Fabounet il faut savoir lire entre les lignes, la France n’a rien à se reprocher. C’est avant tout au gouvernement de gérer cette crise et pour info Exxon n’est pas Français ... Donc avant de dire la France, qui n’a rien à faire la.. il faudrait plutot dire ...Que font les gourvernements Camoureounais et Tchadiens ? que font les Organisations de protections de la nature ? et ce n’est pas les Camerounais qui vont le plus trinquer mais l’environnement. :(


        • Fabounet Fabounet 22 janvier 2007 22:46

          La France n’a rien à faire là ? C’est mal connaitre les accords de défense, de coopération, le poids des investissements qui nous lient. Exxon est américain, certes, mais se balader avec un drapeau sur la tête ne rend pas compte des enjeux, des intérêts, des alliances qui sont en jeu.

          La France a envoyé ses mirages au Tchad pour mitrailler quelques 4X4 (financés par Khadafi) qui s’approchaient trop près des intérêts d’Exxon (ce que j’approuve pleinement). Kribi n’en vaut-elle pas la chandelle ?

          Si la presse confirme cette nouvelle et lui donne grand écho, nous allons nous retrouver tout penauds, comme en Côte d’Ivoire, à nettoyer les saletés d’on-ne-sait-qui le bien nommé.


        • gem gem 22 janvier 2007 16:39

          bon article, merci.


          • LE CHAT LE CHAT 22 janvier 2007 16:45

            une fois de plus la faune et la flore sont sacrifiés sur l’autel du dieu pétrole smiley

            merci à toi encore pour tes tuyaux ( pas les oléoducs ) africains ! bon article


            • liberté chérie (---.---.252.50) 22 janvier 2007 19:52

              Un énorme scandale de plus sur les terres d’Afrique...

              Tant de pillage avec la complicité muette des cyniques chefs locaux grassement achetés...

              Les peuples eux, n’en finissent pas de crever smiley La nature de se détruire inéxorablement smiley


              • Briseur d’idoles (---.---.162.45) 22 janvier 2007 20:12

                Ce que j’aime chez Christian Label, c’est son humour...noir !

                Ne m’en veuillez pas Christian, mais c’est de l’humour blanc !...

                Que n’aurais pas daigné un vieux copain/collègue noir (que j’ai eu) qui s’appelait Le Blanc...

                Il était originaire de Pondichéry !


                • Nicolas OULA (---.---.150.53) 22 janvier 2007 20:40

                  Quelle solution proposée pour les populations qui vont encore être sacrifiées sur le Dieu pétrole ? * Qui va faire l’expertise de ce dégat ? Qui va assumer les dégats ? Pourquoi la neutralité des ONG spécialisées dans l’écologie ?


                  • Mardraum (---.---.156.241) 23 janvier 2007 12:54

                    @Oula « Qui va assumer les dégats ? »

                    Ben personne !!! Qui est ce qui en a a foutre de quelques negres de plus ou de moins !!! Ce n’est pas parce que tous les politicards de france et de navarre se sont offusqués publiquement des propos tenus par Pascal Sevran qu’ils pensaient réellement le contraire de lui !!! Ca fait bien de paraitre politiquement correct, mais tant qu’ils ne gagnent pas d’argent a ne pas polluer, ils s’en battent les couilles !!!

                    Désolé d’etre vulgaire mais bon....


                  • CRACOTTE (---.---.150.53) 24 janvier 2007 00:06

                    Ben, tu es évidemment vulgaire. C’est dommage de penser que la côte du Cameroun source de tourisme va être détruite pour qui ? pourquoi ? La faune, la flore. Mince smiley


                  • Mardraum (---.---.156.241) 24 janvier 2007 07:42

                    @Cracotte « Ben, tu es évidemment vulgaire. »

                    Oui oui, j’aurai pu le dire autrement, certes, mais 1/ jm’en fous 2/ je ne vois pas pkoi je devrais etre policé avec des gens qui ne pensent qu’a leur petit pouvoir !!!

                    Plutot que de dire des inepties au Quebec, certaines personnes devraient peut etre faire un tour au Darfour voir ce qui s’y passe ou au Cameroun pour s’indigner de l’inaction des politiques... Mais cela tout le monde s’en balance !!! Enfin bon...on sort de l’ecologie la, donc je vais arreter !!!


                  • LAPINOU (---.---.150.53) 22 janvier 2007 21:28

                    Les plages de Limbe ne peuvent désormais plus servir pour un tourisme professionnel. C’est triste.


                    • Ben (---.---.236.52) 23 janvier 2007 13:25

                      Lu pour vous « L’Afrique en Attente ? » qui vient de paraître aux éditions de l’Harmattan. Auteur Cheikh Tidiane Diop.

                      "Le continent africain serait en « faillite ». Ce constat rapide ne résiste pas à l’analyse car l’hypothèse de l’échec des Africains participe d’un mépris ethnocentrique et traduit une vision latente dans l’inconscient de certains intellectuels : celle d’une Afrique dépendante et incapable de prendre son destin en main. Cette vision dans l’histoire des études consacrées à l’Afrique, tire sa substance dans les récits peu objectifs des explorateurs-conquérants et continue de rencontrer un succès foudroyant au XXIème siècle en raison d’une prétendue marginalisation du continent.

                      Une certaine littérature touristique, les médias, les agences de presse continuent de propager une image peu valorisante de l’Afrique, image faite de catastrophes, de famines, d’êtres pitoyables, affligés de maladies et se trouvant dans l’incapacité absolue. Ces observations rapides, superficielles et sensationnelles sont relayées par les organisations humanitaires qui se plaisent à sensibiliser l’opinion des nations nanties tout en faisant leur business sur la misère des malheureux africains.

                      Convaincus que l’Afrique va ainsi, on occulte cette autre Afrique possible. Comment l’Afrique peut s’ouvrir au monde sans s’enfermer dans de nouveaux schémas de dépendance ? Comment surmonter les paradoxes de la mondialisation et parvenir à la définition d’un autre modèle de développement pour nos sociétés ? Ce livre se donne comme objectif de rompre avec la tendance de l’afro-pessimisme triomphant pour fournir les bases d’une nouvelle vision aux élites politiques et intellectuelles africaines mais également à tout ceux qui s’intéressent objectivement à l’Afrique.

                      L’auteur de « l’Afrique en Attente ? » exhorte les Africains à regarder ce qui se passe dans le reste du monde pour comprendre que leur salut ne pourra venir que d’eux mêmes. Une nouvelle génération d’élites africaines devra relever le défi des Droits Humains et de la Paix sur le continent afin de garantir des espaces sûrs pouvant refaire de l’Afrique un partenaire fiable. Dans la nouvelle configuration géopolitique du monde, l’Afrique est appelée à jouer un rôle prépondérant en s’instituant dans un cadre unitaire comme un pôle de puissance." (Cheikh Tidiane Diop, postface, Afrique en Attente ?)

                      Comment asseoir en Afrique une politique énergétique capable de rendre auto-suffisant l’ensemble des pays en mutualisant leurs ressources nombreuses et variées ?

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