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Accueil du site > Actualités > Environnement > Le WWF et Monsanto font de l’agrobusiness

Le WWF et Monsanto font de l’agrobusiness

Monsanto et consort vont vite, très vite ! Il faut dire qu’avec la débâcle financière, des échéances climatiques et environnementales de plus en plus pesantes, le grand capital est en mal de placements. Le secteur de l’automobile, de l’industrie et de l’assurance déguste encore, celui de l’énergie et des TIC stagne, reste donc le haut potentiel de la santé, de l’alimentaire et de l’agriculture.

A propos d’agriculture, la dernière trouvaille en date ne manque pas de piment.

Un petit mot d’explication avant tout. Il faut en effet savoir que l’azote est la principale source d’alimentation de la plante pour la constitution des acides aminés formant les protéines, composants clés du vivant. Il faut aussi savoir que l’azote n’existe pas sous forme minérale dans le sol comme le phosphore, la postasse ou les oligoéléments (fer, calcium, magnésium, manganèse…). Certaines plantes, appelées légumineuses, ont donc développé une symbiose racinaire avec une bactérie, appelée rhizobia, capable de synthétiser l’azote atmosphérique. En agriculture biologique, les légumineuses sont souvent utilisées en inter-culture pour enrichir le sol en azote, principale source d’alimentation de la plante. Efficacité à court terme oblige, l’agriculture conventionnelle a préféré opter pour des engrais chimiques de synthèse polluant les sols [1], l’eau [2] et l’air [3]. 

Trêve d’explications, la dernière trouvaille, donc, consiste à injecter rhizobia directement dans les semences. Comme ça, plus besoin d’engrais et moins de pollution. Une formidable idée à la fois économique et écologique ! Une idée écolo-technico-commerciale qui me fait penser aux agro-carburants… Bien sûr, on ne se pose pas la question de savoir pourquoi le long processus évolutif a voulu que rhizobia existe dans la racine et pas dans la semence. A noter que rhizobium vient du grec "Riza" qui signifie racine et "Bios" vie. Après passage de Monsanto, il ne reste plus grand chose de Riza et de Bios ! 

Comble d’ironie, l’agriculture intensive tire parti des enseignements de l’agriculture biologique en pratiquant le semi-direct sans labour. Un labour en profondeur déstructure en effet le sol et active la dégradation de la matière organique en libérant du CO2. De plus en plus de publications faisant autorité commencent à reconnaitre les méfaits d’un profond travail du sol qui détruit la vie et la structure du sol gage de fertilité. Une affaire en or pour Monsanto qui a réfléchi (seulement quand il s’agit de faire du pognon). En dehors des semences stériles Terminator [4], l’autre bras armé de Monsanto est le dénommé Rondup, aussi puissant et connu que le BigMac de MacDo. Rondup qui détruit tout sur son passage sauf les semences génétiquement modifiées appelées Rondup ready et brevetées Monsanto, bien-sûr. Le calcul est donc vite fait : il n’est plus nécessaire de labourer ou de bien défricher une parcelle, il suffit d’arroser au Rondup une parcelle préalablement ensemencée de plants résistants au fameux herbicide. 

Il est aussi piquant de noter que le glyphosate, matière active du Rondup, bloque la synthèse des acides aminés au niveau de tous les organes de réserve (feuille, rhizome, bulbe). Donc, d’un côté on injecte rhizobia dans la semence pour avoir de l’azote et faire des acides aminés et de l’autre, on bloque la synthèse des acides aminés !? Un beau tour de force assez contre-nature non ?

Revenons au semi-direct. Puisque cette pratique fait partie des Mécanismes de Développement Propres (MDP) adoptés en juillet 2009 par la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, les OGM Rondup ready de Monsanto peuvent dès lors bénéficier de crédits carbone. C’est-y pas beau tout ça ?

Plus extraordinaire encore est le soutient du WWF au génie de Monsanto & Cie ! Il n’y avait pourtant rien de nouveau sous le soleil à part qu’ils viennent seulement de se rendre compte qu’ils pouvaient directement semer en gagnant sur 2 tableaux : pas de labour et primes pour bonnes pratiques agricoles. La réputation de Monsanto n’est plus à démontrer tant nous avons vu défiler de films et documentaires dénonçant leurs pratiques (agricoles, sociales, environnementales et politiques) [5]. Mais qu’en est-il du mignon panda du WWF ? 

La Table Ronde sur le Soja Responsable (RTRS) est une large coalition comprenant de grands groupes industriels et des groupes environnementalistes comme le WWF. Depuis 2004, elle essaye de développer une série de critères « durables » pour la production intensive en monoculture du soja en Amérique du Sud. Les critères de la Table Ronde n’excluent pas les OGM, ce qui n’a rien d’étonnant puisque Monsanto et Syngenta l’ont rejoint en février 2009. Ces dernières années, le WWF a aussi fondé la Table Ronde sur l’Huile Palme Durable (RTSO), l’Initiative pour une Meilleure Canne à Sucre (BSI) et la Table Ronde sur les Biocarburants Durables (RTSB). Le WWF joue un rôle clé en permettant aux plus grandes sociétés de l’agrobusiness de se donner un semblant de responsabilité sociale et environnementale et en leur permettant d’écoblanchir la production de matières premières mondiales (souligné par le traducteur). Ces initiatives ont aussi pour but de détourner, de fausser et d’affaiblir les accords politiques internationaux. Les critiques contre la Table Ronde pour le Soja Responsable sont largement reprises au sein des mouvements sociaux et écologistes en Amérique du Sud. Aucun de ces mouvements ne participe à cette Table Ronde.[6] 

L’agrobusiness, en voilà une filière juteuse. Un mariage des biotechnologies au monde du pétrole, de la chimie, de l’alimentaire, pharmaceutique, cosmétique, et maintenant, celui des grandes ONG environnementales ! Une bonne grosse soupe d’oseille parfumée de conscience pour « passer l’hiver ». Et comme dessert, des ONG sociales qui nous vendent du « Monsanto Ethique & Solidaire » ? 

Monsanto primé pour bonnes pratiques écologiques, le WWF soutenant les pires pratiques de l’agrobusiness, Obama prix Nobel de la paix !!! Attendons encore un peu et on va nous canoniser Hitler pour avoir préalablement dépeuplé la planète ! 

Note :

[1] Pour le sol, les engrais minéraux acidifient, salinisent et dégradent l’humus avec pour conséquence un mort assurée des micro-organismes et champignons, siège des dégradations et échanges de nutriments avec les plantes. http://www.natpro.be/ natpro/pdf/2007/0702.pdf, Cfr. paragraphe Des plantes « déséquilibrées ».

[2] Pollution d’eau par les nitrates et nitrosamines http://www.vedura.fr/environnement/pollution-nitrate 

[3] Pour la pollution de l’air, précisons que le protoxyde d’azote (N2O) dérivé de production ou de dégradation d’engrais est un gaz à effet de serre 298 fois plus puissant que le CO2 http://www.manicore.com/documentation/serre/gaz.html 

[4] La technologie Terminator modifie génétiquement les plantes pour produire des graines stériles à la récolte. Mise au point par l’industrie agrosemencière et le gouvernement des É.-U., elle empêche les agriculteurs de réutiliser les semences pour les forcer à en acheter de nouvelles à chaque saison de culture. http://www.combat-monsanto.org/spip.php?article187&var_recherche=terminator 

[5] http://www.combat-monsanto.org/

Le Monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin

Round Up : Monsanto définitivement condamné pour "publicité mensongère" 

[6] http://www.combat-monsanto.org/spip.php?article462 Cfr. paragraphe Plateforme d’écoblanchiment 

Source :

http://www.combat-monsanto.org/spip.php?article462

Lire aussi :

« L’ amarante » pas marrante du tout pour Monsanto !

OGM, une bénédiction pour la santé ?

Compenser nos émissions de CO2 en plantant des arbres


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8 réactions à cet article    


  • Vladivostok 1919 Vladivostok 1919 28 octobre 2009 11:33

    Superbe article !!

    Encore une escroquerie de Monsanto qui passera pour une revolution de l’agriculture, vendue à des ignorants.
    L’avantage du semi direct etant au final une reduction des apports chimiques sur les champs, il était attendu qu’un Monsanto, Bayer, Syngeta se l’approprie et l’inclu à un de ses programmes pour y caser la necessité de deverser toujours autant de saloperies sur les sols.

    Je travaille sur un article justement à propos de l’agriculture naturelle et permaculture, qui utilisent les propriété des fabacées... J’aurais donc surement l’occasion de citer le votre, assez éloquent dans la mise en evidence du - « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? et se faire un max de blé ? »

    A rappeler sur le WWF..

    "A la différence d’organisations comme Greenpeace ou les Amis de la Terre, engagées dans des actions spectaculaires et des campagnes assez agressives, le WWF a toujours privilégié les négociations et les partenariats, que ce soit avec les institutions comme l’ONU, la Banque mondiale ou l’Union européenne, et les entreprises, comme Coca-Cola, Carrefour ou Lafarge. Il est vrai que quand on regarde la liste des responsables du WWF, on trouve très peu de militants écologistes de terrain mais plutôt des anciens PDG de multinationales, des hommes d’affaires, des diplomates et des personnalités du Bottin mondain. Parmi les présidents successifs du WWF-International, mentionnons par exemple le prince Bernhard des Pays-Bas, conjoint de la reine Juliana de la Maison d’Orange et actionnaire de référence de la Royal Dutch Shell ; le prince Philip, duc d’Edimbourg et mari de la reine d’Angleterre ; ou encore John H. Loudon, ancien président de la Royal Dutch Shell et de la Fondation Ford. Aux Etats-Unis, Kathryn Fuller, directrice d’Alcoa, deuxième plus grand producteur mondial d’aluminium, a présidé le WWF pendant quinze ans. En Belgique, l’actuel président du WWF est Ronald Biegs, ancien directeur général de Coca-Cola en France et en Allemagne. Le président du WWF-France est Daniel Richard, ancien PDG des Trois Suisses et de Sephora (groupe LVMH), lequel a succédé à Luc Hoffmann, ancien vice-président du groupe pharmaceutique Hoffmann-Laroche. Bref, que du beau monde.

    Ainsi, avec sa défense d’un « développement durable », le WWF est considéré par bon nombre de responsables politiques comme un interlocuteur bien plus raisonnable que les écologistes radicaux."


    • amipb amipb 28 octobre 2009 12:04

      Il est absolument incroyable que le WWF participe à cette mascarade. Je pense que leurs responsables auront bientôt à s’expliquer sur cette collaboration paradoxale.


      • Montag Montag 28 octobre 2009 13:58

        Il n’y a rien d’absolument incroyable que le WWF soit impliqué.

        Le prince Bernhard des Pays-Bas a été président de la WWF, entre 1966 & 1976. Or cette même personne a été le premier président du Groupe de Bilderberg. Cette double casquette ne doit sans doute pas être le fruit du hasard...


      • Atlantis Atlantis 28 octobre 2009 17:39

        creusez le dossier Hitler, vous allez être surpris d’ailleurs.
        Et quitte à faire, commencez votre enquête par la création du WWF ...


        • ZEN ZEN 28 octobre 2009 19:06

          Merci pour cet article !
          Dommage qu’il n’ait pas été plus remarqué


          • johnford johnford 28 octobre 2009 19:06

            La WWF a été fondée par Julian Hucksley, vous savez l’eugéniste.. Son premier président à été le Prince Bernhard, également premier président du... groupe Bilderberg..

            Ah et j’oubliais à propose de Bernhard, c’est un ancien officier SS, mais c’est un détail.. et je parle bien du père de la reine Beatrix.

            Sachant tout ça et quelle mentalité anime ces groupe, ce genre de combines ne me surprend pas..

            Vous vous demandez pourquoi ces gens ont suivi cette voie new age.. c’est simple ça correspond à l’idéal mondialiste de divinisation de la Terre.


            • sheeldon 29 octobre 2009 07:55

              bonjour

              bon article merci

              cordialement


              • sisyphe sisyphe 1er novembre 2009 05:11

                Oui ; merci pour cet article, et la dénonciation du faux-nez du WWF.

                L’agrobusiness a, de toutes façons, largement les moyens d’imposer un lobby capable de soudoyer des organisations pseudo-environnementales, pour donner le change, et faire passer en douce toutes ses méthodes d’éradication de la biodiversité, de privatisation du vivant, et d’empoisonnement.

                Merci donc de nous donner des infos pour renforcer notre vigilance.

                Le pauvre panda n’est pour rien dans ce coup de bambou.

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