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Accueil du site > Actualités > Environnement > Le Club de Rome avait raison

Le Club de Rome avait raison

C'est devenu ce qu'on appelle dans la presse "un marronnier". Pas un arbre mais une info récurrente qui vient meubler des colonnes en soif de remplissage. Ce 13 août 2015 correspond à ce qu'on appelle désormais "le jour du dépassement". Une formule gentillette pour un fait inquiétant. En moins de huit mois, l’humanité a déjà consommé toutes les ressources naturelles renouvelables que la planète peut produire en un an. De fait nous contractons de façon invisible une dette écologique jusqu'au 31 décembre. Les dettes financières ont ceci de commun avec les dettes écologiques qu'elles se cumulent et qu'à un moment, l'addition finit par arriver. Une différence notable cependant les différencie. On peut renégocier, étaler ou effacer une date financière. Mère nature n'est pas aussi arrangeante.

 Pourquoi faudrait-il s'en soucier ? L'abrutissement des masses continue par télévision et consumérisme interposés. Pas de quoi donc couper l'appétit à une humanité qui se moque de son empreinte écologique comme de sa première couche. Sauf que …
Sauf que l'anomalie n'a pas vocation à durer aussi longtemps que… les impôts par exemple.

Homo homini lupus est. On sait depuis les Romains que l'homme est un loup pour l'homme. Mais pas seulement. Notre étrange espèce peut s'enorgueillir de quelques faits d'arme. Comme, avoir entraîné en seulement 40 ans la disparition de plus de la moitié des animaux sauvages de la planète et ce n'est pas le lion Cécil qui dira le contraire. Comme continuer à gaspiller avec une rare désinvolture les ressources naturelles et à saccager les écosysytèmes.

La pente est là et l'on glisse dessus, allègrement, de plus en plus vite, année après année. La date du dépassement avance de trois jours par an, en moyenne, depuis 1970. Dernièrement, c'est Ugo Bardi dans un rapport publié récemment en français, "Le Grand pillage", qui s'inquiétait du déclin des ressources minérales que la Terre a mis des centaines de millions d’années à former. "Nous menons une guerre contre la planète que nous allons forcément perdre" estime l'universitaire Italien qui fonde tous ses espoirs sur l'économie circulaire.

L'insouciance de nos contemporains sera jugée sévèrement par l'Histoire. Outre la cupidité des affairistes qui ont pris le pouvoir, elle peut s'expliquer aussi par une foi indéfectible dans un progrès technique qui nous permettrait de réparer nos erreurs. La mythologie grecque nous enseigne pourtant la prudence. On sait ainsi ce qu'il advint de Dédale, l'ingénieur du roi Minos et des évènements en chaîne qu'il déclencha et qui firent son malheur.

Capable du pire et du meilleur, l'homme est parfois doté d'une rare acuité. On connaît les visionnaires politiques, espèce également en voie de disparition, beaucoup moins les visionnaires tout court. L'Italie n'est pas seulement la patrie de Léonard de Vinci. Elle abrite aussi l'Academia nazionale des Lincei, l'Académie nationale des Lynx, fondée en 1603 à Rome en référence à un animal réputé pour sa vision juste et lointaine. C'est elle qui accueille un 6 avril 1968, à l'initiative d'Aurélio Peccei un industriel humaniste et ancien résistant, une vingtaine de personnes au profil hétérogène, pour procéder en toute simplicité à un remue-méninges de haut vol sur le désordre qui règne alors sur la planète.

Le Club de Rome est né. Son objectif est simple : lancer des idées, bonnes ou mauvaises pour mieux appréhender les transitions profondes qui affectent l'humanité.
On connaît la suite. En 1972 est publié le rapport "Les limites de la croissance" qui découle d'une étude de 18 mois menée par une équipe du MIT dirigée par Denis Meadows. Dix millions d'exemplaires seront vendus. La force de l'ouvrage, c'est qu'il dit en mots simple une vérité dérangeante : si rien ne change, l'exploitation forcenée de la planète conduira à un effondrement de la société. Une vérité pressentie en leur temps par Ricardo et Malthus.

Las, on peut se demander à quoi sert d'avoir raison trop tôt si c'est sans effet. Quarante trois ans plus tard, au bord du précipice, les choses semblent vouloir bouger. La COP 21 qui se tiendra à Paris sera peut être l'occasion derrière les grands discours d'arrêter quelques décisions concrètes. Mais déjà, dans les esprits, le basculement s'opère.

Dans notre société judéo-chrétienne, malgré la déchristianisation qui s'opère, la parole du Pape a encore un certain poids. Et pour une fois l'évêque de Rome ne manque pas de courage. Dans son encyclique Laudato si’ sur l’écologie humaine présentée le 18 juin à Rome, le pape François ne mâche pas ses mots, n'hésitant pas à stigmatiser "une écologie superficielle", "un certain assoupissement et une joyeuse irresponsabilité", "un comportement évasif qui permet de maintenir nos styles de vie et de production".

Mais le souverain pontife va plus loin. "J'adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l'avenir de la planète" et, de pointer "la soumission de la politique à la technologie et aux finances qui se révèle dans l'échec des sommets mondiaux sur l'environnement" mais aussi, la fragilité d'un environnement sans défense "par rapport aux intérêts du marché divinisé, transformés en règle absolue".

Avec un tel avocat, aussi bien placé, on est en droit d'attendre un miracle.


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10 réactions à cet article    


  •  
     
    Non c’est Mendès France qui avait raison sur Rome ...
     
    Grand Remplacement de 2006
     
    « L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement « une politique », au sens le plus large du mot, nationale et internationale »
     
    Pierre Mendès France, le 18 janvier 1957, discours à l’Assemblée nationale, il vote contre le Traité de Rome prédisant la dictature de l’EuroReich, avec Le Pen ...


    • Claudec Claudec 13 août 2015 17:49

      @Touche pas à ma traite négrière capitalisto-baudruchonienne, paysan souchien des réserves !
      Renseignez-vous avant de vous emballer ; ça vous évitera de confondre « traité de Rome » et « Club de Rome ».


    • sophie 13 août 2015 15:10

      Société helleno-paienne pas judeo-chrétienne, combien de fois il faudra le répéter ?


      • MKT 13 août 2015 15:27

        Ainsi vous attendez un miracle.
        Alors vous avez le choix de nombreux lieux, Lourdes, Fatima...

        Plus sérieusement, les scénarios envisagés par l’équipe de Meadows reposaient sur un modèle relativement simple avec peu de variables.
        Le modèle n’est pas la réalité mais il permet d’avoir une certaine image de celle-ci (forcément grossière).
        Une analyse intéressante des variables et de leur évolution sur la période 1970-2000 est présentée sur le site manicore.

        Ce que l’on peut retenir c’est que probablement, rien ne sera fait pour contrecarrer l’effondrement.
        Tout au plus multipliera -t-on les « sommets », les « colloques » pour donner l’illusion que l’on agit.

        Je pense (mais je peux me tromper) que nombre de décideurs ou de personnes évoluant dans les cercles du pouvoir savent que à moyen terme (2050 ou un peu avant) les conclusions du rapport seront réalisées.

        Et ces personnes (les 1% ?, ce qui fait tout de même à l’échelle mondiale 70 millions d’individus) , en toute conscience, sont en train de s’organiser pour surmonter les conséquences catastrophiques de l’effondrement prévu.

        Cette idée est d’ailleurs présente au tout début de IA, le film de Spielberg et explique le pourquoi du recours aux robots.

        Quant aux autres classes sociales, une forme d’abrutissement au travers d’outils de distractions (Médias, NTICs, affrontements ethnico-religieux..), il est nécessaire qu’elles soient tenues à l’écart de toute prise de conscience.


        • Claudec Claudec 13 août 2015 18:10

          @MKT
          « Ainsi vous attendez un miracle. »


          Le miracle est à notre portée ; il réside dans le contrôle de la population. Mais saurons-nous nous y résoudre ? Quel pouvoir (civil, politique, scientifique, religieux, ...) acceptera (et a fortiori décidera) de voir fondre le nombre de sujets, de citoyens, d’ouailles ou de simples spectateurs ou partisans sur lequel il se fonde ? C’est pourtant là qu’est la solution, dans toute son évidence. C’est pourtant la seule échappatoire qui soit encore, pour peu de temps, offerte à l’espèce humaine. Moins d’homme = moins de consommation, de gaspillage, de pollution - En tout état de cause pour un temps limité, sauf à trouver ailleurs de quoi perpétuer une prédation insatiable et en croissance exponentielle.

          Pour approfondir cette réaction, voir http://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.com

        • MKT 13 août 2015 18:44

          @Claudec

          Je viens de lire le document cité en lien.
          En effet cela n’invite pas à l’optimisme quand on sait que les rédacteur du livre indiquait que 4 milliards d’habitants serait le nombre acceptable (données 1970) pour que notre système se stabilise tout en restant à des niveaux de consommations unitaires de 1970. Bien sûr cela restait un modèle grossier.

          Je reste sur ma crainte d’un ajustement du nouvel équilibre population/ressources alimentaires/énergie/pollution/climat particulièrement « hard ».

          Tout cela reste spéculatif, qui vivra verra.


        • antisimpliste antisimpliste 14 août 2015 11:03

          C’est sympa cette idée du dépassement au mois d’août, ça fait mouiller l’écolo et parler dans les chaumières en chaux/chanvre, ça fait des reportages et des notes de frais pour les journalistes -qui seront remboursés avec les grasses subventions que nous leur donnons- sauf que qu’à 4 mois de dépassement par an depuis pas mal d’années c’est pas le 15 août 2015 qu’on dépasse, mais le 15 août 1980. Mais si ça peut vous amuser... on remet les compteurs à zéro au 1er janvier : c’est plus propre !


          • christophe nicolas christophe nicolas 14 août 2015 11:41

            Il y a tout de même du détournement de pensée...


            Le club de Rome qui se situait à Hambourg puis vers Zurich établit un diagnostic avec des experts, des conseillers politiques, des mécènes. Il fait une projection linéaire de l’avenir et montre qu’on va au casse pipe. Prenez une courbe en sinusoïde, prenez l’extrapolation linéaire à un moment donné qui est tangente en pratiquement n’importe quel point et vous verrez que la prévision est fausse. Elle prédira toujours qu’on va dans le mur, toujours, à quelques exceptions près. Que vaut ce genre d’études ? Rien, ça ne vaut rien. Ils feraient mieux d’allez de l’avant or ils conseillent une lobotomie puisqu’ils ne peuvent prédire de quoi sera fait l’avenir en terme d’innovation. C’est donc un acte de contre-foi qui roule vers la néga-énergie pour l’immense majorité.

            Le club de Rome ne connait pas l’avenir et déforme complètement la pensée du Pape en la sortant de son contexte.

            Ces gens cachent des solutions pour que l’avenir leur donne raison. Il doivent reconnaître leurs torts et admettre qu’ils ont peut-être fait une bonne action de propagande mais pour des mauvaises raisons car ils ne pouvaient pas prévoir l’arrivé de la fusion froide tandis qu’ils envisageaient les supergrids qui sont catastrophiques. Dans un cas pareil, on ne frime pas.... Il n’y a pas de quoi être vraiment fier alors la récupération médiatique du Pape tient de la « com » bas de gamme. On attend d’eux un soutien massif pour la conversion de la filière nucléaire et qu’on le sache pour apaiser les tensions puisque c’est eux qui ont l’influence. Les papes ont fait des repentances pour la vérité, ce serait bien que le club de Zurich soit plus réactif dans les siennes en rétablissant des vérités simples.

            • gogoRat gogoRat 15 août 2015 11:37

              "Il faut une approche intégrale de cette crise à la fois environnementale, économique, sociale, culturelle, qui embrasse aussi la question de la justice.« 
               
              Voilà ce que je retiens du lien évoqué
               J’ajouterais que la notion de justice est pour moi liée à nos capacités d’entendement (y compris bien entendu de froide logique) et, lorsqu’un minimum requis est atteint pour y prétendre, à nos efforts individuels autant que collectifs pour approcher l’idéal démocratique .

               cf Jacques Rancière :
               »La démocratie est fondée sur l’idée d’une compétence égale de tous." 


              • gogoRat gogoRat 15 août 2015 12:52
                • ’Malheureusement, beaucoup d’efforts pour chercher des solutions concrètes à la crise environnementale échouent souvent, non seulement à cause de l’opposition des puissants,
                  mais aussi par manque d’intérêt de la part des autres.

                  Les attitudes qui obstruent les chemins de solutions, même parmi les croyants,
                  vont de la négation du problème
                   jusqu’à l’indifférence,
                  la résignation facile,
                  ou la confiance aveugle dans les solutions techniques.
                  Il nous faut une nouvelle solidarité universelle.’

                 
                 

                Ma foi, je ne fais ici qu’une citation d’une lecture recommandée par cet article.

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