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Le BIO peut-il nourrir un monde « développé » ?

Attention ! Sujet sensible, qui déchaine toutes les passions dès qu’on évoque l’idée d’une autre agriculture : Pourrait-on nourrir l’Humanité demain avec le BIO ? Question à laquelle j'ajoute la notion du "développement" (saint Graal de l'espèce humaine) qui a son importance à ce sujet...

Un modèle agricole insoutenable

Nul besoin de faire un roman aux lecteurs d'Agoravox sur les méfaits d’une agriculture désormais hyper mécanisée et productiviste, et ce depuis plus de 40 ans…
Entre les algues vertes en Bretagne, les nitrates, les pesticides qui nous empoisonnent à petite dose, l’explosion des cancers, la dramatique mort biologique des sols (les vers de terre passés en 50 ans de 2 tonnes à l’hectare à 100kg) et la baisse continue de la biodiversité… nul besoin d’être savant pour percevoir qu’il y a un problème !
L’énergie et le pétrole bon marché nous ont permis de développer cette agriculture intensive moderne qui a vidé nos campagnes, et qui nécessite souvent quelques 5 à 10 calories d’énergie fossile pour nous amener 1 calorie dans nos assiettes à l’arrivée. A partir de là, tout le monde peut comprendre que demain, le prix des énergies et du pétrole grimpant fortement, ce modèle ne sera plus viable et qu’il y a donc urgence à changer de cap (ou de PAC si vous préférez !).

« Viva l’agriculture Bio ! Moins de productivisme, plus de paysans ! » Cela parait assez évident pour nombre d'entre nous… C’est pourtant loin d’être évident pour tout le monde, et en particulier pour la FNSEA ou nos dirigeants politiques qui continuent tête baissée vers le mur !

La fausse problématique des rendements

La question qui revient le plus souvent, quant on évoque l’idée d’une agriculture paysanne et Bio, concerne les rendements : « Vous êtes bien beaux les écolos, mais avec votre Bio, vous croyez qu’on pourra nourrir 9 milliards d’Humains en 2050 !? ».
S’en suit en général des empoignades entre les sceptiques et les pro-Bio sur les rendements de telle ou telle culture ! Ca dure des plombes, c’est des batailles de chiffres, on n’y comprend pas grand-chose, et au final on en ressort sans réponse bien claire.
C’est là que « le Mich » sort sa botte secrète en affirmant que pour lui, le sujet central n’est pas celui des rendements ! Affirmation que je vais tenter de vous expliquer…

Des rendements… mais pour produire quoi ?

Les batailles de chiffres sur les rendements font souvent ressortir ce chiffre de la FAO qui estime que la Terre pourrait nourrir 12 milliards d’Humains. Aujourd’hui nous sommes 7 milliards et 1 milliards souffrent de la faim, ce qui fait ainsi dire à Jean Ziegler que « chaque enfant mort de faim est un enfant assassiné » !
Mais alors d’où vient le problème ? De la spéculation sur les matières agricoles !? Des agrocarburants qui monopolisent des terres pour nourrir les voitures des riches plutôt que l’estomac des pauvres !? Un peu oui, mais pas seulement…
Bio ou conventionnel, pour nourrir l’Humanité aujourd’hui et demain, le sujet est à mes yeux moins celui des rendements, que celui de notre régime alimentaire, excessivement carné dès qu’un pays se dit « développé ».

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes !

La production mondiale actuelle assure environ 300 kg équivalent céréales /humain.
Un végétarien consomme ainsi environ 200 kg équivalent céréales par an (autant que pour 1 plein de 4x4 aux agro-carburants), tandis qu’un Français moyen en consomme indirectement 900 kg. Ceci car pour obtenir une calorie animale, il faut, selon les cas, 4 à 10 calories végétales (pour nourrir l’animal).


Ainsi, Hubert Reeves fait remarquer que si toute la planète mangeait autant de viande que les pays riches, nous ne pourrions nourrir que 1/3 de l’humanité.
Notre consommation de viande a été multipliée par 3 en un siècle en France et a cru de 60% ces 40 dernières années. Un Français moyen consomme 215g de viande /jour, un américain 257g /jour, tandis qu’un congolais peine à en trouver plus de 11g /jour.
Plus d‘un tiers des cultures de céréales mondiales servent à nourrir le bétail des pays riches ou émergents. 60% du soja sud américain est ainsi destiné à l’alimentation du bétail du Nord.
Entre 65 et 70% de la surface agricole en France sert à nourrir le bétail (c’est 75% aux USA !)
1kg de bœuf nécessite par ailleurs 15000L d’eau contre 500L pour 1kg de pommes de terre.

Comme on peut le constater sur ce graphe, c’est en particulier la viande rouge qui a un impact démesuré. Et c’est vrai aussi bien sur le climat que sur l’eau et les terres mobilisées.

Le « développement » en débat

Bref tout cela pour pointer, vous l’aurez compris, cette dérive qui accompagne depuis toujours ce que l’on a coutume d’appeler le « développement économique » : Les rendements liés au productivisme agricole et notre pouvoir d’achat en hausse (tous deux liés à l’énergie fossile abondante et bon marché) nous ont permis de manger plus de viande…
Et on ne s’en est pas privé ! Celle-ci s’est industrialisée d’une part, et est devenue doucement mais surement centrale dans nos menus (avec ses « accompagnements » comme c’est si bien dit !).
D’ailleurs c’est aussi ce que font aujourd’hui les Chinois et autres pays émergents… Mais pouvons-nous leur jeter la pierre, nous qui importons pour partie des céréales pour nourrir notre bétail et faisons partie des plus gros « mangeurs » du globe !?

Dans ce contexte de « développement » allant de paire avec une alimentation toujours plus carnée, je doute fort que le Bio, ni même le conventionnel d’ailleurs, ne puissent nourrir demain 9 milliards d’humains de manière durable. Je ne vois pas, dans ce contexte, comment éviter la fuite en avant productiviste qui finira d’achever les terres (et les mers d’ailleurs, car le débat est le même pour le poisson !) à l’échelle du globe !?
Le vrai débat est là, à mon sens. Si nous voulons nourrir l’Humanité sans surexploiter notre écosystème, il y a urgence à désacraliser la viande dans nos menus, et en 1er lieu dans nos pays développés qui donnent, une fois encore, le mauvais exemple !

Changer nos habitudes… et passer le mot !

Aux USA (modèle de « développement » par excellence), il se mange 1 million d’animaux /heure, soit 24 millions /jour. Si les 300 millions d’américains venaient à réduire de moitié cette consommation et que tous les immenses champs de maïs étaient transformés en potagers Bio, combien de personnes pourraient être nourries sainement !?
Même question en France, où 66% des terres agricoles nourrissent le bétail…

Vu sous cet angle, la question des rendements parait secondaire. Manger moins de produits animaux libérerait tellement de surfaces que l’agro-écologie pourrait sans soucis nourrir l’Humanité, et ceci sans détruire notre capital Terre !
Serions-nous en moins bonne santé en mangeant 30 ou 50% de produits animaux en moins !? Rien n’est moins sûr quand on sait qu’aux USA l’alimentation est en passe de devenir la 1ère cause de mortalité (via l’obésité), et quand on observe la hausse continue des maladies cardio-vasculaires dans nos pays « développés »…
Au contraire, en consommer moins souvent nous permettrait alors de les acheter de meilleure qualité et/ou Bio, chez un boucher plutôt qu’en grande surface par exemple...

Qui veut lutter contre les famines dans le monde et promouvoir l’avènement d’une agriculture soutenable peut donc commencer par s’interroger sur ses habitudes alimentaires… Et surtout faire passer le mot comme je viens de le faire !




par Mich K vendredi 14 septembre 2012 - 49 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Mich K (---.---.---.30) 14 septembre 2012 11:46
    Mich K

    1) Gaspi :
    Je suis d’accord, mais tant qu’on restera dans cette société de consommation à la noix avec produit pré-emballés et industriels, rêve pas l’ami.
    Solution pour la bouffe : circuit courts, AMAP, faire son potager...
    Mais ne rien attendre de la grande distribution et de l’industrie, nos normes toujours plus hygiénistes les comdamnent à la connerie et au gaspi !

    2) Prix du BIO :
    1950 : 50% du budget des ménages pour manger, 1970 : 30% et aujourd’hui environ 15% !
    Avec ce pouvoir d’achat libéré, on a pu gagner en confort, augmenter nos loyers, démultiplier nos besoins aussi...etc.
    Maintenant si on devait la repayer à son juste prix, on serait dans la merde !
    Ne ne savons même plus ce que c’est de payer l’alimentation à son juste prix.

    Par ailleurs, l’agriculture conventionelle ne peut être comparée en prix au Bio car tu payes ton produit 3 fois : un fois dans les subvention de la PAC, une fois à la caisse, et encore en aval pour la dépollution de l’eau et la facture de santé publique...

    Après évidemment, avec l’effet de mode, les intermédiaires se graissent.
    Là encore, solution = circuit court, AMAP... smiley

  • Par Warrior of light (---.---.---.185) 14 septembre 2012 12:22
    Julien Coblence

    Suggestion : obliger les fabricants d’engrais et pesticides chimique à payer pour les certifications bio (vu que le problème vient de leurs produits). Ainsi, les coûts des aliments bio et chimiques se rapprochent et les consommateurs peuvent enfin choisir en écartant la question du prix...

    Mais je suis aussi d’accord avec vous. Il faut changer d’alimentation (moins de viande, moins de sucres raffinés) et surtout, changer de valeurs. Je m’explique. Je fais souvent goûter des prix bio ou fermiers (au lait cru) à des amis. Ils dégustent et trouvent ces produits délicieux. Le problème, disent-ils, c’est le prix. En effet, pour le même prix, au lieu d’un litre de lait, ils en ont 6 litres. Par contre, à côté de cela, il leur faut leur écran plat, leur voiture, leur moto (avec les assurances), leurs bonbons, leurs kinder bueno, leurs sorties hebdomadaires et leurs vacances farniente...enfin, pas besoin de vous convaincre, l’insatisfaction règne...peut-être découvrera-t-on que les pesticides ont un rôle à jouer sur cet état d’esprit...peut-être pas mais la publicité induit ce sentiment, c’est certain...ou bien c’est une insuffisance en micro-nutriments qui se traduit par un désir d’acquisitions matérielles.

    Toujours est-il que lorsque j’entends parler la majorité, j’ai du mal à croire à une prise de conscience prochaine.
    Bien à tous, naturellement...

  • Par Mich K (---.---.---.30) 14 septembre 2012 11:26
    Mich K

    Je fais remarquer que l’article n’aborde pas ce sujet, et que je n’ai jamais dit être contre des mesures qui inciteraient à un « bémol » pour ce qui est de la natalité !

    Mais si on reste raisonnable, c’est un paramètre sur lequel, sauf à pondre des lois radicales et liberticides voire inhumaines, on évitera pas le fait que nous seront 8 ou 9 milliards demain, ne serait-ce que par le vieillissement de la population...
    La natalité est en baisse dans une tendance de fond sur le globe, et cela va de paire avec l’éducation... Vouloir brusquement jouer sur ce paramètre est illusoire.

    En revanche, prendre la direction de la sobriété volontaire, et pour ce qui est de l’alimentation d’un régime beacoup moins carné est une option bien plus efficace et réaliste à court terme (bien que tout auss illusoire à court terme je suis d’accord) !

    Combien d’ares de potager pour nourrir une famille végétarienne toute une année ?
    Démultipliez ça pour l’humainté, et selon moi vous verrez que les surfaces arables sont bien plus importantes que nécesssiare pour nourrir 10 milliards d’humains.

    Après c’est sûr que pour 7 milliards sur le mode de vie « développé », avec 2 bagnole par famille, 100m² chauffés à 23°C en permanence, et de la viande tous les jours là ça coince évidemment, même avec 2 milliards d’humains en moins.

    On en revient à la question du « développement » évoquée dans l’article... smiley

  • Par Nums (---.---.---.186) 14 septembre 2012 14:22
    Nums

    A propos des rendements :

    Ceux-ci sont bien souvent légèrement meilleurs en production agroécologique. L’agriculture agroécologique ressemble sensiblement à l’agriculture biologique mais elle va piocher quelques principes dans la permaculture et repose sur la recherche scientifique.

    A propos des qualités nutritionnelles : Elles sont bien entendu bien meilleures et les produits sont exempts de toxiques (sur le papier mais dans les faits ils peuvent être contaminés).

    A propos du prix : C’est sûr que c’est plus cher. La différence est variable en fonction des produits. Après, tout dépend où on s’approvisionne. Lorsqu’on vit à la campagne on peut trouver chez des petits producteurs des produits bio sans pour autant que ceux-ci soient estampillés AB. Mais peu importe, le consommateur averti peut très bien discuter avec le petit producteur de ses méthodes de production.

    Enfin, Mich K, comme vous le suggérez dans l’article, nous mangeons beaucoup trop de viande. Vu que je suis végétaLien, je vais éviter de prêcher pour ma paroisse mais je vais juste rappeler qu’au delà de 400g de viande par semaine les risques de choper un cancer du colon augmentent considérablement. 
    Et pas seulement un cancer du colon. Quand tu vois les conditions de production des bestioles (ce n’est plus de l’élevage) et ce qu’on leur donne à bouffer (céréales pesticidées, tourteau de soja OGM, antibiotiques et tranquillisants), on peut supposer que le rapport bénéfices/risques pour la santé est défavorable sur le long terme.

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