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Le Web, terreau fertile des GreenTechs

Comment concilier un univers sans limites connues, parfaitement immatériel, dénué de repères solides, avec une terre limitée dans l’espace, souffrant de surexploitation de ses ressources, et inscrite dans la matière de manière irréductible ?

C’est la question qui se pose désormais à tous ceux qui souhaitent voir l’économie mondiale faire le saut qualitatif qui permettra à tous de rebondir dans un monde globalisé, multi-culturel, disposant d’un maillage planétaire.

S’il n’existe aucune recette miracle aux problèmes très concrets auxquels nous sommes tous confrontés tant du point de vue de notre environnement naturel que de notre paysage social et culturel, il est possible aujourd’hui de commencer à réfléchir sur la nécessité d’une articulation astucieuse et souple entre la sphère du Web et celle de l’écosystème. Cet article essaye, de manière modeste, de contribuer à une réelle réflexion sur l’identité qui réunit ces deux mondes apparemment distincts.

Le Web comme infosphère

De nombreux auteurs, penseurs et essayistes se sont déjà aventurés dans cette terra incognita du Web comme infosphère. Plus qu’un simple réseau mondial en constante progression technique, le Web serait, selon eux, le réceptacle de l’information sous toutes ses formes, abolissant l’inscription concrète et cédant le pas à la communication numérique. L’infosphère se comporterait alors comme une atmosphère, entourant la planète d’une couche mince et invisible dans laquelle les informations circulent selon des mécanismes de courants et de résistances que l’on retrouve aisément dans le jargon des climatologues. A l’instar de l’atmosphère, l’infosphère serait sujette aux périls des pollutions diverses, des pressions cycloniques, des désagrégations tels des trous dans l’ozone, etc. L’infosphère est ainsi considérée comme une membrane complexe qui est à la fois le produit d’une culture, celle de notre planète, et des interactions volontaires et involontaires de tout ce qu’elle véhicule.

C’est la versatilité et l’éventail très étendu des propriétés du Web qui le distinguent d’un simple réseau comme le téléphone, la radio ou la télévision. Tous ces réseaux font partie du Web, en forment souvent le squelette, mais ce dernier dépasse la simple fonction de mise en relation de deux points entre eux. Ce squelette est solide, stable, identifiable et contrôlable mais l’intense activité du Web repose pour sa part sur une instabilité conséquente qui représente l’essentiel de ce qu’est l’Internet.

Ce qui rend le concept d’infosphère intéressant est sa capacité à mobiliser le savoir technique, l’énergie d’entreprendre et la conduite de projets en éliminant les contraintes de temps et d’espace, tout en s’affranchissant des contraintes de frontières et de langues. La culture et les traditions continuent certes de représenter l’essentiel des obstacles et des incompréhensions mais il faut envisager qu’à moyen terme, les particularismes céderont le pas à une culture plurielle dont les prémices sont largement visibles sur le Web au travers des réseaux sociaux, des usages de services culturels et des types de transactions commerciales possibles qui permettent déjà à un internaute moyen de faire des affaires avec des clients ou des fournisseurs à une échelle continentale.

L’infosphère existe et promet déjà une réelle capacité individuelle accrue de l’utilisateur (terme qualifiant largement mieux le stade actuel que celui de consommateur) à se projeter à des milliers de kilomètres de manière audiovisuelle, à assembler des ressources diverses et séparées sans avoir à les concentrer, à concrétiser en tout point du globe un projet comportant des sources distantes les unes des autres de manière encore inédites.

Le difficile coût économique des GreenTechs

Les GreenTechs sont, surtout depuis le rapport Stern, dans le collimateur de toutes les instances économiques, politiques et sociales. Que l’environnement soit en péril, c’est un fait mais ce n’est pas nécessairement le fond de l’intérêt que tout le monde semble porter aux GreenTechs. Face à une financiarisation délirante et une titrisation à tout-va, les acteurs en mesure de gouverner tant les institutions publiques que les industries privées sont à la recherche d’un nouvel horizon de développement économique.

Il y a bien une tendance forte et américaine à jouer la carte du capitalisme de catastrophe afin d’entretenir le système en l’état en provoquant si nécessaire les désastres (voir l’ouvrage de N. Klein, The Shock Doctrine). Mais cette option devient de plus en plus difficile au sein d’une infosphère libre et centrifuge dans laquelle l’industrialisation destructrice et le capitalisme sauvage sont perçus comme des aspects négatifs ayant conduit aux crises actuelles. Il est donc à craindre que le cynisme des possédants et la démagogie politique ne soient plus considérées comme des valeurs dans un monde multi-culturel où plus de la moitié de la population connectée est issue de ces mêmes régions surexploitées par une frange prédatrice du monde occidental.

Les GreenTechs sont donc une alternative viable, prometteuse et certainement profitable pour l’ensemble de la sphère économique mondiale tant occidentale qu’orientale, sans oublier des continents occultés mais qui auront un poids déterminant, l’Amérique du Sud et l’Afrique. Par définition portées sur l’axe de la préservation de l’écosystème, le renouvellement respectueux des ressources et le développement économique et social durable, les GreenTechs s’inscrivent parfaitement dans un contexte d’information abondante et de globalisation (au sens strict que lui donne Saskia Sassen). Les GreenTechs sont la promesse d’un avenir brillant, soucieux des individus et de la vie, à la fois une nouvelle économie et une nouvelle frontière.

Cependant, les GreenTechs posent un problème majeur outre celui de ne correspondre en rien à la culture de la consommation qui domine les mentalités. Ce problème est leur coût de développement. Quelle que soit la direction dans laquelle on regarde, dès lors que l’on quitte les initiatives locales et souvent confidentielles, les transformations requises et les coûts de recherche et de développement sont gigantesques. La révolution énergétique à elle seule demande une métamorphose radicale et intégrale des habitudes industrielles à laquelle personne n’est préparé et certainement pas les 300 millions d’actionnaires qui détiennent la quasi-totalité de la richesse boursière et qui viennent d’essuyer un des pires revers de l’Histoire de la capitalisation boursière.

Les GreenTechs, tous domaines confondus, ont un coût de structure excessivement cher qui fait reculer les industriels, les institutions politiques et même les entités financières transnationales comme l’OMC. Tout le monde y va de sa mesure, de son paquet, de son plan, mais force est de constater que, même en réussissant une concertation mondiale (ce qui au regard du dernier sommet de Genève est de l’ordre de l’utopie), l’entreprise de passer du modèle industriel du 19e siècle aux GreenTechs du 21e n’a pas la moindre chance de voir le jour en l’état.

Alors que faire ?

Et pourquoi ne pas abandonner les vieilles méthodes de la société de masse et passer à une politique industrielle et sociale de l’action locale ? Parce que c’est ingérable ! S’exclameront les uns... Parce que les efforts à coordonner sont innombrables et impossibles à contrôler ! Diront les autres...

Pourtant, nous disposons aujourd’hui de la plus vaste infosphère jamais conçue et jamais développée pour et par l’espèce humaine. Nous avons pour nous un dispositif organique multiple et modulable capable de relier les gens, les initiatives, les projets et les actions. Et nous avons aussi nombre d’industriels qui développent sans cesse des outils analytiques capables d’effectuer des rapprochements et des similitudes entre les objets de recherche sur le Web.

Alors pourquoi ne pas envisager le Web comme le terreau fertile des GreenTechs. L’essentiel du coût économique de la révolution économique et industrielle qui arrive repose sur le prix du savoir, de la recherche et de l’organisation des efforts de chacun. N’est-il pas imaginable d’utiliser le Web pour cette tâche ? N’y a-t-il pas déjà sur le marché les outils nécessaires à une telle révolution ? Et ces outils, compte tenu du coût colossal de la transformation à mettre en œuvre ne sont-ils pas disponibles à des prix ridicules ?

On objectera que le Web est un vaste Far West, où tous les coups sont permis, où toutes les dérives sont attendues et où la loi, au sens que nous lui donnons comme instrument du bien public, n’a pas le droit de citer. Je répondrais que c’est faux et que l’expérience de 20 ans d’Internet démontrent une plus faible criminalité, une meilleure police et citoyenneté que toutes les méthodes de répression essayées dans le réel. Et il est maintenant tout à fait possible de sécuriser les données comme les savoirs bien mieux que nous ne saurions et n’avons su le faire dans notre Histoire.

La dernière objection est celle du coût de l’Internet, le prix du Web... Comment faire du profit en développant des projets d’envergure sur une plate-forme accessible à tous ?

Mais tout simplement en décidant de ne pas faire de profits dans le cadre du développement et de se souvenir de ses cours de marketing : les développements gratuits profitent toujours aux plus gros acteurs du segment de marché dans lesquels ils ont lieu. C’est ce qui rend ridicules des projets comme la loi Hadopi ou bien les attaques publiques de certains groupes de communication internationaux contre Google.

Il est donc nécessaire de repenser le rôle de l’institution publique. Elle ne peut plus être un instrument de répression ou de contrainte, pas plus qu’elle ne peut être un dispositif de régulation entre deux pôles interventionnistes et libéraux. Il lui faut désormais devenir le moteur de la pédagogie et de l’information afin d’envisager de nouveaux modèles économiques qui ne passent plus par la propriété des moyens ou des savoirs mais effectivement par la réalisation des projets et des idées.

Le Web, terreau fertile des GreenTechs

A la fois horizon industriel et infrastructure technique, le Web apparaît comme la plate-forme idéale pour le développement de nouvelles industries et technologies de préservation et de gestion des ressources naturelles, de développement durable de nouvelles énergies, de nouveaux matériaux, et de nouvelles technologies. Elle est aussi l’infrastructure permettant l’organisation et l’agrégation d’initiatives dispersées en des projets complets et communs en réduisant considérablement les coûts de développement en temps et en déplacements.

C’est aux institutions politiques représentatives de proposer et de formuler des projets solides en ce sens aux populations. Il s’agit par là même de susciter les initiatives locales non-lucratives mais aussi les entreprises et les développement de nouveaux marchés. Il ne s’agit pas d’aller à contre courant des industries en place par des réglementations restrictives et toujours plus nombreuses. Et il ne s’agit pas non plus de financer à l’aveuglette des projets et des initiatives locales pour pallier au déficit d’innovation ou d’imagination.

Le Web est là pour fournir le support nécessaire aux institutions pour mener une vrai campagne de pédagogie et de mise en relation via des outils d’information, d’analyse, de discussion. Encore aujourd’hui, le déploiement de tels projets institutionnels reste lettre morte. Et ce n’est pas de la part des industriels et des corporations que viendra une réponse. Le secteur privé est par trop occupé à livrer des batailles de marques, de concurrences loyales ou déloyales pour conserver le plus d’actionnaires de valeur possible au sein des entreprises et des groupes d’intérêts.

C’est donc aux pouvoirs publics de ne plus essayer de contrôler mais bien et bel de gouverner comme on gouverne un navire. En mettant à la disposition du public et des acteurs de terrain des outils, des moyens, du temps et des dispositifs, l’institution aura tout à gagner et sera en mesure de satisfaire à la fois la nécessité de produire des emplois en période de crise et dans le même temps de proposer des pistes et de nouveaux marchés aux acteurs économiques en recherche de portes de sorties viables.

En utilisant au maximum le Web, l’institution publique a toutes les chances de pouvoir influer de manière indolore, discrète et durable sur l’économie et l’industrie et l’orientant à bon escient vers les objectifs vitaux et nécessaires des GreenTechs. C’est de cette manière et dans cette posture d’esprit que les représentants de la nation auront une véritable opportunité de mener à bien le mandat qui leur a été confié par le peuple et pour le peuple.


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4 réactions à cet article    


  • Marsupilami Marsupilami 28 avril 2009 17:16

    @ L’auteur

    Belle envolée lyrique et utopiste… Mais derrière les Green Techs, il y a aussi un Internet qui n’est pas du tout une technologie verte, très loin de là !


    • Pierre-Alexandre Xavier Pierre Alexandre 28 avril 2009 21:55

      C’est bien pour ça qu’il va falloir bosser... et dur !!

      Toutefois, il y a quand même une différence notable entre les méfaits d’une industrie lourde comme la pétrochimie et les méfaits d’une technologie comme la fabrication de disques durs... Non ?

      • plancherDesVaches 29 avril 2009 08:30

        « C’est donc aux pouvoirs publics de ne plus essayer de contrôler mais bien et bel de gouverner comme on gouverne un navire »
        Cela rejoint l’idée du spyware d’hadopy... et du directeur de nordnet qui, sans langue de bois, expose trés clairement que tous les acteurs du net, gouvernement y compris, ont tout intérêt à ce que nous ayons des minitels.

        Bon, mais revenons sur votre sujet d’ensemble... :
        Auriez-vous un exemple concret de possible liaison entre le net et l’écologie. Car là, ça me parait difficile.


        • Pierre-Alexandre Xavier Pierre Alexandre 29 avril 2009 11:51

          Je ne crois pas que cela rejoigne les manœuvres grossières des artisans de la Loi HADOPI. Comme je l’ai écrit, il s’agit de gouverner et non de contrôler. Et jusque ici, les artisans de l’HADOPI tentent par tous les moyens disponibles de juguler une transformation incontournable du marché de la distribution audiovisuelle. Et ils se servent de certaines composantes de l’actuel gouvernement pour parvenir à leurs fins.

          Le directeur de Nordnet est un dinosaure et ses déclarations sont des suppositoires pour enfants.

          Pour vous illustrer les complémentarités des TIC et des GreenTechs, je vous invite à regarder l’exemple de GOOD magazine (http://www.good.is/) créé par J. Greenblat, fondateur entre autres de Ethos Water.
          Pour ceux qui ne lisent pas en Anglais, le principe de Good Magazine est de reverser intégralement toutes les recettes d’abonnement à des projets sociaux dans le réel. Le magazine existe online et offline et sa structure soutient des projets humanitaires et de développement durable.
          Greenblat avait développé auparavant la société Ethos Water dont le principe était de localiser la production et la consommation d’eau en bouteille afin de réduire l’empreinte carbone du commerce de l’eau en bouteille. Il s’agissait également dans ce programme de localiser le recyclage des déchets de ce même commerce.
          A chaque fois, Greenblat utilise les réseaux dématérialisés du Web et ses rapprochements pour soutenir des projets qui autrement ne pourraient absolument pas voir le jour. Dans ce type de schéma, le Web est la plate-forme de travail qui permet d’organiser le projet, de le superviser et de communiquer sur ses progrès.
          Ce n’est là qu’une des nombreuses initiatives (lucratives et non-lucratives), souvent américaines, qui associent le développement durable et les technologies de l’information et de la communication.

          Il n’est pas idiot d’envisager que les gouvernements puissent développer leurs propres structures de support à des projets de technologie verte pour lesquels la seul coordination et conduite du projet propulse les coûts à des sommets astronomiques s’ils sont menés exclusivement du côté privé.
          Plutôt que de se contenter de déléguer des aides et des subventions, l’Etat pourrait proposer des Data Centers mutualisés pour les jeunes entreprises, des hébergements et des lignes spécialisées institutionnelles pour soutenir la création de nouveaux segments de marchés. Il est possible d’imaginer que les européens soient capables de mettre en place des procédés analogues à ceux en cours dans la Silicone Valley si souvent citée en mal comme en bien...

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